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  on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire,

 

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Auteur Sujet :

on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire,

n°1909
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 04-04-2008 à 02:57:27  profilanswer
 

bonsoir a tous  
lorsque j'ai découvert "page 14-18" je venais de passer 4 ans, la plupart du temps la nuit, à retranscrire  les quelques 210 lettres qu'un jeune poilu de 20 ans, avait écrit à mon arrière-grand-mère, sa marraine de guerre, et qui fut fiancé à ma grand mère deux mois avant de mourir dans la Somme,  dans la tranchée Léthée non loin de Péronne
comme j'ai regretté de ne pas avoir été des vôtres avant!....j'aurais mieux compris cette ambiance...
il y a une telle mine de renseignements sur le forum et cette possibilité de poser mille et une questions ! ... j'ai lu alors des explications et des renseignements que j'avais eu bien du mal à trouver, étant en plus à l'époque grande débutante à l'ordinateur....
et voila : ce document fini , illustré des aquarelles en couleur et croquis de l'auteur des lettres ou de ses amis , compagnons de tranchée a d'abord été imprimé à mes frais à une centaine d'exemplaires pour ma famille et mes amis proches .malheureusement le prix était élevé ! 50 euros ...
puis un jour un historien visitant une exposition de peinture tombe sur le livre dans un coin de mon atelier
et voila  le livre édité chez l'Harmattan  cette fois ci ! cela permet de diminuer le prix mais les illustration sont réduites en nombre et sont en noir et blanc sauf la couverture ..dommage...
d'avoir retravaillé le livre : présentation, texte de liaison et illustration m'a permis de retrouver des erreurs mais réussit-on à faire un sans faute lorsque l'on n'est pas un spécialiste ? j'en doute...cependant j'ai fait de mon mieux pour rendre hommage à cet homme qui a failli être mon grand père...et à tout ses compagnons de combat...j'avais l'impression qu'il me tendait les lettres par delà les générations pour que je passe son message
qu'il avait voulu passer d'ailleurs dans un livre commencé sous les bombes qu'il aurait intitulé : " Les Martyrs "....
 
  " et c'est ce qui nous fait souffrir tous, c'est que l' ON PREND NOS CRIS DE DETRESSE POUR DES ECLATS DE RIRE !...écrit-il ..
                                                                     ---------------------------------------------------
C’est ce cri venu du fond des tranchées  que ce jeune poilu lance à travers ses lettres à sa marraine de guerre. Parti impatient de se battre pour cette cause juste : défendre la patrie ; bientôt Il crie son désaccord, car on fait de lui un criminel et un boucher écrit-il et il veut dire au monde sa révolte devant les souffrances des poilus  non reconnues à l’arrière  à leur juste valeur dans leur sacrifice. Et malgré ses fiançailles avec Hélène, la fille de sa marraine de guerre,  exténué, au bord du suicide et criant son désespoir, il meurt fauché par un obus avant d’avoir atteint ses 22 ans. Devant sa franchise, à l’époque ses amis l’accusent d’antipatriotisme, on sait maintenant qu’il disait simplement la vérité…..
 
l'Historial de Peronne me propose de recueillir ces archives ...j'hésite et en même temps cela permettrai à un beaucoup plus grand nombre de consulter ou regarder ces lettres et dessins temoins du passé....  
 
 
 


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1910
Charraud J​erome
Posté le 04-04-2008 à 08:13:56  profilanswer
 

Bonjour
Merci pour votre texte
Quelle est l'unité de celui "qui aurait pû être votre grand père"?
 
http://www.editions-harmattan.fr/catalogue/couv/9782296052321r.jpg
 
Cordialement
Jérôme Charraud


Message édité par Charraud Jerome le 04-04-2008 à 08:14:20

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n°1911
Stephan @g​osto
Posté le 04-04-2008 à 08:45:23  profilanswer
 

Bonjour,  
 

Citation :

Quelle est l'unité de celui "qui aurait pû être votre grand père"?


 
Jérôme, si l'on se fie à sa fiche MdH, il était du 158e R.I.
 
Mysosotis, merci pour cette émouvante présentation de votre livre. A Paris cet après-midi, je passerai à l'Harmattan.
 
Concernant un dépôt des documents originaux à Péronne : il n'est pas simpe de trancher... Evidemment, c'est un gage de préservation, et ça, c'est inestimable. En revanche, il ne faut pas trop compter sur un accès large et facile à ces archives une fois qu'elles seront déposées (et oubliées) dans les fonds sans fond de l'Historial. Mais heureusement, dans votre cas, l'essentiel est déjà fait avec cette publication qui, elle, garantit dès aujourd'hui une large diffusion de ce témoignage.  
 
Amicalement,
 
Stéphan


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n°1913
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 04-04-2008 à 11:33:10  profilanswer
 

bonjour Jérome et Stéphan
et oui c'est cela il était bien du 158e R.I.c'est le premier debout à gauche
merci à Jérome pour la présentation de la couverture
lorsque j'aurai compris comment faire pour vous offrir des images je pourrai vous mettre quelques un de ses dessins et aquarelles en couleur
merci à Stéphan pour ses remarques à propos de la conservation des documents et surtout de la difficulté à pouvoir les consulter après
c'est effectivement ce qui me fait hésiter
pour l'instant je participe à des manifestations dans ma région,: café littéraire ou lecture des lettres au collège devant un public de 3ième
j'ai créé une forme raccourcie du livre d'une heure environ, qui raconte cette histoire où se mèlent  le quotidien des rapports d'André et de ma famille avec l'Histoire de France avec un grand H
l'écoute de ces jeunes a été incroyable ! il faut dire q'en même temps je passe en vidéo projection les illustrations envoyées avec les lettres...une présentation des originaux est toujours un moment de grande émotion (la plupart du temps sous verre)
mais j'ai toujours un peu peur d'en abimer
enfin je réfléchis encore  
je me suis prise d'affection pour cet homme que j'appelle mon presque Grand-père et me séparer de ses lettres me coûtera  
cependant je crois que je le ferai tout de même un jour....  
en attendant si vous désirez en profiter pour les voir , je fais une signature du livre avec  lecture et présentation de quelques originaux le jeudi 10 avril , à la librairie Tekné 7 rue des carmes paris 5ième à partir de 19h
amicalement


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1914
Stephan @g​osto
Posté le 04-04-2008 à 12:00:08  profilanswer
 

Bonjour,  
 

Citation :

je me suis prise d'affection pour cet homme que j'appelle mon presque Grand-père et me séparer de ses lettres me coûtera  
cependant je crois que je le ferai tout de même un jour....


 
En ce cas, un dépôt dans un centre d'archives sera une bonne chose, bien sûr.
De toutes façons, vous faites les choses dans le bon sens : une publication, puis, par la suite, un archivage officiel.  
 
Un exemple récent m'a profondément déçu et il concerne justement l'Historial de Péronne. Ce centre a reçu en don, il y a quelques années, la correspondance de guerre de Georges Duhamel, promettant une publication future de ces documents. Il a fallu attendre plusieurs années, mais ça y est, la publication a en effet démarré : un premier volume est paru il y a quelques mois... Prix de vente : 215 euros !!!!  :pfff: Un choix éditorial que rien ne justifie, je pense, et qui montre que l'exploitation de tels documents par des centres comme l'Historial de Péronne est très maladroite et ne prend que très peu en compte la réalité, la "vraie vie" et les attentes d'un public pourtant intéressé par cette publication. C'est du gachis. D'une part le fonds documentaire restera très peu accessible, paumé qu'il est à Péronne. D'autre part, la publication ne touchera que peu de monde. Ratage sur toute la ligne.
 
J'espère trouver votre ouvrage cet après-midi et bonne continuation dans vos présentations de cette correspondance. En tant qu'illustrateur, j'ai également hâte de découvrir les aquarelles...
 
