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  Lettres du Caporal Rousseaux 129ème RI

 

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Auteur Sujet :

Lettres du Caporal Rousseaux 129ème RI

n°2665
Francine L​aude
Posté le 01-05-2009 à 07:29:59  profilanswer
 

raison de l' édition :
pas très logique  [:francine laude:6] mais je n'avais pas songé au départ à tout transcire
alors pour sa correspondance chronologique  janvier 1916 date de son arrivée sur ce front  
allez plus bas dans cette file, à partir de la réponse :
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] .htm#t2850
 
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Bonjour à tous
 
Ces lettres terminent la correspondance de mon grand-oncle  
tué le 21 mai 1916 à la reprise du fort de Douaumont  
 
je n’ai rajouté qu’un peu de  ponctuation et de renvois à la ligne
la forme  tout autant que le fond montrant son état d’esprit ,  
le plus émouvant étant son terrible pressentiment dans les dernières  
 
il met Chère Petite Amie   pour ma grand-tante
les baisers à toutes trois  sont pour elle, leur fille de 2 ans,  
et soit sa belle-sœur, soit sa marraine de guerre
 
sur les enveloppes :  
Lucien ROUSSEAUX  
Caporal 129ème d’Inf 12ème Comp 1ère section secteur 93
juste des variantes dans les abréviations
et les oblitérations sont en général du SP 93 ou selon  quand il les faisait passer par les civils

 
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en-tête
secteur 93 – ce Vendredi 5 mai 1916
 
Chère Petite Amie      
 
j’ai reçu aujourd’hui ta petite lettre de lundi et j’ai eu quelque peu le sourire en voyant ta vigilance concernant mon arrivée  
à l’impromptu auprès de toi, tu devrais si tu le pouvais allonger le cordon jusqu’à moi de cette manière je pourrais te prévenir  
avec certitude quand mon départ s’effectuerait,
mais voilà une ombre nouvelle qui surgit à l’horizon, car il serait question de faire passer devant nous toute la classe16,  
si cette question dont on parle ferme ici en cemoment, arrivait, je verrais ma pauvre permission reculer aux calendes grecques ,  
c'est-à-dire à encore de nombreux mois,  
ce que je ne veux pas compter à l’avance
enfin fais comme moi, prends patience et attendons les évènements
Ce matin j’ai bien failli gagner une permission plus vite que je ne l’aurais voulu,  
car j’ai été touché d’un éclat de grenade à la tête, assez fort cette fois,  
juste au-dessus de l’œil gauche, encore une fois c’est bénin, et cependant mes camarades et moi, je croyaient fort touché  
car j’étais inondé de sang.
 le major m’a retiré l’éclat, que j’ai dans mon porte monnaie, décidemment, je n’arriverais pas à être évacué
je me croyais donc près d’être évacué, pas du tout, cependant je constate avec plaisir que chaque fois mes avaries augmentent  
et bientôt je tiendrais  
je l’espère cette bonne petite blessure qui est notre pensée à tous en attendant l’heureuse libération.
Ne t’inquiète pas sur mon état de santé cela ne m’enlève pas mon appétit seulement  
j’ai un superbe pansement à la tête et j’ai tout du glorieux blessé.
Je te joints une carte des Chamot . Amédée aussi prend quelque chose parait-il enfin nous sommes dans des régiments actifs,  
alors cela n’a rien d’extraordinaire puisque nous sommes régiments d’attaque, c’est même à ce sujet une raison que,  
Henri et Ferdinand [ses frères ] appartenant à des régiments de Territoriale  
et de ce fait n’allant pas au Front directement, pourraient très bien retourner en permission avant moi si on nous fait passer la classe 16  
devant le nez car nous ne recevons plus que cela et tous les quatre cinq jours en ce moment il en arrive,
quel sujet ces permissions, nous ne serons jamais surs de notre départ
Pauvre Mimi elle grandira sans jamais connaître son Papa si ce temps doit continuer,  
et cependant je voudrais bien être auprès de vous maintenant car elle doit être intéressante , quoique bien diable probablement
enfin nous en verrons peut-être un jour la fin et je serais je l’espère de ceux qui en reviendront . Quoique cela sait-on jamais ici !!
je vois les jours passer et dans quelques jours elle va atteindre ses 2 ans, 2 ans mais  
ce doit être un grand personnage !  
Comme bien des fois je cherche à la voir par la pensée, trotter autour de vous, mais certainement que mon imagination doit être encore loin  
de la réalité.
je n’ai rien à te demander aujourd’hui, j’espère recevoir ton colis demain et je me ferais un plaisir de t’en accuser réception
je terminerais en vous embrassant de tout cœur, en t’adressant d’une part les remerciements de mon s/Lieutenant heureux de ses cigarettes  
puis en t’annonçant que probablement par ce même courrier j’envoie une carte à Mme [G r ??] pour la remercier
De bons baisers à toutes trois et bien affectueusement
 
votre Lucien
 
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secteur 93 – ce 7 mai 1916
 
Chère Petite Amie
 
je reçois bien couramment tes lettres et crois bien que j’en suis bien heureux  
j’ai sauté hier à t’écrire après la blessure que j’ai eu avant-hier à l’arcade sourcilière gauche et pour laquelle j’espérais être évacué  
j’ai été hier piqué contre le tétanos cela m’avait abattu considérablement, je n’ai pas  
pu manger et j’ai été courbaturé au possible, cela va mieux aujourd’hui et sous ce pli  
je t’envoi un petit morceau d’éclat que le major m’a retiré – enfin quelques jours et j’espère que je n’aurais plus que des pansements simples-
C’est que c’est toujours ma tête qui récolte, j’en souffre cependant assez depuis la dernière attaque où j’avais été enseveli.
J’ai reçu hier de toi le numéro du Journal concernant la Division Mangin –  
cela est parfaitement exact et comme dates et comme tout, mais ils oublient pas mal  
de choses que nous ne pouvons dévoiler à cause de la censure –
 peut-être arrivera-t-il un jour où je pourrais te les narrer de vive voix  
à moins que nous n’ayons des projets moins tristes et moins pénibles à élaborer .
je suis inscrit sur la liste des permissionnaires, j’ai le numéro 50  
(dans ce numéro la classe 16 n’est pas comprise et jusqu’à ce jour aucune solution  
n’est venue annoncer officiellement qu’elle partirait avant nous ,  
ce n’est toujours qu’un bruit qui circule)  
j’en préfèrerais un autre !
Petite Amie tu me fais part que mes dernières lettres deviennent plus courtes, ne m’en veux pas, mais il me faudrait trop souvent te répèter  
les mêmes horreurs, puis à force de les voir le style vous manque et l’on n’ose plus écrire ou alors il faudrait mentir ,  
mais les communiqués sont trop clairs pour vous dire que nous sommes heureux et tranquilles .
Laisse moi petite chérie si pendant quelques jours à de certains moments je suis bref, c’est qu’alors ce que j’aurais à dire serait trop brutal
- aussi je préfère conclure que dès l’instant où je suis en bonne santé ce doit être pour toi le seul point essentiel.
Puisque nous sommes sur ce sujet je dois te préparer à te demander d’avoir encore  
une fois beaucoup de courage et de patience car de par les informations qui sont arrivées au Commandant de Bataillon,  
nous devons sous deux ou trois jours reprendre une grande offensive dans le but de reprendre le Fort de Douaumont –  
aussi cela ne se fera-t-il pas sans casse certainement
et s’il arrivait que comme pour mon premier séjour à Douaumont  
tu restes dix ou quinze jours sans nouvelles, il ne faudra pas te désespérer,  
il te faut savoir être patiente petite amie, car à moi aussi il m’en faut –
j’ai reçu hier ton colis contenant les lunettes le tout en très bon état, pour les lunettes j’en suis satisfait et à titre de renseignements  
je puis te dire que celles que j’avais précédemment et qui n’étaient pas périscopiques avaient couté 4 Frs au Havre ,  
tu jugeras pas ce prix si la différence que tu as pu payer peut-être comparée au supplément des verres périscopiques
Je suis content des tiennes- j’ai donné les autres à réparer par les soins d’un cycliste,  
je ne sais quand je les aurais ne sachant pas seulement où elles ont été portées.
Ne pouvant te dire si je vais pouvoir écrire beaucoup je compte sur ta bonne obligeance pour prévenir Juliette, Mère et Mme Hunault .  
Je vais faire tout mon possible pour écrire le plus que je pourrais mais malgré tout ce n’est pas être peureux que de prévoir
Rappelle moi souvent au souvenir de notre Mimi qui bientôt va prendre ses deux ans  
et je ne serais pas là pour l’embrasser, mais tu la dédommageras – embrasse bien aussi Rosette et que toujours vous ayez de bonnes nouvelles  
de René aussi
J’ai  reçu le paquet de Marcel de la rue du Bouloi le premier paquet et un de Mme Hunault bien abimé car il a été au 1er Baton
Allons au revoir ma petite amie, ma lettre est un peu plus plus longue aujourd’hui  
et je termine en t’embrassant de tout mon cœur me rappellant toujours tout ce que  
tu fais pour moi
Tout à toi
Lucien
 
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secteur 93 – ce 8 mai 1916
 
Chère Petite Amie
Ma santé continuant à aller mieux je n’ai pas besoin de t’en parler aujourd’hui depuis deux jours j’ai repris ma place avec mes camarades,  
je ne suis resté que deux jours au poste de secours,  
après ta lettre d’hier j’ai écrit à Juliette et à Mère un petit mot
toujours la même situation ici, je ne sais ce que les communiqués racontent à notre sujet ?  
quelques fois je souris à la lecture des journaux que tu m’envoie – qu’est-ce qu’on se méprend sur ce qu’est le Front !
ne m’envoie pas de chaussettes, j’en ai suffisamment pour l’instant en ayant touché au régiment des pas mauvaises
Je t’écris en vitesse car je vais partir en reconnaissance dans quelques instants et  
je veux que tu ai ce mot pour au cas où je rentrerais trop tard pour le courrier.
Les reconnaissances et patrouilles c’est toujours l’incertain mais grâce à ma boussole  
et à on flair jamais je ne me suis trompé de route jusqu’alors
alors de préférence on m’y envoi puis en petit nombre il y a moins de risques
Au revoir Tout à toi et bons baisers à tous
votre Lucien
on m’attend je n’ai plus le temps d’écrire  
 
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 secteur 93 – ce 9 mai 1916
 
Petite Amie, Petit Amour !
je te joints aujourd’hui une lettre de Régina et une de Marcel , tu pourras dans  
cette dernère puiser des expressions et des intonations dignes de charmer une foule, mais ici ces mots restent sans effet ,  
cependant j’en diminue l’intensité et j’en prends note comme s’il l’écrivait en langage plus clair et plus sobre  
et certainement je le crois sincère, mais il ne pourra jamais écrire simplement ;  
tu verras par sa lettre que je ne les oublie pas et chaque fois que je le peux  
je leur envoi de mes nouvelles.
Je t’ai donné hier ou avant-hier une lettre , la raison pour laquelle je ne terminerais  
pas dans chacune de mes lettres notre vie, et dans la tienne d’aujourd’hui tu devances  
la réponse que je t’ai envoyée – accepte – cette situation et crois moi ne sois pas curieuse de détails toujours bien pénibles pour vous  
– je t’ai envoyé dans une lettre un peu plus longue qu’aujourd’hui (10 pages je crois) suffisamment de détails  
sur ce que pouvait être le secteur pour qu’à nouveau je te réitère une semblable missive
Toute ma pensée depuis peu se résume en toi et ma fille et tu peux au gré de tes désirs confectionner des lettres n’ayant  
que vous comme sujet – car ici il manque tant de choses que l’affection que l’on perd  vous est plus précieuse encore –  
je n’ai plus de pansement à la tête depuis ce matin –
c’est te dire que ça va tout à fait bien .
Je termine en vous embrassant de tout cœur ne sachant si je puis vous dire à bientôt
Lucien
 
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secteur 93 – ce 10 mai 1916
 
Chère Petite Amie
tes lettres m’arrivent couramment en ce moment, et j’ose espérer qu’il en est de même pour toi,
j’ai la chance de pouvoir les passer assez régulièrement et si comme je le souhaite  
elles ne sont pas interceptées cela doit aller à peu près-
quant à moi je vais bien – par contre aussi je ne prive de rien car chaque fois  
que je peux me faire ravitailler, je le fais , pense nous ne touchons que du singe  
et du chocolat pour ainsi dire et presque le même ordinaire chaque jour aussi inutile  
de t’ajouter de l’un ou de l’autre je ne peux plus les voir-        
si les colis fonctionnaient mieux, je préfèrerais cela car cela couterait moins cher,  
mais en ce moment je les reçois presque tous bien abimés, enfin nous allons tout  
de même en voir la fin un jour ou l’autre - car sans cela jamais nous n’aurons
 les moyens de continuer longtemps comme cela, et cela m’ennuie beaucoup car  
je vois bien ce que je dépense même sans faire d’excès – ce que tous les colis peuvent couter –  
mais si vous voyiez ce que nous font payer les civils quelques fois –  
c’est à les prendre et mettre le feu à leur maison – aussi il y  a des jours où je pense  
que si j’ai la chance d’en recevoir , nous serons sans rien, après avoir eu quelques  
sous d’avance et cet état de choses m’ennuie et m’inquiète car je souhaitais  
tant vous savoir toutes deux tranquilles à l’abri du nécessaire –  
rentrerons-nous d’abord ?  
C’est inconcevable qu’on laisse faire une semblable boucherie, et pourquoi,
 pour ne pas bouger d’un fil, si on perd un bout de tranchée il faut la reprendre .
Nous avons des alternatives de soleil et d’ondées – dans l’ensemble la température  
est supportable car ce n’est plus le froid ni les grandes chaleurs, peut-être même  
vais-je encore t’envoyer des choses qui m’embarrassent car avec la saison chaude  
le sac a vite fait de vous peser sur les épaules
je viens de recevoir un autre colis de la rue du Bouloi où j’ai reçu en plus de différentes choses des bretelles  
– à l’occasion dans un prochain colis envoies moi des boutons métalliques une douzaine pas plus j’en ai assez pour longtemps –  
dans le colis de Marcel il y avait de la charcuterie qui était toute gâtée –
 tout le colis sentait- dans le 2ème de la rue du Bouloi que je reçois  
( le tien probablement il y a un morceau de saucisson, qui était entamé et  
se trouvait abimé aussi – alors je te demanderais de ne pas mettre à exécution  
ton désir de m’envoyer du jambon je crois qu’avec la chaleur tout ce qui est  
denrée (entamée) arrive souvent immangeable
tu vas me dire qu’a cela tu ne sauras pas plus quoi envoyer
seul en ce moment je ne suis pas trop dégouté du beurre en boite de conserve et  
des confitures ( d’elles, n’importe lesquelles jamais je ne les ai tant goutées  
n’importe quelle sorte puis dans les boites de conservent elles arrivent en bon état,  
du paté plutôt que des sardines car ce qui est huile en été ne charment guère .  
J’ai eu ma deuxième paire de lunettes, m’en voici monté, allons au revoir me voici encore une fois sans nouvelles de madame Hunault  
depuis quelque temps .  
Je termine en vous embrasant bien affectueusement toutes trois
votre affectionné
Lucien
 
