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Journal de guerre d'un fantassin du 49ème RI de Bayonne| Bas de page | |
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| Auteur | Sujet : Journal de guerre d'un fantassin du 49ème RI de Bayonne |
Arnaud Carobbi Alc ixh xan | Bonjour à tous,
Laurent PEYRELASSE au 49e RI, 2e compagnie, vers 1908.
![]() MEMOIRES DE CAMPAGNE DE LA GUERRE 1914/1918
de Laurent PEYRELASSE, fantassin du 49ème R.I. de Bayonne. PEYRELASSE, Laurent, fils de PEYRELASSE, Jean-Pierre (1859-1952) et ESCOT, Marie (1861-1899), né à Lucq de Béarn le 31 octobre 1887, décédé à Lucq-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) le 27 novembre 1974. Il s'est marié le 8 octobre 1919 à Lucq-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques) avec CAMALÈS, Marie (1891-1977). Mobilisé le 2 août 1914 au 49ème R.I. de Bayonne, je suis resté au dépôt jusqu’au 4 septembre 1914. Le 5, je suis parti en renfort et nous avons rejoint le régiment, c'est-à-dire le 49ème à Provins (Seine et Marne). A ce moment là a commencé notre grande attaque sur la Marne qui a bien réussie d’ailleurs car nous avons refoulé l’ennemi jusqu’à Craonne en cinq jours. Toutefois, je n’oublierai pas de signaler la fameuse matinée de Montdement qui nous couta pas mal de monde. C’est le 8 septembre que le 49ème a enlevé la position très fortement organisée par les allemands, de haute lutte à six heures du matin. De là, nous les avons chassés jusqu’à Craonne sans trouver de trop grande résistance, pendant quatre jours. Observations : nuit du sept au huit, grand déclic d’obus dans le bois de Montmirail ; un lieutenant tué, un homme également tué par un obus tiré près de nous dans le bois. C’est les premiers morts que je vois dans la campagne. Arrivés en face de Craonne le 11, encore une position des plus périlleuses, il n’y a pas de doute, il faut les repousser au plus loin. Nous avons donc attaqué le 12 sans obtenir grand succès. Enfin, le 13 attaque, encore de notre part. Cette fois-ci, nous avons réussi à leur prendre une bonne part de leur fameuse position dite : Plateau de Craonne. Malheureusement pour nous, tout cela n’a pas été de longue durée. J’oubliais de citer qu’on avait pris le village de Craonne et c’est là que le 14 au soir, les bôches sont venus nous faire une petite surprise, au moment où nous les croyions loin de nous , d’une vingtaine de kilomètres au moins. On était entrain d’organiser un convoi de prisonniers qu’on avait fait le jour avant, on se disposait à les emmener en gare de Thivet. Voilà que ces messieurs nous sont tombés sur le paletot de tous leurs fusils et mitrailleuses. Inutile de dire que ce moment a été le sauve qui peut et la pagaille complète dans nos rangs. On est parvenus quand même à se regrouper à la sortie du village ; après ça, on est remonté à l’attaque comme des lions. Mais Dieu sait quels étaient tous nos efforts devant un ennemi très supérieur en nombre et en matériel, à ce moment là. Enfin, et pour tout dire, on a attaqué pendant vingt quatre heures. Résultat total, on s’est fait écraser littéralement, un point c’est tout ! Cette terrible journée du 14 septembre compte dans ma mémoire comme étant une des plus terribles de toute la campagne. Maintenant, le quinze, on s’est tenus sur nos positions de la veille et sur la défensive, car il faut tout dire, ce n’est plus le moment d’attaquer. Le seize, on a été relevé des lignes et ce n’était que temps ! Par la 249ème division. Le tout petit nombre que nous étions encore… Nous sommes passés en réserve dans les bois de Blanc Sablon. Observations : le 14, Jean Canfranc*a été fait prisonnier, mon chef de compagnie tué, le colonel Capolin tué également. Sur 500 hommes d’effectif normal en temps de paix, nous restions 73. Le 16 il a fallu renforcer le régiment qui nous avait relevés car il ne pouvait plus tenir sa position. La principale cause de leur fléchissement c’est qu’ils se sont laissé surprendre dans leurs tranchées du fait qu’un bataillon a été fait