Amicalement,
 
Stéphan
 


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n°1915
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 04-04-2008 à 16:09:11  profilanswer
 

cher stéphan
 
Elles seront en noir et blanc hélas....
mon premier livre couverture et 66 illustrations toutes en couleur dont 15 dessins et aquarelles( je n'ai pas tout car il y a eu partage avec la famille d'André)coûtait 50 euros et cela faisait déjà trop cher pour beaucoup....pourtant les 110 exemplaires sont partis(famille, amis, et la librairie aux amaterurs de livres internationaux à paris) mais du coup j'ai laissé faire quand on m'a demandé de réduire sérieusement les illustrations et de les mettre en noir et blanc
cependant, prenant connaissance de votre expérience avec le "Georges Duhamel" je pense que je vais d'abord tout faire pour que sorte unpetit fasciculeavec quelques lettres et les illustrations en couleur...avant de songer a me séparer des originaux  ....
c'est tout de même dommage de faire un choix de publication élitiste
j'aurais plutôt imaginé cela venant dans un deuxième temps
 
amicalement
 
Myosotis


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n°1916
Charraud J​erome
Posté le 04-04-2008 à 16:30:55  profilanswer
 

myosotis a écrit :


c'est tout de même dommage de faire un choix de publication élitiste
j'aurais plutôt imaginé cela venant dans un deuxième temps


 
Bonjour
Le problème c'est que j'ai peur que le deuxième temps se transforme en un seul temps
 
Cordialement
Jérôme Charraud


Message édité par Charraud Jerome le 04-04-2008 à 16:31:23

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n°1917
Stephan @g​osto
Posté le 04-04-2008 à 19:49:13  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Ca y est : le livre est là, tout à côté de moi. Je l'ai rapidement feuilleté et il me tarde de m'y plonger sérieusement !  
 
Merci pour ce travail !
 
Amicalement,
 
Stéphan


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n°1920
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 04-04-2008 à 21:25:08  profilanswer
 

bonsoir à tous,bonsoir Myosotis,
 
tout d'abord,je voulais vous dire que j'étais très admirative du travail que vous avez fait (la retranscription des lettres,l'édition ensuite) et du travail de mémoire que vous faites auprès des jeunes  :jap:  
 
votre livre m'interpelle beaucoup car mon grand'oncle faisait partie du 158è RI,il est mort quelques semaines après le début de la guerre (le 20 août 14),il avait 21 ans.
alors peut-être se sont-ils croisés,connus,lui et votre grand-père de coeur?
rien que d'y penser....
 
peut-on se procurer votre livre par correspondance?-------------->j'ai trouvé,c'est ici:
                                                                                       http://www.editions-harmattan.fr/i [...] e&no=25492

 
 
bien amicalement,
Mireille


Message édité par mireille salvini le 04-04-2008 à 22:01:21
n°1922
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 04-04-2008 à 22:21:25  profilanswer
 

bonsoir Mireille
lorsque vous lirez le livre vous verrez qu'ils n'ont malheureusement pas pu se rencontrer. André Tanquerel n'avait pas 20 ans en août 14 et n'a été incorporé que mi novembre 14 vraisemblablement .
mais je comprend votre émotion  
je me suis dit la même chose en lisant "les carnet de campagne de Louis Barthas Tonnelier" car il avait tellement la même manière de parler de là bas ...les mêmes mots...  
si vous lisez ces lettres j'èspère que vous me donnerez vos impressions
à bientôt  
amicalement
Myosotis


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1929
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 06-04-2008 à 23:47:36  profilanswer
 

bonsoir à tous  
comme promis j'essaie de vous offrir quelques réalisations d'André Tanquerel ou de ses amis peintres compagnons de tranchée
en premier une aquarelle d'André envoyée avec la lettre du 8 août 1915:
un moment de repos dans une petite étable peut être en seconde ligne
cependant les fusils tout près dans le coin ou a côté du dormeur montre qu'il sont sur leur garde, et la faux placée dans l'angle gauche est un rappel évident de la présence perpétuelle de la mort qui peut frapper à tous moments
http://domi.carrier.free.fr/forum/tranchée.jpg
c'est une des illustration qui n'est pas du tout dans le livre
si ça a marché je peux vous envoyer petit à petit toutes les illustration en couleur  
mais j'ai vu qu'il y avait une page " l'art et la guerre "  
est-ce là qu'il faut transmettre les oeuvres de ces artistes disparus ?
 
stéphan j'espère que vous accepterez de me donner vos réactions sur le travail de présentation
 est-ce trop , ou bien manque-t-il quelque chose ?
pour ma part il me semble qu'il manque encore des indications, des cartes,des rappel de la hiérarchie militaire par exemple pour les jeunes....etc. ....
amicalement  
myosotis


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n°1930
Annie
Posté le 06-04-2008 à 23:53:55  profilanswer
 

Bonsoir,
 
http://domi.carrier.free.fr/forum/tranchee.jpg
 
Cordialement
Annie
 
C'est le "é" de tranchée qui empêchait l'image d'apparaître.


Message édité par Annie le 06-04-2008 à 23:55:03
n°1931
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 07-04-2008 à 00:03:11  profilanswer
 

désolée ! ça n'a pas marché !pour l'aquarelle
pourtant j'ai lu le 3.3 ajout d'image
je vais tàcher de trouver  
si vous avez une idée de ce qui cloche  
merci de me le dire
amicalement  
myosotis
 


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n°1932
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 07-04-2008 à 00:40:27  profilanswer
 

d'accord ! ! Merci Annie ! !
alors voila une autre illustration réalisée par un ami caricaturiste d'André  sur la dernière feuille de sa lettre du 15 septembre 1915 dont voici le texte
Ma chère Marraine
J'ai votre lettre du 12 ainsi que le flacon de "pilules pâles pour personnes pingres" dont je vous remercie beaucoup.
Je ne puis vous expliquer les phénomènes qui se passent sur vos clichés car je n'y comprend pas grand chose , surtout à distance.
Je n'ai pas grand chose à vous conter de neuf ma chère marraine.et de plus ce que je puis vous dire est bien limité par la censure. Ceux qui seraient pris à donner des détails, sont passible du conseil de guerre. Ors nous sommes suffisamment ennuyés comme cela pour ne pas chercher à nous procurer d'autres embêtements. Nous avons le nouveau casque d'infanterie. C'est lourd et ridicule, car la tête y disparaît complètement ! Si vous pouviez nous voir avec ces outils là, vous ririez cinq minutes
On a l'air d'une armée de champignons en marche !
Enfin tout cela est idiot idiot idiot
La guerre est idiote la vie de soldat aussi naturellement
Et tout cela serait risible si ce n'était triste !
je laisse la plume à l'un de mes amis caricaturiste de profession qui nous charme sans cesse par ses dessins drôles.
Je n'ai plus de papier chère marraine ni d'enveloppes. Aussi j'en avais acheté quelques unes. Soyez assez aimable pour joindre une enveloppe et une feuille de papier.C'est le plus simple
Plus grand-chose à vous dire si ce n'est que je vous embrasse tous affectueusement
votre André
[img]http://domi.carrier.free.fr/forum/casque.jpg[img]
malheureusement l'ami n'a pas signé et André ne cite pas son nom
amicalement  
myosotis


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n°1933
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 07-04-2008 à 00:43:32  profilanswer
 

correction  
http://domi.carrier.free.fr/forum/casque.jpg


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n°1970
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 18-04-2008 à 00:06:14  profilanswer
 

bonsoir à tous  
voilà un feuillet qui a échappé au livre , car retrouvé depuis peu par celui qui m'avait donné les lettres il y a 9 ans
cela fait partie des chapitres du livre qu'André Tanquerel  intitulait : "Les Martyrs" et qu'il voulait publier après la guerre, pour que l'on sache enfin à l'arrière quel était le quotidien des tranchées, que les générations futures sachent l'envers des victoires et que nul n'oublie les poilus sacrifiés  
 