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secteur 93 – ce 13 mai 1916
 
Chère Petite Amie
j’ai été quelque peu déçu aujourd’hui rien de toi, je m’attendais tant à tes nouvelles  
et à celles de notre Mimi, c’est son anniversaire aujourd’hui, 2 ans et je ne suis pas  
au milieu de vous, il s’en faut, car dans quel milieu suis-je ? je n’ose le dire ni y penser,
enfin j’espère toujours à la relève et au repos qui suit chaque séjour aux tranchées
puis après la pensée sera plus loin encore car au repos nous repensons aux permissions et à chaque départ  
c’est un pas qui me rapproche de vous.
te dirais je que je croyais recevoir une petite carte photo de vous deux pour cet anniversire,  
mais peut-être n’est-ce que retard de la poste et que le prochain courrier me l’apportera comme j’y ai songé depuis longtemps  
à cette date il me semblait tout naturel  que ayant cette idée en tête elle devait se réaliser mais j’aurais de la patience  
– il nous en faut tant ici-
j’ai pu encore me défaire de certaines choses qui alourdissait mon sac et pour ne pas  
les abandonner j’ai pensé à les envoyer quitte à te les redemander quand elles me seront nécessaires .  
Dans un futur colis tu m’enverras une patte de bretelles car celle que j’ai reçue qui était en caoutchouc a cassé tout de suite  
car il était cuit de n’avoir pas assez servi – ci inclus dans une autre enveloppe je t’envoi différentes lettres 2 de Ferdinand, 1 de Benjamin  
1 ,de Mme Hunault 1 ,de Guyard que tu garderas pour son adresse ou si tu ne gardes pas la lettre prend l’adresse
ici rien de neuf ou toujours la même chose mais cela devient écœurant à raconter  
aussi je le passe sous silence car tu te fais déjà assez de mauvais sang pour ma situation
je termine en vous assurant de toute mon affection et de mes plus affectueux baisers
votre tout affectionné
Lucien  
 
.......
 
édition du  titre pour supprimer "Mai 1916" et rajouter "129ème RI"


Message édité par Francine Laude le 07-03-2011 à 09:02:06
n°2666
Francine L​aude
Posté le 01-05-2009 à 07:31:24  profilanswer
 

......
 
secteur 93 – ce 14 mai 1916
 
Chère petite amie
en même temps que ta petite carte de jeudi je reçois ton paquet contenant  
me molletières- je t’en remercie bien et les crois en belle qualité car elles paraissent souples, jusqu’à je t’en demande,  
ne m’envois plus de chaussettes car j’en reçois également aujourd’hui une paire de Mère avec un petit colis,  
comme avec son colis elle m’envois une lettre je te la joints à la mienne cela augmentera ta distraction par sa lecture  
de Régina dans le paquet de Mère j’ai reçu une trousse pour me peigner elle me servira à renouveler celle qu’elle m’avait offerte  
il y a déjà 2 ou 3 ans à une de mes fêtes ou anniversaires
tu n’as pas eu de courrier de moi dis-tu mais que cela ne t’inquiète pas ni ne te semble pas drôle car je n’écris pas exactement  
tous les jours en ce moment alors rien d’extraordinaire qu’un courrier puisse passer sans qu’une petite carte ne t’arrive-
C’est aujourd’hui Dimanche et depuis hier matin la pluie ne cesse de tomber aussi  
nous revoilà propre encore une fois malgré tout en levant le bout du nez nous apercevons de la verdure autour de nous,  
dans les arbres lointains et cela nous semble meilleur que quand tout ce tableau était blanc par la neige,  
les nuits sont encore un peu froides sur le matin, mais nous n’en souffrons plus  
comme avant car nous nous le supportons bien mieux- j’ai du linge pour l’instant  
en quantité suffisante aussi ne m’en envois pas avant que je t’en demande –  
et René ou est-il ? a-t-il pris les tranchées ? son secteur est-il dur –
il circulerait ici des bruits qu’on nous ramènerait dans l’Oise ou le nord,  
nous attendons donc-espérant que notre étoile nous sera propice  
pour me faire espérer que je serais du nombre de ceux qui ferons ce nouveau voyage !
Allons au revoir, embrasse bien notre Mimi, me reconnaitra elle seulement  
à mon retour, embrasse aussi bien Rosette et garde mes baisers les plus affectueux
Tout à toi
Lucien
 
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 Les deux suivantes 15et16 mai, ça c’est sûr, mais il me faut vérifier la chronologie  
 
oblitérée du 16
secteur 93 – le 16 (16 recouvrant :15) mai 1916  
 
Chère petite amie
je viens de recevoir ta lettre du vendredi 12 et de suite je réponds à ta demande  
pour les conserves de légumes-je n’en désire pas parce que d’abord cela ne me nourrit guère pour le poids que j’aurais à porter  
et puis je serais contraint de les manger froid car la première fois que nous étions à Verdun j’ai du abandonner par faiblesse  
pas mal d’affaires – nous étions si exténués après être restés 10 jours en première ligne sans pouvoir seulement s’étendre une minute  
que j’avais allégé mon sac de tout ce que je considérais comme superflu car je m’en passe et préfère porter d’autres articles plus précieux  
à mon avis aussi ne m’en renvoyez pas un autre
on souffre du froid de moins en moins alors il devient complètement inutile  
pour le jambon en boite il est très bon et je préfère transporter ce genre de conserve  
que des haricots petits pois ou autre légumes
inspires toi de boite n’ayant pas plus de grosseur que celle de jambon,
que ce soit beurre ou confiture de toutes sortes, j’en mange beaucoup maintenant  
(je vais finir par aimer les sucreries en rentrant)
Pour nous le temps continue à être bien mauvais, de l’eau, toujours  
de la pluie-
Quoique le travail de René soit fatigant ( j’y suis passé par ce genre d’exercice)  
je lui souhaite qu’il en fasse très longtemps car cela vaut encore mieux que le secteur des premières lignes car en général  
quand on fait des tranchées c’est toujours à l’arrière (ce qui a l’avantage d’être un peu mieux)
nous entendons dire que nous ne partirons pas avant samedi comme cela va être long encore une semaine !
allons au revoir je vous embrasse toutes trois bien affectueusement
Votre attentionné  
Lucien
 
 
oblitérée du 15
secteur 93 – mardi 16 mai
 
Chère petite amie
je ne puis t’envoyer qu’un petit mot aujourd’hui nous n’avons que peu de temps
 à consacrer à notre correspondance et encore je le fais à la hâte
Nous attendons notre ordre de départ pour bientôt- ou irons nous ?  
tous les secteurs vaudront bien celui là alors on en sera plus satisfait
la pluie est arrêtée depuis ce matin mais vous pouvez penser dans quel état  
nous sommes, des tas de boue et les vêtements plaqués sur nos os
(car on n’a plus de graisse) ah le soleil peut revenir on en a besoin pour se sécher –  
ici cela se calme et on n’a plus l’ampleur des premiers jours, cela semble tout drôle  
on commençait à s’y habituer  
de Paris plus de nouvelles depuis longtemps je pense cependant que les gens de l’arrière tiennent encore !  
Sans quoi que deviendrions nous ici ?
je te joints la nouvelle adresse que Ferdinand m’envoie
je suis toujours en bonne santé et vous espère de même mais à quand ce retour  
ou cette permission ??
cela semble long quand on attend
je termine en vous embrassant tous bien affectueusement
Tout à toi
Lucien
 
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secteur 93 – ce 17 mai 1916
 
Chère petite amie
Je voudrais que cette lettre soit encore suivie de beaucoup d’autres et cependant  
je ne peux pas te cacher la situation qui va nous être faite sous peu car on ne peut rien répondre du destin et je ne voudrais pas  
que tu puisses penser que j’ai pu avoir quelque chose de cacher pour toi, quoique la vérité en cette circonstance
 te sera certainement pénible
Nous sommes dans un petit pays près de Bar le Duc et là d’après les ordres reçus  
nous allons y séjourner peu de temps, nous y laisserons notre sac, car notre division  
est désignée pour faire l’attaque du fort de Douaumont –  
nous ne devons être partis que 5 jours parait-il – car nous ne servons que  
(de ce qu’on appelle en termes militaires) de vague d’assaut
Nous sommes en train de nous faire équiper d’une façon spéciale et des revolvers browning sont arrivés,  
on nous entraine chaque jour au lancement des grenades , enfin cela prend la tournure d’une très grosse attaque
enfin petite amie ce n’est pas avoir peur que tout prévoir aussi je veux que cette lettre t’apporte l’assurance de mon affection,  
toute la joie que j’ai goutée auprès de toi, regrettant seulement de n’avoir eue cette suprême consolation  
d’aller vous embrasser avant ce départ.
Tu vas peut-être vivre des heures cruelles à l’annonce de cette lettre,  
mais je tiens à ce que rien ne t’arrive brusquement , tu peux donc et j’ose croire  
que tu seras vaillante et forte et que même sans nouvelles tu ne désespèreras jamais .
Tout laisse à prévoir que quand tu recevras ces lignes nous serons en pleine danse.
Je tiens même à te joindre deux adresses de mes meilleurs camarades
tu vois je ne veux rien laisser au hasard- peut-être même que tout ceci sera inutile  
et que je pourrais comme toujours t’envoyer un petit mot aussitôt la relève
Mr Marcel Quesnel sergent 129ème 12ème Cie, Mr Robert Havé 129ème 12ème Cie,
Mr Lieutenant Lucien Grudneler (ou ?  Grudcler ) 129ème 12ème Cie
je t’envois tous ces détails aujourd’hui car j’ai le temps nous ne connaissons pas  
notre jour de départ alors je peux encore t’envoyer demain un petit mot pour  
te dire que nous ne sommes pas encore partis
je laisse pour ce jour toute question de paquet de côté – ou nous sommes nous avons  
de quoi nous ravitailler facilement tu ne feras qu’une chose que sitôt que  
comme je l’espère je serais sorti de cette nouvelle mauvaise passe  
– tu m’enverras de l’argent ,  
car avec cette épée de suspendue au-dessus de notre tête on ne veux rien se refuser  
aussi les frais sont plus grands.  
Si je peux revenir de cette attaque je crois que nous aurons  
un bon petit repos au bout
mais tous nous avons peur de ne pas être nombreux à en profiter
Allons je ne veux pas vous dire autre chose qu’au revoir je vous réuni toutes trois  
pour vous embrasser de toute affection
Lucien
 
PS il fait très chaud et nous tenons le soleil ? cela durera-t-il  
 
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la dernière
 
secteur 93 – ce 18 mai 1916 – 15 heures
 
Cette fois c’est la dernière lettre avant notre départ que nous attendons dans quelques heures
j’emprunte la même voie d’un civil pour que cette lettre te parvienne, je ne sais si  
tu l’auras plus vite
certainement les lettres vont être suspendues encore une fois il te faut donc prendre beaucoup de patience et de courage
j’y pars la conscience tranquille maintenant te dire que cela ne va pas être un gros effort que l’on nous demande serait certainement  
te mentir mais si enfin au bout c’est l’espoir du retour, nous n’y penserons plus si nous en revenons
Tu vois le coup que l’on sent doit être formidable car je te joins deux lettres qui n’ont  
la différence que des signatures car tous deux  
c’est l’exode vers Verdun !
Je reçois aujourd’hui ta lettre et ton petit paquet
me voilà bourré de conserves pour tout mon séjour à Verdun
mais quel poids je traine
je le fais pour vous chères amours pour prendre de mon côté toutes les chances de réussite pour revenir,
tu me trouveras bien blanchi mais qu’importe c’est notre vie actuelle qui nous aura marqué plus vite de son sceau indélébile
j’attends ardemment cette surprise que tu me laisse entendre dans ta lettre d’aujourd’hui
je pense que cela sera la photographie de Mimi et de sa maman
Pour celles que je détiens voici ce dont j’ai fait. J’en ai une de toi dans le boitier de  
ma montre et qui ne m’a jamais quitté  
(c’est celle qui fut faite pour notre premier anniversaire de mariage) quant aux autres  
je les porte sur moi et elles ne me quitteront pas en tranchée  
quoiqu’il m’arrive- puis j’ai groupé dans une musette tout ce que je considère de précieux caoutchouc, guêtres, rasoir et quelques denrées  
cette musette je l’appelle musette d’évacuation, car au cas ou je serais blessé  
je ferais tout mon possible  pour que cette musette ne me quitte pas –
quant au sac il ne contient que le supplément de mon bagage – en un mot toutes mes affaires sont en bonne place et rangées en bon ordre –
si le destin veut bien me sourire un peu, tout ira pour le mieux – Par contre je compte sur toi pour écrire à Mère et à Juliette et à mes frères –
Pour le reste soyons confiants
Je termine en vous assurant toutes trois de ma plus tendre affection et vous réunissant pour vous embrasser de tous cœur
Votre tout affectionné
Lucien
P.S. Si je ne peux écrire,  
continue à m’écrire chaque jour ne pouvant le faire - je serais- de pensée avec vous
 
Tout à toi  
Lucien
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Sujet un peu long, mais ma manière de souhaiter un bon premier Mai  
à sa fille qui m’a confié tous ses documents familiaux
 
C’est aussi Lucien, qui est sur certaines photos du sujet de « Santé »  
lien:  Hôpital complémentaire du Val-de-Grâce n° 11
 
Bonne journée à toutes et tous  
 
Amicalement
Francine


Message édité par Francine Laude le 01-05-2009 à 14:09:19
n°2667
jef52
Posté le 01-05-2009 à 10:11:40  profilanswer
 

Bonjour Francine,
Un très grand merci, ainsi qu' à la fille de Lucien qu' il n' a jamais connue, mais qui fait vivre sa mémoire, pour nous avoir fait partager ses lettres. Pas grand chose à rajouter après ce témoignage, c' est juste...bouleversant et tellement plus fort que la "grande histoire".
Un bel hommage, merci encore.
Amicalement,
Jef


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"Désormais je sais enfin que tous ces morts, ces Français et ces Allemands, étaient des frères, que je suis leur frère" Ernst Toller
Le blog du 232e RI http://232emeri.canalblog.com/
n°2668
Stephan @g​osto
Posté le 01-05-2009 à 12:37:10  profilanswer
 

Bonjour Francine,  
 
Et merci pour ce témoignage auquel je suis sensible car le 74e R.I., lors de la tentative de reprise du fort de Douaumont, était en liaison directe avec le 129e R.I., juste à sa droite.
 
