Bonjour à tous
la suite pour le fidèle lecteur
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mercredi 9 février 1916
Chère Petite Amie
Chère Bonne Marraine
Enfin je crois pouvoir vous annoncer que je vais être quelques jours à l’arrière
Notre Bataillon décimé par les nombreuses pertes des combats des jours précédents vient d’être avisé de ce bien-être en perspective
Quelle joie après ce que nous avons eu à subir hier, je n’ai pas pu vous écrire ainsi que je vous l’avais promis
mais nous avons subi une telle contre-attaque après l’attaque que nous avions faite par trois fois dans la nuit et deux dans la matinée
que notre abattement était poussé jusqu’à son dernier point.
Que ne faut-il pas voir dans cette ruée où chacun donne son maximum de cruauté,
car c’est ce qu’il faut employer si l’on veut essayer de s’en sortir, et puis employé avec une manière ou une autre,
il faut être fataliste et se dire advienne qui pourra !
J’avais été désigné dans les derniers combats pour lancer des grenades, ce poste n’était pas plus, pas moins périlleux qu’un autre
mais il avait le grand avantage, c’est que je ne faisais pas l’assaut à la baïonnette puisque nous sommes en tête pour leur faire de la place
en les inondant de grenades. La grenade est une boule explosive qui fait de grands ravages et que la guerre actuelle a créé,
son poids de 750 à 800 grammes fait que l’on peut les lancer à 2O mètres de longueur et que chaque éclatement cause de grands dégats
plus que les balles quand elles portent, par contre il faut être à découvert pour les lancer et essayer d’assurer son tir,
alors à ce moment debout sur le parapet de la tranchée, on sert souvent de cible.
Pour en revenir à la charge à la baïonnette je ne crois pas que quelque chose me donne autant de répulsion que cela ;
jusqu’à présent j’ignore cette atrocité puisque la seule que j’ai vue hier, je n’y ait pas participé étant « grenadier »
Ainsi donc vous allez pouvoir, quand vous recevrez ces lignes, être rassurées sur mon sort pendant quelques jours tout au moins
car il faut recomplèter les cadres et l’effectif du régiment nos pertes ont été sérieuses
comme dans toute attaque mais comparées aux ravages que nous avons faits aux ennemis cela n’est pas comparable,
il est vrai que la Division coloniale est une troupe d’élite et leur valeur de soldat est réelle.
[….]
Je n’ai pas subi grands dommages de mes 1O jours de 1ère ligne et tout mon bilan se résume à ceci
mon fusil cassé par une balle, une qui a traversé mon casque sans seulement m’effleurer la tête et 2 éclats de grenade aux mains
mais tellement anodins que je n’ai même pas quitté mon poste, voyez comme la destinée est faite, beaucoup de troupes
qui était en deuxième ligne ont été décimées pour la bonne raison que les tranchées de première ligne était si proches
que les allemands de peur que les obus tombent dans leurs propres lignes, allongent leurs tirs et inondent de leurs projectiles l
es tranchées de seconde ligne et le cas s’est encore produit ici, l’avance des notres ayant été trop soudaine
et notre tir pas rectifié assez vite, nous avons des tués et des blessés par notre propre canon qui n’allongeait pas son tir
au fure et à mesure de l’avance, cela s’explique : l’avance a été lente sur une aile et rapide sur une autre,
cela a été suivant comme l’ennemi s’est sauvé
Vous voyez que je vous conte du mieux que je puisse mes impressions.
Quant au spectacle donné par ce carnage, mieux vaut que vous ne le connaissiez jamais.
Il a neigé toute la nuit et cela augmente encore la boue qui cependant était déjà grande, aussi maintenant que je pars un peu au repos,
tu seras bien gentille ma petite amie de me confectionner un paquet de différentes choses que j’ai réclamées dans mes lettres dernières.
[….]
Je ferais en sorte qu’un peu de correspondance vienne interrompre la longueur des journées de notre Bonne Marraine.