Les Martyrs
 
« Les cuistots »
 
Ils s’en vont en file indienne, à la brune, lourdement chargés d’un sac de pain ou de « bouteillons » de jus et de pinard.
Ils ont quelquefois dix ou douze kilomètres à faire dans la nuit pour ravitailler ceux qui sont en lignes, mais ils ne se plaignent pas car ils se savent attendus, et la joie des poilus à leur arrivée, les récompense de toutes leurs peines.
Ce sont des braves, faisant leur obscur devoir en silence, élevant leur humble tâche à la hauteur d’un sacerdoce.
Les cuistots sont choisis parmi les plus vieux de la compagnie ; l’emploi étant considéré comme un « filon » revient de droit aux Anciens.
Le métier est dur…Pendant la journée, aller au ravitaillement, puis préparer la soupe que l’on ira le soir porter « là-haut ».
Les cuisines sont toujours loin des lignes pour éviter le bombardement, car le pire malheur qui puisse arriver est la chute d’une marmite dans celle de la « cuistance »
Porter la soupe devient donc un véritable voyage dans les boyaux, qui dure toute la nuit et dont on ne revient qu’au petit jour.
Encore heureux quand le voyage n’est pas coupé d’incident ou d’accident.
Quelquefois, la colonne s’arrête pour souffler.
On allume une pipe, on cause du pays en patois …Les barbes grises se dressent, hument le vent pour sentir d’où vient le danger : car il ne s’agit pas de se faire prendre dans un tir de barrage qui aurait vite fait de renverser bidons et gamelles…
Et suivant l’endroit où « ça cogne » il faut prendre un autre chemin, qui allonge souvent considérablement le ruban déjà respectable de kilomètres.
Parfois, malgré tout, une batterie prend la colonne sous  son feu…Alors on se couche à plat ventre et on attend…un quart d’heure, une demie heure, l’accalmie.
Puis l’on repart vite, en se surchargeant du fardeau d’un camarade blessé ou tué.
Il arrive aussi que la colonne s’engage dans boyau abandonné et s’embourbe.
Alors il faut faire des prouesses  d’adresses pour sauver pour sauver les maigres portions que les  camarades attendent « là haut » en battant la semelle derrière les créneaux on avance Ainsi d’avatar en avatar, on arrive  quand même en première ligne…
V’la les cuistots !...aussitôt chacun, sans quitter sont poste, sort gamelle et quart.
Et les cuistots passent de « bonhomme » en bonhomme et distribue les parts
L’invariable question qu’on leur pose est : « dis donc vieux, ya des lettres ? »
 Et les cuistots de répondre :  « oui » pour contenter tout le monde.
Leur tâche terminée, ils s’en retournent ; mais délivré du précieux fardeau de la soupe, ils dédaignent les boyaux pour s’en aller à découvert…
…Et il n’est pas rare de rencontrer la nuit, pour peu que l’on saute les parapets, le cadavre d’un de ces malheureux, étreignant encore un « bouteillon » vide.


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n°1972
alain13
Posté le 18-04-2008 à 14:15:06  profilanswer
 


Bonjour Domie,
 
Merci pour votre réponse, mais je ne peux vous répondre moi même sur votre MP car je suis en "ignore list" ???
Je vous fais donc passer la carte ci-après qui figure l'emplacement de la tranchée du Léthé  qui fait bien une sorte d'Y avec la tranchée de " l' inoubliable grand père ".
Pour ma part, le secteur qui m'intéresse n'est pas celui là mais se situe plus au sud entre Ablaincourt et Pressoir.
Et Bravo pour tout ce travail qui a trouvé son aboutissement dans la publication de votre livre.
 
Amicalement,
Alain
 
 
http://img175.imageshack.us/img175/3351/ablaincourtoct1916xz2.jpg

n°1973
antoinedev​erdun
22 MAI 1916
Posté le 18-04-2008 à 17:49:08  profilanswer
 

Bonjour,
 
je tiens tout d'abord à féliciter Myosotis pour son magnifique travail et je tiens aussi à saluer la mémoire de son "presque grand-père".
Un petit client d'oeil du passé avec "la tranchée de l'inoubliable grand-père" que l'on voit sur la carte d'Alain.
 
cordialement, Antoine.


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Dulce et decorum est pro patria mori...
n°1974
Cuchlainn
Posté le 18-04-2008 à 23:38:18  profilanswer
 

Bonsoir,
Quelle belle (quoique triste) histoire Myosotis.
Le 158e ! Toujours le 158e !
Celui où mon arrière-grand-oncle combattait du 30 septembre au 14 octobre 1915 !
Se sont-ils rencontrés ? Que dit "votre" soldat des combats de ces journées-là ?
 
Cordialement,
Cyrille


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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°1979
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 20-04-2008 à 18:02:22  profilanswer
 

bonjour à tous
merci à Antoine pour le petit clin d'oeil du passé avec la tranchée de l'inoubliable grand père....
savez-vous que je me demande bien pourquoi cette tranchée s'appelle ainsi ?...
quand au 158ième dont cyrille nous parle, voici les lettres envoyées par André entre le 28 septembre 1915 et le 14 octobre 1915 :
André est dans la fournaise et crie sa détresse dans un mot dont nous ne connaissons la date que par le tampon postal (28 septembre 15) :
Septembre 15
Mes chères amies
Je profite de quelques instants de repos, pour vous envoyer ce petit mot.
Ce qui se passe ici est affreux. Je me demande comment je ne suis pas mort ni devenu fou. Je ne sais même plus quelle date nous sommes et ce soir à nouveau on rentre dans la fournaise. La vierge m’a protégé cette fois encore.
C’est horrible, affreux. Nous avons l’air de bouchers.
Priez pour moi et recevez mes pensées les plus affectueuses de votre
André
puis
Lettre écrite au crayon :
30 septembre 1915
Ma chère Marraine
J’ai reçu vos lettres toutes à la fois, et me hâte de vous répondre. Je suis en bonne santé et cette fois-ci encore, suis revenu de l’enfer après avoir vu plusieurs de mes camarades tomber autour de moi. C’est atroce et ce n’est hélas pas fini. Je me demande parfois quel crime nous avons commis pour être si cruellement punis ? Il est impossible d’échapper à la mort dans un pareil ouragan de ferraille et lorsque l’on est indemne une fois, on se demande si ce n’est pas pour la prochaine.
Les journaux vous ont appris les phases de la grande bataille. Le plus
affreux c’est qu’il pleuvait à torrent et que nous avions de l’eau jusqu’aux genoux. Quatre jours, sans repos, sans arrêt, sans manger, presque, et raidis de froid et d’eau glacée.
Voilà notre vie. C’est à pleurer des larmes de sang, ma pauvre Marraine,
et tout cela pour aboutir à une mort idiote, dans un boyau boueux et déchiré par des fils barbelés. J’en ai assez, plus qu’assez et ne suis pas le seul. Je n’ai plus de forces, rien, plus de moral et suis à moitié fou.
Je vous embrasse tous, ma chère Marraine, bien affectueusement, et serre cordialement la main du patron.
Votre André
 