Bon 1er Mai.
 
Stéphan
 
http://storage.canalblog.com/67/08/22678/38919992.jpg


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ICI > LE 74e R.I.
Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°2669
Francine L​aude
Posté le 01-05-2009 à 13:56:41  profilanswer
 

re bonjour  
 
mais de rien  Stéphane !
 
Lucien est arrivé sur ce front en janvier 1916  
 
La dernière qu'il ait reçue (d'un de ses frères) ,  
elle était avec son cher sac ...
 
http://sd-1.archive-host.com/membres/images/194555563939705994/militairesROUSSEAUX/Copiede20mai16Ferdinand.jpg
 
http://sd-1.archive-host.com/membres/images/194555563939705994/militairesROUSSEAUX/Copiedeferdinandaerostatiersverso.jpg
 
 
et lui en octobre 1915
 
http://sd-1.archive-host.com/membres/images/194555563939705994/militairesROUSSEAUX/LucienR1915.jpg
 
navrée mais c'est n' importe quoi les tailles !  
pas le courage de recommencer les lignes sont encombrées et je n'ai pas l'ADSL
 
Bonne journée à tous !
 
Amicalement
Francine

n°2670
Francine L​aude
Posté le 01-05-2009 à 19:48:35  profilanswer
 

re Stephan
je viens seulement de réaliser que j'ai mis un " e " de trop à votre prénom !
 
pour la peine je vous présente un autre de mes grands oncles du 74ème
ce qui tombe bien car je ne retrouve pas le sujet avec les poilus de nos familles !
 
LEVEILLARD Roger, André, Fernand
° 6/11/1891 Rouen (76)   + 26/4/1973 Bourg-la-Reine (92)
Soldat de 1ère classe au 74ème régiment d'Infanterie, 10ème compagnie.  
Médaille militaire, Croix de guerre
Citation
"Très bon soldat. A reçu le 6 septembre 1914 une blessure grave.
A eu la machoire mutilée et a perdu l'oeil gauche ." (Ordre de l'Armée).
Blessé le 6 septembre 1914, à Courgivaux (Marne)  
 
Amicalement
Francine

n°2671
Stephan @g​osto
Posté le 01-05-2009 à 23:40:17  profilanswer
 

Bonsoir Francine,  
 
Merci de me faire connaître ce grand-oncle du 74e.
 
J'imagine qu'avec de telles blessures, la guerre s'est arrêtée pour lui ce 6 septembre 1914...  
Voici l'officier qui commandait sa compagnie à Courgivaux et qui devait tomber quelques jours plus tard...
 
http://pagesperso-orange.fr/la-musette/bonal.jpg
 
Et voici quelques soldats de la 10e Cie, avant guerre, que Roger Leveillard a sans doute connu lors de son service militaire, s'il l'a bien effectué au 74e R.I. et à la 10e Cie.
 
http://pagesperso-orange.fr/la-musette/191310.jpg
 
Auriez-vous une photo de ce grand-oncle datant d'avant-guerre ? Car j'ai d'autres photos de la 10e Cie et peut-être se trouve-t-il dessus ?
 
Bonne nuit !
 
Amicalement,
 
Stéphan


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Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°2672
vincent le​ calvez
Posté le 02-05-2009 à 07:41:39  profilanswer
 

Bonjour Francine,
 
Un grand merci pour vos documents et la qualité de vos communications.
 
Vincent (qui étudie le 28e RI, souvent près du 129e RI...)


Message édité par vincent le calvez le 02-05-2009 à 07:42:12

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Site Internet : Adolphe Orange du 28e RI http://vlecalvez.free.fr
En ce moment : le 28e RI à Sissonne en octobre 1918 http://vlecalvez.free.fr/nouveaute.html
n°2673
Francine L​aude
Posté le 03-05-2009 à 07:09:07  profilanswer
 

Bonjour   :)  
 
Vincent, personne du 28ème parmi les correspondants
dès que possible je transcrirais janvier à juin et les courriers correspondants aux descriptions de ces derniers jours de mai
 
Stephan, merci pour les documents,  je n'ai plus rien à vous offrir pour Roger  
renseignements pris son fils et sa petite fille sont décédés … alors arrières ... ?
de lui très peu de photos et inexploitables pour vous,  juste de sa première jeunesse
après il est toujours en retrait et dans l’ombre,    
 
la seule chose de certaine c’est que jusque la guerre il était à Rouen (°,domicile, profession )
 
en fait sa citation se trouve sur la même page que celle de mon grand-père
elle doit provenir d’un livre d’Or  de ? (st Jean Baptiste de la Salle ?)   Rouen certainement  
voir le Fichier : Citations
 
Bon dimanche à tous !
 
Amicalement
 [:francine laude:9] Francine


Message édité par Francine Laude le 03-05-2009 à 07:24:12
n°2674
territoria​l
Posté le 03-05-2009 à 20:42:17  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Merci beaucoup pour ces documents qui sont très émouvants.
 
Bonne soirée
 
Daniel  

n°2675
jbraze
Posté le 04-05-2009 à 22:34:38  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Merci beaucoup Francine ; ces lettres sont extrêmement touchantes.
 
Jean-Baptiste.


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"D'autres heures naîtront, plus belles et meilleures / La victoire luira sur le dernier combat / Seigneur, faites que ceux qui connaîtront ces heures / Se souviennent de ceux qui ne reviendront pas"
Sylvain Royé, disparu à Douaumont le 24 mai 1916
n°2679
Francine L​aude
Posté le 07-05-2009 à 08:00:49  profilanswer
 

Bonjour   :)  
 
Les photos de Lucien pendant son service sont dans ma première réponse  
du sujet Historique 3è RG
 
dans une dizaine de jours pour poursuivre scan et transcriptions  
je ramènerais chez moi, toute cette base documentaire  
 
Bonne journée à tous !
 
Amicalement
 [:francine laude:9] Francine

n°2850
Francine L​aude
Posté le 13-12-2009 à 17:58:23  profilanswer
 

Bonjour
 
je remonte le temps ... donc si cela vous tente voici  ses lettres de son arrivée sur le front fin janvier 1916  
à mai pour la période qui a précédé
 
Toujours pareil Petite Amie c’est  sa femme  
Bonne Marraine c’est sa marraine de guerre depuis le Val de G. en 14
et la troisième personne est sa fille de deux ans ,  
éventuellement entre les crochets mes notes  
et en italique ce que j'ai eu du mal à transcrire
 
la date est celle en en-tête de la lettre, les autres celle des cachets
 
quelques paragraphes purement familiaux et un peu longuets ont été remplacés par [....]
et je n’ai rajouté qu’un peu de  ponctuation et de renvois à la ligne  
ce qui est souligné l'est dans les originaux
la forme  tout autant que le fond montrant son état d’esprit ,  
 
par contre  
j'ai vraiment dû un peu rectifier l'orthographe car il devait être vraiment trop secoué
dans certaines phrases évoquant les combats  

 
---------------------------------------------------
22 janvier 1916 dernière lettre d’Ussy (Calvados)  
 
---------------------------------------------------
 
télégramme    
23 janvier 1916
Pars cette nuit Ussy pour le Havre Bons baisers Lucien
 
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Carte-Lettre
Rousseaux Cal  25 Cie du 129ème Le Havre
Achères ce 26 janvier 1916
Chère Petite Amie
Chère Marraine
 
Nous venons de nous arrêter ici pour quelques heures en attendant la direction du Nord je vous adresse ce petit mot un peu à la hâte ainsi que vous pouvez le penser, cependant il est à mes yeux nécessaire, car je ne voudrais pas que vous interprétiez mal ma façon d’agir d’hier au soir,, je ne puis savoir ce que vous en aurez pensé mais l’épreuve était assez rude pour moi, ne voulant pas ajouter à votre chagrin, celui qui pouvait me faire perdre tout courage dont j’avais besoin, c’est pourquoi, je vous prie , ne me croyez pas indifférent à ce point, mais je ne pouvais tenir, inquiet de ne pouvoir aller jusqu’au bout
une fois dehors je ne vous dirais rien de ma détresse morale, vous pouvez la prévoir, enfin le plus rude a été fait pour moi, et je vous sais gré de ne pas avoir insisté, comprenez tout ce que maintenant je ne puis vous écrire et croyez à la plus chère affection et aux bons baisers de votre affectionné
Lucien
 
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Carte-Lettre
Rousseaux Cal  25 Cie du 129ème Le Havre
oblitérée 26 janvier 1916
Le Bourget tantôt 1h1/2
Nous venons d’arriver après être passés par Maisons Lafitte, Argenteuil, nous attendons encore - je ne sais si je vais pouvoir vous faire parvenir ce petit mot d’ici car le service parait sérieux tant le mouvement de troupe est important
Tout va toujours bien quoique le temps soit affreusement triste aussi, un brouillard très épais ne nous a pas encore quittés
je clos ce petit mot et vous embrasse bien toutes trois bien affectueusement
votre Lucien
 
---------------------------------------------------
Carte-Lettre
 
Rousseaux Cal    129ème  secteur Postal 93
 
Ce 28 janvier 1916
je vous ai quittées avant-hier étant au Bourget, nous en sommes repartis le soir et avons roulé toute la nuit, nous sommes descendus à une petite gare  
où nous avons pris contact avec les convois d’arrière mais notre voyage n’était pas terminé et nous avons du marcher toute la journée pour arriver à notre cantonnement.  
Pour le trajet, comprenez qu’il était fatiguant, enfin nous avons couché sur du treillage, ce n’était pas doux mais on a bien dormi tout de même  
toute la nuit le canon a tonné sans arrêt (côté anglais où nous sommes) et depuis ce matin c’est le côté allemand qui y répond.  
Nous ne pouvons rester dans les maisons, aussi c’est d’une cave que je vous écrit pendant que le bombardement fait rage, comme on a le cœur serré,
 personne ne dit rien, 1 homme de mon escouade a été blessé c’est le premier blessé aux deux jambes, j’aurais bien voulu que ce fut moi car
 il va être évacué, je ne sais quand la lettre vous parviendra ne sachant quand elle partira  
Bons et affectueux baisers
Lucien
 
---------------------------------------------------
Carte-Lettre
 
Rousseaux Cal    129ème  secteur Postal 93
Ce 29 janvier 1916
 
Chère Petite Amie
c’est toujours la même vie que dans mon petit mot d’hier mais je ne puis toujours pas vous donner l’adresse, je ne sais pas à quelle compagnie  
nous sommes affectés – rien de particulier à vous marquer puisque nos lettres vous arrivent ouvertes probablement.  
et cependant j’aurais des souvenirs !!! Quand je pourrais vous donner une adresse et que vous ferez un paquet mettez bougies et allumettes et papier d’arménie.
Bons baisers  je vous quitte et vous embrasse de toute affection
Lucien
 
---------------------------------------------------  
Carte-Lettre
Rousseaux Cal    129ème  secteur Postal 93
le 29 janvier 1916 matin
 
Chère Petite Amie
je n’ai pas le temps de vous écrire longuement car nous sommes arrivés juste à un moment où les allemands ont bombardé sans arrêt nos positions  
avant de nous attaquer sur le soir nous avons subi un nuage de gaz asphixiant, c’est atroce cette souffrance malgré les masques que nous avions,  
cela a duré plusieurs heures, mieux vaut une blessure que cette chose infernale, ici malgré le bombardement intense les maisons ont peu souffert,  
peu sont les blessés un seul pour notre renfort, nous ne connaissons pas encore les tranchées, nous pensons y descendre ce soir. comme jusque là  
nous n’avions pas encore de compagnie exacte, je ne puis vous préciser mon adresse, attendez et contentez vous quant à présent des seules nouvelles  
que je puisse vous donner . nous pataugeons dans la boue et dormons au hasard – malgré ce début si fertile en incidents, notre bonne humeur n’est pas altérèe  
et je souhaite que ce petit mot vous trouve de même Je termine en vous embrassant bien affectueusement toutes trois Lucien  
je n’écris qu’à vous aussi envoie un petit mot à Mère
 
