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Episodes de la campagne de 1914

n°1810
DIEULET
Posté le 11-03-2008 à 16:14:38  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Je viens de découvrir un carnet écrit par un chasseur du 1er B.C.P.Il s'agit du sergent BERGERE Albert de la 2é Cie,  
Ce carnet a été écrit après blessure  à l'hopital temporaire n° 2  à FOIX, ancienne école normale de garçons, (Ariège).Ce carnet couvre la période du 27 juillet 1914 au  mardi 15 septembre 1915.
L'auteur de ces quelques pages est disparu le 25 septembre 1915 pendant la bataille d'Artois.
 
1er Bataillon de Chasseurs à pied, 2é Compagnie
21é Corps d'Armée - 43é Division - 86é Brigade
 
Episodes de la Campagne de 1914
Recopié à l'hôpital temporaire n° 2 de Foix (Ariège)
     Nous étions le 27 juillet 1914, après avoir accompli nos marches des Vosges (220 kms en 5 jours), le capitaine m'accorda une permission de 15 jours pour aller voir ma Famille, je devais partir à 13 h 52, il était 9 heures du matin. A 11 h, heure ou paraît la décision du commandant, les permissions sont suspendues jusqu'à nouvel ordre ....
     A ce moment un bruit de guerre couvait dans toute l'Europe et, chaque nation prenait ses précautions.
     A 5 h du soir la caserne "commandant BUREAU"ce nom venait d'être donné à notre quartier.C'était le nom du commandant du 1er Bataillon de Chasseurs à pied pendant la guerre de 1870,il fut tué au combat,était consignée.
      Ce fut ainsi les 29 et 30 juillet.
      Le 30, les nouvelles étaient très mauvaises.Le 31 juillet, 3 heures le clairon sonne le refrain du Bataillon,c'est la mobilisation.A 4 h du matin, il faut que tout troupier soit prêt à partir.
      A midi, les nouvelles sont rassurantes et nous attendons de nouvelles dépêches; elles arrivent à 14 h, rien de nouveau. On reçoit l'ordre de se déséquiper, car l'équipement pèse lourd (120 cartouches et deux jours de vivres),l'on emmène les hommes sur le terrain de manoeuvres, jouer aux barres.Ils ne sont guère partisans de la partie.........Ils attendent les nouvelles qui les tracasse.
       A 16 h la fanfare donne un concert dans la cour du quartier, ce qui égaie un peu les esprits irrités et chagrinés de ces bruits de guerre; à 18h30 repas et, pendant ce repas on nous annonce qu'il faut partir; l'on termine les ballots de section qui sont bien vite faits, car tout le monde a du coeur et cette fois c'est le grand coup ,"il faut que l'on parte" que tous disent et, réclament.
       20 h , le capitaine MOREAU de la 3é compagnie rassemble les Officiers et Sous-Officiers des 2é et 3é cies, et leur lit les ordres du Commandant TABOUIS : position de combat, conduite à tenir en cas d'attaque; l'on redoute les incursions de cavalerie Allemande qui gênerait notre mobilisation. Nous, nous sommes désignés en couverture, l'Adjudant DUPUIS étant partis avec la 11é escouade former un poste avançé au moulin de la Rochère sur la route qui mène à la frontière distante seulement de 5 kms de nos casernements (col du Hantz).
      Les ordres lus et compris à 21 h, nous partons direction la Petite Raon, village de 1200 habitants, situé à l'est de Sénones et sur la route de la frontière.
      21 h 30, arrivée au village , les réservistes appelés rejoignent leur corps, les femmes et les enfants pleurent, c'est triste, mais les hommes sont calmes et ils sont fiers de partir, ils chantent à tue tête.
      Nous devons garder les issues du village; des postes sont établis à chaque sortie. Nous nous reposons guère car il nous faut aller reconnaître les réservistes qui parlent dans la nuit, c'est un remue ménage complet.
 
Voilà , c'est tout pour l'instant, en vous souhaitant bonne lecture de cette première partie.Je nai rien changé au texte.J'essaierai d'en passer un peu chaque jour.
Cordialement.Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1812
DIEULET
Posté le 12-03-2008 à 15:08:02  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Comme promis voici la suite des carnets du sergent Albert BERGERE
 
   1er Aout,rien de nouveau;l'on reconnaît les positions de la section qui est la 4é ; à 10 h cinq réservistes allemands se rendent. L'on s'attendait à une attaque.19 h l'on fait des tranchées puis l'on couche dedans en attendant l'ennemi. 20 h les cloches du village sonnent la mobilisation générale, moment de joie parmi les Chasseurs  qui croient que l'on va partir à la frontière. 21 h nous sommes toujours dans les tranchées, les réservistes arrivent, on a du mal à se faire entendre pour les affecter à leur escouade; ils sont trés émèchés et ne veulent pas se coucher, on y arrive quand même, nous couchons à la belle étoile........
      Dimanche 2 Aout, réveil habituel, nous apprenons que 68 Uhlans se rendent au 10é Bataillon de Chasseurs qui se trouve au Ban De Sapt.
L'assassinat de Jaurès par un individu originaire de Reims, quelques nouvelles non officielles, Berlin en révolution. Après la demande de la France ,l'Allemagne nous céderait l'Alsace-Lorraine sans un coup de feu. La joie règne dans les rangs et nous sommes impatients de partir se mesurer à l'ennemi.Jusqu'à 14 h rien d'anormal et tout le monde attend les ordres. 17 h se tenir prêt à partir, rien de nouveau jusqu'à 21 h on se couche.
      Lundi 3 Aout:Alerte à 24 h,nous partons dans la nuit prendre nos positions de combat côte 531 au S.O. de Senones, les allemands ont traversé la rivière et se dirigent vers Laveline. Le général de Brigade a l'intention d'aller au devant d'eux et de les attaquer. Nous sommes en 2é ligne, sont en 1ére ligne les 3 et 10é Bataillons de Chasseurs à Pied.
12 h , fausse alerte, ce n'était qu'un faux bruit; nous repartons prendre la même place que nous occupions la veille à La Petite Raon.
Nous traversons Senones dans le calme et la tristesse de la population qui nous regarde passer; nous commençons à être fatigués et puis la chaleur nous accable, les réservistes restent en arrière car ils ne sont pas entraînés.
Je fais 10 kms avec deux sacs sur le dos, nous arrivons à la Petite Raon à 14 h; on se change et l'on se nettoie.
A 20 h tous les feux de cuisine doivent être éteints, je suis sergent de jour.
     Mardi 4 Aout 1914: nous sommes réveillés à 2 h et nous attendons ; à 8 h on apprend que des Uhlans qui avaient traversé la frontière près de Blamond, ont été mis en déroute et leur officier tué.
Jusqu'à 17 h on apprend que la déclaration de guerre est officielle et l'on est toujours prêt à partir.
     Mercredi  5 Aout : tranquilité complète, sauf une escarmouche qui a eu lieu au col de Hantz; un sous lieutenant de Chasseur à Cheval qui commandait une patrouille est blessé, un de ses cavaliers désarçonné dans la fuite rentre à pied, son cheval 3 h après.
     Jeudi 6 Aout : on apprend que l'ennemi est au col du Hantz, et que peut-être avant la nuit l'engagement aura lieu.
Nous avons devant nous le 7é Corps d'Armée de Munster .
17 h , on apprend qu'une patrouille de la 3é Cie commandée par le Lieutenant LASNIER a accroché l'ennemi; 4 prussiens sont tués , aucun chez nous n'a été atteint; on entend quelques coups de feu en avant.
 