prisonnier. Les bôches en ont profité pour se faire un passage et envahir tout le plateau. A ce moment là, tout le régiment de première ligne était menacé d’encerclement, alors il fallait encore une fois leur prêter renfort ce qui a fini de nous écraser complètement. A partir de ce moment, on n’était plus capables de combattre : plus de chefs dans les rangs, pas grande abondance de munitions, quand à la nourriture, il y avait déjà cinq jours qu’on n’avait rien touché. On est donc restés trois jours dans les bois, à attendre des vivres et du renfort. Le 20 septembre en effet, on était de nouveau au complet avec du renfort venu de Bayonne. A partir de ce jour là, on a eu un peu de ravitaillement également. Le 20, pour la première fois, on a pris un peu de repos à Beaurieux près de Craone. Nous sommes revenus en ligne le 25 au soir. Nous sommes cantonnés à Vallogne en liaison avec l’armée anglaise. Le 26 septembre, il s’est produit de nouveau une grande attaque sur le front du deuxième bataillon de chez nous. La lutte a duré toute la journée mais on avait conservé toutes nos positions. Le 28, on a encore changé de secteur. On a été passer deux jours dans le village d’Outches en réserve dans les caves. Le 30 nous sommes repartis en soutient d’artillerie, un peu plus en arrière, au lieu dit : Moulin Rouge. Observations : à partir du 20 on a passé trois jours en repos dans le village de Beaurieux ( Aisne.) Pendant ce temps, le bombardement faisait rage sur le village ; surtout la nuit, ce qui fait que tous les jours il y avait des blessés et des tués. C’était la vie dure, même au repos. Malheureusement, on n’avait pas fini comme on avait l’air de le croire à ce moment là ! Nous y sommes restés 2 jours , puis retour à Beaurieux où nous avons reçu encore un petit renfort venu du 6ème de Saintes. Après, nous avons continué à faire cette vie là : six jours de repos pour huit de combat. Le 20 décembre j’ai eu la veine de trouver un petit emploi pour sortir un peu des tranchées. J’ai donc été désigné comme chef d’équipe d’un groupe de cantonniers, pour refaire les routes d’accès en première ligne car il faut croire que tous les chemins étaient impraticables, après tout le matériel d’artillerie de toute sorte qui passait. La réparation était nécessaire et on s’est mis à l’œuvre. On a eu la chance d’y rester longtemps ce qui fait qu’on s’en est épargné de très dures. Surtout qu’il faisait un assez mauvais temps puisque c’était l’hiver. Enfin, le 49ème est resté dans le secteur jusqu’en mars 1916. De là on a été dirigés vers Verdun. C’est là aussi qu’il y en avait de bien mûres. Il fallait donc y aller, c’était notre tour. Tous les régiments de France y sont passés dans cette terrible fournaise, et tous y ont laissé des plumes. De son côté, le pauvre 49ème en a pris une bonne part, il en a fallu des renforts pour combler le vide ! On est arrivés dans Verdun le 21 mai au soir, montés en première ligne dans la nuit du 23 au 24. Nous avons relevé le 174 et les sénégalais. Belle relève, on s’est trompé de direction, nous avons atterri dans les tranchées allemandes ; là il s’en est suivi un combat au corps à corps. On y a laissé une vingtaine de copains du bataillon et on a été obligés de nous porter à l’arrière. On y est resté quand même jusqu’au 30. Nous avons été relevés pour revenir de nouveau sur Verdun, puis nous avons pris les autos après avoir pris deux jours de repos. Cette fois-ci en direction de l’Argonne. Nous avons été debout quinze jours, ensuite quinze jours de repos à Beurville (Haute Marne). Après ça, nous avons été à Authe (Ardennes) une quinzaine de jours également. Nous nous sommes rendus à Craonne au début de juillet 1916. A ce moment là, nous avons reçu un important renfort de la classe 16, ce qui nous a permis de tenir de nouveau un secteur assez mouvementé d’ailleurs, mais enfin, il n’y a pas eu trop de mal durant les trois mois ou nous sommes restés là. Ce secteur, comme je l’ai dit plus haut était à risques, mais de notre côté, c’était bien fortifié : fils de fer barbelés, chevaux de frise, et surtout de fameux abris en cas de bombardement. Tout à fait en première ligne, la difficulté était réelle. Quand on était un peu trop près avec les boches. Parfois, on était qu’à peine vingt mètres les uns des autres, ce qui fait que les combats à la grenade n’étaient pas rares sous le secteur de Craonne. Tous les soirs, la partie se jouait d’un côté ou de l’autre de ce maudit secteur. Il faut surtout dire qu’on a eu de la chance de ne pas perdre trop de monde, mais souvent des crises à cause de cette saleté de grenades et de torpilles. La relève de l’Argonne a eu lieu dans les derniers jours de septembre. En automobile encore une fois, mais ce coup-ci on était dans la bonne direction. Nous voilà partis au camp de Mailly-Champagne en grand repos pour deux mois ; on a été cantonnés dans un petit village non loin du camps dit de Grandville. Nous avons fait la belle vie durant quelques jours, un peu d’exercice, mais enfin, on était à peu près heureux. On ne se méfiait pas d’un petit plat qui nous pendait au nez. C’est que dans la Somme ça bardait dur en ce moment là. Notre tour approchait tous les jours d’aller faire une petite virée par là. Cette fois-ci nous avons fait tout le trajet à pied, en plein mauvais temps, car je dirai que c’est dans les débuts de décembre. Enfin pour finir de nous faire arriver, car on n’en pouvait plus, ils nous ont embarqués le dernier jour dans les autos. Nous voilà donc rendus dans ce fameux pays de la Somme, dans l’eau jusqu’au genoux, parfois presque à la ceinture. Il faut l’avoir vu pour y croire ! On nous a donné un jour de repos avant de monter en ligne. Quel beau repos dans ce petit village à moitié démoli par les bombardements. Pour entrer dans les maisons, il fallait faire des passerelles avec des planches, tellement il y avait d’eau, dans les rues, les appartements du réez de chaussée. C’est là que j’ai pu voir, le lendemain à Cyprien Gouardères* qui était à ce moment là au 143ème RI ; on a pu boire un coup ensemble malgré tout car il était en possession d’une bonne bouteille de Saint Emilion. Il était relevé le lendemain pour aller en Alsace ; mais pour nous, c’était autre chose. Le lendemain on montait en première ligne remplacer les copains qui étaient là depuis longtemps et qui avaient attaqué plusieurs fois. Heureusement pour nous, les grands combats de la Somme ont cessé un peu donc on n’a pas fait d’attaques. Pour ça, on a eu assez de mal car les boches étaient décidés à nous persécuter nuit et jour. Ils étaient tellement rageurs d’avoir perdu tout ce terrain qu’ils nous arrosaient de leurs obus, uniquement pour se venger de leur défaite. Pour ma part, j’avais une bien mauvaise impression de notre nouveau secteur, et je ne m’étais pas trompé, hélas ! Il y avait quelque chose qui me disait que je devrais rester sur ce terrain, par là, et également le jour de la relève arrivait, qui devait avoir lieu avec l’armée anglaise. Je suis resté là jusqu’au dernier jour, c'est-à-dire jusqu’au jour de la relève, mais ce jour n’était pas ma chance. Juste au moment de la relève, on aurait dit un miracle, le boche nous lance une torpille en plein sur nous ; ça a été une véritable catastrophe, sur les quatre hommes et un caporal dont se composait le poste, il y a eu trois morts et deux blessés dont j’étais du nombre. Grièvement touché, l’épaule gauche écrasée, complètement démontée, ainsi que quatre larges entailles au bras et à la jambe gauche, blessé également au visage, enfin, à mon tour j’étais sérieusement amoché. Fort heureusement, j’avais d’excellents camarades qui m’ont porté assistance, sans quoi je me serais désaigné sur place, étant incapable de me sauver seul, j’étais complètement paralysé. On m’a transporté au poste du Commandant de Compagnie : lieutenant Le Barilier. C’est lui qui a procédé à mon premier pansement, aidé des deux camarades qui m’avaient enlevés. Le pansement provisoire bien fait, on m’emporte vers le major du bataillon qui se trouve à quinze