---------------------------------------------------
Carte-Lettre
 
Rousseaux Cal   au 129ème  secteur Postal 93
Dimanche 30 janvier 1916  
Chères Petite Amie et Petite Marraine
 
je vous ai envoyé deux petites cartes hier, je ne peux ni vous écrire longuement ni vous narrer notre vie ici et cependant  
jamais je ne pouvais entrevoir ce qui m’attendait ainsi que les camarades. J’espère que je pourrais un jour prochain vous en faire la narration,  
mais pour l’instant j’ai trop peur, vu les évènements qui se greffent chaque jour que la censure supprime ce petit mot . je pense que peut-être  
vous aurez été longtemps sans recevoir de mes nouvelles et ceci peut encore arriver quelques fois , quant à en recevoir des vôtres je ne sais quelle hypothèse de dates fixer , car nous n’avons ni vaguemestre, ni adresse ??? J’ai donné mes lettres jusqu’à ce jour à des automobilistes .
J’ai bouclé mon sac d’une façon spéciale pour ce soir et rangé ce que je désirais avoir sur moi, pour ce qui est du reste , j’attends confiant,  
toute ma pensée tendue vers la votre, sachant que vous ne m’oubliez pas, je souffre bien d’être sans nouvelles mais je serais plus peiné  
si vous étiez sans nouvelles de moi. Tant que cette période ne sera pas passée je ne pourrais écrire qu’à vous seules, aussi rassurez les miens .  
Je vous quitte en vous embrassant bien affectueusement
Votre tout affectionné  
Lucien
 
---------------------------------------------------  
Carte-Lettre
Rousseaux Cal   12ème Cie du 129ème  sect Postal 93
 
Ce mardi 2 février[1916]
 
c’est l’adresse : 129ème 12ème Cie sect 93
 
Chères Petite Amie et  Marraine
deux lignes entre le sifflement des obus, nous sommes exténués et ne peux écrire, suis heureux si ce petit mot peut te parvenir.
Nous rayonnons dans les mêmes endroits, puisse le repos venir vite que je vous écrive plus longuement
Nous sommes dans une situation où je souffre énormément de la soif et du manque de sommeil,
pourrais-je vous dire un jour ce que mes yeux auront vu, puisque nous sommes sans aucune nouvelle de rien. La santé est bonne c’est l’essentiel
Bons baisers de votre affectionné qui ne pouvait supposer de ce que pouvait-être la guerre
Lucien
 ---------------------------------------------------
Carte-Lettre
Rousseaux Cal   12ème Cie du 129ème  S.P. 93 (sur le tampon 13)
 
Ce 3 février 1916
 
je suis heureux de pouvoir t’envoyer un petit mot encore aujourd’hui mais crois bien que s’ils ne sont pas aussi réguliers que je le voudrais,  
c’est les évènements d’ici qui en sont cause, notre secteur fonctionne dur en ce moment et tu seras étonnée quand je te raconterais notre vie  
plus que mouvementée - depuis notre départ du Havre , nous sommes toujours sans aucune nouvelles, notre secteur ayant à supporter des attaques terribles,  
le service postal est nul, en ce moment je donne les quelques lettres que j’ai pu envoyer à des camarades et espère qu’eux auront la possibilité  
de te les faire parvenir. patiente un peu , j’espère pouvoir écrire un peu plus d’ici peu , ne m’envois rien pour le moment
bons baisers votre Lucien
 ---------------------------------------------------
Carte-Lettre
Rousseaux Cal   12ème Cie du 129ème  sect Postal 93
 
vendredi 4 février 1916
 
Chères Petite Amie et  Marraine
aucune lettre n’est arrivée pour personne
Cette fois la pluie est de la partie et nous voici en  plus de la mitraille pataugeant dans l’eau quelques fois et la boue tout le temps.  
J’ai un peu dormi dans un peu de paille, quel délice c’était depuis  jours que l’on ne dormait pas, supportant sans murmure la température, et  
qu’il fera bon quand on reviendra près d’un bon feu .
Je serais heureux quand nous quitterons les tranchées pour prendre un peu d’hygiène et manger chaud – nous touchons notre nourriture une fois  
par jour entre 11H du soir et 2 ou 3 H du matin suivant que l’on peut nous approcher – et des fois pas du tout . alors on mange sur les réserves,  
mais jusqu’à présent nous n’avons manqué de rien à part la soit quelque fois .
je termine pour ce soir en vous embrassant bien affectueusement
Votre affectionné Lucien
 
 ---------------------------------------------------
Carte-Lettre
Rousseaux Caporal   12ème Cie du 129ème  secteur  Pal 93
 
samedi 5 février 1916
 
Chère Petite Amie  
 
Le soleil a bien voulu se montrer ce matin et il réchauffe un peu nos membres engourdis – seuls les pieds sont réfractaires à son action bienfaisante .
Je crois que nous changerons de tranchées cette nuit, car avant de quitter le secteur, on veut faire face à une forte attaque pour gagner  
une position qui est en face de nous, et ensuite nous espérons quelques bonnes journées de repos.
Nous avons depuis peu des coloniaux avec nous, car cela doit être sérieux .
[ ... blabla sur les adresses familiales ... ]
ne m’envoyez toujours pas de paquet avant que je vous le demande, je serais content de le recevoir quand nous serons relevés – pour l’instant  
on ne cherche qu’à allèger Azor [le nom qu'il se donne parfois] pour être plus leste  
je pense bien à ma petite Mimi et à vous et j’espère qu’elle n’oublie pas son Papa
je termine en vous embrassant bien affectueusement  Votre tout affectionné Lucien  
 
 ---------------------------------------------------
 
Amicalement
Francine

 
 
 
 

n°2851
Francine L​aude
Posté le 13-12-2009 à 18:11:31  profilanswer
 

suite  
 
jusqu'à la fin toutes les envelpoppes sont notées envoi de : Rousseaux Cal  25 Cie du 129ème Le Havre  
donc je ne le rennoterais plus
--------------------------------------------------------------
 
tampons enveloppe : S.P.93 du 13 février, Boulogne du 15 février
 
Ce 6 février Dimanche [1916]  
 
Chère Petite Amie
Chère Bonne Marraine
 
je viens de recevoir de vos nouvelles pour la première fois, pensez quelle joie à accueillir vos 2 lettres que je viens de recevoir une portant  
la date du 31 janvier où marraine a bien voulu ajouter un mot et l’autre portant la date du 1 er février    où Margot [sa femme] m’annonce son départ  
pour rentrer à Boulogne sont les deux seules correspondance que je reçoit
aussi croyez que si quelques lignes peuvent vous être chères il en est de même pour moi
et il faut dire j’ai pleuré un peu dans mon coin en les lisant et personne ici n’oserait en rire car des lettres c’est l’évocation de votre foyer,  
de toute votre affection.
Je ne puis vous dire ce qui est résulté des multiples incidents qui sont arrivés au régiment, peut-être le sais-tu au Havre, cependant je crois que  
de ce fait ceux qui restent  nous allons nous replier un peu à l’arrière pour être réformés ; déjà de cette nuit nous avons quitté les premières lignes  
et sommes dans des tranchées un peu l l’arrière où seulement nous subissons le tir de l’artillerie ; nous avons changé de pays aussi quoique celui-ci  
toucha celui-là , cela me permet d’être un peu plus loquace  , j’ai conscience que jusqu »à maintenant je ne vous avais envoyé que des petites  
cartes, mais si vous aviez pu entrevoir dans quelle fournaise nous étions, j’ai cru mourir 10 fois et on se demande comment on peut revenir  
quand on voit tant tomber et que l’on supporte un tel envoi de mitraille  
depuis quelque temps le secteur a été renforcé de façon fantastique et le duel d’artillerie se fait sans interruption, dans un vacarne effroyable.  
La nuit si on ne se rendait pas compte de l’horreur du spectacle c’est tel un immense feu d’artifice, accompagné du crépitement du tonnerre,  
cela dure des heures et des heures. Chaque heure qui s’écoule amène son tribu de deuil à la nation et plus horrible encore sont ceux qui dans le feu
 de  l’attaque sont frappés entre les deux lignes, et la plainte des blessés rend la nuit plus sinistre encore,  
impuissants que nous sommes de art et d’autre d’aller les chercher
alors dans la nuit cette plainte monte, d’abord stridente, puis s’apaise avec la diminution de  force du pauvre blessé jusque la mort ait achevé  
son œuvre.  Vous dire ce que l’on ressent à tous ces tableaux, toutes ces horreurs, c’est atroce, et la dépense morale en ces pénibles moments  
dépasse la souffrance physique, alors on pense à ceux qui font la guerre en stratège , vivent en jouissant de la vie et de sa luxure  
et il vous monte une rancœur car ces soit disant « heureux d’être mobilisés » ne sortiront de là que flêtris d’un masque indéchirable.
 
Ainsi que vous pouvez le penser il n’y a pas que le manque d’hygiène qui nous fait souffrir, la température d’abord d’être toutes les nuits à supporter
 la rigueur de la saison, cela désarme vite les plus forts et il faut souvent s’avouer vaincu, et le sommeil on le perd complètement, puis quelques fois  
lorsqu’on change de place et qu’il faut marcher des heures tout équipé, dans la nuit, dans des boyaux interminables , pour aller prendre position,  
et cela dans une mare de boue conrinuelle,puis une fois sa place assignée prendre ses dispositions de combat et  
prendre les interminables heures de veille en attendant ou l’attaque ou le jour,
ou nous souffrons encore c’est dans la forme générale du ravitaillement, nous ne trouvons à manger que la nuit, car les cuisines sont à plusieurs kilomètres  
des lignes et il faut envoyer une corvée chercher la nourriture, je la trouve passable et je crois assez abondante quand on peut l’augmenter en puisant dans sa musette
par contre ou l’on souffre véritablement c’est de la soif car bien souvent nous touchons un quart ou deux de vin et une peu d’eau de vie et c’est tout pour 24heures  
impossible même à prix d’or d’avoir de l’eau ou du vin et comme nous sommes toujours dans une période nerveuse qui nous altère,  
je vous prie de croire que souffrir de la soif est un maux  de plus à ajouter à la liste.
 
Vous me parlez dans une des deux que je viens de recevoir, de l’envoi d’un colis, je lui ferais bon accueil mais j’ai grand peur qu’il ne soit long à me parvenir.
je vais prendre bonne note pour les dates que t m’as dites, Marguerite, et tu as bien fait de les faire passer parnotre bonne marraine avant ton installation à Boulogne
je ne puis te dire de m’?assoire  à tout ce que tu pourras lui dire pour la remercier de toute l’affection qu’elle nous prodigue,  
sans compter qu’elle soit assurée de tout ce qu’il me sera en mon pouvoir , je lui promets de ne pas avoir affaire à un ingrat,  je lui demanderais de vouloir bien croire  
que je ne la délaisserais pas quoique les lettres ne pourront plus être communes, je ferais en sorte qu’elle s’aperçoive le moins possible du dédoublement forcé de ma correspondance
 
Dans un futur paquet que je te demanderais, je voudrais que tu y joignes une paire de molletières solides, je ne te demanderais pas des jambières en cuir, car cela est trop onéreux et puis tu pourrais y ajouter le foulard de soie que tu dois avoir réçu à Boulogne venant du Tréport [où il se trouvait avant février 16], pour les pieds, on ne peut y mettre de petites chaufferettes
je désirerais du papier à cigarettes « Job gommé » , 2 ou 3 cahiers, 1 ou 2 paquet de tabac jaune, pas plus à la fois surtout,  
c’est Azor qui ne peut en prendre plus, 1 ou 2 boites d’alumettes (petites), et 2 ou 3 bougies à chaque envoi  également
ce que je vous supplie c’est de ne pas rop me charger à fois, je ne pourrais pas en profiter.
peut-être dans un autre colis je demanderais-je mon maillot gris et un passe-montagne où on a toute la tête prise
pas un cache nez j’en ai un en pyrénnées, un autre bloc de cartes lettres, c’est très pratique, de plus je te demanderais de mettre sur les lettres  
que tu m’envois (en blanc)  
la mention "envoi de L.R. Cal etc …" à l’encre, comme cela ce sera plus pratique pour moi
allons, je crois que cette fois c’est tout et je clos cette lettre en vous réunissant, pour vous remercier encore de tout cœur  ,  
et vous embrassant bien affectueusemesnt
votre affectionné Lucien
 
 
Amicalement
Francine


Message édité par Francine Laude le 13-12-2009 à 18:12:39
n°2852
Francine L​aude
Posté le 13-12-2009 à 18:27:03  profilanswer
 

tampons enveloppe : S.P.93   12 février , Boulogne  14 février
 
 Ce lundi 7 février 1916
 
Chère Petite Amie
Chère Marraine
 
après avoir été au très sec, voici le temps revenu à la pluie, comme ce complément ajoute de la tristesse encore, et cette température n’est pas idéale  
pour les tranchées, vous vous en doutez, cependant nous l’acceptons vaillemment et attendons que viennent des heures plus réconfortantes pour tous
je n’ai pas eu de lettres ni du paquet expédié le 1er février , je vous dirais que pour faire suite à ma demande d’hier, je croirais devoir attirer
 votre attention sur la composition d’un futur paquet comportant ceci : je désirerais une petite fiole
en fer blanc ou aluminium avec bouchon vissé pour mettre en poche, vous comprendrez de suite quand je vous aurais dit que je pense  
servir pour mettre quelque peu de  gouttes que nous touchons chaque matin et n’être pas obligé de le boire d’un seul coup
2° l’assiette que j’ai emporté n’est pas assez forte ni assez grande, aussi voilà ce que je désire, pas en aluminium ce n’est pas nécessaire,  
je voudrais une assiette ou un petit plat creux avec une anse car nous ne touchons à manger que la nuit, mmon assiette est petite et se renverse  
n’y voyant pas clair, alors vous voyez à peu près ce que je r »clame, comme la différence de solidité est plus grande, je la préfère en métal  
ou en émail , la mienne est déjà toute bosselée, comme la diff »rence de poids n’est pas escessive je préfèrerais donc qu’elle ne soit pas en aluminium
je te vois sourire chère Marguerite, toi qui avais peur que je ne réclame rien, tu vois je n’hésite pas à te demander ce qui me semble pratique
1 ou 2 feuilles de toile émeri fin pour les armes, des lacets de chaussures avec des bouts ferrés si possible, quelques enveloppes, j’ai le papier,
maintenant pour la nourriture 3 choses à vous signaler le chocolat, le gruyère et le saucisson sec ou l’andouillette, cela se conserve très bien Pour ce qui est des conserves
nous touchons presque journellement des sardines ou du singe ou du porc de conserve , bon.je désirerais aussi pour protéger des autres objets  
qui voisinent dans ma musette si vous me trouviez une toile un peu fine tout en étant un peu imperméabilisée, je roulerais dedans ma nourriture  
et le tout irait dans ma musette en toile cdirée qui elle-même va dans ma musette réglementaire
Il est temps que je m’arrête de demander pour aujourd’hui car j’aurais peur d’avoir trop de confortable et que par ce confortable j’arrive  
à en déduire que je pourrais m’acclimater loin de vous, quand chaque minute je pense à ce que vous toutes trois pouvez dire ou faire  
et je reste absorbé dans de longues méditations ou je songe au retour et à la fin de tout ce massacre.
 