Voilà pour aujourd'hui, je précise que je n'ai pas vérifié les noms des lieux dits, l'ortographe de certains lieux dits peut être erronnée,ne pas hésiter à me le faire savoir, ces carnets ont été écrits postérieurement aux faits (à partir du 17 septembre 14, à l'hôpital de Foix.
Cordialement.Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1816
DIEULET
Posté le 13-03-2008 à 19:17:29  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Suite des carnets de campagne du sergent BERGERE , 1er B.C.P.  
     
        Vendredi 7 Aout :rien de particulier; 13 h la 4é section part remplacer la 3é qui tient le petit poste au moulin de la Rochère.
Je suis désigné comme chef d'un petit poste à la Bugeaud et, détaché au Chacheux à l'embranchement des routes qui vont à Belval. A peine installé, un chasseur à cheval arrive au grand galop et nous prévient qu'une colonne de cavalerie et d'artillerie ennemie s'avance sur nous.
Nous partons prendre nos dispositions pour les arrêter, 30 minutes se passent, le chasseur à cheval revient et nous prévient que c'est faux ; ce bruit avait été lancé par le Maire de Belval; il est aussitôt arrêté et emprisonné pour avoir lancé de faux bruits et ainsi provoqué le déplacement des troupes et interrompu leur repas.
 
       Le samedi et dimanche 8 et 9 Aout : Assez tranquille, et bien soignés par Mme X.... du café des Chacheux, de qui je garde un bon souvenir d'elle en partant.....
A 13 h nous devons partir pour Frapelle à 28 kms, plus au Sud d'où nous sommes; nous arrivons à 11 h du soir, l'on touche les distributions de vivres et la cuisine se fait, à 1 h du matin tout le monde est couché.
     
        Lundi 10 Aout: réveil à 6 h, l'on part faire des tranchées au Nord-Ouest du village pour défendre l'entrée.Jusqu'à 12 h rien de particulier, nous mangeons la soupe et départ à 13 h 30. Le 3é Bataillon qui se trouve en avant de nous, prend contact avec l'ennemi qui avance sur Provenchères.
Nous sommes en deuxième ligne et en position d'attente sur une côte et dans un bois de sapins au Nord de Frapelle. Pour la première fois, nous entendons les obus  siffler à nos oreilles; une batterie du 12é est placée à 200 m en arrière et tire par dessus nous; le télémétreur remarque à 4 kms avec ses jumelles un groupe de Uhlans qui s'avance sur Saales, ville allemende frontière; il les compte un par un, 21 qu'il compte et feu ! L' obus éclate au milieu d'eux; le capitaine content du pointeur lui donne 5 francs !!
Pendant ce temps, le 3é Bataillon se bat fortement jusqu'à 19 h , la fusillade est terrible ; elle s'arrête quelques instants pour reprendre de plus belle.
A 21 h, à ce moment je pars en patrouille pour retrouver la 1é demi-section de ma section qui a du s'égarer; je reviens avec elle à 22 h ;on entend les mitrailleuses qui crachent la mort jusqu'à minuit; ça se calme enfin il est temps, douze heures de combat pour la 1é fois !!
Nous passons la nuit en bivouac, et dès 7 h la fusillade reprend; toujours la même danse, l'artillerie est en mouvement, les allemands eux ne doivent pas en avoir car on ne les entend pas tirer; à 9 h çà se calme. Nous avançons sur Provenchères direction l'ennemi, il est 12 h , le 3é Bataillon fait sa soupe, nous leur demandons le résultat de la bataille : 7 tués dont un sergent et 20 blessés dont un capitaine et, les Prussiens repoussés. Nous passons à l'emplacement que l'ennemi occupait encore le matin; c'est triste il y a des traces de sang, des trous ou sont ensevelis les morts, c'est la guerre..
Nous arrivons à 19 h à Bestin* (*recherché sur carte , pas trouvé de nom correspondant peut-être le Beulay, sans certitude), petite bourgade à 2 kms de la frontière, la 4é section part s'installer en petit poste sur la route qui conduit à Saales; nous couchons sur la route au pied d'un tas de sacs et de fusils abandonnés par l'ennemi.
Je ne veux pas oublier l'aventure qui m'est arrivée, en arrivant par cette route qui est bordée de grands sapins, dans l'obscurité, j'aperçus ce tas de sacs et, croyant que c'était des cadavres entassés les uns sur les autres, je m'approchais et donnais un coup de pied, c'était raide; je me baisse pour toucher de la main, mais j'eus un mouvement de recul  et un frisson me passa dans tout le corps; c'était un sac que je venais de toucher. Ils sont tous faits avec de la peau de chamois et moi je croyais avoir touché un cadavre !!
Remis de mes émotions, je partis me coucher deux pas plus loin.
Amicalement.Jean
       


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n°1817
Stephan @g​osto
Posté le 13-03-2008 à 20:31:59  profilanswer
 

Bonsoir,  
 
Et merci, Jean, pour ce document !
 
Amicalement,
 
Stéphan


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ICI > LE 74e R.I. ET LA > LE CANARD DU BOYAU
n°1818
Eric Mansu​y
Posté le 13-03-2008 à 20:55:11  profilanswer
 

Bonsoir Jean,
Et merci pour ce nouvel extrait.
Le 11 août 1914, la compagnie de Bergère a fait mouvement sur BESTRU.
 
Bien cordialement, et vivement la suite !
Eric Mansuy
 


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« Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout. »  Capitaine Paul RIMBAULT
n°1822
chatrou51
Posté le 14-03-2008 à 17:19:37  profilanswer
 

Bonsoir Jean,
 
Merci bcp pour ce texte, d'autant que je suis bien évidemment interessé par la période du 6 sept au 12 sept 14. Ce régiment était peut-e^tre dans la région de Vitry le françois ? En fait le 21 CA fut dirigé dans le secteur de Sompuis pendant la bataille de la Marne, le 8 sept.
 
Je reviendrai voir de temps en temps, si vous arrivez à saisir jusque là ;)
 
Cdt
Phil

n°1826
DIEULET
Posté le 14-03-2008 à 18:57:04  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
D'abord , un grand merci à tous ceux qui prennent le soin de lire et de corriger les lieux- dits erronés, ma carte n'étant pas assez précise.
Pour Phil, la fin du récit devrait l'intéresser, patience.
Bon passons au corps du sujet:
 
