bonsoir Alain , bonsoir à tous
voici les dernières lettres d'André
j'ai toujours la gorge serrée lorsque je les relit...pas seulement en pensant à lui , mais aussi en pensant à tous ceux qui n'avaient pas la possibilité de parler de leurs espoirs, leurs joies, leurs peines, leurs peurs et leur révoltes ....car tous n'avaient pas une famille ou une marraine de guerre
Mes chères amies
Un mot pour vous embrasser à la hâte. Il fait toujours un temps affreux.
La relève ne vient pas. C’est dégoûtant.
Affectueux baisers de Votre André
30 octobre 16
Petit mot griffonné sur demi-feuille pliée
4 novembre 1916, 8h matin
Mes chères
Un mot pour vous prévenir que nous sommes descendus cette nuit. Soyez donc sans inquiétude.
A plus tard une plus longue lettre.
Mes plus doux baisers.
Votre André
J’ai sommeil et froid.
4 novembre 1916, 20 heures
Mes bien chères,
Me voilà dans un coin, assis sur ma couverture, une chandelle près de moi. Nous sommes donc descendus la nuit passée. Nous étions en ligne
depuis le vendredi 13. Cela nous fait une période de 21 jours de souffrances et de fatigue. Quel enfer ! Et nous remontons très probablement dans trois ou quatre jours pour donner encore un coup.
Avez-vous reçu les coupures de journaux que je vous ai envoyées ? C’est affreux cette vie. Et c’est de plus en plus pénible en raison de l’artillerie qui devient de plus en plus puissante des deux côtés. Et avec cela on nous sacrifie pour rien. Il faut bien attaquer sans arrêt pour donner aux gens de l’arrière un beau communiqué et leur faire voir que l’argent de l’emprunt est bien employé !
Savez-vous que malgré les milliards de l’emprunt, on n’a pas, ou l’on ne veut pas nous donner de chaussures. Je suis resté 6 jours en ligne, dans la boue et le froid avec pour toute semelle, mes chaussettes puis la peau de mes pieds, les chaussettes étant usées.
Et la nuit passée, pendant la relève, il me fallait courir sous les obus, les pieds en sang sur les pierres.
Nous sommes traités comme du bétail de la plus vile espèce.
Notez qu’à mes demandes on opposait des refus systématiques, de me donner des souliers. Et maintenant encore, depuis ce matin, j’ai demandé au moins 10 fois une paire de chaussures et je n’en ai pas encore. Et il y en a, je les ai vues au magasin! Voilà quelque chose qui vous dira mieux que tout, la vérité sur ce que nous endurons.
Je voudrais que ma lettre fût publiée par un journal, pour l’édification des gens de l’arrière.
Quant au reste, c’est comme d’habitude. Des morts, des blessés, pour la plus grande gloire du pays. Heureusement qu’on les pleure en choeur à la Toussaint !
Je ne réponds pas à chacune de vous, ma petite Mère et ma douce fiancée. Je suis trop fatigué. Je vais dormir et rêver à vous. Bonsoir mes chéries, je vous aime et vous mbrasse tendrement ainsi que toute la maisonnée.
Votre André
Je vais étudier la question des peaux de mouton.
André a, semble-t-il, enfin obtenu des chaussures… mais l’impression « qu’ils sont tous sacrifiés » reste et son désarroi est immense.
et voici sa dernière lettre
6 nov. 16
Chère Petite Mère
J’ai répondu à Nanie une lettre pour elle toute seule, car je présume que cela lui fait plus plaisir. Ses lettres, de plus en plus tendres, sont pour moi
comme le parfum d’une fleur nouvellement éclose. Mais j’y discerne un peu de tristesse. Cela est de ma faute je le sais. Mais je ne puis pas y remédier, aussi je compte sur vous pour la consoler, n’est-ce pas ?
Ici, c’est toujours la même vie. On ne nous laisse pas souffler. Et nous allons recommencer, à peine descendus, la vie affreuse, car il y a beaucoup
de chance pour que nous remontions ce soir. Je ne sais pas ce que tout cela veut dire. Je crois que nous sommes tous sacrifiés, et que l’on veut nous faire massacrer jusqu’au dernier.
Au sujet des diplômes, vous aurez la commande, mais nous attendons d’être au grand repos pour nous en occuper. Le capitaine m’en causait hier.
Je vais vous retourner quelques lettres pour m’alléger.
Que devient le patron ?
J’ai à peine le temps d’écrire. Vous êtes favorisées car je laisse même ma tante sans nouvelles. Je suis si las.
Quelques fois, je rêve de venir dans le petit salon, délasser mes membres engourdis près d’un bon feu, dans la douce quiétude d’un entre soi, ma tête sur votre épaule comme ma Nanie. Des rêves tout cela ! À cause de quelques misérables. Mais enfin que dit on à l’arrière ? Est-ce que l’on n’a pas le courage de réagir, de faire quelque chose ? Est-ce que l’on va laisser massacrer tous les pères, tous les fils ?