À vous chère marraine [son mari venait de disparaître dans le même secteur] je dédis cette suite espérant qu’elle pourra, sans encombre, aller jusqu’à vous sans aucune indiscrétion du service postal.
 
Je crois vous avoir dit hier que notre régiment avait subi d’énormes pertes depuis les combats du 28 janvier et jours suivants,  
il s’est trouvé que dans une attaque, les allemands ont forcé la ligne que des territoriaux du midi défendaient  
(ceux-ci pris de panique se sont enfuis) alors il arriva que le 129 étant en pointe fut coupé et cerné, après s’être défendu comme des lions
 (contre six régiments de la garde impériale) ils parvinrent à faire une trouée et nous fûmes dégagés à quelques centaines  
mais 6 compagnies sont restées aux mains de l’ennemi et avec perte de terrain naturellement . où je veux attirer votre attention ,  
c’est non pas sur ce fait brutal, mais pour vous éclairer que nos prisonniers ne sont pas, ainsi que l’on pourrait le croire emmenés à l’arrière  
des lignes allemandes, pas du tout, ils s’en servent pour fortifier leurs lignes et si nos canons tonnent, ils se peut que des notres tombent par nos propres canons.
Alors voyez la situation qui est faite à ces malheureux, qui ne peuvent correspondre avec aucun des leurs ; voyez comme jour amène  
chez nos ennemis un redoublement de cruauté,  
Nous venons d’avoir 2 jours de repos en 3ème ligne, et nous remontons cette nuit en 1ère car on nous a fait faire une revue d’armes et le plein de cartouches.
Cette fois c’est la division Coloniale qui est à nos côtés, car maintenant nous ne sommes plus que comme renfort notre effectif  
de régiment comptant au plus 400 hommes
Mais je vous recommande la discrétion sur tous ces faits, surtout pour R  qui le colporterait dans toute la gare du Havre et [mots effacés]  
à la fin de notre secteur comme celui des anglais et nous en voyons journellement qui empruntent nos boyaux pour arriver aux leurs
Je crois vous avoir encore bien écrit aujourd’hui, par contre si la danse recommence cette nuit,celle de demain pourrait bien être courte,  
enfin , ne tablons pas à l’avance, attendons.
Nous devons essayer de reprendre la dernière portion perdue, les coloniaux il y a 3 jours en avaient repris pas mal.
je termine en vous embrassant de tout cœur, et en vous assurant de toute ma pensée et de toute mon affection
Il faut dire à Mimi, Papa pas  camarade ici
 
Votre tout affectionné Lucien
 
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Si cela présente un intérêt pour certains je peux continuer
 
 Amicalement
Francine

 

n°2853
vincent le​ calvez
Posté le 14-12-2009 à 20:45:11  profilanswer
 

Merci Francine !
 
Ou là !!!! C'est La Ruée !!!
 
La suite ! la suite !
 
Vincent


Message édité par vincent le calvez le 14-12-2009 à 20:45:38

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Site Internet : Adolphe Orange du 28e RI http://vlecalvez.free.fr
En ce moment : le 28e RI à Sissonne en octobre 1918 http://vlecalvez.free.fr/nouveaute.html
n°2856
Francine L​aude
Posté le 15-12-2009 à 11:54:22  profilanswer
 

Bonjour à tous
 
la suite pour le fidèle lecteur
[:francine laude:9]  
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mercredi 9 février 1916
 
Chère Petite Amie
Chère Bonne Marraine
 
Enfin je crois pouvoir vous annoncer que je vais être quelques jours à l’arrière
Notre Bataillon décimé par les nombreuses pertes des combats des jours précédents vient d’être avisé de ce bien-être en perspective
Quelle joie après ce que nous avons eu à subir hier, je n’ai pas pu vous écrire ainsi que je vous l’avais promis  
mais nous avons subi une telle contre-attaque après l’attaque que nous avions faite par trois fois dans la nuit et deux dans la matinée  
que notre abattement était poussé jusqu’à son dernier point.  
Que ne faut-il pas voir dans cette ruée où chacun donne son maximum de cruauté,  
car c’est ce qu’il faut employer si l’on veut essayer de s’en sortir, et puis employé avec une manière ou une autre,
il faut être fataliste et se dire advienne qui pourra !
J’avais été désigné dans les derniers combats pour lancer des grenades, ce poste n’était pas plus, pas moins périlleux qu’un autre  
mais il avait le grand avantage, c’est que je ne faisais pas l’assaut à la baïonnette puisque nous sommes en tête pour leur faire de la place  
en les inondant de grenades. La grenade est une boule explosive qui fait de grands ravages et que la guerre actuelle a créé,  
son poids de 750 à 800 grammes fait que l’on peut les lancer à 2O mètres de longueur et que chaque éclatement cause de grands dégats  
plus que les balles quand elles portent, par contre il faut être à découvert pour les lancer et essayer d’assurer son tir,  
alors à ce moment debout sur le parapet de la  tranchée, on sert souvent de cible.  
Pour en revenir à la charge à la baïonnette je ne crois pas que quelque chose me donne autant de répulsion que cela ;  
jusqu’à présent j’ignore cette atrocité puisque la seule que j’ai vue hier, je n’y ait pas participé étant « grenadier »  
Ainsi donc vous allez pouvoir, quand vous recevrez ces lignes, être rassurées sur mon sort pendant quelques jours tout au moins  
car il faut recomplèter les cadres et l’effectif du régiment nos pertes ont été sérieuses  
comme dans toute attaque mais comparées aux ravages que nous avons   faits aux ennemis cela n’est pas comparable,  
il est vrai que la Division coloniale est une troupe d’élite et  leur valeur de soldat est réelle.  
[….]
Je n’ai pas subi grands dommages de mes 1O jours de 1ère ligne et tout mon bilan se résume à ceci
mon fusil cassé par une balle, une qui a traversé mon casque sans seulement m’effleurer la tête et 2 éclats de grenade aux mains  
mais tellement anodins que je n’ai même pas quitté mon poste, voyez comme la destinée est faite, beaucoup de troupes  
qui était en deuxième ligne ont été décimées pour la bonne raison que les tranchées de première ligne était si proches  
que les allemands de peur que les obus tombent dans leurs propres lignes, allongent leurs tirs et inondent de leurs projectiles l
es tranchées de seconde ligne et le cas s’est encore produit ici, l’avance des notres ayant été trop soudaine  
et notre tir pas rectifié assez vite, nous avons des tués et des blessés par notre propre canon qui n’allongeait pas son tir  
au fure et à mesure de l’avance, cela s’explique : l’avance a été lente sur une aile et rapide sur une autre,  
cela a été suivant comme l’ennemi s’est sauvé
Vous voyez que je vous conte du mieux que je puisse mes impressions.  
Quant au spectacle donné par ce carnage, mieux vaut que vous ne le connaissiez jamais.
Il a neigé toute la nuit et cela augmente encore la boue qui cependant était déjà grande, aussi maintenant que je pars un peu au repos,  
tu seras bien gentille ma petite amie de me confectionner un paquet de différentes choses que j’ai réclamées dans mes lettres dernières.  
[….]
Je ferais  en sorte qu’un peu de correspondance vienne interrompre la longueur des journées  de notre Bonne Marraine.
Puisse un jour être cela par une missive depuis que je me suis aperçu de la façon qu’employaient les Bôches pour garder nos prisonniers,  
plus vivace est en moil’idée que votre cher mari, notre cher ami, est peut-être près de nos lignes et pensez si notre joie serait grande,  
si dans la chaude lutte d’un combat nous puissions arriver jusqu’à eux, je ne suis pas très démonstratif en fait d’amitié,
mais j’ai la ferme conviction qu’un seul mouvement nous éteindrait comme deux frères. On pense moins au danger quand on part
l’esprit tendu avec un tel but, et maintenant, sans cependant être aguerri, j’ose dire que la peur ne viendra plus,  
on a un peu d’apréhension les premiers mètres, puis parès on oublie tout et on part comme des bêtes.
Allons pour ce soir je vous quitte, je vais aller donner ma lettre pour qu’elle parte, celle-là sera la bienvenue chez vous
car elle vous apporte la certitude que je suis à l’abri pour quelques jours tout au moins, à moins d’évènements graves.
Bon courage Bonne santé et gardez toutes trois les baisers affectueux de votre tout affectionné Lucien
 
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 Jeudi 10 février 1916
 
Chère Petite Amie
Chère Bonne Marraine
 
Nous avons commencé notre exode vers l’arrière et c’est de la grande halte que je vous écrit,
nous venons de marcher beaucoup et dans la nuit, aussi comme il gelait très fort, la bise nous coupait la figure
malgré tout nous avons la force que donne la joie de ce repos et les kilomètres étant franchis presque allègrement  
si je puis dire. Je ne puis encore vous donner le pays où nous allons stationner, nous ne le savons pas encore,
mais tout porte à croire si on écoute les on-dit que nous devons aller vers Villers-Bretonneux toujours dans la Somme,
quant à l’adresse aucun changement pour l’instant. Hier j’ai reçu une longue lettre de toi Chère Amie
merci pour toute la fatigue supplémentaire que cela a pu te causer, mais ici c’est une telle fête une lettre ,  
que tu peux   croire que l’on sait en gouter le prix  
[… pages de rappel du matériel et denrées demandées dans ses précédentes lettres …]
Maintenant que nous prenons le chemin de l’arrière, je n’aurais plus de bien grande nouvelle concernant la tranchée
par contre nous avons pu voir dans la première page du « journal d’hier » un article « les allemands à Frise »  
c’est l’action du 21e et de notre arrivée aux premières lignes, ils ont oublié de dire que depuis tout a été repris
et même d’avantage en certains endroits, par contre tous les communiqués n’en parlent pas. Ces mêmes journaux  
nous ont appris la visite des Zeppelins sur Paris, notre surprise a été grande surtout après tout ce que l’on raconte  
sur la sécurité des avions . Je m’aperçois que plus cela change, plus cela est pareil
 
Allons je vous quitte et vous embrasse tous bien affectueusement en attendant de vos bonnes nouvelles
Bien affectionné votre Lucien
 
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   Vendredi 11 février 1916
 
[… parle des paquets demandés, de celui reçu, de ceux pas reçu…]
La santé est bonne , on ne fait rien mais bien sales, nous sommes dans une grange où on repose mieux qu’aux tranchées.
 
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 Samedi 12 février 1916
 
Chère Petite Amie
 
Je viens de recevoir deux de tes lettres
[… bavardage familial…]
me voici pour quelques jours à l’abri des Boches puisque je ne suis plus aux tranchées, que faut-il de mieux
maintenant mes deux éclats d’obus se cicatrisent bien et il n’y parait plus, ce n’était que superficiel aussi n’en parlons plus  
[… pages sur les victuailles du colis …]
pour le papier et les enveloppes que tu m’envoies complète l’adresse par ce que j’ajoute, tu peux très bien l’écrire toi-même –
ajoute maintenant 1ère section, c’est une indication qu’abrège la distribution
J’ai écrit aujourd’hui à Mlle Marguerite Villedieu [connue fin 14 à l’ HC  VG11] pour lui demander des renseignements  
sur le prix d’un paletot imperméable, car cela est le plus pratique, on endosse le paletot par-dessus la capote et on peut  
sans être gêné mettre son sac et son équipement, je crois que c’est une dépense , à savoir si ma bourse peut la faire  
car les capuchons ou autres paralysent le bras et tout en coutant une certaine somme ne sont pas pratique  
pour ce mauvais [manque un mot] dans les boyaux, tu as je crois un passemontagne qu’une infirmière m’a fait,  
je voudrais que tu vois s’il est assez chaud, car alors tu déferais la laine et m’en ferais un calot ou  
quand je voudrais, je rabattrais sur les oreilles, mon casque allant par-dessus [longue description de son cache nez]  
mes gants après reprise iront encore un moment.  
j’attends d’être fixé sur un cantonnement  pour me changer de linge et me faire laver ce qui me fera plaisir
je me suis rasé pour la première fois depuis le Havre et j’en avais besoin depuis le 23 janvier .  
Allons, je ne vois plus rien à te dire, embrasse bien R. et notre Mimi [leur fille] et garde mes baisers les plus affectueux
Tout à toi  Lucien
PS  
dans un prochain colis, joins le réchaud de R. je m’en servirais.  
Notre lit dans notre grange nous semble si bon après les tranchées, qu’on y fait de beaux rêves,  
par contre quand il pleut il y faudrait un parapluie, car il y a des trous au plafond, mais on y est bien tout de même .            
 