      Mercredi 12 Aout : 2 h du matin, alerte, nous crie le lieutenant, au même moment une terrible fusillade éclate; instinctivement chacun charge son fusil, met baïonnette au canon et rentre dans le bois, au même moment, une autre fusillade éclate en arrière de nous.
Nous sommes dans une triste situation et dans le silence, nous attendons l'ennemi; rien n'arrive jusqu'au jour où l'on va se rendre compte que ces fusillades, la première en avant avait été donnée par les petits postes du 21è d'Infanterie de Langres, installés à droite et à gauche de nous ; la deuxième c'était autre chose, un homme de notre section, au bruit de la première alerte s'était sauvé sans savoir où, abandonnant sac, fusil et était venu échouer sur la ligne des sentinelles d'un petit poste du 21è; les sentinelles lui ayant fait les sommations, il ne s'était pas arrêté; n'écoutant que leur courage et, croyant avoir affaire à un ennemi , ils déchargèrent leurs armes sur ce fanfaron qui n'ayant pas été atteint, se sauvait toujours. C'est alors que la fusillade redoubla, mais cette fois tirée par une dizaine d'hommes; au jour, on retrouva notre homme blessé grièvement à la hanche gauche; il se nommait ANSELME, réserviste ayant accompli son service dans l'Infanterie Coloniale; le malheureux a gagné et ce n'était ce qu'il méritait; enfin c'est passé, c'est un accident.
Huit heures, nous repartons direction de Saâles; nous prenons des précautions mais la ville est abandonnée par l'ennemi. Nous entrons à 10 h dans Saâles, l'arme à la bretelle; la douane française est en flammes, les cafés Petit-Didier et Mazagran qui se trouvent à côté subissent le même sort.
Nous culbutons le poteau frontière, on arbore le drapeau tricolore au clocher du village. Le lieutenant TANNEBERG dont le cheval est malade
se le fait remplacer par le cheval du controleur des douanes allemandes qui ont été abandonnées.
Nous faisons des tranchées à droite de la route, face à l'Est, craignant une contre attaque de l'ennemi.
Le général de division LANGEROT, avait donné trois jours au colonel OLLERIS commandant la 86è brigade (brigade bleue formée du 1er, 3è, 10è et 31è Bataillons de Chasseurs) pour reprendre Saâles !!
A 11 h, nous quittions de nouveau la ville pour aller coucher à  Bourg-Bruche 4 kms plus loin ; nous y arrivons il est 18 h ; l'ennemi a été mis en déroute, la Cavalerie ayant avancée de 10 kms ne rencontre plus de résistance.
   
      Jeudi 13 Aout : repos, nous avons un jour d'avance sur les autres Corps d'Armée, l'on se nettoie et se repose suffisament.
 
 
Amis Vitriers, patience.
Amicalement. JEAN
 
 
 


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Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1832
philypres1
we will remember them
Posté le 15-03-2008 à 11:33:38  profilanswer
 

 Bonjour à toutes et à tous  
    Merci beaucoup Jean "Dieulet" pour ces courrier du Sgt Bergère. le 1er BCP nous intéresse bien car un petit gars de notre village (Taffin Paul) est décédé (disparu) le 8 juillet 1915 à Angres à deux pas de chez lui.... la famille Taffin comprennait 4 fils et 2 filles; à la fin du 1er conflit, 3 fils étaient tués et en septembre 1944, le dernier fut pris comme otage et fusillé  à St Venant (62). Voilà le triste destin de cette famille qui, comme tant d'autres ont payé le prix fort.
     Courage pour la transcription du courrier et merci encore.
                     Amitiés à tous ceux qui nous reconnaitrons et à tous les autres.   Philypres et Rolande :hello:


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Une grande misère parmi les hommes, c’est qu’ils savent si bien ce qui leur est dû et qu’ils sentent si peu ce qu’ils doivent aux autres.
n°1833
Eric Mansu​y
Posté le 15-03-2008 à 16:07:32  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Jean, et merci pour cette suite !
 
Deux noms écorchés par Bergère : il faut lire LANQUETOT (général à la tête de la 43e D.I.) et PERROT de THANNEBERG (pour le lieutenant).
 
Bien sincèrement,
Eric Mansuy


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n°1834
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 15-03-2008 à 18:56:47  profilanswer
 

Bonsoir Jean,
Bonsoir tout l'monde,
Sujet passionnant pour le début de campagne.
Vous pourrez croiser les données avec les correspondances du chasseur Bourgain, originaire de Boulogne sur Mer, porté disparu le 25 septembre 1915 à Angres.
L'ensemble des documents réunis par la famille dans le cadres des recherches et démarches effectuées est du plus haut intérêt pour bien comprendre comment ça se passait après...
http://chamois.canalblog.com/archi [...] index.html
Le fil est à l'envers, il suffit de remonter en commençant par le bas de la dernière page.
Bien cordialement.
Jean-Claude

n°1835
DIEULET
Posté le 15-03-2008 à 21:27:50  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous
 
D'abord un grand merci à Eric pour les corrections apportées aux noms, malheureusement je n'ai pas d'annuaire des officiers d'infanterie correspondant à l'année 1914. Un grand merci aussi à Philypres ,Rolande et Jean-Claude pour les encouragements et les informations divulguée;
Sur MDH, j'ai cherché ANSELME, nom donné au soldat griévement blessé lors de la fusillade par les sentinelles du 21è  R.I., j'ai trouvé un nommé ANSELME, mais du 31è B.C.P. mort dans la même région, mais à une date ultérieure (fin Aout je crois), est ce possible que celà soit le même soldat, que celui cité par BERGERE ?
Suite de notre carnet :
 
        Vendredi 14 Aout : départ 5 h, ma compagnie est en pointe d'avant-garde de la 43è Division, direction  St BLAISE ; on suit la ligne de chemin de fer, arrivé à 500 mètres devant le cimetière de cette ville, les Chasseurs à Cheval nous signalent l'ennemi  dans la ville.
Le capitaine donne l'ordre d'avancer toujours et 200 mètres plus loin, nous étions toujours colonne par quatre, l'arme à la bretelle, une salve nous abattit sur la route et continue ainsi pendant plusieurs minutes interminables. Une balle vint taper dans ma gamelle, traversant mon sac et s'arrête dans mes biscuits; une autre ne fit que traverser le pan de ma capote.  
Beaucoup de camarades étaient comme moi; j'entendais les uns crier, d'autres dire "je suis touché"; il nous était impossible de lever la tête pour tirer un coup de fusil , chacun put se tirer de la mort en longeant un fossé rempli d'eau pendant 200 m; la compagnie fut dispersée.
Pour la première fois que nous voyons le feu, ça pouvait compter !
Il était 6 h, la fusillade commença, les autres compagnies ayant pris leurs dispositions pour nous secourir, à 11 h le village était à nous après une charge à la baïonnette.
Des deux cotés le canon fonctionnait, à 12 h nos batteries furent immobilisées et impossible à nos artilleurs de pouvoir tirer, ils se retirent et laissent leurs pièces en batterie, pendant ce temps une batterie du 62è, bien dissimulée vint à leur secours; malheur pour les Allemands qui en l'espace d'une heure durent abandonner à leur tour une bonne partie de leurs pièces.
La fusillade continuait toujours, nous étions ivres de poudre; à 18 h l'on vit sur le toit d'une ferme s'agiter un drapeau blanc, puis deux, puis trois et, de toutes parts ils émergeaient; la fusillade se calma, nous avançames, les Allemands commençaient par se rendre.
A 150 mètres de leurs tranchées deux mitrailleuses qui avaient agité le fanion blanc, se remettent en fonction et, fauchent les hommes de la 6è compagnie qui se trouvaient devant eux;
A cette distance sans abri, ni couvert, il ne fallait pas rester là; ces braves partirent à l'assaut, mais les brigands ne restèrent pas là, s'enfuirent, emportant leur matèriel.
Ils avaient tué 10 hommes et blessé 15 autres.
Nous avançâmes jusque sur la  crête, quel spectacle ! Sur notre chemin des tranchées pleines de munitions, d'armes, d'équipement et, des blessés il n'en manquait pas non plus.
Nous trouvons un sergent-major , deux capitaines, et une quantité de morts, tués par nos obus, ils sont déchiquetés. Dans une tranchée pleine de cartouches, les Allemands croyaient rester dans cette position une huitaine de jours, mais il n'y réussirent pas.
Nous couchons sur place;toute la nuit un brouillard épais tombe sur nous. On entend les blessés demandant du secours et les mourants râler, personne ayant eu le temps de leur porter secours.    
 
