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  Description du travail d'un sapeur

 

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Description du travail d'un sapeur

n°1784
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 21-02-2008 à 13:16:53  profilanswer
 

Bonjour,
Voici la transcription fidèle de la carte-lettre d'un soldat, paysan de son état, natif de Bourgogne.
Il est affecté depuis peu à la section de pionniers du régiment qui tient un secteur de Lorraine.
La façon dont il explique son travail à son épouse est très imagée, très claire. Cela c'est du vécu.
Document rédigé le 20 avril 1916.
Chère Marie
Je viens de recevoir ta carte du seize à l’instant où que tu me dis qu’il fait mauvais temps. Ici c’est bien la même chose, les giboulées se succèdent sans interruption et presque toujours du grésil.
J’ai reçu une lettre de maman hier où qu’elle me dit qu’elle m’envoie un paquet. Quand je l’aurai reçu je lui écrirai. Quant au tien que tu m’as dit m’avoir envoyé, il est toujours rien venu, depuis que tu m’en envoies par la poste jamais ils ont mis si longtemps. Enfin il sera peut-être pas perdu car j’en ai jamais eu de perdu.
Je ne sais pas ce qu’il se passe du côté de Verdun. Depuis hier et la nuit d’aujourd’hui, la terre tremble. En entendant cela ça vous en fait frémir. Quand on pense ce qu’il s’abat de ferraille sur ces malheureux soldats, que ça les met en bouillie. Quand à nous c’est assez tranquille, mais on va toujours les chercher, tous les soirs il y a des reconnaissances pour leur enlever des postes d’écoute. Tous ceux qui sont en face de nous c’est des vieux qui sont de mon âge.
Voilà deux fois que l’on leur en prend.
Je ne fais plus le même métier, nous allons dans le jour dans les tranchées de première ligne faire des trous de renards, ça prend dans la tranchée et on boise en suivant. On fait des escaliers comme dans on descend dans une cave, et on fait un abri dans le fond, ça fait que dans le fond, on est à cinq ou six mètres sous terre. Quand on est là-dedans on est à l’abri des obus.
Enfin, je suis toujours en bonne santé, et bonjour à tous ceux qui s’intéressent à moi. Je termine en t’embrassant bien fort. Louis

 
Salutations
JC


Message édité par Jean-Claude Poncet le 21-02-2008 à 14:05:38
n°1785
Bruno Tard​y
Posté le 21-02-2008 à 19:16:39  profilanswer
 

Bonsoir Jean-Claude
C'est du vécu, en effet, et très clair comme explications.
Une petite précision, cet homme dit qu'il est pionnier, non sapeur. Les pionniers sont essentiellement utilisés pour creuser, ou effectuer de petits travaux de génie ne nécessitant pas de connaissances particulières, d'ailleurs leur insigne représente une pelle et une pioche entrecroisées. Les sapeurs font des travaux plus variés et ont une formation plus ou moins poussée.
Cordialement
Bruno

n°1786
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 21-02-2008 à 22:09:16  profilanswer
 

Bonsoir Bruno,
Bonsoir tout l'monde,
Vos explications, Bruno sont tout à fait les bienvenues et fort judicieuses.
en effet il faut bien distinguer les deux fonctions.
Cependant les soldats d'infanterie ne font pas trop la différence et celui objet de cette communication utilise plutôt le terme "Sapeur-pionnier" ce qui résoud allègrement le problème.
Il faut dire qu'il est affecté depuis peu à la section qui comprend 60 hommes.
Il se réjouit de cette affectation qu'il n'a pas sollicitée et qu'il ne pouvait même envisager.
Cette lettre est antérieure, elle est datée du 20 février 1916.
 