Puisse un jour être cela par une missive depuis que je me suis aperçu de la façon qu’employaient les Bôches pour garder nos prisonniers,
plus vivace est en moil’idée que votre cher mari, notre cher ami, est peut-être près de nos lignes et pensez si notre joie serait grande,
si dans la chaude lutte d’un combat nous puissions arriver jusqu’à eux, je ne suis pas très démonstratif en fait d’amitié,
mais j’ai la ferme conviction qu’un seul mouvement nous éteindrait comme deux frères. On pense moins au danger quand on part
l’esprit tendu avec un tel but, et maintenant, sans cependant être aguerri, j’ose dire que la peur ne viendra plus,
on a un peu d’apréhension les premiers mètres, puis parès on oublie tout et on part comme des bêtes.
Allons pour ce soir je vous quitte, je vais aller donner ma lettre pour qu’elle parte, celle-là sera la bienvenue chez vous
car elle vous apporte la certitude que je suis à l’abri pour quelques jours tout au moins, à moins d’évènements graves.
Bon courage Bonne santé et gardez toutes trois les baisers affectueux de votre tout affectionné Lucien
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Jeudi 10 février 1916
Chère Petite Amie
Chère Bonne Marraine
Nous avons commencé notre exode vers l’arrière et c’est de la grande halte que je vous écrit,
nous venons de marcher beaucoup et dans la nuit, aussi comme il gelait très fort, la bise nous coupait la figure
malgré tout nous avons la force que donne la joie de ce repos et les kilomètres étant franchis presque allègrement
si je puis dire. Je ne puis encore vous donner le pays où nous allons stationner, nous ne le savons pas encore,
mais tout porte à croire si on écoute les on-dit que nous devons aller vers Villers-Bretonneux toujours dans la Somme,
quant à l’adresse aucun changement pour l’instant. Hier j’ai reçu une longue lettre de toi Chère Amie
merci pour toute la fatigue supplémentaire que cela a pu te causer, mais ici c’est une telle fête une lettre ,
que tu peux croire que l’on sait en gouter le prix
[… pages de rappel du matériel et denrées demandées dans ses précédentes lettres …]
Maintenant que nous prenons le chemin de l’arrière, je n’aurais plus de bien grande nouvelle concernant la tranchée
par contre nous avons pu voir dans la première page du « journal d’hier » un article « les allemands à Frise »
c’est l’action du 21e et de notre arrivée aux premières lignes, ils ont oublié de dire que depuis tout a été repris
et même d’avantage en certains endroits, par contre tous les communiqués n’en parlent pas. Ces mêmes journaux
nous ont appris la visite des Zeppelins sur Paris, notre surprise a été grande surtout après tout ce que l’on raconte
sur la sécurité des avions . Je m’aperçois que plus cela change, plus cela est pareil
Allons je vous quitte et vous embrasse tous bien affectueusement en attendant de vos bonnes nouvelles
Bien affectionné votre Lucien
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Vendredi 11 février 1916
[… parle des paquets demandés, de celui reçu, de ceux pas reçu…]
La santé est bonne , on ne fait rien mais bien sales, nous sommes dans une grange où on repose mieux qu’aux tranchées.
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Samedi 12 février 1916
Chère Petite Amie
Je viens de recevoir deux de tes lettres
[… bavardage familial…]
me voici pour quelques jours à l’abri des Boches puisque je ne suis plus aux tranchées, que faut-il de mieux
maintenant mes deux éclats d’obus se cicatrisent bien et il n’y parait plus, ce n’était que superficiel aussi n’en parlons plus
[… pages sur les victuailles du colis …]
pour le papier et les enveloppes que tu m’envoies complète l’adresse par ce que j’ajoute, tu peux très bien l’écrire toi-même –
ajoute maintenant 1ère section, c’est une indication qu’abrège la distribution
J’ai écrit aujourd’hui à Mlle Marguerite Villedieu [connue fin 14 à l’ HC VG11] pour lui demander des renseignements
sur le prix d’un paletot imperméable, car cela est le plus pratique, on endosse le paletot par-dessus la capote et on peut
sans être gêné mettre son sac et son équipement, je crois que c’est une dépense , à savoir si ma bourse peut la faire
car les capuchons ou autres paralysent le bras et tout en coutant une certaine somme ne sont pas pratique
pour ce mauvais [manque un mot] dans les boyaux, tu as je crois un passemontagne qu’une infirmière m’a fait,
je voudrais que tu vois s’il est assez chaud, car alors tu déferais la laine et m’en ferais un calot ou
quand je voudrais, je rabattrais sur les oreilles, mon casque allant par-dessus [longue description de son cache nez]
mes gants après reprise iront encore un moment.