Amicalement. Jean


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n°1837
Eric Mansu​y
Posté le 16-03-2008 à 10:10:46  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Jean, et merci pour cette nouvelle suite.
Concernant Anselme : celui que vous avez trouvé sur MDH doit être François Anselme, mais il appartenait au 71e B.C.P. [je cite le Livre d’Or des 31e et 71e B.C.P.] et est mort fin août dans les bois de la Grande Coinche. Comme vous le supposiez, rien à voir, sans doute, avec l’homme mentionné par Bergère.
 
Pour revenir sur les coups de feu tirés tôt le matin du 12 août 1914 :
- le JMO du 1er B.C.P. n’en porte pas trace ;
- le JMO du 21e R.I. n’en porte pas trace ;
- le commandant Tabouis écrivait au matin du 12 août : « nuit calme » ;
- c’est encore Charles Magnien, du 21e R.I., qui nous en dit le plus dans son carnet : « […] la nuit est venue et nous la passons sur place dans les bois. A 2 h. du matin, quelques coups de feu sont tirés tout près de nous, ce qui nous réveille en sursaut, et dans la nuit noire il n’est pas facile de savoir ce qui arrive. Les officiers recommandent de ne pas tirer, et au bout d’un instant tout rentre dans l’ordre, mais nous restons jusqu’au jour sur le qui-vive et sans bouger. La cause de cette alerte était des sentinelles en avant de nous qui avaient tiré sur une patrouille de chasseurs qui étaient égarés. »  
 
Bien sincèrement,
Eric Mansuy


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n°1838
denis33
Posté le 16-03-2008 à 12:11:30  profilanswer
 

Bonjour Jean, bonjour à tous.
Une petite question : Le carnet du sergent Albert BERGERE évoque t-il le passage du 1er B.C.P en novembre 1914 lors de son passage en Belgique ?
Ce régiment de chasseurs était très proche du 149e R.I.
Bien amicalement.
Denis

n°1839
DIEULET
Posté le 16-03-2008 à 16:44:18  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Bonjour Eric, bonjour Denis :Pour  François ANSELME, la fiche correspond bien à un Chasseur du 71è B.C.P, le nommé ANSELME a peut-être eu la chance de survivre au conflit (on peut l'espérer du moins). Les carnets de BERGERE ont été rédigès à posteriori (lors de son passage à l'hôpital de FOIX) soit quinze, vingt jours après les faits relatés, mais bon, le récit colle à peu près à ce que j'ai trouvé sur les faits.
Pour Denis, malheureusement je n'ai rien en ce qui concerne le passage en Belgique, apparemment il n'a pas laissé d'écrit sur la période qui part de son retour au dépôt et sa remontée en ligne à sa mort le 25/09/1915.
 
Suite des carnets d'Albert BERGERE (sergent 1er B.C.P.)  
 
          Samedi 15 Aout: Sans avoir trop dormi, le froid et la fraîcheur nous en empêchant, on nous annonce que la Cie a eu deux tués (NOEL et ROZE*) 26 blessés. Le lieutenant RATOU est mort lui aussi.....Chez les Allemands , ils ont 600 tués.
Des patrouilles partent et reviennent de tous les côtés; les uns avec des motocycles, d'autres 150 chevaux d'artillerie équipés et montés, 17 canons abandonnés par l'ennemi et, le plus beau le lieutenant LASNIER avec un réserviste de sa section rapportent le drapeau du 132è de Ligne Allemand  !
Il est 8 h nous partons faire le café dans une ferme à 200 m de notre position. Il était bientôt terminé lorsque quelques balles viennent nous siffler aux oreilles;rapidement je cours prévenir le capitaine qui m'envoie avec une patrouille à la recherche de ces individus.
Nous n'avons trouvé que des blessés qui n'avaient pas été relevés; ça ne pouvait être qu'eux qui avaient tiré, en effet au moment ou l'on arrive sur un de ces derniers,il jette son fusil et, on peut constater que sur les cinq cartouches de son chargeur deux avaient été tirées; le misérable nous tendit son quart en nous disant "Bon Kamerad"; justice lui fut faite; pas de pitié pour ces brigands, trois autres subirent le sort de ce dernier.
Nous rentrons et l'on restera ainsi jusqu'à 15 h ou nous recevrons l'ordre de se porter à la côte 642 au Sud de Blancherupt.
La pluie se met à tomber, à 17 h nous essayons de faire la popote, mais la pluie tombe toujours; l'on construit des abris avec des branches de sapins et de genêts; la pluie traverse tout, l'on est mouillé de partout jusqu'aux os.
A 21 h nous nous dirigeons sur Blancherupt pour s'abriter plus sûrement, se faire sécher et se reposer un peu, mais trop fatigués, on s'endort n'importe où.
 
* Il s'agit vraisemblablement de Jean ROZE, Chasseur de 2è classe, matricule 3476 , classe 1913 ,né le 17 juin 1893 à St Martin Sur Armançon déclaré mort à St Blaise. Personnellement j'ai connu des descendants de cette personne, actuellement quelques uns sont toujours installés dans le Tonnerrois (89), pour NOEL, je n'ai rien trouvé.
 
Voilà pour la fameuse journée du 15 Aout 1914, journée ou le meilleur (prise du drapeau) y côtoie le pire (exécution de prisonniers Allemands, mais ces exécutions sommaires sont elles possibles ? )
 
Amicalement . Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1840
Eric Mansu​y
Posté le 16-03-2008 à 17:26:43  profilanswer
 

Merci Jean,
Pour ce qui est des tués cités, il s’agit des suivants :
 
RATON Marie Louis, sous-lieutenant
NOËL Henri François, chasseur
ROZE Jean, chasseur
 
En outre, les 2e, 3e, 5e et 6e compagnies ayant occupé les positions ennemies au soir du 14 août et dans la nuit du 14 au 15, il est fort possible que les blessés allemands mentionnés aient été découverts dans la ferme d’Almingoutte, où un grand nombre avait été rassemblé. Une fosse commune se trouva d’ailleurs à proximité durant toute la guerre.
 
Bien sincèrement,
Eric Mansuy


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« Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout. »  Capitaine Paul RIMBAULT
n°1841
chatrou51
Posté le 17-03-2008 à 11:19:19  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Eric, tu évoques les JMO du 1 BCP et du 21 RI, aurais tu par hasard les journées du 5 au 12 sept 14 de ces JMO ?
 
Si la réponse est oui, ça sera une bonne bière de l'autre coté du canal, et si la réponse est non... ben la même chose ;)
 
Merci
Philippe

n°1842
chatrou51
Posté le 17-03-2008 à 11:23:22  profilanswer
 

Eric,
 
Désolé, pour le canal, c'est Vincent qui se trouve de l'autre coté, tu ne vas pas bien comprendre ma phrase et pourtant je n'ai pas commencé la bière ;)
 
Excuse moi, suis un peu fatigué... no comment !
Phil

n°1843
Eric Mansu​y
Posté le 17-03-2008 à 12:29:46  profilanswer
 

Bonjour Philippe,
Ah, si tu me prends par les sentiments...  :lol: Je te contacte en privé.
 