Chère Marie
Je viens de recevoir ta carte-lettre où que tu me dis qu’il a fait mauvais temps aussi vers vous. Plain ainsi que toute la Cie que j’étais viennent pour que je crois six jours où que je suis à Lixières. Je ne suis plus avec eux mais je suis toujours au régiment et je les verrai toujours de temps en temps.
Aujourd’hui dimanche j’ai été à la forêt couper des petites branches pour clayonner les tranchées. On en fait de petits fagots et on les porte sur la voie. La nuit il vient des hommes des Cie et les emmènent sur un petit wagon sur la voie. Demain nous y retournons toute la journée. Aujourd’hui nous avons eu un beau temps superbe, un vrai temps de printemps. Peut-être que demain ça sera pas pareil.
Tu me dis que les moutons sont allés aux champs mais tu me dis pas si c’est Nanteuil qu’il les mène.
Où que je suis aux sapeurs-pionniers il y a le fermier du Montpierreux , il s’appelle Guillemot.
Je le connaissais du 37e car il est de la même classe que moi et voilà déjà au moins trois mois qu’il est aux sapeurs.
Je vais bien pour le moment et je désire que ma lettre vous trouve de même. Bonjour à tous. Reçois ma chérie mes plus tendres baisers. Louis

 
Salutations cordiales,
JC

n°1791
Bruno Tard​y
Posté le 23-02-2008 à 19:42:21  profilanswer
 

Bonjour Jean-Claude,
C'est exactement ce qui est arrivé à mon père, voici ce qu'il écrit à cette occasion:
 
N° 27 - Jeudi 28/1/15 - Ecoivres  [lettre crayon]
 
Ma chère Maman
 
C'est après la soupe, je profite de ce que je suis au repos pour vous écrire. Le grand événement du moment pour moi c'est que j'ai pour ainsi dire changé d'armes, je suis auxiliaire au génie. Voici comment cela s'est passé.  
Après deux jours de repos, que nous avons passé à travailler  nous sommes montés aux tranchées lundi soir. La compagnie devait passer deux jours dans les abris et deux jours en première ligne. Comme j'avais un peu de coliques (qui sont complètement passées à présent) j'étais resté pour passer la nuit à la ferme de Berthonval. Après une bonne nuit dans la grange on nous a rapporté la soupe vers 4 h du matin. Je m'étais à peine rendormi depuis une heure lorsque on vient me réveiller et que l'on me dit  de faire mon sac et d'aller de suite au génie remplacer un caporal de la compagnie. Cinq minutes après je suis équipé et me voilà parti avec un sergent un caporal et un homme qui allaient aussi au génie faire un stage de 15 jours comme grenadier. Après avoir attendu toute la journée que l'on nous donne des instructions et après un dîner composé de sardines et de chocolat nous avons été affectés à nos compagnies. Je suis donc maintenant en subsistance à la Cie 14/13 du 4e génie. Je fais partie de la section permanente du 159 auxiliaire au génie, composée autrefois de 3 hommes et un caporal par compagnie, et maintenant de 4 hommes par Cie et 1 caporal par bataillon ; comme le régiment a 3 bataillons nous sommes une cinquantaine cantonnée à part et ayant une cuisine à part.  
Je ne sais pas ce qui m'a valu ce filon, toujours est-il que je suis bien content de ce qui m'arrive. Hier et avant hier je ne vous ai pas écrit car je n'étais pas encore sur de rester, les ordres et contre ordres se succédant sans interruption, mais aujourd'hui je suis à peu près sûr de rester jusqu'à nouvel ordre.  
Ma nouvelle position a cela d'intéressant, c'est que l'on ne prend pas les tranchées, ce qui est énorme. On a 3 jours de travail et 1 jour de repos. On part le matin à 7h1/2  8h  l'on dine au chantier et l'on rentre le soir vers 4 heures. Notre travail consiste parfois à creuser des boyaux, d'autre fois à faire des claies, des abris, etc.. Hier nous avons passé la journée à faire des claies dans le bois de la Targette, situé à 7 ou 800m de notre cantonnement. Nous étions par équipe de 5 et nous devions faire 10 claies par équipe (Les claies, rectangle de branches entrecroisées larges de 0m80, longues de 180 sont très employées dans la guerre actuelle, soit à mettre au fond des boyaux, soit à retenir la terre ou à couvrir les abris). Dans chaque équipe les uns aller couper les branches les autres les charriaient d'autres faisaient les claies. Ce travail favorisés (par extraordinaire) par un beau temps m'a beaucoup plu. Aujourd'hui nous avons fabriqué des cadres pour abris pour observateurs d'artillerie. Armé de scies, haches, herminettes, nous avons abattu des arbres de 20 à 30cm de diamètre et de plus de 10m de haut puis et nous les avons débités, refendus prêt à monter pour faire l'abris. A midi les cuisiniers apportent à manger et la cuisine a l'avantage d'être très bonne. Après avoir été terrassier me voilà bûcheron et j'apprends à tomber les arbres. On est bien tranquille chacun fait son travail en paix, et pourvu que l'on ait fini à la fin de la journée, personne ne nous dit rien. Quel bonheur de faire un travail intelligent et de se sentir libre après avoir été dans les tranchées, et surtout de dormir tous les soirs ou à peu près au cantonnement. Enfin je souhaite que cela dure ainsi le plus longtemps possible.