j’attends d’être fixé sur un cantonnement pour me changer de linge et me faire laver ce qui me fera plaisir
je me suis rasé pour la première fois depuis le Havre et j’en avais besoin depuis le 23 janvier .
Allons, je ne vois plus rien à te dire, embrasse bien R. et notre Mimi [leur fille] et garde mes baisers les plus affectueux
Tout à toi Lucien
PS
dans un prochain colis, joins le réchaud de R. je m’en servirais.
Notre lit dans notre grange nous semble si bon après les tranchées, qu’on y fait de beaux rêves,
par contre quand il pleut il y faudrait un parapluie, car il y a des trous au plafond, mais on y est bien tout de même .
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Ce 13 février 1916 Dimanche
Chère Petite Amie
J’ai reçu hier des lettres de [… contenu des divers courriers familiaux…] J’espère que maintenant mes lettres ont repris
leur marche régulière car je recommence à t’écrire journellement … n’ayant sauté que les moments où les allemands
ne nous en ont pas laissé le temps que 3 fois en tout depuis mon départ [… chronologie des lettres envoyées …]
Nous voyons depuis deux jours que le communiqué fait mention des attaques que nous avons eues à Frise et au Bois de la Vache
c’est drôle que les journaux le relatent que près de 8 jours après que cela se soit passé
Maintenant nous sommes toujours au repos et si nous entendons toujours le canon puisque nous ne sommes
qu’à 7 kilomètres des lignes, cela repose un peu de ne plus être inondé d’obus et de n’avoir plus de spectacle
comme ces jours derniers. Combien de temps cela va-t-il durer, je l’ignore. Mes mains vont complètement bien
et seules 2 petites cicatrices m’en feront souvenance
La pluie règne toujours en maitresse et les routes sont défoncées par l’artillerie et le ravitaillement aussi ce n’est que de la boue
cependant on est à l’abri, c’est une grande chose à côté des tranchées où toujours il faut être aux aguets
[… contenu des divers courriers familiaux qu’il va faire ensuite…]
Je termine pour aujourd’hui en vous embrassant bien affectueusement toutes trois
Votre tout affectionné
Lucien
Cal 12ème Compagnie 1ère section du 129ème Secteur 93
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Ce lundi 14 février 1916
Chère Petite Amie
aujourd’hui tu n’auras certainement que quelques lignes pour la bonne raison que je n’ai rien aucun évènement à signaler
n’ayant rien fait depuis que je t’ai écrit hier, …je te dirais simplement que je suis en bonne santé, que je me soigne bien
pour me conserver longtemps dans cette situation, que je ne néglige rien qui ne puisse être agréable à mon petit estomac
et qu’il sera bien temps de me faire de la bile quand ce sera le moment.