A bientôt,
Eric


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n°1844
DIEULET
Posté le 17-03-2008 à 18:37:13  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous
Bonsoir Eric, merci pour les précisions apportées au texte d'hier, est ce que le récit colle  à peu près au JMO ou  à l'historique  du 1er B.C.P.?
Bref pour finaliser est ce que le sergent BERGERE est crédible ?  
 
       Dimanche 16 Aout : A 6 h nous sortons hors des maisons pour faire des grands feux pour se faire sécher.
A 9 h, en route, nous passons Fouday; à la gare de cette ville, un Général de Division Allemand s'est suicidé la veille, se voyant prisonnier .
Nous arrivons à Rothau à 11 h 30, nous faisons la grande halte devant l'église, repos jusqu'à 14 h.
Pendant ce iemps les téléphones sont démontés ainsi que la poste qui est gardée militairement; les habitants sont heureux de voir des soldats Français; à 14 h nous partons par La Claquette,Maison-Neuve,Vipucelle,Vorbruck ; nous arrivons à Schirmeck à 17 h, l'arme sur l'épaule, la population nous acclame.
Nous cantonnons dans cette ville à l'extrême Est après avoir fait des tranchées.
 
         Lundi 17 Aout : Réveil à 5 h, tout le monde à la toilette, la cuisine est faite à 13 h; repos obligatoire jusqu'à 17 h , ensuite couché à 20 h ; à minuit alerte ! Nous sommes à 25 kms du fort de Mutzig.
     
         Mardi 18 Aout: 1 h 30 du matin en route, nous ne savonss pas ou l'on va ......On passe à Wackenbach, Grandfontaine, le Dosnon (altitude 1008 m) et tout cela sans pose, nous sommes fatigués et nous n'avons fait que 18 kms.
Nous continuons notre route tournant le Dosnon, à notre droite une maison forestière allemande qui vient d'être fouillée par des hommes du 23è Bataillons de Chasseurs; et voici l'aventure qui est arrivée à un caporal de ce Bataillon.
Il venait de recevoir l'ordre de fouiller la maison avec son escouade; en arrivant la patronne était devant la porte; il lui demande qui était dans la maison ? Elle répond qu'il y a que son mari; le caporal demande à rentrer, au même instant, il reçoit un coup de révolver dans la tête , tué net, le camarade qui le suivait lui est blessé. Le garde était caché derrière la porte, deux hommes s'en emparent et l'emmmène, les autres pénétrent dans la maison et touvent six uhlans qui étaient entrain de se restaurer, ils tentent de fuir, feu ,deux sont tués et les quatre autres blessés.  
Nous faisons le café sur les lieux de cet accrochage, il est 13 h ; après 3/4 d'heure de pose, l'on repart pour Vallérysthal*, à 16 h on fait la soupe. Nous venons de faire 45 kms sans manger, à 8 h après avoir pris chacun une botte de foin nous nous couchons dans un bois à 3 kms plus loin, à 22 h tout le monde dort écrasé de fatigue.
* dans le texte écrit Veillerysthal


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n°1845
Eric Mansu​y
Posté le 18-03-2008 à 08:07:56  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Jean,
Pas de souci, tout "colle" au parcours du 1er BCP (je ne peux m'avancer pour quelques anecdotes particulières, évidemment).
Quelques corrections concernant ce nouvel extrait : il faut lire LE DONON et c'est là que l'épisode lié au 21e BCP (et non au 23e) a eu lieu (détachement Gaitet).
 
Bien sincèrement,
Eric


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n°1846
DIEULET
Posté le 18-03-2008 à 15:22:23  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Bonjour Eric
 
Merci pour les précisions apportées,  pour le  DONON,j'ai repris l'orthographe de BERGERE , la carte utilisée donnant la même altitude que celle annoncée par le sergent BERGERE, il ne pouvait s'agir que de celui ci.
 
                   Mercredi 19 Aout : l'on se réveille de trés bonne heure car il ne fait pas trés chaud; nous formons un petit poste à 2 kms en avant vers l'Est; à 10 h plus de contact avec notre Bataillon, le capitaine se met à la disposition du 10è Bataillon en route pour Watersthal*, à ce moment la brigade coloniale (1)formée des 5 et 6è Régiments est engagée; la bataille semble être bonne pour nous.
A  18 h, les Allemands reculent et nous passons en première ligne. Le 71è Bataillon de Chasseurs à Pied (des réservistes) subit beaucoup de pertes.
 
                  Jeudi 20 Aout : Une heure après s'être restaurés à Troisfontaines**, nous allons prendre position toujours à l'Est de ce village, sur les hauteurs qui l'entourent. A 8 h , les 3è, 4è et 5è Cies sont en ligne, le canon ennemi semble être fortement en action, en effet nous apercevons au loin nos batteries qui tirent mais elles sont criblées d'obus et, ne pouvant rester, changent une dizaine de fois de positions où aussitôt repérées elles sont bombardées. Elles ne peuvent plus tirer; à ce moment, les canons allemands changent d'objectif et se mettent à nous bombarder, mais avec plus de bruit que d' effet.
Nous sommes en réserve et les obus éclatent pas bien loin de nous, notre commandant l'échappe belle, un obus vient d'éclater tuant un infirmier et blessant le médecin-major auxiliaire; nous commençons alors à battre en retraite, il est 16 heures.
Nous nous replaçons trois kilomètres en arrière, les compagnies qui étaient en ligne nous rejoignent bientôt, mais le canon ennemi nous suit, une batterie française qui est à notre droite et qui tire depuis le matin, nous fait supporter les conséquences des obus qui sont dirigés sur elle et qui viennent éclater à nos talons, sans atteindre personne heureusement.
A 20 h nous sommes à Watersthal*, prenant position à l'Est du village et nous couchons sur nos positions de combat.
Le terrain est trés favorisé pour nous; nous sommes flanc-garde de l'Armée de Nancy commandée par le Général DUBAIL.
 
(1) Il s'agit de la 2è brigade coloniale , général SIMONIN, rattachée initialement au 14è Corps qui appartient à la 1ère Armée (Général DUBAIL), cette brigade est chargée d'occuper les cols des Vosges méridionales et de se porter vers Sarrebourg. La 2è brigade passera dès le 13 aout au 13è Corps, le 18 aout au 21è Corps et le 4 septembre à un Corps provisoire, partout elle soutient de rudes combats, inscription au drapeau : Lorraine 1914 pour le 5è RIC.
Sources : Histoire et épopée des troupes coloniales.
*village non retrouvé sur carte, orthographe incertaine(peut être Hartzwiller ?)
** ortographié Bois-Fontaines
 
Amicalement .
Jean  


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n°1847
Eric Mansu​y
Posté le 18-03-2008 à 17:43:07  profilanswer
 

Rebonjour Jean,
Je précise que si je me permets de corriger quelques noms de lieux, ce n'est que parce que vous en aviez fait la demande et certainement pas pour mettre en doute votre excellent travail de retranscription. Loin de moi l'idée que ces fautes n'auraient pas été commises par Bergère lui-même.
 
Dans votre dernier extrait (19-20 août), l'énigmatique "Watersthal" doit être Wachesthal, situé à l'Ouest de la Maison Forestière de Freiwald. Vous pourrez situer celle-ci sur la carte illustrant cet article :
http://www.histoire-genealogie.com [...] rticle1391
 
Bien sincèrement, et vivement la suite !
Eric


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n°1861
DIEULET
Posté le 21-03-2008 à 11:42:29  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Bonjour Eric
 
Après une pause forcée (due à un service acharné) ,  voilà la suite pour Eric (et tous les autres). Encore un grand merci à  toi, Eric, pour les rectifications des lieux et toutes les précisions apportées au texte.
 