 
Par la suite, il a été muté définitivement au Génie où il est resté jusqu'en novembre 16, avant d'être reversé dans l'infanterie par punition ( un officier d'Infanterie l'a surpris en train de faire de la photo, mais ses supérieurs étaient tous au courant ! )
Je travaille toujours sur sa correspondance en espérant pouvoir la publier un jour avec ses photos.
 
Cordialement
Bruno

n°1859
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 20-03-2008 à 23:13:26  profilanswer
 

Bonsoir Bruno,
Bonsoir tout l'monde,
Comme bien vous devez vous en douter, je suis tombé dans le piège et me consacre actuellement totalement à cette correspondance... Je sais bien que ce genre (la correspondance) n'intéresse pas grand monde, c'est pourtant là, et là seulement que vous avez le parfum des fleurs.
Evidemment, comme il a été dit par une sommité, il doit être très petit ce soldat bourguignon, et analphabète.
Bien cordialement
JCP
399e lettre, toutes passionnantes :
Carte-lettre du 19 juillet 1917, expédiée du secteur 195
Ma chère Marie
Je n’ai rien reçu de toi aujourd’hui, il fait toujours un temps bas, et la pluie tombe, quelques gouttes de temps en temps. Cette nuit le bombardement s’est pris il était une heure du matin sur la gauche toujours, et pas loin de nous, à deux ou trois kilomètres, vers Hurtebise et Craonne. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais quel bombardement, ce n’était qu’une fumée, le vent la repoussait chez les Boches. Il est midi, ça continue toujours mais bien moins fort vers nous. Toujours assez tranquille mais on ne se sent gère en sécurité à côté d’un vacarme pareil.
Bonjour à tous et reçois ma chérie mes plus doux baisers pour toutes les trois. Louis


Message édité par Jean-Claude Poncet le 21-03-2008 à 07:22:50
n°1860
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 21-03-2008 à 00:18:03  profilanswer
 

IL EN EST RIEN ETE POUR CE COUP LA...
Je suis certain, avoir déjà entendu cette petite phrase avec un léger accent traînant sur les r.
Voici la 402e lettre de l'illettré, soldat d'infanterie :
Carte-lettre du 22 juillet 1917, expédiée du secteur 195
Ma chère Marie
J’ai reçu ta carte du 18 hier au soir où que tu me dis que tu as été trois jours sans recevoir mes cartes, comme je t’ai dit je n’ai été qu’un jour sans t’écrire, autrement je t’ai écrit tous les jours depuis que je suis aux avant-postes. C’est qu’elle est égarée ou que l’on me les a déchirées.
Aujourd’hui le temps est beau le soleil donne en plein, et c’est beaucoup en activité les avions et les canons.
Hier au soir ce n’est pourtant pas loin de nous, je ne sais si les Boches ont voulu faire un coup de main, mais ça ne faisait pas beau, ils nous ont envoyé des gaz, mais ce n’était pas sur le régiment que ça se passait, et ça venait sur nous mais ça n’a pas été fort. Il en est rien été pour ce coup là.
Plus rien à te dire que je vous souhaite bien le bonjour. Reçois ma chérie mes plus [doux] baisers. Louis

n°1862
bourguigno​n
Posté le 21-03-2008 à 12:46:51  profilanswer
 

Bonjour Jean Claude,
 
Quand vous dites que la correspondance des soldats n'intéresse personne je ne le pense pas.Personnellement ceci m'intéresse beaucoup et lorsque je trouve par exemple des cartes lettres ou postales ce qui me fait les acheter ce n'est pas la photo ou le dessin mais l'écrit du
soldat.On ressent toujours plein d'émotions à la lecture de cette
correspondance.
Bonne journée
 
Daniel

n°1866
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 21-03-2008 à 21:12:52  profilanswer
 

Bonsoir,  
Voici la numéro 405. Tout comme lui, l'ami Paul Persenot sera tué en 18. Avec un très léger effort on accède à toute la saveur de ce parler... Il est pas loin de vers nous... Oui, Louis, tu n'es pas loin de vers moi...
 