cent mètres de là. Le major m’a refait le pansement car le sang n’arrêtait pas de couler. Par précaution, une piqure pour le tétanos et une fois bien soigné, me voilà de nouveau dirigé vers les automobiles au carrefour d’Estrée. C’était pas le premier voisin, il y avait une affaire de sept kilomètres avant de trouver la route. On a eu assez de peine pour y arriver car il y avait de la neige et il m’a fallu rouler plus d’une fois dans les trous d’obus vu les difficultés qu’il y avait pour marcher dans la neige, et en pleine nuit, forcément, les porteurs glissaient bien souvent et du fait, j’ai roulé et hurlé dans la neige plusieurs fois. Nous voilà pourtant rendus aux automobiles… Ces faits de guerre ont été écrits par Laurent Peyrelasse et recueillis par sa fille ainée Elise Barthalou. Elle va poursuivre le récit avec les faits racontés de vive voix par son père au grès des discussions « à la veillée » dont il était friand. Au moment de sa blessure, le Major du régiment qui fit les pansements a du mettre plusieurs tampons de coton en drain afin d’arrêter l’hémorragie. Au moment de l’opération, certains tampons furent oubliés. Quelques jours plus tard, le bras et l’épaule ont gonflé, une forte fièvre se révéla et la blessure prit une vilaine couleur violacée. La gangrène était déclarée. Nouvelle opération, le tampon fut enlevé mais, la fièvre persista. Mon père se trouvait dans un état très grave. Une religieuse s’occupait de lui, on ne pouvait l’amputer vu que l’épaule était brisée. Le chirurgien déclara à la religieuse : « celui-là je vous le donne, si vous me le sauvez, ce sera votre miracle ». Pendant quatre jours et quatre nuits, cette femme lui a fait des compresses d’eau bouillie. Au cinquième jour la fièvre a baissé, quelques jours plus tard il était sauvé. Papa lui donna son crucifix, gravé par lui, car il passait son temps libre à graver le cuivre dans les tranchées, en récupérant les obus qui jonchaient le sol. Il travaillait ainsi pour ses amis fabricant crucifix et vierges, des chevalières aussi qu’il faisait bénir par l’aumônier. Le Colonel, lors d’une permission lui procura du petit outillage à graver, mais ses travaux et ses outils rassemblés dans une musette furent définitivement perdus lorsqu’il fut blessé. Après avoir passé une année à l’hôpital de Caen, Laurent a repris son service d’abord en rapatriement à Bayonne ou il est affecté sur la frontière avec l’Espagne dans la vallée de Baïgorry/ Les Aldudes en qualité de garde-frontière. A l’armistice, il fut rappelé pour une période d’occupation en Allemagne. Il fut décoré de la Croix de guerre, cité à l’ordre de la Nation, et reçut la médaille militaire. De retour au Pays, Laurent n’arrivait plus à supporter la douceur d’un lit, il dormit au sol durant de longues semaines tout en reprenant son travail de cantonnier. Il épousa Marie en octobre 1919. Celle-ci vivait avec sa mère et ses trois sœurs. Le seul homme restant à la maison : Pierre Camalès (18ème RI) avait été tué devant Douaumont lors d’un acte héroïque mentionné dans divers ouvrages. Laurent reprit la ferme de Marie, eut cinq enfants et seize petits enfants. C’était un magnifique passeur de mémoire, un sage, sa famille le vénère toujours. Index : Jean Canfranc était originaire de Lucq de Béarn et ami de Laurent. Cyprien Gouardères était voisin et ami de Laurent. Ils se retrouvèrent tous trois à Lucq à la fin de la guerre. Message édité par Arnaud Carobbi le 05-12-2011 à 21:23:49 --------------- Le parcours du combattant de 14-18 Dernière mise à jour : 23/05/2012 - "Les soldats guyanais dans la Première Guerre mondiale". |
AAA64170 | [quotemsg=3503,5,2831]Bonjour, dans le texte mis en ligne par Arnaud, il y a deux coquilles (erreur de frappe ?) : période Craonne, le village de Vallogne est en fait le village de Vassogne et celui de Outches est Oulches devenu Oulches-La-Vallée-Foulon.
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peyo | Bonsoir Jé, bonsoir à tous
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