            Vendredi 21 Aout : Le combat recommence de très bonne heure, avant le jour, ce sont toujours les 105è de Ligne qui reculent devant 500 Prussiens, les deux artilleries adverses s'échangent leurs obus.
Heureusement nous sommes en sécurité, invisibles, nous voyons tout ce qui se passe.
Devant nous une compagnie du 17è Chasseurs est complètement mise en déroute par une batterie allemande, deux compagnies du 158è de Ligne subissent le même sort, un obus éclate en plein centre de la colonne et en laisse six sur la route, et sept sont blessés; une femmee fouille les morts, les dévalise, ainsi que les blessés qui ne peuvent pas se défendre ; nous ne pouvons pas tirer dessus, au risque de tuer nos blessés !!!
A 16 h , l' on se retire encore, nous passons à St Quirin, on trouve la frontière, mais harassé de fatigue et n'en pouvant plus malgré mon courage, je m'arrête 1/4 d'heure.... Le 12è d'Artillerie vient derrière la colonne, je monte sur l' affut d'un canon sur lequel je m' endors.
Je me réveille à Cirey Sur Vezouze, nous sommes en France, il est 2 h 30 du matin et le samedi 22 Aout........
 
J'ai perdu mon bataillon, mais j'apprends qu' il est cantonné à Petitmont 4 kms plus loin ou j' arrive à 3 h 30 avec une quinzaine d'hommes que j' ai rassemblé et qui, comme moi étaient fatigués.
Aussitôt arrivés, on se couche, pour se réveiller à 9 h ; les hommes font la popote . A 14 h l' on quitte le village allant nous placer dans les bois de la Tour, 3 kms plus loin au Sud.
L' ennemi qui nous a rejoint bombarde Cirey Sur Vezouze et Petitmont que l' on vient de quitter ; bientôt ils battent les bois, les obus éclatent près de nous sans nous atteindre .
A 18 h, l' on quitte cette position, nous reculons encore, on arrive à Parux, tout le village est incendié ; plus d' habitant, l'on trouve dans une maison qui a échappé au fléau le cadavre d'un vieillard qui a été assassiné, son petit chien qui veille sur lui, couché au pied du lit sur une poignée de paille.
Il est 19 h, nous venons de recevoir l'ordre d'attaquer l' ennemi pour connaître la quantité de leurs forces ; on arrive alors au bois de la Tour, il est 21 h on se couche, on attend l' Allemand ; minuit, debout et l' on quitte cette position, il fait froid, un brouillard épais tombe sur nous.
 
Amicalement. Jean.
 
 
 


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n°1865
Eric Mansu​y
Posté le 21-03-2008 à 17:56:33  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Bonsoir Jean,
 
Merci pour cette excellente suite, qui montre bien à quel point les unités de la 43e D.I., le 17e B.C.P., et des régiments du 13e Corps (dont le 105e R.I.) ont pu se retrouver côte à côte dans un si faible espace.
 
Amicalement,
Eric


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n°1867
DIEULET
Posté le 22-03-2008 à 09:33:19  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
 
Bonjour Eric.
 
        Dimanche 23 Aout : 3 h 30, nous arrivons à Angomont ou l' on se  
repose jusqu'à 9 h. De 9 h à 10 h, on mange une soupe et l'on repart prendre position à l' Est de Neuviller.
Il est 14 h, nous creusons des tranchèes dans un bois. Une patrouille de la 3è Cie accroche et neutralise une patrouille de Uhlans qui pénétrait dans le village ; à cet instant une compagnie entière allemande y pénétre à son tour et, les obus, les shrapnells éclatent au dessus de nous, les branches amortissent les coups, les balles sont pas dangereuses, elles ne font l'effet que d'un bon coup de marteau sur la tête ; j' en reçois une sur la tête et une au bras, l' on se retire sous les obus, nous passons à travers des balles, pour arriver à Neufmaisons.
BIDARD est tué, le sergent-major VARLET est blessé grièvement. Les Allemands bombardent Badonviller, une usine de faïences est en flammes et plusieurs habitations.
Nous prenons position à l' Ouest de Pexonne, il est 17 h. Couchés dans les tranchées après avoir mangé une boîte de conserves et deux biscuits, sans eau, impossible d'en avoir.
A 23 h, on entend pendant 1/4 d' heure une formidable charge à la baïonnette, le clairon sonne la charge, ce doit-être des Chasseurs à Pied car ils chantent la Sidi-Brahim, notre chanson prèférée.
Après cette charge et une longue fusillade, ça redevient calme, il est 23 h .  
Pexonne qui était occupé par l' ennemi est repris par nous, mais il a été bombardé et plusieurs maisons sont encore en flammes.
Nous quittons nos tranchées pour aler nous reposer jusqu'à 4 h  dans un garage.
 
              Lundi 24 Aout : 4 h 30, nous prenons position au Nord de Pexonne jusqu'à 10 h, ensuite retour à nos tranchées faites la veille, jusqu'à midi.
Rien de nouveau, tout est calme, soudain un officier Allemand passe la crête à 600 m, en avant de nous, une sentinelle tire et le descend de cheval, il est tué. Au même instant, une rafale de balles nous arrive sur les reins, sans atteindre personne et, celà recommence ainsi pendant 1 h et puis le canon s'en mêle, les obus éclatent au pied de nous. FORGEARD est tué, ainsi que LEFEVRE ; nous sommes encore obligés de reculer après avoir subi 4 h sous cet enfer de balles et de mitraille.
Nous nous dirigeons sur Thiaville, le canon nous poursuit jusqu'à ce village qui est situé sur la Meurthe, il est 16 h, je suis malade, le capitaine me laisse avec deux hommes, nous traversons la rivière quand vint à passer un aéroplane allemand , il lance une bombe sur un groupe d' infanterie, sans l' atteindre.
L' ambulance du 17è Bataillon de Chasseurs vint à passer et me prit dans la voiture et m'emmena à Ménil (1) à 6 kms de Rambervillers,  j' y arrive à 23 h, je me couche épuisé.
 
(1) Ménil sur Belville
 
Amicalement .  
Jean


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n°1868
Eric Mansu​y
Posté le 22-03-2008 à 09:58:43  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Jean,
 
Les tués mentionnés étaient :
Bidard Marcel Georges, sergent
Forgeard Fridalin Célestin
Lefevre Louis
 
Quant à Ménil, il s'agit de Ménil-sur-Belvitte.
 
Amicalement,
Eric


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n°1869
DIEULET
Posté le 23-03-2008 à 09:49:33  profilanswer
 

Bonjour Eric  
Bonjour à toutes et à tous
 
Merci Eric,  pour le renseignement sur Louis LEFEVRE, je n'étais pas prêt de trouver la  fiche correspondante, enfin avec un peu de patience !
 
Bon passons à la suite des événements.
 