Samedi 2 octobre
Ma chère Marraine
Je vous écris debout contre un arbre, au soleil !
Oui ce matin il fait soleil, un beau soleil tout jeune, tout clair.
Nous sommes revenus dans le petit bois cette nuit, pour nous reposer et, dans le gai matin, on s’éparpille, accrochant aux branches nos capotes qui ne sont plus qu’un tas de boue. Du reste, de la tête aux pieds, depuis huit jours, nous ne sommes que des masses de glaise humide en mouvement.  
Il y a huit jours exactement, nous nous préparions pour l’assaut, et déjà le destin avait posé son doigt sur le front de bien des camarades.
Après avoir marché toute la nuit dans les boyaux, nous sommes arrivés le matin dans un endroit où nous avons attendu le signal de l’attaque.
Nous sommes prêts… Le premier assaut doit être donné par des
chasseurs à pied et une partie de notre régiment, nous, nous sommes le second choc, autrement dit le renfort.
A midi 20 le bombardement cesse brusquement et le silence devient
grand, grand. Encore 5 minutes et une mine saute… C’est le signal… En
avant. Vive la France ! La ruée s’élance et l’assaut est si impétueux que nous allons plus loin qu’on ne le pensait. On tue une grande quantité de Boches.
Leurs mitrailleuses crachent sans arrêt et sèment la mort parmi les nôtres, mais cela ne fait rien… En avant ! En avant toujours !
Les Boches lâchent petit à petit et pris de panique fichent le camp en
levant les bras… Kamerad ! kamerad ! Et c’est la garde Elle-même, S.V.P. !
Et voilà, on récolte les prisonniers qui bientôt arrivent dans nos lignes,
avec le sourire car pour eux : guerre finie !
Ils défilent devant nous dans le boyau. Ils sont propres, bien habillés, gras et souriants.
Nous leur causons sans haine et ils répondent. L’un d’eux a un ruban
jaune. Je lui demande ce que c’est. Il me répond « mitrailleur ». Un autre
passe. Je lui dis : « t’en a marre ? » Il répond « t’es de Paris ? » Et il
m’explique qu’il est chapelier rue du temple !
Mais tout cela se passe sous le feu de l’artillerie boche qui prépare la
contre-attaque. Fini de rire ! Leurs obus, leurs plus terribles, les fusants de 190, arrivent par bordées de six au dessus de nous, avec une précision étonnante. Nous nous couchons à plat ventre au fond du boyau. Et les Boches pour s’en aller, nous passent sur le dos. Bientôt ils tombent, atteints par leurs propres obus. Quelques-uns de nous sont également tués, mais tués  horriblement, déchiquetés, les lambeaux de leur corps éparpillés partout. Le fond de la tranchée est bientôt pavé de cadavres.  
Deux camarades de ma section tombent sur moi... L'un, le crâne ouvert, l’autre le flanc déchiré, les deux bras arrachés. Ecrasé par leur poids, je ne puis bouger, et leur sang coule sur moi. Celui qui a le crâne ouvert, a sa bouche contre mon oreille, comme s’il voulait me dire quelque chose. Sa cervelle, mêlée de sang, tombe en petits filets dans mon cou. J’en ai presque sur les lèvres, c’est à devenir fou !… Néanmoins, je suis protégé par les deux cadavres jusqu’à ce qu’un
obus, tombant tout près de moi, m’enterre complètement… Je me suis
dégagé comme j’ai pu, hagard, et séparé de ma compagnie, mon fusil brisé, ma couverture en loque, j’ai erré dans les boyaux où j’ai été recueilli par un lieutenant de mon régiment qui m’a fait rejoindre les miens…  
Voilà, il y a huit jours de cela. Ma ceinture, ma bourse et mon chapelet ont disparu dans
tout cela. Je donnerai dix ans de ma vie pour ne plus voir cela. Et ceux qui écrivent chez eux des lettres épatantes, sont de sinistres farceurs ou des vantards. Il n’y a pas de nature humaine qui puisse résister au spectacle d’une telle boucherie. J’ai prié constamment la vierge, suivant le conseil de mon confesseur. Je ne sais comment je suis encore là… Une telle vie est impossible et si l’on n’avait pas au coeur une affection quelconque, il y en a beaucoup qui se feraient sauter la cervelle. Ce qui me console c’est que les Boches sont comme nous. Ils en ont assez ! Alors ! Alors ! Qu’est-ce qu’ils fichent là ? A bien réfléchir, tout cela est idiot. Enfin, tout cela est bien triste
et pour me réchauffer, je pense à votre cuisine chaude où nous lisions,
l’hiver dernier, « le secret de la Marinière ».  
Merci à Nane pour le scapulaire et la médaille, embrassez-la bien tendrement pour moi. Merci au patron pour son petit mot, et bonne santé. Un baiser à toute la maisonnée.
Votre André
( il y a huit jours de cela donc le 24 septembre environ)
......suite au prochain message
cordialement
Myosotis


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1981
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 20-04-2008 à 21:52:47  profilanswer
 

bonsoir à tous,bonsoir Myosotis,
 
merci pour ces retranscriptions qui nous donne un aperçu du livre.
les observations sont fines et précises (j'aime beaucoup "les cuistots" )
c'est vraiment saisissant à lire et on se dit encore une fois,pour la énième fois:"comment ont-ils fait pour tenir?"
 
merci encore  :jap:  
amicalement,
Mireille

n°1982
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 20-04-2008 à 22:42:50  profilanswer
 

bonsoir mireille
c'est vrai on ne peut s'empècher de se poser la question et on ne peut rester de marbre en lisant de telles lettres !
et c'est bien ce qui m'a décidé à faire tout mon possible pour que le projet d'André Tanquerel se réalise par delà les générations : dire au monde la souffrance et le quotidien des poilus afin que nul ne les oublie.
pour cyrille vous tous, voilà la suite des lettres
 
Mot écrit au crayon sur carte lettre simple :
4 octobre 1915
Ma chère Marraine
Je reçois régulièrement vos lettres. Cela me fait plaisir. Vous me
demandez dans celle du 29 qui sont Hélène et Jean ? Vous oubliez donc que
c’est ainsi que j’ai baptisé mon fusil et ma baïonnette ?
Je vais bien mais suis fatigué. Il s’est remis à pleuvoir. C’est dégoûtant.
Ah ! Si cela pouvait se terminer avant l’hiver. Rien que d’y penser, je suis
gelé d’avance. Si seulement je pouvais venir scier du bois avec le patron,
pour me réchauffer ! Je termine car le papier va me manquer. Mes bonnes
amitiés au patron et pour tout le monde un bon baiser de votre
André.
 
amicalement
myosotis


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1983
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 20-04-2008 à 22:50:32  profilanswer
 

et puis cette triste lettre ou il semble noicir le tableau dans l'espoir de se faire mieux entendre de joseph mon arrière grand père...ou bien était-ce vraiment ainsi ?...
 
