Le 1er septembre 1917, Maurice Talmeyr racontait dans la « Revue des deux Mondes », la conduite héroïque du grenadier Noël. Ce petit paysan par sa belle conduite, mérita d’être décoré de la médaille Militaire.
« Au commencement de mai 1915, le 17ème bataillon de chasseurs occupait à Notre-Dame de Lorette, un petit bois au pied d’un versant pris par les Allemands et d’où leurs tranchées dominaient les nôtres. Très menacés dans cette position et insuffisamment protégés par le bois, nous devions nous y préserver par des réseaux de fils de fer qu’il fallait constamment entretenir et multiplier, et cette besogne, particulièrement périlleuse, était celle d’une douzaine de grenadiers qui s’en acquittaient la nuit…C’était ce terrible travail que Noël et dix ou douze autres revenaient faire presque chaque nuit.
Entre le bois et le coteau, c’était continuellement ainsi comme un duel, où l’on ne cessait, de part et d’autre, de parer ou d’attaquer, et les Allemands, le 9 mai, dans cette lutte de toutes les heures entre le versant et le bas de la colline, parvenaient, à la nuit, à se faufiler dans le bois, où ils prenaient la moitié d’une de nos tranchées, pendant que Noël et ses compagnons se maintenaient dans l’autre, simplement séparés de l’ennemi par une cloison de sacs de terre. Alors, d’une partie de ce couloir à l’autre, une lutte acharnée à coups de grenades avait commencé dans l’obscurité. Nos grenadiers lançaient sans relâche les leurs par-dessus les sacs, recevaient celles des Allemands, ripostaient, en recevaient d’autres et leur répondaient encore. Le combat durait dix heures et Noël, dès la quatrième, restait le seul vivant des siens dans son morceau de tranchée où tous étaient tombés, mais n’en continuait pas moins à combattre, et, seul, dans la nuit, du fond de son boyau, lançait ses grenades avec une telle fureur, qu’il faisait croire aux Allemands à la présence de toute une petite troupe. Au bout de six heures, il était encore là, se démenant et luttant toujours, arrachant et lançant toujours ses grenades, et se garant comme par miracle, derrière le mur de sacs, contre celles de l’autre côté. Le jour cependant allait poindre et le feu des Allemands commençait à diminuer. Ils se retiraient en effet peu à peu, pour regagner leur colline, en voyant paraître l’aube, et bientôt ne répondaient même plus. La tranchée nous restait et, déjà depuis quelques instants, Noël n’y recevait plus rien, quand une effroyable explosion l’y couvrait de terre et de branches d’arbres… Une marmite, envoyée du coteau, venait d’éclater près de lui et lui avait broyé la cuisse...".
Le grenadier (D’après un dessin du lieutenant Jean Droit)
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Bruno Baverel.
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