        Mardi 25 Aout : Le Médecin-major m'éxamine et me fait évacuer sur Rambervillers. Je pars à pied, il est 9 h quand tout d'un coup, une fusillade éclate non loin de moi, puis les obus, c'était le 163è d' Infanterie de Nice qui reculait devant l' ennemi, sans avoir reçu l' ordre, oh les froussards, de tous côtés ils fuyaient abandonnant même leurs armes, c'était une complête déroute !
Ils me rejoignirent bien vite, et je dus subir leur sort ; les obus éclataient toujours quand tout à coup, je reçois un éclat dans les reins qui me coucha à terre . Je croyais avoir les reins cassés, mais non après m' être remis du coup , je constate qu'il n' y avait qu'une contusion ; je repris ma route comme je pouvais, ne pouvant pas tenir mon fusil à l' épaule, mais je ne voulais pas l' abandonner ce vieux camarade N° 41.001 P.
Enfin tant bien que mal j'arrivai à Rambervillers, il était environ 13 h. Comme la déroute avait été mise sur toute la ligne, tout troupier isolé était rassemblé sur la place principale et au bout d' une heure nous repartions rejoindre notre Corps, moi je devais me rendre à l' hôpital  militaire.
Je rencontre un cycliste du 41è Bataillon de Chasseurs à Pied de réserve, formé par le 1er Bataillon et les cadres actifs où j' avais beaucoup de camarades, ainsi que tous mes anciens de la classe 1910 . Je pars avec ce cycliste où je trouvais le Bataillon à Bult, 6 kms de la ville.
Tout de suite, je suis entouré de tous ; ils viennent me demander des nouvelles du 1er Bataillon, principalement les capitaines LEHAGRE et THIERRY, à qui je racontais les faits glorieux du Bataillon, mais aussi ses revers ........Le capitaine LEHAGRE qui commande le 41è Bataillon m' ordonna de rester avec eux jusqu' à ce que je sache ou était mon Bataillon.
Nous couchons à Bult ; je me reposais assez bien après avoir mangé, souffrant très peu de ma blessure reçue le matin, ma maladie n' était en fait que de l' épuisement dû à la fatigue.
 
Amicalement.
Jean
 
 


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n°1881
DIEULET
Posté le 26-03-2008 à 14:31:54  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
Bonjour Eric.
 
       Mercredi 26 Aout 1914 : Après un réveil à 6 h, départ pour Rambervillers. Le 41è a pour mission de garder un Parc de munitions d' artillerie qui se trouve au Sud de la ville . Nous nous arrêtons un peu en avant du Parc, ou nous faisons la grand' halte à proximité du village.
La pluie nous surprend, nous entrons dans le village à 20 h , on se fait sécher et on y couche.
 
        Jeudi 27 Aout : Réveil 6 h, départ à 7 pour Rambervillers, il pleut toujours, nous nous mettons à l' abri dans une usine de tissage pour toute la journée ; à 20 h on part se coucher dans une ferme proche.
 
         Vendredi 28 Aout : Toujours réveil à 6 h, je commence à me remettre un peu de mes fatigues ; çà va mieux. Mon bataillon est à 2 kms à St Gorgon, je dis au revoir aux camarades et je le rejoins.
En arrivant j' apprends que BOURGNIAT et PORNIN, deux camarades de mon groupe, atlétiques, ont été tués ; à 8 h, nous reprenons position au Sud-Est de Rambervillers, nous sommes en 2è ligne . Le canon des deux côtés entre en action, les mitrailleuses fonctionnent et, à 17 h nous repartons cantonner à St Gorgon ; quelques patates et nous essayons de dormir.
 
Amicalement. Jean


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n°1882
DIEULET
Posté le 26-03-2008 à 14:43:30  profilanswer
 

Rebonjour à toutes et à tous
 
Il s'agit de Edmond, Henri BOURGNIAT, né le 6/05/1892 à Anost en Saône et Loire, décédé à St Benoît (col de la Chipotte) le 25/08/1914
 
et de  Auguste, Philippe PORNIN né le 2/12/1892 à Argent Sur Sauldre, dans le Cher, également décédé à St Benoît le 25/08/1914.
 
Cordialement. Jean


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n°1885
DIEULET
Posté le 27-03-2008 à 19:10:44  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous
 
Bonjour Eric
 
     Samedi 29 Aout : Réveil 5 h, départ à 6 pour rejoindre nos emplacements de la veille, le long de la ligne de chemin de fer de Rambervillers à Bruyères, il est 6 1/4, un épais brouillard nous enveloppe.
A 7 h 30, nos canons commencent à tirer ; à 14 h ce sont les Allemands qui bombardent Rambervillers ; à 17 h 30, nous faisons mouvement direction les bois de St Rémy où nous passerons la nuit.
 
         Dimanche 30 Aout : dés 1 h 30 du matin, nous partons, le combat s'engage, les 17è et 20è Bataillons de Chasseurs sont en 1ère ligne, à 11 h notre capitaine est blessé, à 11 h 30 le lieutenant FORGET est tué d' une balle en plein front.
A midi la 4è et 6è Cie du 1er Bataillon partent en 1ère ligne remplacer ceux qui s' y trouvent depuis le matin.
La fusillade redouble son action, nous sommes en 2è ligne, 100 mètres derrière ; les balles nous sifflent aux oreilles, mais n' atteignent personne ; à 14 h , c' est notre tour de passer en 1ère ligne, nous sommes à 80 mètres des Allemands.
Le 17è Bataillon a laissé beaucoup des siens ......
Les Allemands mettent leurs mitrailleuses en batterie, et tirent sans arrêt, c' est effroyable . CALMON tombe blessé d' une balle à la cuisse, puis tué par une seconde en pleine poitrine.........
VAUCQUIER, une balle lui traverse la visière du képi, lui coupe l' oreille et termine dans le bas de son sac ; ces balles étaient tirées de dessus des arbres, la 6è Cie en a surpris et tués 4 dans les arbres, ils visaient en priorité les gradés . A 16 h, ordre de repli, nous pouvons enfin faire un café sur le bord de la route aux abords de St Benoît où deux jours avant eu lieu une grande bataille(1).
Ma compagnie a 7 morts et 23 blessés. Nous apprenons qu' il y a eu 8 officiers de blessés et 4 tués au Bataillon !
A 21 h on part cantonner à Malpertuis.  
 
1 : La Chipotte
 
Cordialement .Jean


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n°1886
Eric Mansu​y
Posté le 27-03-2008 à 19:18:57  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Bonsoir Jean,
 
Le lieutenant tué le 30 août était Jules Etienne FORGEOT. Si tu veux une photo de l'emplacement originel de sa sépulture, derrière l'actuelle nécropole du col de la Chipotte, je peux te l'expédier en privé. Il me suffira de connaître ton adresse mail.
 
Bien sincèrement, et merci encore pour cette retranscription,
Eric Mansuy


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« Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout. »  Capitaine Paul RIMBAULT
n°1887
Jean-Claud​e Poncet
Posté le 27-03-2008 à 23:33:19  profilanswer
 

Bonsoir Jean, Eric et tout l'monde,
Passionnant.
Quelle chance que ce carnet d'une telle richesse n'ait pas été perdu.
Ce 1er bataillon nous réserve bien des miracles.
Amicalement
Jean-Claude


Message édité par Jean-Claude Poncet le 27-03-2008 à 23:33:39
n°1888
chatrou51
Posté le 28-03-2008 à 09:59:59  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Ah ah ! bientot le 6 sept ;)
Merci bcp Jean pour le contenu de ce carnet enrichissant.
 
Cdt
Phil

n°1890
DIEULET
Posté le 28-03-2008 à 19:10:40  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous
 
D'abord un grand merci à  tous, qui prenez le temps de lire les quelques lignes que j'arrive à retranscrire sur le forum. Et plus particulièrement Eric, ce qui m'évite ainsi de fastidieuses recherches.Aujourd'hui c'est la retranscription d'une journée particulièrement dure pour le sergent BERGERE et tous ses camarades de combat.
 