Carte-lettre du 26 juillet 1917, expédiée du secteur 195
 
Chère Marie
J’ai reçu ta carte du 21 et aujourd’hui celle du 22. Je ne t’ai pas écrit hier c’est parce que comme je t’ai dit, on a relevé la nuit dernière et ce n’est pas une belle promenade, car pour venir où que nous sommes à Bouvancourt, il y a au moins dix-huit kilomètres et avec le sac et le temps qu’il fait quand on arrive on n’en peut plus et la chemise bien mouillée. Je ne sais si on y restera longtemps. On ne sait rien, il y a le régiment où qu’est Paul Persenot , est pas loin de vers nous. Il est arrivé d’avant-hier. Je ne sais si je me rencontrerai avec lui, s’il est revenu de permission puisqu’il était pour quatre jours comme tu m’as dit. Pour la permission je crois que ça sera que pour le huit, car depuis un peu ils en font plus tant partir.
Reçois ma chère petite femme chérie mes plus doux baisers de celui qui t’aime. Louis
 
Voici sa bobine... Je le trouve joli garçon mais il aurait fallu que Marie nous en dise un mot...
                  http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/31/louis_epoux_de_louise_marie.jpg


Message édité par Jean-Claude Poncet le 21-03-2008 à 21:13:09
n°1870
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 23-03-2008 à 22:10:07  profilanswer
 

Bonsoir,
Toujours dans le même secteur, devant Bouvancourt.
Carte N°417.
Cordialement
J.C.
 
Carte-lettre du 26 août 1917, expédiée du secteur 195
Ma chère Marie
J’ai reçu hier au soir ta carte du 22 où que tu me dis que vous avez fini de faucher et que vous avez remisé la machine. C’est un bon débarras de ne plus à avoir à faucher.
Tu me demandes pour les brebis de réforme. Je ne sais pas bien te dire, car si comme tu dis, celle qui avait mal à l’oreille a fait 4.5, elle n’était pas des plus grasses et des plus maigres, je crois que si ils engraissent comme il y en a deux ou trois, tu pourrais lui faire entre 70 et 80 francs. Il ne faut hésiter à lui faire 80, et tu vois bien ce qu’il te dit, car Paul les vend toujours plus cher. Je ne peux pas bien te dire car je ne sais comme ils vont engraisser mais la viande au prix qu’elle est, en faut pas beaucoup pour bien de l’argent.
Enfin tu feras du mieux que tu pourras.
Aujourd’hui le temps est brouillé et ça menace la pluie, ça n’empêche pas le canon de donner mais c’est plus loin, du côté de Cerny. Aujourd’hui c’est dimanche et voilà une semaine que je t’ai quittée, elle m’a paru bien longue, surtout étant presque toujours dans ces souterrains et d’être éclairé au carbure, c'est-à-dire à l’acétylène. Ça fait de la fumée et on crache tout noir. Ça ne vaut pas l’air des champs, comme quand j’étais vers toi et que j’allais moissonner, je m’avais bien remis et maintenant ce n’est plus pareil. J’ai attrapé mal à la gorge mais ça sera vite passé.
Reçois mon petit ange chéri mes plus doux baisers de celui qui pense bien à toi. Louis

n°1874
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 24-03-2008 à 20:53:38  profilanswer
 