Il ne faut pas se laisser bercer par des mensonges. Chacun a le droit à la vie après tout ! Que ceux qui veulent la guerre, la fassent avec leur peau.
Je vais vous quitter, petite mère, avec un doux baiser pour vous et tout le monde
Votre André
Malheureusement pour les peaux de lapins, je ne vois pas comment les employer. Comment les loger dans mes chaussures ? Ou des gants ? Je suis
incapable de confectionner quoique ce soit. On pourrait peut-être en faire des moufles ?
Le tricot d’Hélène me fait du bien.
Si d’ici quelques mois il n’y a pas de changement, il me faudra prendre une résolution que j’avais déjà en juin*
J’en ai assez.
* André à plusieurs reprises parle du seul espoir pour “en sortir” : « être blessé ou en finir » et l’on comprend qu’il songe au suicide.
Le Capitaine, à qui Madeleine a adressé sa lettre, en quête de nouvelles d’André, a transmis cette lettre à un camarade d’André, le mitrailleur
Anglès, qu’André a souvent cité dans ses lettres. Selon la coutume, celui-ci a cherché un camarade de combat qui avait assisté aux derniers instants
d’André, et c’est Aimé Desporte, un camarade de tranchée, qui est chargé de répondre à Madeleine.
Aux armées, ce dimanche 26 Nbre 1916.
Madame,
Aujourd’hui même le mitrailleur Anglès me communique votre lettre et me prie d’y répondre au sujet de la personne qui vous intéresse, c’est-à-dire
mon ami et camarade de combat André Tanquerel, des mêmes compagnie, section et escouade, duquel vous n’avez reçu aucune lettre depuis le 6
courant mois. Ce jour-là notre bataillon montait aux tranchées, à seule fin de soutenir les autres bataillons du régiment qui devaient attaquer le village et le cimetière d’Ablaincourt dans la matinée.
L’attaque, selon ce qui avait été prévu, eut lieu le 7 à midi. Notre compagnie était en soutien dans un boyau assez marmité, et pris en enfilade
par les obus ennemis, tous de gros calibre, des 105, 150 et 210. Un obus éclata sur le parapet de la tranchée, quelques minutes après l’attaque et
renversa deux de nos camarades, dont André, et trois autres furent blessés. À ce moment, ils furent relevés tous deux par nos soins et l’on s’aperçut qu’ils ne donnaient plus signe de vie, la mort avait fait son oeuvre et tous deux étaient touchés par des éclats à la tête. Le corps d’André ne fut pas détérioré par l’obus meurtrier et il repose au coin de la tranchée, à l’ombre d’une modeste croix avec inscription. Croyez que pour moi, il est fort pénible de vous apprendre la triste réalité, et soyez assurée, Madame, que j’ai pleuré cet ami avec lequel je n’eus jamais que de bonnes relations. Il fut regretté aussi bien de ses chefs que de ses camarades et tous nous aimions sa franche gaieté et son caractère ouvert. J’étais un peu renseigné sur ses projets d’avenir et je savais quels étaient les liens, qu’un jour, devaient unir votre famille à la sienne. J’ignore totalement si son cher père est au courant de la mort de son fils, je ne crois pas que le dépôt de Lyon ait déjà prévenu la famille. Inutile de vous dire que tout ce qu’il avait sur lui a été remis entre les mains du sergent-major de la compagnie pour être ensuite envoyé au dépôt et puis en dernier lieu à son père.
Je suis à votre entière disposition Madame pour vous remettre tous les renseignements complémentaires s’il y a lieu. Je vous demanderais également, autant que faire se peut, de bien vouloir m’adresser une de ses photographies à titre de souvenir
Je crois savoir qu’André a été proposé pour une citation à l’ordre du jour, mais tenez la chose secrète, la sachant indirectement. Aussitôt qu’il sera cité, je vous en enverrai le texte. Allons courage Madame et que Dieu vous garde. Espérons que maintenant il jouit du bonheur parfait réservé aux vaillants et aux braves.
Mon camarade Anglès répondra à votre lettre incessamment.
Croyez Madame à mes sentiments les meilleurs.
Aimé Desporte - 158e d’infanterie 1e Cie 1e Son - S.P.116
Aimé desporte envoie encore une lettre avec les coordonnées de la tombe puis une autre avec la citation pour la croix
voila...... ma grand mère a beaucoup pleuré et il a fallut 10 ans avant qu'elle songe à se marier
amicalement
myosotis
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"Je ne suis qu'un fou et vous ne me croirez pas. Et c'est justement ce qui nous fait souffrir tous, c'est de penser que l'on prend nos cris de détresse pour des éclats de rire."