Lettre écrite au crayon :
8 octobre 1915
Cher Monsieur Thibault
Je vais utiliser un moment de repos pour me permettre de vous dire
quelque chose.
Quoique venant d’un « bleu », j’espère que vous l’accepterez.
Depuis quatre mois je suis au front ; depuis quatre mois, j’observe,
j’écoute, tout en prenant ma part de fatigue et de risque.
Nous menons ici une vie que les gens de l’arrière, malgré les écrits, les
documents, et leur bonne volonté, ne peuvent comprendre ; une vie que l’on
ne voudrait pas accepter pour une fortune. Seuls, des jeunes gens, sains,
peuvent, à la rigueur, en ruinant leur santé, accepter une existence semblable.
Seuls des hommes jeunes et sans famille à soutenir, peuvent accepter de
mourir dans de telles conditions, après mille souffrances morales et
physiques.Au surplus, il n’y a au front, aucune camaraderie. Les hommes
sont jaloux les uns des autres et ne cherchent qu’à se faire mutuellement du
mal ou des vexations. L’habitude de vivre parmi la souffrance les rend
indifférents à la souffrance.
Puis à la longue, cette lutte sans fin, aigrit les caractères, et le moral,
rongé à sa base, aussi bien par les soucis que par la vermine, s’écroule
lamentablement dans le désespoir. Et l’élan, le fameux élan, n’est que la
marche affolée d’hommes qui en ont assez, vers la mort, vers la délivrance.
Croyez-vous que ce soit vivre que de rester un mois à croupir dans de la
paille qui n’est plus que du fumier, sans pouvoir se changer, se laver, se raser
ou seulement dormir sur de la terre sèche ? Non, non, et non. A tel point que
chacun cherche à s’embusquer, je dis bien, à s’embusquer, et on le dit sans
fausse honte.
Vous allez me parler de devoir, d’héroïsme etc., et toute la clique des
grands mots que les patriotards aiment à faire résonner. Hélas ! Si seulement
on se battait loyalement. Mais non. Il faut attendre dans des boyaux repérés
depuis longtemps par les artilleurs ennemis, dans des boyaux qui souvent
deviennent de lugubres sépultures, il faut attendre accroupis comme des
bêtes traquées, la mort, l’horrible mort qui éparpille l’être aux quatre coins
du ciel, ou la délivrance sous forme d’une blessure horrible qui amène la
réforme. Voilà la vérité. C’est une plainte, mais c’est la plainte des trois
millions d’hommes qui sont ici !
Tout cela pour vous dire ceci : Vous êtes malade, et avez le droit de ne
pas venir ici, usez de ce droit jusqu’au bout. Et au dépôt, tâchez de trouver
un emploi quelconque, mais à tout prix ne venez pas ici ! J’en ai vu assez
pour pouvoir vous causer comme cela.
Vous avez une famille, pensez-y. Vous direz peut-être que beaucoup
d’autres, et qui avaient aussi une famille, sont morts – c’est malheureux –
mais nous sommes à un moment où chacun doit penser à lui et aux siens. Je
129
ne puis vous en dire plus long, car parfois nos lettres sont ouvertes. Croyez
bien que je vous parle en toute sincérité et non à la légère.
Et pour terminer, recevez un très affectueux souvenir de
Votre André
Mot ajouté sur une petite feuille :
Ma chère Marraine
J’ai vos lettres du 4 et 5 oct. reçues en même temps. Je vous promets
d’être courageux, ma chère Marraine, tant qu’il me sera possible. J’espère
que la bague pour Nane est arrivée.
Ici c’est lamentable. C’est beau la victoire ! Mais comme vous le verrez
dans ma lettre au patron, il y a un mois que je n’ai pas pu me laver ou me
changer et nous sommes rongés à tel point par les poux que nous avons le
corps en sang.
Il y en a dont le dos n’est plus qu’une plaie !
Avec cela on vous raconte que notre moral est excellent et que les troupes
sont fraîches ? !
Laissez-moi rire ! Et l’on parle de nous remettre dans la fournaise, tels
quels !
Vraiment on fait bon marché des vies humaines !
Enfin, on marche, parce que l’on attend les jours heureux, parce que nous
croyons tous en revenir.
Merci, ma chère Marraine, pour votre mandat. Vous êtes très gentille
pour moi mais je crains que cela ne vous prive.
Un baiser affectueux à toute la maisonnée de
Votre André


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1984
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 20-04-2008 à 23:07:11  profilanswer
 

la lettre précédente m'a laissé une drôle d'impression car dans l'ensemble il parle plutôt de camaraderie et d'entraide mais elle souligne à sa manière toute l'horreur d'une vie qu'il ne veut pas faire partager à ceux qui lui sont cher.
 
Mot sur carte-lettre saumon de correspondance militaire :
9 octobre 1915
Ma chère Marraine
J’ai reçu votre lettre contenant l’image qui m’a fait très plaisir et dont je
vous remercie beaucoup. Je serai très heureux d’avoir des détails ( ?) lorsque
vous pourrez m’en donner.
Ici ça va comme à l’ordinaire.
Nous attendons toujours un repos qui ne vient pas. Il y a 16 jours que
nous sommes en ligne.
Je vous embrasse tous bien affectueusement
André  


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1988
Cuchlainn
Posté le 21-04-2008 à 10:22:48  profilanswer
 

Merci infiniment Myosotis.
Cependant, il y a dans ces extraits des choses qui me chafouinent par rapport au JMO. Pouvez-vous confirmer qu'il était déjà au 158e (et donc, dans l'Artois) en ces journées d'otobre 1915 ?
Car le JMO indique, au 30 septembre, que "les trois bataillons sont en réserve de division", alors qu'André note le 9 octobre qu'il est en ligne depuis 16 jours.
Ce peut n'être qu'une question d'interprétation du terme "en ligne" et André pouvait être du 3e bataillon qui ne sera relevé que le 13/10.
Cordialement
Cyrille


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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°1991
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 21-04-2008 à 23:57:49  profilanswer
 

bonsoir cyrille  
je suis trop lente dans mes recherches dans les classeurs des originaux des lettres je vous etudie cela sur une feuille word et je la copierai ensuite  
en attendant les première adresse sont 23ième R.I.32ième compagnie puis il passe instructeur et voit partir son Régiment vers l'Alsace sans lui à son grand désarroi
enfin
je trouve une enveloppe du10 juillet   :  
Mr A.T.
soldat au 158ième d'Infanterie
renfort venant du 23 (et peut être I ou 1 ?)
secteur postal 116
bon je poursuis ma recherche avant que tout cela s'efface comme tout à l'heure  
les autres lettres avant le 14 octobre arriveront après  
 
amicalement  
myosotis


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1992
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 22-04-2008 à 00:57:41  profilanswer
 


 
pour cyrille voici déjà la suite des lettres
 
Ecrit sur une carte postale de Houdain58 :
10 octobre 1915
Ma chère marraine
Je reçois toutes vos lettres. Je vais bien. Pardonnez-moi de ne pas vous en
mettre plus long. J’ai juste le temps de mettre cette carte à la poste.
A demain dimanche une plus longue lettre.
Je vous embrasse tous bien affectueusement.
Votre André
 
Lettre écrite au crayon sur carte-lettre simple :
Dimanche 10 octobre 15
Mes chers amis
Aujourd’hui il fait un petit soleil. Peut-être parce que c’est dimanche, et cela suffit à me faire oublier un instant ma triste situation, car il en faut si
peu pour faire plaisir à un soldat ! Et je passe mon temps en fumant cigarette sur cigarette, en attendant le vaguemestre qui peut-être m’apportera quelques lettres.
Près de moi une batterie de 75 tire sans arrêt depuis ce matin, et les Boches répondent. Leurs marmites tombent tout autour avec un bruit lourd
qui contraste avec le petit aboiement de roquet de nos canons. A chaque coup mon abri sursaute et ma main aussi ce qui fait que j’écris avec peine.
Ce matin j’ai vu le major. Mes battements de coeur reprennent, surtout la nuit. Il ne m’a même pas ausculté et m’a donné une pilule et un verre d’eau.
Avec cela, je suis censé être solide. Patience. Quand je serai bien esquinté, il faudra bien qu’on me relâche.
Un bon baiser à tous de
Votre André
 
Petit mot écrit sur une carte-lettre saumon :
11 octobre, 11 heures
Mes chers amis
Depuis hier soir je suis dans un poste téléphonique d’artillerie comme agent de liaison. Ça chauffe et je crois que mon bataillon va marcher dur.
Pourvu que ça marche !
Mon bon souvenir et un baiser à tout le monde
De votre André
 