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Ce 13 février 1916 Dimanche
 
Chère Petite Amie
 
J’ai reçu hier des lettres de [… contenu des divers courriers familiaux…] J’espère que maintenant mes lettres ont repris
leur marche régulière car je recommence à t’écrire journellement … n’ayant sauté que les moments où les allemands
 ne nous en ont pas laissé le temps que 3 fois en tout depuis mon départ  [… chronologie des lettres envoyées …]
Nous voyons depuis deux jours que le communiqué fait mention des attaques que nous avons eues à Frise et au Bois de la Vache
c’est drôle que les journaux le relatent que près de 8 jours après que cela se soit passé
Maintenant nous sommes toujours au repos et si nous entendons toujours le canon puisque nous ne sommes  
qu’à 7 kilomètres des lignes, cela repose un peu de ne plus être inondé d’obus et de n’avoir plus de spectacle
comme ces jours derniers. Combien de temps cela va-t-il durer, je l’ignore. Mes mains vont complètement bien  
et seules 2 petites cicatrices m’en feront souvenance
La pluie règne toujours en maitresse et les routes sont défoncées par l’artillerie et le ravitaillement aussi ce n’est que de la boue
cependant on est à l’abri, c’est une grande chose à côté des tranchées où toujours il faut être aux aguets
[… contenu des divers courriers familiaux qu’il va faire ensuite…]
Je termine pour aujourd’hui en vous embrassant bien affectueusement toutes trois
Votre tout affectionné
Lucien
Cal 12ème Compagnie 1ère section du 129ème Secteur 93
 
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Ce lundi 14 février 1916
 
Chère Petite Amie
aujourd’hui tu n’auras certainement que quelques lignes pour la bonne raison que je n’ai rien aucun évènement à signaler
n’ayant rien fait depuis que je t’ai écrit hier, …je te dirais simplement que je suis en bonne santé, que je me soigne bien
pour me conserver longtemps dans cette situation, que je ne néglige rien qui ne puisse être agréable à mon petit estomac
et qu’il sera bien temps de me faire de la bile quand ce sera le moment.  
Par contre le soleil coute cher dans la région car nous sommes toujours sous la pluie  
[… lui dit à qui de la famille et ce qu’elle  doit écrire…]
Je termine en vous embrasant toutes trois affectueusement
Votre tout affectionné
Lucien
toujours au repos à quelques kilomètres des lignes
 
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Ce lundi 16 février 1916
 
Chère Petite Amie
 
J’espère qu’à l’heure actuelle tu auras reçu un peu de mes nouvelles […]
et comme elles sont bonnes elles te rassureront complètement sur ma situation
Après être resté quelques jours à l’arrière des lignes mais ce qu’on appelle « cantonnement d’alertes » car au  
moindre signal , étant comme troupes de réserve, nous serions remonté à nouveau aux tranchées, cette situation
a pris fin hier car nous avons pris pour de bon, je crois, la route du repos et cette journée de marche que nous  
avons du faire a été cause que hier j’ai dû passer la journée sans t’écrire, car nous étions exténués
ayant reçu pendant 5 heures une pluie torrentielle et de grêle sur le dos, aussi jugez dans quel état lamentable
nous sommes arrivés, enfin comme c’était la route tournant le dos aux boches on a supporté bravement cette pluie
qui n’était pas faite pour alléger le chargement .  
A l’arrière au cantonnement à Demuin j’ai eu le plaisir d’avoir ta lettre et un colis […]
Nous ne devons rester que 3 ou 4 jours ici parait-il, et nous devons aller encore plus à l’arrière
[… reécrit une chronologie détaillée de leur correspondance mutuelle …]
Je vous embrasse toutes 3 bien affectueusement
Tout à toi   Lucien
 
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Jeudi 17  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
 j’ai été très gaté par la correspondance d’abord une de toi du 13 et de[… détail des correspondances familiales…]
pouvais-je avoir meilleure lecture en attendant des jours meilleurs, non n’est-ce pas et tu m’en vois très heureux
au repos nous sommes mieux qu’aux tranchées, nous sommes dans une ferme remplie de rats
et la nuit se passe à leur faire la chasse , si tu étais là  
[… encore échanges de nouvelles familiales…]
Je termine en vous embrasant bien affectueusement
Tout à toi Lucien
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Vendredi 18 février 1916
 
Chère Petite Amie
 
Bien reçu hier ta longue lettre du 14 courant  
[…sur plusieurs pages explique en détails  
qu’il a un calendrier où il note tout  sur le courrier envoyé reçu ,et reparle également des contenus des colis demandés ou reçus
…]
Quoique nous ne soyons pas favorisés par le temps, car il pleut presue sans discontinuer, je suis en bonne santé
malheureusement la pluie rentre même dans notre grange car il y manque des tuiles, et beaucoup.
Les rats y vivent nombreux et nous nous employons à les combattre mais ils pullulent.
Je me suis fait couper les cheveux à ras, quelle tête, mais c’est pour éviter les habitants, pour le reste cela va
la nourriture est relativement bonne et assez abondante, de plus n’ayant as de corvée à faire cela est assez supportable
Nos chefs sont assez gentils avec tous et cela n’est plus le commandement de la caserne, il s’en faut tout se fait gentiment
Je termine en vous embrassant toutes 3 de tout mon cœur
Votre affectionné  
Lucien
 
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Samedi 19 février 1916
 
Chère Petite Amie
 
On vient de nous annoncer de monter nos sacs et que dans deux heures, nous partons pour une destination inconnue
aussi avant, comme je pressentais ce départ et que je suis prêt, je vais te dire un petit bonjour
j’ai eu l’agréable surprise de tes colis hier au soir et son contenu m’a fort satisfait
[… détail du contenu plat, vêtements, une page sur les jambières en laine , en tissu ou en cuir …
… puis pages de commentaires des nouvelles familiales
…]
Ici la pluie continue toujours ! Toujours ! et dans quel état sont les routes défoncés par le passage des convois  
qui n’arrêtent pas  soit ravitaillement, soit artillerie, et ces derniers, il y a quelque chose depuis ces derniers jours.
Comment vont-être les tranchées , il va falloir des échasses , aussi vais-je mettre des jambières cirées sur celles de drap
je me suis procuré moyennant finances de quoi bien graisser mes chaussures et je vais ma lettre terminée
finir de m’équiper
je termine Chères Amours en vous réunissant et en vous embrassant de toute mon affection,
puisse votre pensée me porter bonheur et voir bientôt refleurir nos amours
Aurevoir, bon courage et bonne santé
Tout à toi et bien tendrement
Votre Lucien
 
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Amicalement
Francine

 

n°2857
Francine L​aude
Posté le 15-12-2009 à 15:53:34  profilanswer
 


... suite  
 
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 Lundi 21 février 1916
 
Chère Petite Amie
 
Je ne sais pas ce que cela veut dire mais nous marchons, marchons sans arrêt, où allons nous, je ne le sais
[ mot illisible…] si tu as une carte de la Somme tu pourras voir ce qu’à pied nous avons fait déjà
car je t’écris du cantonnement où nous devons séjourner deux ou trois jours avant de repartir,
nous sommes à Breuil près d’Amiens où nous sommes passés hier et où les avions allemands
nous ont bombardés sérieusement, c’est à croire qu’il y a des espions qui les renseignent sur  
tous nos mouvements, nous sommes arrivés bien fatigués, car l’étape a été dure,  
de grandes côtes autour de Longueau et à l’entrée d’Amiens, et nous allons repartir demain ou après,
vers la Belgique disent les uns, vers la Champagne disent les autres, je mentionne ces bruits  
sans connaître rien d’officiel. Par contre nous sommes dans la Division du Général Mangin(bon orthographe?) ,célèbre depuis la guerre
pour son commandement des troupes noires et marocaines , c’est un chef brutal au possible  
et qui ne connaît quecette consigne « attaque sans relâche pour avancer ».  
Nous avons défilé hier devant lui sur la route un peu avant Longueau, il nous a fait transmettre ses félicitations  
pour notre bonne tenue de plus en reconnaissance des violents combats que nous avons soutenus pendant notre quinzaine de première ligne  
– Notre Compagnie, la 12ème et la 10ème sont citées à l’ordre de l’armée,  
c'est-à-dire que toute la compagnie a mérité la croix de guerre et si ce n’était notre peu de séjour au front
plusieurs des jeunes auraient eu cette distinction, dont presque tous les anciens qui restent, peu nombreux hélàs, sont pourvus
c’est un des rares régiments qui pour l’ensemble de son effectif compte autant de citations, on remarque ceux qui ne l’ont pas
mais le régiment est connu pour sa bonne conduite au feu, aussi ne manque-t-on pas de le faire aller  
quand on a besoin de gens décidés
Pour aujourd’hui je ne puis te donner d’autres renseignements, en étant dépourvu
[… lettres et courrier reçus…]
Je termine, Bonne santé , bon courage et à bientôt des nouvelles qui me parviennent plus régulièrement
et que Mimi redevienne vite bien aimable pour faire plaisir à son Papa
Bien affectueusement  
Lucien
 
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 Mardi 22  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
Nous sommes toujours arrêtés à Breuil près d’Amiens sans savoir quand et où nous partirons, à tout hasard  
j’ai porté du linge à blanchir tout à l’heure espèrant bien que les deux jours qu’il faut pour le faire me trouveront encore là
Les allemands nous ont versé beaucoup de bombes par leurs avions et il y a eu de nombreux morts sur Amiens hier
j’ai eu la surprise de recevoir une quantité de lettres en retard […  une page sur les expéditeurs de ces courriers et de leur contenu…]  
La neige et la gelée ont fait leur apparition encore une fois, et je m’étonne, moi si fragile dans le civil, de supporter
ces intempéries sans être trop gêné, la nuit il fait bien froid quelque fois et il faut se ratatiner pour essayer de se réchauffer,
on y arrive un peu, et pendant quelques heures on a vite fait de dormir
Ici la végétation commence et les bourgeons font leur apparition, aussi ai-je la pensée quelque fois vers Champigny  
-dans notre petit jardin que j’aurais tant de plaisir à retrouver quand tout sera rentré dans le calme.
Mimi sera grande et sage alors et connaitra bien son Papa, plus que depuis sa naissance,  
car elle n’a pas été fort favorisée depuis sa venue sur ce sujet. Qu’elle continue à grandir en sagesse, son Papa en sera fier
et content, et il remerciera sa Maman au retour pour sa peine
Je termine ayant un peu d’espoir qu’un peu de soleil va bientôt par un peu venir réchaufer nos membres engourdis
Je vous embrasse toutes trois bien affectueusement
Tout à toi et affectueusement  
Lucien
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 Ce 23  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
le froid persiste dans la région et a dû avoir pour conséquence de faire geler le courrier en route, hier je n’ai rien eu à la distribution  .  
Malgré tout sans être dans les tranchées et tout en étant à l’abri du danger des lignes, nous serions gratifiés d’un peu de soleil cela ne ferait pas de mal, quoique à dire vrai - l’écorce se durcit à la longue – et puis on se remue, alors on arrive  
à supporter la température quoique tout cela ne vaille pas un peu d’hygiène et un bon lit au lieu  
d’un peu de paille et les étoiles comme ciel de lit, mais on est tous pareils , et on supporte ces petites misères
Nous mangeons chaud cela est appréciable et change un peu des tranchées où jamais cela ne peut-être
car ceux qui vont à la soupe ont 2 heures de marche à faire et de nuit avant de nous apporter le rata, inutile de dire
que cela ne bout pas en arrivant. Dans le pays où nous sommes nous trouvons à nous ravitailler et le soir après la soupe  
nous pouvons à un petit quart d’heure de marche trouver l’asile charitable et où l’on peut prendre du café chaud  
puis on retourne à la grange en attendant qu’un sommeil réparateur fasse tourner les aiguilles jusqu’au lendemain matin
[… reparle du froid au quotidien et de son espoir de soleil et de la venue du printemps …]
 
votre tout affectionné Lucien
 
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 Ce 23  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
je viens de recevoir deux de tes lettres et en même temps le colis de J. en parfait état, avec autant de poids
en papier que le restant du colis,  je crois que s’il avait été possible commentaire chaque morceau de sucre aurait été  
enveloppé séparément, c’est bien du J. Me voici donc avec de la nourriture pour longtemps car n’étant pas trop mal nourris
je ne puise que peu dans les provisions
[… listes  de nourriture avec commentaires sur les compositions des futurs colis pour les tranchées  
et deux pagesdécrivant l’imperméable « idéal » le plus pratique dans les moindres détails col, pattes et les jambières
…]  
j’écris mal car nous sommes en pliene tempête de neige et il fait froid, très froid, ce n’est pas le rêve et c’est  
pour le coup que je voudrais la paix en ce moment [… parle de lettre avec son frère qui doit lui envoyer un sac de couchage …]
Il est arrivé  près de 1200 hommes pour compléter le régiment, voyez  les vides que les derniers combats
ont laissés,c’est une belle perspective que d’être que des troupes fraiches.  
Il y assez du temps cependant avec 20c de neige il en tombe plein dans la grange, chez nous on voit que les allemands sont passés ici,  
tout est démoli, il n’y a rien de propre  
Bons baisers à bientôt des nouvelles
Tout à toi et bien affectueusement  
Lucien
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 Samedi 26  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
[… écrit sur le contenu des courriers familiaux et l’argent du ménage…]  
Je crois que nous partons demain ou lundi – tantôt nous passons une revue du Colonel tout équipés –
elle devait avoir lieu hier mais il a tant neigé qu’elle à lieu aujourd’hui et la neige tombe toujours
comme il gèle fort en même temps, tu parles si on n’y transpire pas. Cela semblera bon quand on rentrera –  
Quant aux permissions je ne compte pas que mon tour arrive avant la mi-juin car d’abord il nous faut 3 mois de front  
et ensuite c’est à tour de rôle , alors je ne commencerais à y penser qu’au mois de juin ou juillet. Avant il ne faut pas y penser
Si on croit les communiqués, les secteurs ne sont pas calmes, cela chauffe surtout vers Verdun parait-il
Bons baisers de votre tout affectionné et tout à toi Petite chérie
Lucien
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Amicalement
Francine

 
 

n°2858
Stephan @g​osto
Posté le 15-12-2009 à 15:58:22  profilanswer
 

Bonjour Francine,  
 
A nouveau, merci pour cette retranscription des lettres de Lucien Rousseau !
 
Bonne journée et au plaisir !
 
Stéphan, un autre fidèle lecteur !  ;)  
 


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ICI > LE 74e R.I.
Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°2879
grain
Posté le 22-12-2009 à 19:51:08  profilanswer
 

Bonsoir.
 
Merçi, de nous faire partagé ces terribles momments de vie, d'un homme qui comme tout ses camarades doit  
  rassurer sa famille, tout en ayant surement envie, d'ecrire sa peur, de ne plus les revoir.
 