Bonsoir,
Scènes de la vie quotidienne.
Cordialement
Jean-Claude
 
Carte-lettre du 9 septembre 1917, expédiée du secteur 195
Chère Marie
J’ai reçu ta carte du 4 et en même temps la carte du pont Paul-Bert. Je pense que vous étiez faire un tour à Auxerre. Baron je l’ai rencontré hier au soir et ce matin et il n’en est rien de ce que j’ai dit sur ma carte d’hier. C’est plutôt parce qu’il s’est disputé avec le chef de sa Cie qu’il est comme cela, car il n’en a parlé de cela, car avant de partir il était bien fâché.
Je suis encore sur les bords de la rivière l’Aisne et je t’écris là. C’est aujourd’hui dimanche et on a repos comme à l’habitude et on est venu laver son linge et se laver, car où que nous sommes il n’y a pas d’eau pour se laver. On en trouve bien avec de la peine pour la cuisine.
Il y a beaucoup de bruine les matins mais dans la soirée il y fait un peu de soleil. Aujourd’hui nous avons parti qu’après la soupe à onze heures et on rentrera pour six heures. Car pour aller à l’Aisne de où que nous sommes il y a au moins trois kms pour y arriver et des fois en route on est accompagné d’obus si les Boches nous aperçoivent dans les boyaux.
La santé est assez bonne et je désire que ma carte vous trouve de même. Bonjour à tous et reçois ma chérie mes plus tendres baisers pour toutes les trois.
Sur l’autre carte tu m’as dit que tu avais profité un peu. Continue, tu en as besoin. Celui qui t’aime. Louis


Message édité par Jean-Claude Poncet le 24-03-2008 à 20:54:53
n°1895
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 02-04-2008 à 13:24:17  profilanswer
 

Bonsoir,
Toujours des scènes de vie sur le front mais beaucoup de liens vers le pays...
Cordialement,
Jean-Claude
 
Carte-lettre du 10 septembre 1917.
 
Chère Marie
J’ai reçu hier au soir ta carte du 6 où que tu me dis avoir été à Auxerre la veille. Je m’en doutais bien du moment que j’avais reçu la carte.
Aujourd’hui il y fait beau temps mais toujours le matin des bruines. Je suis changé de chantier, je vas un peu plus loin. Baron est à côté de moi, il conduit 8 hommes qui travaillent avec le génie à cinquante mètres de moi. Il vient de retourner vers eux, il [est] venu vers moi un instant, ils font comme nous, toujours des abris sous terre.
Il fait chaud et si ça n’avait grêlé du côté de Montefoix il aurait je crois bien mûri le raisin. Il faut toujours quelque chose qu’il arrive pour ne rien avoir, puisque c’étaient les plus belles. Je crois que le temps est vers vous comme par ici.
Toujours assez tranquille à part quelques obus. Plus rien à te dire que je termine en t’embrassant de tout cœur, pour toutes les trois. Celui qui pense à vous. Louis
Bonjour à tous.


Message édité par Jean-Claude Poncet le 03-04-2008 à 16:22:07
n°1902
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 03-04-2008 à 16:33:51  profilanswer
 

Bonsoir et bien amicalement.
J'ai rectifié l'année sur le message précédent, en septembre 1918, Louis n'était plus de ce monde.
 
MAUDIT METIER...
 
Carte-lettre du 11 septembre 1917.
 
Ma chère Marie
J’ai reçu deux cartes hier au soir, une du 7 et l’autre du 8. Sur la première tu me dis que tu as reçu une du 4 et que le 2 et 3 il en [est] point venu. J’ai pourtant, j’écris tous les jours le soir. On les donne à celui qui nous amène le ravitaillement et la nuit, puisqu’il ne faut allumer du feu pour placer tout ce qu’on lui donne. Et il se peut bien que j’en ai d’égarées, ou ailleurs, parce que j’ai écrit tous les jours.
Baron vient de me voir, puisqu’il est à cinquante mètres de moi. Il me dit qu’il s’en va demain pour suivre un cours, en arrière à Sapicourt pour quinze jours. Ça fait que ça fera autant de passé qu’il ne sera pas sous les obus.
Hier au soir j’ai reçu une carte qui m’a été apportée par celui qui amène le ravitaillement, et c’est Auguste qui est venu, comme tu m’avais dit, me voir, puisque Jeanne lui avait envoyé mon adresse. Mais ne m’a pas trouvé, puisqu’il est venu à Bouvancourt. Ça fait qu’il a trouvé les cuisiniers et leur a demandé quand je descendrai
Ils sont comme moi, ils n’en savent rien. Les Cies eux y viennent tous les seize jours et y restent huit jours, mais quant à nous on ne descend pas. Ça fait qu’il m’a dit que je lui dise quand je descendrai. Quand je saurai je lui ferai savoir mais il n’y sera peut-être plus puisqu’il est dans un pays au repos, où que j’ai été voir Gautherin. Pour se rencontrer ce n’est pas commode dans ce maudit métier.
Reçois ma chérie de celui qui t’aime mes plus doux baisers. Louis