       Lundi 31 Aout : Réveil à 7 h, toilette et réapprovisionnement en munitions, 220 cartouches chacun, plus 3 jours de vivres. 12 h 30, l' on reprend notre emplacement de la veille, le 31è Bataillon est engagé, à 16 h le 2è peloton de la 2è Compagnie part en première ligne, j'en fais partie; la fusillade est terrible, les Allemands actionnent leurs mitrailleuses, mais plus prudents que le 31è, nous attendons que la fusillade se calme, car nous ne les voyons pas, nous ne pouvons pas tirer. Derrière les arbres nous attendons le moment propice.
Un homme du 31è vient nous prévenir de ne pas descendre, sa section toute entière vient d' être fusillée, il est le seul survivant ; il se met à côté de moi derrière un arbre, il n'y avait pas deux secondes, il reçoit une balle en plein coeur. Le pauvre diable m'a fait de la peine, il était couché, il tente de se relever, ramassant son fusil, fait un demi tour et retombe comme foudroyé.
Nous couchons sur cette position, toute la nuit nous entendons nos blessés crier, principalement un qui criait à boire, maman, et toutes sortes de plaintes à faire pitié......
 
Cordialement.
Jean
 
 
 
 


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n°1923
zoof
Posté le 05-04-2008 à 00:44:09  profilanswer
 

bonsoir Jean
Mille mercis pour ces pages, je les lis avec passion, suivant sur geoportail les perigrinations de votre sergent.  
Comme Eric s'en doute surement (merci pour les liens coloniaux), la suite m'interesse au plus haut point.
Courage pour la saisie
Encore merci
 
Adrien

n°1927
DIEULET
Posté le 06-04-2008 à 19:51:16  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous
Bonsoir Eric,
 
 
            Mardi 1er Septembre 1914 : Dés 3 h 30 en pleine nuit, le combat recommence de plus belle; nous creusons des tranchées, au hasard nous apercevons des casques à pointe qui ressortent au dessus des tranchées en face, il n'y coupent pas pour être fichus en bas, car nous visons bien; celà dure jusqu'à 16 h 30 où nous nous retirons pour prendre position plus à l'Ouest (2è et 4è Cie).
 
Nous avons maintenant devant nous la 97è Compagnie Alpine*,mais ils sont froussards, presque tous les régiments du Centre ne sont pas hardis, nous couchons toujours à la belle étoile à côté de mon camarade GLOPPE.
 
* lire 97è Régiment d'Infanterie Alpine caserné à Chambéry(peut-être le bataillon du 97è ayant formé l'ancien  3è groupe  bis .  
           
           Mercredi 2 septembre (Anniversaire de Sedan), le canon tonne à droite, à 9 h le Sous Lieutenant LAFOND commandant la Compagnie nous annonce que nous ne prenons plus l' offensive, il s' agit de tenir sur place. Les Allemands avaient espérés prendre Paris en 17 jours et, ensuite se porter sur la Russie où elle n'a laissé que 3 Corps d' Armée contre 17 pour les Russes.
 
L' Autriche-Hongrie déclare la guerre au Japon et le Japon à l'Allemagne.
 
La journée est calme bien que nous soyons à 150 m des Allemands, nous bivouaquons sur place.
 
Cordialement. Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1934
DIEULET
Posté le 07-04-2008 à 21:15:27  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
Bonsoir Eric,
 
                Jeudi 3 septembre : Réveil à 5 h avec un quart de café, le premier "chaud" depuis deux jours, dans le ventre !
On nous annonce que Raon l' Etape a été repris, l' Etat-Major y a séjourné 3 jours seulement. A 9 h, la lutte recommence, l' infanterie coloniale est à notre gauche, ceux là , à la bonne heure, ils n'ont pas peur ; à 13 h, une fusillade fait sauver "les pitous" du 163è de Nice; un qui avait reçu une balle dans son pantalon se croyait blessé partant.
Hier soir deux compagnies du dépôt du 10è Bataillon venant de Langres, viennent nous renforcer. Occupés à se changer de linge quand une balle vint siffler au dessus de leurs têtes; il y avait de quoi rire, les voilà tous se sauvant de tous les côtés en chemise. Ils ne sont pas encore habitués à entendre les balles siffler. A 17 h, la fusillade reprend, les fantassins dans leurs tranchées, baïonnette au canon attendent . 17 h 30 arrivée du 157è d'Infanterie qui se place à notre gauche en réserve, de nouveau un bivouac sur place.
 
               Vendredi 4 septembre : Il fait très froid, à 1 h du matin, une terrible fusillade nous réveille, l'ennemi a tiré pour voir si nous étions encore là, réponse faite, tout le monde se rendort ou essaie....... à 5 h, on se réveille, le canon français entre en action; à 9 h 30, nous quittons les bois de Trappe en silence pour qu'aucun soupçon de l'ennemi ne soit sur nous; après deux heures de marche nous pouvons faire la grand' halte à Housseras, pour repartir à 14 h pour cantonner à Frémifontaine ville basse.
 
Cordialement. Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1936
DIEULET
Posté le 08-04-2008 à 21:28:30  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,  
Bonsoir Eric,
 
           Samedi 5 septembre: Départ 4 h 30, nous devons embarquer à Bruyères pour le Nord de la France mais, à 9 h 30 nous arrivons à Jeuxey à 4 kms d'Epinal; on fait la Grand' halte et l'on repart qu'à 18 h 30.
Il y a 15 jours que nous n'avions pas retiré notre capote, on est heureux de se mettre à son aise; nous arrivons à la gare d'Epinal à 20 h 30 , on embarque dans des wagons à bestiaux; à 21 h 30 le train démarre, nous passons Mirecourt, Toul, Gondrecourt, Wassy on arrive à 13 h le  dimanche 6 septembre : arrivée à Montier En Der, on fait la Grand'halte et à 14 h , nous entrons dans la ville où l'on cantonne.  
La nourriture est meilleure, et le temps de faire la cuisine.
 
            Lundi 7 septembre : Repos, mais on entend le canon au loin. La ville est pleine de réfugiés qui viennent de Vitry Le François.
 
Cordialement . Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1938
DIEULET
Posté le 10-04-2008 à 19:08:51  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous
Bonsoir Eric
 
 
Mardi 8 septembre : Réveil à 1 h 30, départ 2 h 30 par Puellemontier,Lentilles (Aube), Chavanges, Pars les Chavanges, St Léger Sous Margerie, où l'on fait la Grand'halte; puis Dampierre, Vaucogne, soit 45 kms.......Le Commandant qui vient de passer Lieutenant-Colonel félicite le Bataillon pour son endurance dans cette marche et surtout parce qu'il n'y a pas de traînards; il est 19 h, on se couche car nous sommes fatigués.
 
Cordialement Jean


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Au cent quarante septiem',les soldats sont toujours les mêmes !
Mon vieux cent quarante sept, repris' tes chaussettes !
n°1940
chatrou51
Posté le 11-04-2008 à 21:22:08  profilanswer
 

Bonsoir Jean, Bonsoir à tous,
 
Nous allons enfin savoir si ce régiment à participé aux combats de Sompuis ? Pour le moment il semble être plutot en réserve.
 
Merci bcp pour cette source riche et détaillée  :hello:  
 
Phil

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