Ses pauvres Amis a qui il avait confié ses affaires, Marcel QUESNEL et Robert HAVE subirent le même sort que Lucien le  lendemain 22 mai 1916
 
Cordialement
Martial

n°2892
Francine L​aude
Posté le 19-01-2010 à 13:54:10  profilanswer
 

Bonjour  
 
merci Martial  [:francine laude:9] pour Marcel QUESNEL et Robert HAVé  
 
toujours pareil entre parenthèses, ou souligné c'est de lui
en italiques, entre crochets ou en bleu mes commentaires
 
voici la suite …

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 Samedi 26  février 1916
 
Chère Petite Amie
 
[… écrit sur le contenu des courriers familiaux et l’argent du ménage…]  
Je crois que nous partons demain ou lundi – tantôt nous passons une revue du Colonel tout équipés –
 
Bons baisers de votre tout affectionné et tout à toi Petite chérie
Lucien
 
 --------------------------------------------------------------
 
Carte lettre
Secteur 93         -29-2-16
 
Chère Petite Amie
Sois rassurée sur mon compte tout va bien, un peu fatigué
je t’ai fait envoyer hier une lettre par une auto, te sera-t-elle parvenue ?
aujourd’hui encore peu de temps à écrire  
+ détail – toute cette nuit je n’ai fait que rêver de Mimi [leur petite fille],  
je te le signale – je ne sais pourquoi
Bons baisers tout à toi Lucien  
 
--------------------------------------------------------------  
 
écriture épouvantable
 
Secteur 93          – 29 – 2 – 16
entre __________ et _____________

 
Chère Petite Amie
 
Je t’écris ce soir pour te rassurer un peu car il y a deux jours que je ne t’ai pas écrit et encore moins à personne
Quelle vie, depuis quelques jours nous avons traversé à pied tout notre département et maintenant  
je suis exténué, je n’en peux plus toute cette vie sous 30c de neige – Ces nuits de veille froides au possible
Vrai, ceux qui n’auront pas connu ces heures pénibles ne pourront savoir ni comprendre ce que peut être la guerre
ah comme je souhaite une blessure en ce moment, car nous sommes peu habitués à une existence si rude
et si ce n’était pas pour ta tranquilité je crois que je n’aurais pas écrit ce soir tellement nous sommes fourbus
et quand allons nous nous reposer. Surtout pas de paquet mes épaules n’en peuvent plus
et pourquoi tout cela ! (cette fatigue)
Je temine en vous embrassant de tout coeur, en vous disant patience et courage
Tout à toi votre Lucien
écris de suite avec détails à Mmme Hunault[ sa marraine de guerre] et Mère si je continue à n’avoir peu de temps  
merci et bons baisers
 
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Secteur 93-1-3-16  
 
Chère Petite Amie  
 
Un petit mot encore seulement aujourd’hui, car nous sommes en pleine tourmente  
et les courriers sont aussi irréguliers pour partir que pour nous parvenir  
quand aurons nous donc fini cette vie
Hier, j’ai donné des lettres à un copain quidevait les donner à une auto si possible aussi mes quelques mots
sont-ils partis dans un sens ou dans l’autre avant de trouver une poste
par contre le temps est un peu adouci cela semble on après cette priode   que l’on vient de passer  
on s’étonne de ne pas crever sur place avec une vie pareille et comme on souhaite une bonne blessure
qui n’arrive malheureusement aussi vite qu’on le désire
Enfin je suis en bonne santé mais je n’ai guère le temps de te raconter ce que je vois
je conserve cela pour quand nous serons rentrés
Bons baisers et bien affectueusement votre
Lucien
 
Dans ma carte d’hier je te parlais que j’avais rêvé de Mimi [  leur petite fille ]
comme cela ne m’était jamais arrivé, est-ce un bon indice ?
 
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Secteur 93-3-3-16  
 
Chère Petite Amie
 
Quelques mots seulement aujourd’hui car le moment n’est pas aux critures loin de là
et même il ne faudra pas t’inquiter si je te laissais quelques jours sans nouvelles car cela danse déjà pas mal
mais les troupes d’artillerie et les munitions s’accumullent sans arrêt
gare au déclenchement de toutes ces masses
c’est le contre coup de Verdun, actuellement le secteur est normal et à ces alternatives de hauts de de bas
Quand au pays nous voici près de chez Ferdinand[ son frère tailleur  au 1er aérostiers de campagne habitait Soissons avant guerre]
de plus il se peut que nos lettres ne soient acceptées qu’ouvertes, alors prenez un peu de patience
Ma santé est bonne
Bons baisers et bien affectueusement votre  
Lucien
 
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Secteur 93-5-3-16  
Dimanche

 
Chère Petite Amie
 
je ne t’ai pas écrit hier, par contre j’ai bien reçu ta lettre du 2 mars -
Nous sommes toujours dans les mêmes régions ,c’est à dire près de la maison de Ferdinand
cela tonne dur mais enfin nous n’avons pas grand bobo mais cedla va changer car on continue
à accumuller hommes et munitions, aussi il ne faudra t’inquiéter ni te désoler si je me trouvais
obligé si je me trouvais obligé d’arrêter de t’envoyer quelques lignes c’est que les
circonstances ou les évènements l’exigeraient et de cela nous venons d’être prévenus
mais qu’importe la situation qui va nous être faite, sache que toujours ma pensée restera tendue vers
vous mes chères affections. Nous conserve cette confiance que j’ai foi en notre bonne étoile et en notre souvenir –
J’ai écrit à Mme Hunault (sa marraine de guerre) car j’ai reçu un colis contenant outre des gateries
une superbe éponge en caoutchouc. J’ai demandé un rasoir à Marcel car le mien est porté disparu ou volé
quand à l’imperméqble ne l’envoie que quand tu seras sure qu’il arrivera en bon état
Prépare d’autres jambières en ayant soin de garnir le bas d’une bande de cuir ou de grosse toile
cela les abimera moins en marchant, car les premières s’usent vite
[… page où il relate le contenu des correspondances familiales …]
et j’ai oublié de te dire que dans notre marche je suis passé chez des personnes avec qui  
j’ai été au régiment avec le fils dans l’active, j’ai passé un court mais bon moment avec un petit repas succulent  
– cela semble triste de se battre dans une contrée que je connais et dont je reconnais les abords
[… deux pages description, croquis, conseils de fabrication d’une petite boite en bois pour mettre  
sur le dessus de son sac qu’il veut que sa femme lui fabrique et joigne au prochain colis
…]
Allons au revoir, Bons baisers  
Tout à toi Lucien
 
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Secteur 93         -6-3-16
 
Chère Petite Amie
 
Nous n’avons pas beaucoup de temps, mais e ne veux pas que tu restes sans nouvelles trop longtemps
car je sais que tu les attends anxieusement
Ces lignes t’apporteront tout d’abord tous mes souhaits de bon anniversaire, et comme j’aurais voulu
te les apporter moi-même, enfin il faut savoir se contenter de ce que l’on a, quand on n’a pas ce que l’on veut
Tu vois, j’ai tenu à t’apporter mon souvenir en espérant qu’il te parviendra pour le jour de tes 27 ans
Je t’écris sans savoir comment ma lettre sera, je t’écris la nuit au clair de lune et en plus j’ai froid.
Je suis toujours en bonne santé, le soleil quand il se montre commence à être bon, mais il fait encore bien froid par moment
Embrasse bien notre Mimi et[… cite les femmes de la famille …]
je te quitte pour aller faire une nouvelle ronde, il est 2 heures du matin
Bons baisers et tout à toi   Lucien
 
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Secteur 93         mardi 7-3-16
 
Chère Petite Amie
 
après encore une grande chute de neige voici le froid revenu et pour du mauvais temps cela en est
aussi nous avons les pieds plus souvent engourdis par le froid que par le chaud la santé reste bonne cependant .  
Rien de nouveau à t’apprendre, il nous faut nous maintenir où nous sommes et c’est ce que nous essayons de faire
en plus du froid et de la neige nous avons une brume qui fait qu’on ne voit pas à plus de 10 mètres devant
aussi faut-il ouvrir ses oreilles à défaut d’y voir, je ne puis t’écrire plus longtemps, je n’y vois guère et je suis transi
mais je sais qu’un petit mot te rassure alors j’écris malgré mes petites misères
Bons baisers Petite Amie, mais quand nous reverrons-nous auprès d’un peu de feu
Tout à toi et à Mimi
Lucien
 
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Carte lettre
Secteur 93 – mercredi 8-3-16
 
Chère Petite Amie
 
je te réponds sur la carte-lettre que j’ai reçue hier, continue  m’en envoyer elles sont très belles  
surtout pour le prix - il continue à faire froid mais il ne neige plus.  
Je suis un peu fatigué en ce moment mais j’espère que cela passera quand nous nous reposerons
Bons baisers à toutes trois votre Lucien
 
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Carte lettre
Secteur 93 – 10-3-16
 
Chère Amie
j’ai passé hier sans t’écrire et je griffonne ce simple mot. La neige est retombée en abondance
un peu enrhumé et c’est tout le reste va bien
Bons baisers à tous    Lucien
 
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Secteur 93   Dimanche 12 mars
 
Chère Petite Amie
 
Hier je n’ai pas écrit n’étant pas entrain. J’avais eu et encore des coliques et une forte diarrhée ausii tu peux
penser si cela vous coupe bras et jambes. J’ai du ce matin aller voir l’homme de sciences autrement dit le major
et il vient de me faire une purge, mais je prfèrerais être à la maison qu’ici où ils n’ont rien pour vous soigner
alors tu retournes vers les camarades, ensuite nous avons beaucoup d’eau dans le secteur où nous sommes
car le terrain est glaiseux et situé dans les bois d’un domaine magnifique mais trop humide pour être agréable
en plus il fait toujours bien froid mais quand le soleil se montre on sent qu’il prend de la force car ses rayons sont bons.
Tout à l’heure les notres viennent de descendre un avion boche juste au-dessus de nous, cela n’a pas été long
et il a piqué de suite à toute vitesse la tête en bas
Quand tout cela prendra-t-il fin car il arrivera bientôt qu’il ne restera plus d’hommes
 [… essaye de donner son avis sur l’argent du ménage et reparle des colis  
demandant de ne rien recevoir car pas assez costaud pour se charger
…]
Je t’envoie une lettre de R. [sa soeur] qui me parle de citation, ce n’est pas une citation personnelle  
mais seulement ma compagnie, c’est la conséquence qu’à chaque nouvelle attaque, nous marchons de préférence à une autre
Je te quitte Petite Amie en te demandant de bien embrasser ma petite Mimi pour moi
qu’aujourd’hui, mal entrain, je voudrais bien être près de vous et garde mes bons baisers affectionnés
Tout à toi Lucien
 
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  Lundi je crois
 Secteur 93      Ce 13 mars 1916

 
Chère Petite Amie  
[ … parle des courriers postés et reçus  …]et j’accuse juste réception ne pouvant faire mieux
la santé est meilleure qu’hier, je suis retourné ce matin voir l’homme de sciences et tout porte à croire
que c’est a dernière fois – Le secteur est assez tranquile et je fais en sorte de me soigner de mon mieux.
Je me suis fait apporter quelques œufs (frais , à quel prix, je les croyais en or massif ) cela avec le paquet de Marcel
qui contient un dé à coudre  de rhum m’a été d’un précieux confort,  
enfin je crois que demain je ne t’en parlerais même plus
Le beau temps que nous avons depuis deux jours rend les combats d’avions fréquents, aussi est-ce sans interruption
que nous les voyons décrire leurs spirales au-dessus de nos têtes
Je crois que le secteur de Benjamin [ son ami 355ème SP133] a été à l’épreuve ces temps derniers,  
bientôt ce sera notre tour n’est-ce pas toujours ainsi -  
[ … parle des vêtements reçus, de leur couleur et de la possibilité de les reporter quand  
il retournera à la vie civile   …
] Tu peux maintenant me préparer un paquet et me  l’envoyer officiellement  
je voudrais bien un peu d’andouille, un peu de sucre, 2 bougies, du papier Job ambré, si tu peux en trouver
une petite boite plate en fer cela se vend dans les bazars militaires – 1 fiole d’eau de vie – ça c’est le trésor du paquet
un morceau de pate pour paser sur le cuir à rasoir ( pour les  côtés du cuir)  
Te dirais-je, que je pense à notre Champigny , tu t’en doutes en voyant cette saison, comme nous y serions bien  
à y passer la journée de dimanche – enfin nous oublierions vite nos misères si nous en revenons
enfin Mimi sera grande quand je rentrerais
Je termine en vous embrassant tous de tout coeur bien affectueusement
Tout à toi   Lucien
 
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Carte lettre
Secteur 93       13 mars 1916
 
Chère Petite Amie  
suite à ta lettre du 11 que je reçois à l’instant, j’accepte donc la capote en bleu vu son poids 1 kilo
tu ne tiendras donc pas compte de ma lettre de tantôt, par contre les poches sont conformes  
au dessin ci-contre (poches extérieures) il faut surtout que pour celles du bas  
il y ait une ouverture car ce sont celles dites poches à grenade alors il faut  
que je puisse y aller sans avoir à ouvrir le manteau  [et un  croquis de la capote avec les poches]
Si René [son beau-frère 18ème RI]a la même , tu comprendras ce que je t’explique, je lui envoie mes amitiés
et lui souhaite que sa permission soit la plus longue possible
Bons baisers Lucien
 
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dans la lettre une petite branche avec 2 feuilles de gui
Secteur 93     le  14 mars 1916
 
 Chère Petite Amie  
 
j’ai omis de t’annoncer dans ma lettre d’hier de t’annoncer que notre petite Mimi devait avoir eu 22 mois
dans la journée, donc bientôt  ans – quand on pense à tout ce temps écoulé et perdu  
on reste stupide en songeant à l’avenir – que nous réserve-t-il – car avec les beaux jours qui arrivent
l’offensive se prépare de notre côté , aussi chaque jour est-il pour nous un jour d’attente,  
préparés que nous sommes à foncer sur les boches comme des bêtes, on nous prépare ferme
et je crois qu’à notre tour nous allons prendre une offensive terrible,  
notre secteur est bien tranquile en ce moment mais tous les mouvements qui se dessinent  
ne laissent aucun doute sur les intentions de nos chefs
Je crois t’avoir dit que nous sommes avec toute la division marocaine, la division Coloniale le tout
sous les ordres du général Man(?)guin – sous l’impulsion de ce chef hardi et valeureux
nous pouvons si une percée des lignes boches réussit, que voir peut-être à envisager la possibilité  
d’une grande victoire car le tout ici est en grande quantité -  
Nous y allons avec l’espoir que bientôt sonnera la fin de la guerre
Alors nous rentrerons contents du devoir accompli , avec toute la pensée pour recommencer à échaffauder
des projets pour l’avenir
Au revoir, je clos cette lettre le cœur plein d’espoir , garde moi cette confiance de me croire courageux
comme nos ainés, car nous travaillons ne l’oublions pas pour nos enfants
Au revoir, mille bons baisers, chers amours et tout à toi
Lucien
 
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Amicalement
Francine


Message édité par Francine Laude le 19-01-2010 à 15:02:03
n°2893
Francine L​aude
Posté le 19-01-2010 à 17:08:09  profilanswer
 

suite ...
 