n°1939
kbd
Posté le 11-04-2008 à 00:33:15  profilanswer
 

Bonsoir,
Je confirme l'intérêt des lectures de ces lettres "d'illéttrés", "ils étaient des hommes". Je passe plus de temps à lires ces lettres qu'a aucune autre lecture et merci à vous tous de bien vouloir les retranscrire.
Amicalement,
Kevin.

n°1969
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 17-04-2008 à 09:14:59  profilanswer
 

Bonjour à tous et toutes,
 
Carte lettre du 12 septembre 1917
 
Ma chère Marie
Je n’ai rien reçu hier de toi, mais j’ai reçu une lettre de mes nièces de Branloire*.
Aujourd’hui le temps est couvert car la pluie menace. Ça bien changé aux autres jours qu’il faisait un beau soleil. Les Boches sont depuis deux ou trois jours plus énervés, ils envoient des obus et ne les épargnent pas. Mais je crois que aujourd’hui on sera tranquille pour les avions car tous les jours qu’il faisait soleil il y en avait beaucoup pour nous embêter.
Toujours là et rien de changé.
Je termine ma chérie en t’embrassant de tout cœur pour toutes les trois. Louis
 
*Je n'ai pas trouvé Branloire dans l'Yonne, proche d'Auxerre

Salutations cordiales
Jean-Claude


Message édité par Jean-Claude Poncet le 17-04-2008 à 09:16:51
n°2012
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 24-04-2008 à 12:00:47  profilanswer
 

Bonjour à tous et toutes,

Carte-lettre du 13 septembre 1917, expédiée du secteur 195

 
Rien reçu hier au soir de toi, ça vient mal, il y en a qui sont bientôt venues et d’autres qui sont bien plus longtemps. Baron est parti comme je t’avais [dit] hier au soir et il a encore de la veine d’avoir été parti, car ça n’a pas duré bien longtemps, les Boches ont attaqué ce matin à cinq heures vers la Miette et ça a duré jusqu’au jour. Je ne sais pas ce qu’il en est au juste, mais qu’il y en a eu un bombardement. Les Boches sont venus, ils nous ont ramassé quelques personnes, on a eu de la casse et eux aussi. On a été tous alerté, mais Baron n’était plus en première ligne, mais il était parti du soir. Ils sont invincibles ces sales Boches, il y a rien à faire contre eux.
Je travaille toujours aux sapes et de ce moment j’en suis où que ça attaquait à 1 km ½ mais ça ne bouge plus. Ils nous ont pas pris de tranchées.
Toujours le ciel couvert et frais. Reçois ma chérie de celui qui t’aime mes plus doux baisers. Louis
 
 
Salutations
Jean-Claude

n°2068
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 10-05-2008 à 23:20:59  profilanswer
 

Bonsoir à tous et toutes,
 
Carte-lettre du 14 septembre 1917, expédiée du secteur 195
 
Chère Marie
J’ai reçu ta carte du 10 où que tu dis que tu savais que Baron m’avait fait monter le paquet. De l’attaque d’hier je n’en sais pas beaucoup plus, qu’ils ont emmené des blessés des nôtres et des Boches. Cette nuit on avait peur que ça recommence mais il n’en a été rien.
Je crois que pour le regain que ton père a fauché ça va se trouver mal, depuis hier il y fait pas chaud et il y tombe de la pluie. On croit bien faire et on se trompe avec le temps. Je ne sais si il y fait le même temps que par ici.
Je te dirai aussi que nous allons je crois être relevés de cet endroit dans deux ou trois jours. Il paraîtrait que le Bat qui était au repos est déjà parti du côté d’Epernay et que nous irons un peu au repos. Et après je ne sais où. Enfin on verra bien si c’est la vérité. Aujourd’hui c’est assez calme et la santé est toujours assez bonne. Bonjour à tous. Et reçois ma petite femme chérie mes plus tendres baisers pour toutes les trois. Louis
 