Lettre écrite au crayon sur papier à lettre :
13 octobre 1915
Ma chère Marraine
La lettre de Nane, du 18, est venue me rejoindre ici, dans un poste téléphonique de l’artillerie, d’où l’on règle le tir de nos pièces sur les Boches. Ce qui fait que je ne suis pas autant exposé que ma compagnie qui est en première ligne depuis quatre jours, et là-bas ce n’est pas drôle. La canonnade est effroyable, à tel point qu’il y a tant de fumée qu’on ne voit plus rien. Les Boches ont attaqué et subi de très grandes pertes ? Du reste vous devez le voir dans les journaux. Tout l’honneur est pour mon régiment qui a devant lui la garde prussienne.
Donc ici je suis moins exposé. Il est vrai qu’il tombe quelques obus autour de nous… et qu’un seul est suffisant, mais enfin… !
Je dois vous dire que je ne suis pas là pour toujours, mais seulement pour quelques jours. Oui ma chère Nane, il fait froid ici et il est inutile de te
creuser la tête pour savoir comment nous nous réchauffons. C’est bien simple ? On ne se réchauffe pas du tout.
Je ne veux pas encore mon chandail, car je veux supporter le froid le plus longtemps possible, pour ne pas être obligé de trop me couvrir cet hiver.
Egalement, ma chère Marraine, il est inutile de m’envoyer une ceinture pour remplacer celle perdue. C’est un objet inutile. Quand au chapelet cela
me fera plaisir. Il paraît que le radiateur de Sch59. vous fait mal à la tête ? On voit bien que je ne suis pas là pour le faire marcher. Mais Tipala ne peut-il pas le faire pour moi ?
Enfin j’espère que ce mot vous trouvera en meilleure santé !
Je reprends ma lettre. On vient de me prévenir que ce soir je remonte peut-être en ligne !
A propos, si Rouest venait à Colombes, sous un prétexte quelconque, ou en se recommandant de moi, Fi…60 le à la porte et ne croyez rien.
Il a eu le toupet de se présenter chez mon oncle, et d’inventer toute une histoire ! Vous voyez cela d’ici ! Le plus fort est que j’ignorais tout !
Je vous embrasse tous affectueusement.
Votre André


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°1993
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 22-04-2008 à 01:47:02  profilanswer
 

un dernier effort de recherche avant de quitter le forum
pour les adresses le 20 août 15
André envoie une carte de correspondance des armées de la république
et donne cette adresse:  
A Tanquerel
158ième R.I.
1ière Compagnie
1ière Section
secteur postal 116
puis on a encore la même adresse sur deux autres carte de correspondance des armées de la république
datées du29 août 1915 et du 2 septembre 1915  
le 9 octobre 1915 une carte-lettre lui est adressée toujours pareil
lorsqu'il est hospitalisé sur le bulletin de santé du militaire évacué il est noté 158ième R.I.le 5 décembre 1915
voila ...par curiosité je continuerai jusqu'au bout
avez-vous les renseignements nécessaires pour éclaircir et répondre à vos interrogations ?
amicalement  
myosotis  
 


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n°1997
Cuchlainn
Posté le 22-04-2008 à 11:52:47  profilanswer
 

Bonjour,
Bon, là il n'y a plus de doute possible. Je vous remercie encore pour ces extraits ! Dès que j'aurai le temps, je tâcherai de les croiser avec le JMO du 158e pour la période considérée et j'aurai, grâce à tous, une assez bonne photo du petit bout de guerre fait par mon AGO là-bas.
"Nos" deux soldats se sont certainement croisés, mais sans plus, car ils étaient du même bataillon, le 1er, mais pas de la même compagnie (1ere / 4e). De plus, André T. était resté comme agent de liaison en arrière des lignes pendant l'unique et brève période qu'Amédée C. a passée en première ligne avec ce régiment.
 
En revanche, mon arrière-grand-père, Marcel, le frère d'Amédée, a passé six mois au 158e (avril à octobre), je l'ai appris hier ! Par contre, j'ignore sa compagnie et je ne sais pas si je la connaîtrai un jour.
Du coup, je crois qu'il me faut votre livre ! Est-il encore commercialisé ?
 
En tout cas, le 158e est très souvent au centre des débats sur le forum, ses membres ont réuni un nombre considérable de documents. Il faudrait compiler cela !
 
Cordialement,
Cyrille


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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°2001
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 22-04-2008 à 16:48:13  profilanswer
 

bonjour cyrille  
heureuse d'avoir pu vous renseigner suffisamment .
si cela peut donner quelque chose , André T. avait envoyé à mes arrière grand parents la photo de sa section avec la lettre du 10 septembre 1915   André s'y trouve donc
Il serait intéressant de voir si vous y reconnaissez quelqu'un
Je suis encore novice dans le maniement des illustrations et doit encore me faire aider mais je peux m'arranger pour y arriver  
le 17 octobre il écrit :
 " Là haut , c'est un enfer. Nous occupons les lignes boches conquises, ou du moins ce qui en reste, c'est à dire des trous énormes, des monceaux de cadavres déchiquetés exhalant une puanteur affreuse. la moitié de ma section dort pour toujours la haut!.....et la photo que vous avez pourrait être bien réduite!.... nous sommes resté 23 jours en ligne, aussi nous sommes jolis ! ..."
 
mon livre vient tout juste de sortir chez l'Harmattan il peut être commandé dans toutes librairie ou bien directement chez l'harmattan mireille vous donne l'adresse internet pour le commander en ligne  
enfin je peux vous l'envoyer si vous le désirez car j'en ai un carton pour proposer samedi j'anime un café littéraire avec lecture des  lettres dans notre grange
voila  
c'est comme vous voulez
amicalement  
myosotis


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n°2003
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 23-04-2008 à 00:42:41  profilanswer
 

http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2477/020-la%20section%203.jpg
 
je ne sais pas encore si ça a marché mais j'espère vous avoir présenté la photo en question de la section d'André
158 ième R.I.
1ière compagnie
1ière section
bon l'aperçu montre la photo grandeur nature j'aurai préféré plus grande pour que vous puissiez voir correctement les visages  
 
amicalement  
myosotis


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n°2006
Cuchlainn
Posté le 23-04-2008 à 10:07:23  profilanswer
 

Bonjour,
La photo est bien passée  ;) mais je n'ai personne à identifier. Je n'ai aucune photo d'Amédée Cognet (le grand-oncle), en fait je ne sais rien de lui hormis ce que je découvre. Pas de phot d'époque non plus de son frère Marcel (le grand-père) dont j'ignore actuellement le bataillon/compagnie par ailleurs.
Qui sait, il est peut-être sur cette photo !
Je ne suis pas étonné par la lettre du 17 octobre. Le JMO fait était d'une attaque et d'une progression d'une cinquantaine de mètres dans ces jours-là; une tranchée supplémentaire a été occupée de l'autre côté de la route de Souchez à Angres : elle a été découverte bouleversée et occupée seulement par des cadavres. C'est très probablement à cet épisode qu'André fait allusion.
Je ne suis pas sur mon PC et n'ai pas tous mes documents ici, mais je dois pouvoir d'ici peu vous présenter un bout de carte localisant cet épisode.
Pour ce qui est du livre, je le commanderai à coup sûr mais dans quelque temps, je suis obligé d'étaler un peu les investissements, hélas !
Cordialement.
C.

Message cité 1 fois
Message édité par Cuchlainn le 23-04-2008 à 10:36:38

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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°2008
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 23-04-2008 à 13:01:34  profilanswer
 

La photo est bien passée  ;) mais je n'ai personne à identifier. Je n'ai aucune photo d'Amédée Cognet (le grand-oncle), en fait je ne sais rien de lui hormis ce que je découvre. Pas de phot d'époque non plus de son frère Marcel (le grand-père) dont j'ignore actuellement le bataillon/compagnie par ailleurs.  
d'accord  
j'étais en train de trouver comment passer la photo en plus grand ...mais ce n'est peut être pas la peine .  
cependant si cela intéresse quelqu'un ...
il n'y a qu'a dire
 
pour continuer la diffusion des documents
je vais plutôt mettre les illustrations en couleur ( pas dans le livre ou alors en noir et blanc) dans la page arts et histoire...bien qu'André ne soit pas un peintre professionnel...
par contre, voila une page qui ne se trouve pas dans le livre
En souvenir de mon ami Ponthenier tué le 11 juillet
 
