« Le 8 septembre 1914, des éléments de l’armée Foch, qui cherchaient à empêcher l’ennemi de déboucher des marais de Saint-Gond, étaient enfoncés et en pleine déroute. Toutes les formations se trouvaient mêlées. Dans l’après-midi, deux cents hommes du 66ème et du 32ème étaient bloqués par l’ennemi dans un sous-bois où ils s’étaient réfugiés.
Mais il ne peut pas être question de se rendre : au milieu de la petite troupe se trouve le drapeau du 32ème et il faut sauver le drapeau. Le sergent Guerre s’improvise commandant et il en impose à tous par sa décision. Il organise la défense du bois :
_ Nous avons un drapeau à défendre, dit-il à ses hommes. Nous resterons ici jusqu’au dernier. Nous serons le carré de Waterloo !
La troupe est gagnée par son ardeur. L’ennemi avance en colonnes serrées ; on le laisse s’approcher et quand il est à bonne distance, on fait feu. Les Allemands se dispersent, puis ils reviennent plus nombreux avec une batterie de 77, qu’ils mettent en position à cinq cents mètres du bois. La situation est intenable. Guerre décide de faire une sortie.
_ Je partirai le premier, dit-il. Si je réussis à passer, suivez-moi. Si je tombe, prenez par un autre côté avec le drapeau.
Il n’alla pas loin ; une balle de mitrailleuse l’atteignit comme il sortait du bois. Le sergent Sauzeau fut plus heureux. Il partit dans une autre direction et, perdant la moitié de ses hommes, il réussit à traverser les lignes avec le drapeau. Mais tout n’est pas fini. Il faut fuir la campagne, éviter les patrouilles ennemies et arriver jusqu’au poste français. La troupe se disperse. Le sapeur Malveau et le soldat Bourgoin partent seuls avec le drapeau. Ils errent à travers le plateau dévasté et ils perdent la direction. Des appels d’un blessé frappent leurs oreilles ; ils s’arrêtent et ils aperçoivent un officier allemand, von Archtenstau, le ventre ouvert par un éclat d’obus. Ils le pansent avec soin. L’officier voit le drapeau, et il comprend la noblesse des deux braves et la grandeur de leur tentative. Involontairement ému, il les remercie de leur générosité et il leur indique le bon chemin.
A la tombée de la nuit, Malveau et Bourgoin arrivaient au terme de leur course et ils remettaient au colonel Janin le glorieux drapeau qu’ils avaient sauvé. »
(Extrait d'"Histoire de la Grande Guerre par un Français", dans le chapitre "Un coin de la bataille de la Marne".) BB
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Bruno Baverel.
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