Salutations,
Jean-Claude

n°2100
monique ba​udry
cherchez ....vous trouverez
Posté le 30-05-2008 à 13:22:37  profilanswer
 

Bonjour
je viens de prendre connaissance de vos différents messages .Etant depuis peu en possession d'un carnet
ayant été écrit par un "sapeur du 4eme Genie" de la classe 16,il raconte ses journées vécues entre Avril 16 et Juillet 16.Je commence a le transcrire car , difficile a lire ! au crayon en toute petite écriture!Il est cantonné : au bois Le Comte. Près d'un aerodrome, d'ou partent avions,chasse- taubes, .......et Caudron, dont il parle a tous moments .......Pour plus de détails,je continue le travail !
Cordialement
Monique baudry

n°2101
carnot
Posté le 30-05-2008 à 17:45:32  profilanswer
 

bonjour Monique,
aurons nous la chance d'avoir accès à votre carnet de ce sapeur.En effet, cela m'intéresse énormément surtout cette période d'avril à juillet 1916?
merci d'avance
bien à vous et à tous
bruno

n°2102
Bruno Tard​y
Posté le 31-05-2008 à 09:22:38  profilanswer
 

Bonjour Monique,
De quelle compagnie était votre sapeur et faisait-il partie de votre famille ?
Mon père a passé 9 mois comme pionnier en subsistance à la compagnie 14/13 du 4e Génie, puis 1 an comme sapeur à la compagnie 14/63 de ce régiment.
Il est vrai que ce régiment était énorme.
Si cela vous intéresse, j'ai l'historique du régiment. J'ai aussi les JMO de ces deux compagnies, mais je pense qu'ils n'ont pas d'intéret pour vous.
J'ai fini de transcrire les lettres de mon père, je suis en train de terminer la mise en page avec toutes les photos qu'il a prises, et j'espère publier après cet été....si je trouve un éditeur;
cordialement
Bruno

n°2103
monique ba​udry
cherchez ....vous trouverez
Posté le 31-05-2008 à 10:58:38  profilanswer
 

Chers amis chercheurs et passionnés,carnot et bruno( dont je me suis empressée de parcourir ce qui se trouve sur internet )Bien sûr, je vous tiens au courant,pour vous, comme pour ma recherche, d'ailleurs .Le plus difficile , c'est de déchiffrer l'écriture toute fine au crayon, souvent effacée!Mais, ça ira !
Ce carnet est toute une histoire . Il m'a été offert par un ami de Corse ,lui aussi passionné .Il n'y avait aucun nom, mais grace a un coup de " GENIE" j'en ai retrouvé l'auteur !et, hélas sa fiche MPLF le 10 Sept 17
de maladie contractée en service .
Dès que mon travail avance, je vous le communique .
Bruno, l'histoire de ce régiment m'intéresse,surtout cette période,car mon père de la classe 16,fit son baptême du feu a cet endroit, ou il fut versé en Juin16,au  173RI, Côte du poivre ,etc ...etc....
Donc a trés bientôt; Merci ;
Cordialement
 

n°2104
carnot
Posté le 31-05-2008 à 19:22:58  profilanswer
 

bonjour Monique,
merci beaucoup pour votre altruisme et votre message. cette période m'interesse au plus haut point: le génie et le printemps été 1916.comme vous avez pu le lire ailleurs et sans rabacher,mon agp était aussi dans le génie (le 6eme) il est mort à verdun le 30 mai 1916
carnot était son 4eme prénom et son surnom à l'époque.
c'est pratique sur ce fil car mon prénom est aussi bruno comme bruno!!!!
bien à vous
bruno carnot donc!

n°2105
Bruno Tard​y
Posté le 01-06-2008 à 09:36:04  profilanswer
 

Bonjour Monique,
Pas de problème pour l'historique, je vous l'envoie si vous voulez bien me communiquer votre adresse e.mail par message privé.
Mais attention, dans le Génie chaque compagnie ou détachement a eu un parcours différent. Et comme vous le verrez dans l'historique, il y en a eu une centaine dans ce régiment.
Cordialement
Bruno Tardy


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