 
20 juillet 1915
 
¤   La chanson qui meurt.   ¤
 
Dans le mess étroit des sous-off. Un soir de juin ; quelques amis étaient réunis…..
Dehors la nuit était noire et calme. Il venait par la fenêtre ouverte des parfums de prés et de forêts……
Et les camarades, devant  une tasse de thé, causaient de départ, de retour, …et aussi de ceux qui ne reviennent plus et restent quelque part, là-bas, le nez dans la terre, les bras en croix …
Et comme la conversation menaçait de devenir triste, quelqu’un demanda des chansons …
Lui, debout, ses yeux gris, où passait parfois une flamme malicieuse, fixés dans la lumière de la lampe, chanta une mélodie d’une infinie douceur, une mélodie bizarre et simple tout à la fois :
……….il était une fille brune………
…………………………………………………………………………………
La soirée s’acheva, un peu mélancolique, chacun rêvant en suivant la fumée des cigarettes …
……………………………………………………………………………
Un mois après, dans la tranchée, sous la pluie de fer, les yeux fixés dans l’étroite ouverture de son créneau, Ponthenier guettait …
La nuit était noire, et il venait par moments des odeurs de poudre et de cadavres …
Il fredonnait cette mélodie que nous lui demandions souvent, cette mélodie bizarre et simple qu’il nous avait chantée à Bourg …
……….il était une fille brune ………..
Les fusées rougeâtres montaient dans le ciel, éclairant d’une courte lueur le champ de bataille
………..que j’aimais bien tendrement………
Puis les fusées éteintes, l’obscurité redevenait profonde et alors on apercevait dans le ciel les sillons de feu des torpilles ……
………….cet amour que j’aimais tant …………
Alors un fusant, puis deux, puis trois, arrivaient avec un sifflement aigu, éclater au bord de la tranchée. Il baissait la tête, laissant passer l’ouragan. Puis……
…………n’a duré qu’un clair de lune !…..
… … Mais elle avait un joli nom !
… … Le joli nom de Ninon……….
Une nouvelle rafale arrivait……
Le joli nom …de…Nin………….
Dans la tranchée un obus éclata avec un bruit déchirant …….
Ponthenier tomba en poussant un cri rauque ………
……On l’emmena……Nous ne l’avons plus revu, et son corps repose maintenant dans un petit cimetière sans ombre où la terre est lourde et les croix sont de bois blanc.


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°2019
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 25-04-2008 à 12:56:20  profilanswer
 

pour cyrille quelque clichés du front avec le 158ième  
 
10 juillet : 10 heures. Je suis dans une cahute avec le sergent Dyonne et le Cl. Perrin. Une marmite42 tombe à l’entrée de notre trou, enterre
deux sapeurs du génie qui heureusement peuvent se dégager à temps et détruit toute cette partie de la tranchée qui se trouve ainsi
à découvert. Nos affaires sont dispersées. Je retrouve mon sac et ma musette, mon bidon a disparu. Personne n’est blessé et nous nous sauvons en rampant. Les balles sifflent à nos oreilles. Une mitrailleuse crépite. Je retrouve une place dans la tranchée près des camarades. Toute
la journée nous sommes arrosés d’obus qui nous abrutissent. Vers le soir je suis pris de migraine violente avec vomissements.
J’ai froid. A minuit on nous relève. Nous changeons de tranchée. Nous mangeons tant bien que mal, il est trois heures du matin. Je
vais un peu mieux, j’achève la nuit, couché sur un sac de terre.
 
Dimanche 11 juillet : Journée relativement calme. Quelques marmites. Je passe mon dimanche avec mes souvenirs, parmi vous, c’est à dire
avec vos photos et les deux ou trois lettres qui me restent et que je relis. Je songe au même dimanche de l’année passée. Le soir je
prie. Il fait très froid. Je suis couché dans un trou que je me suis creusé dans la craie. C’est humide et froid. A 23h on nous relève pour aller à la tranchée de… Pendant le chemin dans les boyaux, nous sommes arrosés d’obus. Personne n’est blessé. Nous croisons des territoriaux qui enterrent les morts. C’est lugubre. Nous arrivons.  
Il m’advient une sale aventure. En me réfugiant dans un trou je tombe dans de la saleté. Mon équipement et ma capote sont salis.
Jusqu’au jour je reste immobile de peur de m’en mettre partout. La pluie tombe. J’étale ma toile de tente par terre pour récolter un
peu d’eau et me laver. Des marmites tombent à 20 mètres de moi.
 
Lundi 12 : Je trouve une cahute sous terre dans une ancienne tranchée Boche. Je m’y installe avec deux camarades. Toute la journée
bombardement. De la part de gens que l’on dit à bout de munitions, je trouve cela épatant. L’endroit où nous nous trouvons
est célèbre. Un combat acharné y a eu lieu. Des tombes sont éparses un peu partout. Il y a encore des morts qui ne sont pas enterrés.
A 50 mètres d’ici, beaucoup de mouches. Odeur putride. Nous souffrons de la soif, car les bidons sont vides et j’ai perdu le mien.
Les Boches nous bombardent sans arrêt. On commence par ne plus y faire attention. Nous couchons avec nos outils pour le cas où
nous serions enterrés vivants. J’ai soif. Depuis vendredi je n’ai pris que deux quarts de vin.
Rien à boire. Un camarade me donne de l’alcool de menthe. Je fume pour tromper la soif.
P.S. Envoyez-moi la mesure du petit doigt d’Hélène. Prenez-la
avec une carte de visite ou un fil très fin de cuivre ou de fer.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2477/045a__crobar%20aout%201915_13.jpg
 
29 juillet - 21h : Nous partons pour aller en seconde ligne à le J-aux-T. Voyage long et pénible, le sac est lourd. Je sue à grosses gouttes
malgré le froid piquant de la nuit. Nous arrivons vers 1 heure du matin.
Chacun se cherche un abri. J’en trouve un chic, sous terre, très solide. Je l’occupe après examen, avec le Colonel Perrin, Taminiau et Vincent.
 
30 juillet : Toute la journée nous restons dans nos cahutes, pour ne pas être marmités. Comme on ne peut pas s’y tenir autrement que couchés,
on dort. A 18 heures, nous soupons, et l’on nous apprend que nous allons poser des fils en première ligne. Ça va. La nuit est belle, mais la lune brille trop fort et cela peut nous être funeste. Enfin, le travail fini, on rentre, à minuit, bien content et l’on se recouche après avoir bu et mangé quelque chose.  
 
31 juillet : Même chose, mais il pleut à torrents et notre voyage dans les boyaux devient critique car en approchant de la première ligne,
nous sommes obligés de nous allonger dedans car les Boches marmitent à tour de bras. Naturellement les boyaux sont pleins d’eau. Bain froid… On rentre mouillés comme des poissons et l’on se couche.
 
1 août : Même chose. Re-pose de fils et re-bain – re-froid. Zut quel métier !
Je ne puis m’empêcher de chantonner une barcarolle vénitienne :
« Dors, ma belle Venise, sur les flots la brise te berce mollement ! etc. »
 
2 août : Ce coup-ci c’est plus dur. Il s’agit de creuser, devant la ligne boche, un boyau de communication en terrain découvert. Nous partons avec des outils. Arrivés à l’endroit désigné nous gagnons la ligne en sautant de trou d’obus en trou d’obus. Justement ça chauffe. Il en tombe de toutes parts. On se met au travail sous un feu violent, et l’on se dépêche pour avoir au moins un trou de quoi s’abriter. Les balles sifflent. A un moment nous sommes obligés de nous coucher et de faire les morts car le ciel est illuminé de fusées. Puis nous continuons. Le travail est pénible. Si le patron
était là il ne me ferait pas de théorie sur la façon de tenir une pelle ! A deux heures du matin nous rentrons en hâte. Le jour pointe et le matin du 3 août est déjà là. Ce soir nous montons occuper la première ligne.
 