Par contre le soleil coute cher dans la région car nous sommes toujours sous la pluie
[… lui dit à qui de la famille et ce qu’elle doit écrire…]
Je termine en vous embrasant toutes trois affectueusement
Votre tout affectionné
Lucien
toujours au repos à quelques kilomètres des lignes
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Ce lundi 16 février 1916
Chère Petite Amie
J’espère qu’à l’heure actuelle tu auras reçu un peu de mes nouvelles […]
et comme elles sont bonnes elles te rassureront complètement sur ma situation
Après être resté quelques jours à l’arrière des lignes mais ce qu’on appelle « cantonnement d’alertes » car au
moindre signal , étant comme troupes de réserve, nous serions remonté à nouveau aux tranchées, cette situation
a pris fin hier car nous avons pris pour de bon, je crois, la route du repos et cette journée de marche que nous
avons du faire a été cause que hier j’ai dû passer la journée sans t’écrire, car nous étions exténués
ayant reçu pendant 5 heures une pluie torrentielle et de grêle sur le dos, aussi jugez dans quel état lamentable
nous sommes arrivés, enfin comme c’était la route tournant le dos aux boches on a supporté bravement cette pluie
qui n’était pas faite pour alléger le chargement .
A l’arrière au cantonnement à Demuin j’ai eu le plaisir d’avoir ta lettre et un colis […]
Nous ne devons rester que 3 ou 4 jours ici parait-il, et nous devons aller encore plus à l’arrière
[… reécrit une chronologie détaillée de leur correspondance mutuelle …]
Je vous embrasse toutes 3 bien affectueusement
Tout à toi Lucien
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Jeudi 17 février 1916
Chère Petite Amie
j’ai été très gaté par la correspondance d’abord une de toi du 13 et de[… détail des correspondances familiales…]
pouvais-je avoir meilleure lecture en attendant des jours meilleurs, non n’est-ce pas et tu m’en vois très heureux
au repos nous sommes mieux qu’aux tranchées, nous sommes dans une ferme remplie de rats
et la nuit se passe à leur faire la chasse , si tu étais là
[… encore échanges de nouvelles familiales…]
Je termine en vous embrasant bien affectueusement
Tout à toi Lucien
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Vendredi 18 février 1916
Chère Petite Amie
Bien reçu hier ta longue lettre du 14 courant
[…sur plusieurs pages explique en détails
qu’il a un calendrier où il note tout sur le courrier envoyé reçu ,et reparle également des contenus des colis demandés ou reçus …]
Quoique nous ne soyons pas favorisés par le temps, car il pleut presue sans discontinuer, je suis en bonne santé
malheureusement la pluie rentre même dans notre grange car il y manque des tuiles, et beaucoup.
Les rats y vivent nombreux et nous nous employons à les combattre mais ils pullulent.
Je me suis fait couper les cheveux à ras, quelle tête, mais c’est pour éviter les habitants, pour le reste cela va
la nourriture est relativement bonne et assez abondante, de plus n’ayant as de corvée à faire cela est assez supportable
Nos chefs sont assez gentils avec tous et cela n’est plus le commandement de la caserne, il s’en faut tout se fait gentiment
Je termine en vous embrassant toutes 3 de tout mon cœur
Votre affectionné
Lucien
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Samedi 19 février 1916
Chère Petite Amie
On vient de nous annoncer de monter nos sacs et que dans deux heures, nous partons pour une destination inconnue
aussi avant, comme je pressentais ce départ et que je suis prêt, je vais te dire un petit bonjour
j’ai eu l’agréable surprise de tes colis hier au soir et son contenu m’a fort satisfait
[… détail du contenu plat, vêtements, une page sur les jambières en laine , en tissu ou en cuir …
… puis pages de commentaires des nouvelles familiales…]
Ici la pluie continue toujours ! Toujours ! et dans quel état sont les routes défoncés par le passage des convois
qui n’arrêtent pas soit ravitaillement, soit artillerie, et ces derniers, il y a quelque chose depuis ces derniers jours.
Comment vont-être les tranchées , il va falloir des échasses , aussi vais-je mettre des jambières cirées sur celles de drap
je me suis procuré moyennant finances de quoi bien graisser mes chaussures et je vais ma lettre terminée
finir de m’équiper
je termine Chères Amours en vous réunissant et en vous embrassant de toute mon affection,
puisse votre pensée me porter bonheur et voir bientôt refleurir nos amours
Aurevoir, bon courage et bonne santé
Tout à toi et bien tendrement
Votre Lucien
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Amicalement
Francine