3 août : Nous voilà en route pour la première. Nous laissons les sacs aux abris et n’emportons que des vivres, des cartouches, notre couverture et le fusil. Les boyaux sont toujours remplis de boue. Mes mains qui frottent contre les parois du boyau sont écorchées, j’ai un ongle arraché. Ah ! Les v… de Boches ! Nous voilà en première ligne. Ceux que nous remplaçons s’en vont en nous souhaitant bon courage. La nuit est relativement calme. La bataille se livre surtout à notre droite.
 
suite au prochain passage sur le forum  
amicalement  
myosotis
 


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°2020
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 25-04-2008 à 13:06:47  profilanswer
 

désolée j'ai oublié de légender l'aquarelle  
elle est d'André Tanquerel qui l'a intitulée :
"Deux boches qui n'iront pas plus loin"
et a été envoyé avec la lettre du 17 août après avoir été recopié pendant un temps de repos à l'arrière
 
17 août 15
Ma chère Marraine
J’ai votre lettre du 13.
Alors c’est entendu. Gardez la bague, je vais en faire faire une pour Nane.
Inclus un croquis, pris en première ligne, et reproduit au repos.
Il représente deux Boches, tués dans un abri par un 75. Le premier est
entièrement disloqué et a une pose bizarre. Son crâne est enfoncé et sa cuisse sectionnée. La botte se balade un peu plus loin. Le second a la figure momifiée et ses yeux et sa bouche expriment encore la terreur. Ils sont morts depuis deux mois environ. Le premier est un sergent. Voilà ce que l’on rencontre à chaque pas. Oui ma chère Marraine, je crois que les pastilles D.seraient plus pratiques que du liquide difficile à transporter.
Je vais commencer à vous retourner vos lettres deux par deux.
Vous devez avoir reçu déjà trois enveloppes en contenant une certaine
quantité. Je ne sais pas où est Antoine. J’ai perdu son adresse. Merci pour l’adresse que vous avez bien voulu donner à mon ami Vaur.
Excusez ma vilaine écriture ma chère Marraine, mais la soupe est servie
et l’on crie au « rabiot de jus ». Mes meilleurs baisers à vous tous.
Votre André
amicalement  
myosotis


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°2031
Cuchlainn
Posté le 30-04-2008 à 22:18:09  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Vous trouverez en suivant ce lien une carte du réseau de tranchées dans le secteur occupé par le 158e en octobre 1915.
http://www.flickr.com/photos/24130765@N02/2455342692/
 
L'emplacement des compagnies est celui indiqué par le JMO de ce régiment à la date du 14 octobre 1915, alors que le 1ere bataillon vient d'arriver en première ligne. A l'extrémité sud-est de cette ligne, se trouve le secteur où, le 12, on a progressé d'au moins... houla ! 50 mètres !
 
Cordialement
Cyrille


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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°2032
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 30-04-2008 à 23:26:01  profilanswer
 

bonsoir à tous  
et merci à cyrille pour la carte !
quand je pense au temps que j'ai passé à localiser ce fameux bois en hache .....que je vois sur cette carte!
je vous joins un croquis d'André habillé comme un sauvage écrit-il, fait par un de ses amis le 29 novembre 1915 au bas duquel est noté : "Bois en Hache"
 
http://images.mesdiscussions.net/pages1418/mesimages/2477/079__crobar%20nov.%201915_11.jpg
 
amicalement
Myosotis
 


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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."
n°2033
Cuchlainn
Posté le 01-05-2008 à 09:46:57  profilanswer
 

Bonjour,
 
Le Bois en Hache s'appelle de nos jours Bois Soil, si vous le cherchez sur le Géoportail. Entre Angres et Souchez.
Pour ma part, je l'ai découvert pour la première fois sur le site "Trenchmap extracts" :
 
http://www.pathsofglory.co.uk/Tren [...] ts%204.htm
 
Mais il m'a fallu réunir (grâce aux envois de divers forumeurs) plusieurs cartes de ce genre pour connaître, enfin, la localisation de tous les points numérotés mentionnés dans le JMO et pouvoir définir la localisation du bataillon de 1ere ligne du 158e le jour recherché. A l'époque, ce devait être une belle foire, dont on retrouve d'ailleurs trace dans ce même JMO : Untel est envoyé reconnaître le point O16, mais il n'y a pas de O16 sur la carte qu'il possède, et il ne faut pas espérer que O16 soit sagement placé entre O15 et O17, il peut être complètement ailleurs !
 
Cordialement
Cyrille


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"Sur un banc étaient rangés quinze ou vingt bonshommes qui avaient bien une douzaine de jambes à eux tous." (Duhamel)
n°2034
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 01-05-2008 à 17:41:57  profilanswer
 

bonjour à tous,bonjour Myosotis,
 
merci une nouvelle fois pour toutes ces lettres retranscrites,
celle concernant la "chanson qui meurt" est particulièrement saisissante.
 
amicalement,
Mireille

n°2035
myosotis
Ces petites fleurs de mémoire.
Posté le 02-05-2008 à 00:07:37  profilanswer
 

bonsoir à tous bonsoir Mireille
oui c'est une belle manière de dire adieu à un compagnon....
 
Journal des jours de tranchées (suite) :
4 août 1915 : Journée calme ; les Boches roupillent le jour et dorment la nuit. J’organise mon coin avec des sacs de terre. Je construis un petit
fort avec un bon créneau, d’où émerge mon Jeantiti(son fusil), chargé de neuf cartouches, prêt à caresser le premier Boche qui montrerait sa
tête. La ligne Boche est à 50 mètres environ. Derrière elle il y a un petit bois sur la lisière duquel on distingue des abris Boches. Avec les jumelles de Taminiau j’examine longuement les lignes ennemies. Je distingue très bien leurs créneaux. Entre les deux lignes il y a des cadavres, dont je distingue les traits et les poses horribles. Voici des fusils brisés, un casque boche, des capotes, des boites de sardines. Tout cela est immobile, mort. On ne croirait pas qu’il y a là des hommes qui vont se battre. Devant mon créneau il y a juste celui d’un Boche. Je passe plusieurs heures à le guetter. Enfin je le vois. Il est jeune. De fines moustaches brunes coupées à l’américaine ornent sa bouche, il est frais rasé. Un bonnet de police est sur sa tête. Lui aussi me voit et se retire vivement ; ça va. Entre nous deux c’est la guerre. Avec la jumelle je pointe mon fusil bien soigneusement, comme un canon. Je le fixe avec des vieilles baïonnettes et ainsi je suis sûr de ne pas rater mon « Popoche ». Avance un peu mon vieux, tu vas voir ! Mon fusil bien fixé, je l’arme et avec les jumelles je continue ma perquisition. La lisière du bois est intéressante ; il doit s’y passer des choses, tel que ravitaillement etc, etc, j’attends la nuit pour tirer sur mon Boche. 18 h – 19 heures – 22 heures. La nuit est complète et à la droite ça cogne dur. Notre tranchée est silencieuse ! Ah ! Allons-y. J’attends une fusée et je regarde. Je vois une ombre derrière le créneau. La fusée éteinte, je me cale contre le flingue et amoureusement je mets mon doigt sur la gâchette… Tac ! Je reçois un choc à l’épaule, un éclair raye la nuit. Ça y est, si mon Boche est là, il est
sûrement « macchabée ». Cela c’est très joli, mais le résultat est qu’une grêle de balles tombe toute la nuit sur mon créneau. Naturellement je ne sors pas le nez et de temps en temps, Jeantiti fait entendre sa toux rageuse.  
La nuit est glaciale. Nous grelottons tous. Les cuistots nous apportent de quoi boire et manger. Ça va. Le matin vient.
 
petite question à Cyrille : le 29 juillet André dit qu'il part pour la seconde ligne à le J. aux T.je n'ai pas trouvé sur les cartes......cela vous dit-il quelquechose ?
 
amicalement
myosotis


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