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Secteur 93     le  15 mars 1916
 
 Chère Petite Amie  
 
je reçois toujours aussi rgulièrement tes lettres, cela est mon plus agréable passe temps
Je vous remercie bien des petites paquerettes que contenait ta lettre d’hier au soir
et embrasse bien Mimi pour la gentille intention d’avoir voulu en envoyer elle aussi à son Papa-
Cette chère petite doit-elle être mignonne de jour en jour et quand je pense que je ne sais quand je vous reverrais
2 mois le 23 que je vous ai quittées – me faut-il encore attendre avant de songer aux permissions
- d’abord il me faut 3 mois de front minimum et en plus prendre mon rang après les plus anciens
aussi n’en voyant pas souvent partir – mon tour n’arrivera pas vite, cependant j’ose croire que ce sera  
dans les beaux jours, alors on profitera mieux du beau temps et du soleil –  
Le temps est moins beau, de gros nuages roulent sans cesse, et je crois que tout à l’heure ils vont crever ,  
aussi gare à l’averse
Les tranchées que nous occupons sont cependant assez mouillées .
Comment peut-on vivre ainsi sans attrapper plus de mal que l’on en a, je me le demande
Enfin les jours grandissent c’est une joie, on préfère le jour à la nuit - car la nuit c’est la traitrise
l’attaque par surprise quelque fois bien que les oreilles s’habituent au moindre bruit,
un bruissement de feuille, un rien nous donne l’éveil  
Je te joins une lettre de Ferdinand  [son frère tailleur  au 1er aérostiers de campagne]
il est surement à l’arrière pour me faire toutes ces recommandations, tant mieux pour lui
je le souhaite même avec toute sa famille, mais je ne peux que sourire en lisant sa lettre
- il ne sait pas ce que c’est que les 1ères lignes pour m’écrire ainsi
Joins donc à mon colis une boussole , à part ça rien d’autre de particulier tout va bien
et vous embrasse toutes trois bien tendrement
mes amitiés à René  [son beau-frère 18ème]s’il est encore parmi vous – ce que je souhaite
Tout à toi   Lucien
 
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  Carte lettre  
Secteur 93    ce 17-3-16
 
 Chère Petite Amie  
je n’ai pu t’écrire hier la journée ayant été très rude , toujours cependant en assez bonne santé
j’ai reçu hier le sac de couchage de Ferdinand [son frère tailleur  au 1er aérostiers de campagne]
cela est fort bien, mais comme tu peux le penser augmente énormément ma charge  
aussi il va falloir songer à la diminuer en l’abandonnant quand j’aurais reçu ta capote car on transpire bien assez
Bons baisers de votre affectionné et tout à toi  
Lucien
 
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  Secteur 93    ce 18-3-16
 
 Chère Petite Amie  
 
[ … parle de la santé d’une belle-soeur … ] , pour nous c’est toujours les tranchées avec un peu d’eau
30 centimètres environ, mais de temps en temps le soleil daigne faire son apparition
comme tu peux le penser, nous en sommes satisfaits  - j’ai cueilli ce matin au petit jour ces modestes fleurs,  
ce sont les premières que je découvre dans notre bois  [ … décrit les bandes de tissu demandées à Ferdinand … ]
je ne tarderais pas à te renvoyer quelques affaires d’hiver qui m’embarassent, à part ça rien de neuf
Pendant nos heures de jours où les boches nous laissent tranquiles, nous faisons la chasse aux lapins et aux écureuils,  
et nous en prnons frquemment car notre contrée en est remplie  
je vous embrasse bien affectueusement – mes amitiés à [….] et à quand la permission pour moi
juin ou juillet probablement
Tout à toi    Lucien
 
je crois t’avoir demandé de l’argent pour ne pas toucher à ma réserve  
 
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  Secteur 93    ce  Dimanche 19-3-16
 
lettre dont le ton est  très tendre
[ … des nouvelles de la belle-sœur malade … des bandes de tissus des futures jambières …  
 … des lettres d’une de ses  marraines de guerre… nombreux remerciements pour les colis ….  
… combien il est touché par leur correspondance  …  
…. puis des choses très personnelles sur leur couple et un éventuel futur bébé  ….
]
 
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  lettre accompagnée de nombreuses fleurs sèchées  
 
  Secteur 93    lundi 20-3-16
 
Chère Petite Amie  
 
[ … parle des délais de leurs courriers respectifs  …… de la famille de son autre marraine de guerre qui lui a écrit …  
décrit sur une page tailles, couleurs, formes, tissus les maillots légers qu’il veut, des chauds qu’il ne veut plus…  
]
Quand je pense que voici près 2 mois que je suis parti quand tu recevras cette lettre – le temps passe tout de même
Les bois qui nous environnent bourgeonnent ferme et chaque jour ou presque j’ai cueilli des fleurs et les fais sécher
Je te les adresse . Je n’ai pas de gui sous la main mais j’irais en dénicher sous peu pour Mimi
Pour cela il faut grimper haut dans les arbres et souvent l’ennemi en profite pour vous tirer dessus
car on est encore bien visibles de loin, les feuilles n’ont pas encore assez poussé pour être caché.
 
Depuis hier les grosses marmites nous arrivent sans interruption,  
elles éclatent sans nous causer grand dommage  
mais il n’en faut qu’une quelquefois . Souhaitons qu’elles ne connaissent jamais notre chemin
par contre nous sommes agressifs car nous leur servons quelquechose aussi et ils doivent trouver
nos dragées dures à digérer . De gros nuages nous roulent depuis ce matin, c’est l’indice d’orage –
mais comme le vent est pour nous on s’en soucie moins  
car on craint moins les gaz quand le vent va chez eux .
 
Tu me parles souvent de permission, mais tu sais il te faut encore beaucoup de patience  
car je ne suis pas près d’y aller, je ne suis pas assez gras il me faut une bonne cure d’air  
pour que tu puisses juger du bien que la campagne peut me faire
N’oublie pas de me donner des nouvelles de R. que j’espère meilleure
je termine en vous réunissant pour vous embrasser bien affectueusement
Tout à toi    Lucien
 
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  lettre accompagnée de  gui  sèché  
 
  Secteur 93    ce 21 mardi -3-16
 
Chère Petite Amie  
 
avec bien du mal j’ai pu trouver du gui mais il fallait que ce soit pour Mimi
car les boches ne me laissaient pas le temps de le cueillir et une fois en haut de l’arbre
ils m’ont tiré dessus sans m’attendre et le lieutenant m’a ordonné de ne plus recommencer
car c’est s’exposer inutilement, je crois que ce n’est pas de sitôt que je pourrais vous en envoyer.
Je joints une lettre de R  [ … sa soeur…  ]  
Le temps se rafraichit un peu et n’est plus si beau car la pluie nous arrive frquemment –
je te remercie des journaux que je reçois assez régulièrement et que je lis de même
 
Nous sommes un peu plus calmes en ce moment – c’est une accalmie car depuis 2 jours  
cela dansait par ici mais on s’y fait et maintenant on ne pense même plus au danger qui vous effleure à chaque moment
Quelle vie malgré tout et je voudrais bien trouver un bon lit pour dormir à mon aise
J’y dormirais 8 jours de suite je crois pour rattrapper le temps perdu  
 
[ … parle de la santé de sa belle- soeur…  ]  
et Mimi grandit-elle en sagesse – comment la retrouverais-je – si j’ai la chance de revenir
Une petite fille bien sage pour faire plaisir à son Papa,  
comme je la voudrais plus grande encore pour qu’elle comprenne mieux la vie
Au revoir je vous embrasse toutes trois bien tendrement
Votre affectionné
Lucien
 
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  Secteur 93    ce 22 -3- 1916
 
Chère Petite Amie  
 
Je tiens d’abord à te remercier de tes envois reçus hier, 20 francs et les jambières
Je pense que tu fais des folies pour moi en ce moment et il faut te modérer ou tu vas me voir presque en colère
[ … parle sur une page de ses jambières veut les renvoyer pour un autre modèle, leur forme, leur taille …  ]
Le temps est franchement mauvais, de la pluie sans discontinuers  
Merci pour la boite et le papier à cigarettes  
[ … parle  du tabac à 0,50 laissé à la maison et comment se le faire envoyer … et de la famille … ]
Je termine en vous embrassant bien affectueusement toutes trois en espérant à bientôt
Lucien
 
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    petite carte lettre  
  Secteur 93    ce 23 -3- 1916
 
Chère Petite Amie  
 
[ …remercie pour courrier, colis, parle des jambières qu’il n’a pas encore renvoyées …  ]
La pluie qui tombe rend la température plus froide, enfin c’est encore supportable à côté
de ce que nous avons passé car voici aujourd’hui 2 mois que j’ai quitté Ussy , c’est le commencement de l’exode
combien de temps y resterais-je – Nul ne le sait probablement
Bons baisers à toutes trois
votre affectionné  
Lucien
 
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Amicalement
Francine

n°2948
Valerie Q
Posté le 30-03-2010 à 22:29:48  profilanswer
 

Bonsoir,
Je découvre ce fil (il y a tant à découvrir sur le forum). Merci Francine de nous avoir offert ces si belles pages.
Cordialement
Valérie


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22e RIT : http://sites.google.com/site/22emerit
Les "Pommiers" : http://pommiers19141918.canalblog.com/
n°2951
Francine L​aude
Posté le 03-04-2010 à 05:21:41  profilanswer
 

 Bonjour à tous
 
je reprends ...
toujours caporal - 129ème d’Inf  - 12ème Cie -  1ère section  -  secteur 93
 
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  Secteur 93    ce 24 mars 1916
 
Chère Petite Amie  
 
je pense qu’à l’heure où je t’écris le paquet de jambières a dû partir, tu n’as donc qu’à patienter – je dois  te renseigner d’abord  
chaque trait n’indique qu’un changement de phrase alors inutile de te creuser la tête ce n’est pas un indice quelconque -  
hier j’ai reçu trois lettres de toi j’avais été 2 jours sans en recevoir cela rétabli donc l’équilibre et je crois que me voici à jour  
de toutes tes correspondances – quelle pluie délicieuse de lettres et paquets va m’être octroyée – j’attends impatiemment le manteau  
et je ne manquerais pas de t’en accuser réception que ne puis-je moi-même apporter cette réponse –  
pour ce qui est de la boite demandée je vais essayer de satisfaire votre légitime curiosité  ce sera mon garde manger portatif  
jusqu’à présent j’avais une boite carrée que je mettais derrière mon sac avec les différents bibelots qui ne tiennent pas dans mon sac  
 soit rasoir blaireau savon une petite boite par ci une petite boite par là que j’ai tout mon menu fouillis en plus des affaires importantes  
– mais j’ai constaté que de cette manière mon sac se trouve chargé trop bas aussi ai-je pensé te demander cette boite  
qui sera posée sur le dessus cela augmentera la hauteur mais c’est une garantie de plus pour la tête et je serais mieux chargé;  
t’adresser  des félicitations pour en augmenter le bien être par une [ illisible  ]serait te méconnaitre, qu’il suffise  
que je te remercie bien sincèrement et ne doute pas un seul instant que je conçois tout le mal que ma nouvelle existence te créé,  
mais espérons en des jours meilleurs qui nous ferons sous peu retrouver notre chère tranquilité –  
je te retourne la lettre de Benjamin [son ami 355ème ] de sa  [ illisible  ]marraine et de ton invitation pour que la fête soit plus grande
 il faudrait que je puisse parler aussi de  permission et que nous ayons la possibilité de nous rencontrer  
mais je ne  puis penser à cela car voici près de 3 semaines que chez nous elles sont suspendues cela n’est pas fait pour faire avancer mon tour  
aussi je ne le prévois que dans un avenir lointain  
– j’ai souri à la lettre qui t’a été retournée car cela montre bien combien le vaguemestre se donne la peine de chercher  
quand il manque seulement la Cie , aussi, à ce sujet je dois te prévenir qu’au cas où d’autres missives te seraient retournées de ne pas t’inquiéter  
à l’avance car cela arrive fréquemment que l’on vous porte disparu alors que vous n’avez pas cessé d’être en assezbonne santé
[ parle des courriers familiaux  ] et j’ai écris hier à Marcel pour lui demander une carte de notre secteur «  Lassigny-Ribécourt »  
cela danse dur par moment mais je suis toujours là , le mauvais temps est revenu cette nuit et ce matin nous avons eu alternativement  
de l’eau et de la neige aussi avons nous froid aux pieds encore une fois
un jour ou l’autre nous finirons bien par avoir le soleil pour de bon – on nous parle d’un mois de tranchées  
et ensuite nous irons au repos aussi attendons Pâques avec joie – je vous souhaite en bonne santé et vous embrasse de tout cœur toutes trois
Tout à toi Lucien
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  Secteur 93    ce 25 mars 1916
 
Chère Petite Amie  
 
je suis en possession depuis hier de la boite et de son contenu – quelle richesse – quels trésors ne renferme-t-elle pas  
– je t’adresse une mention spéciale pour la boussole et il faut reconnaître que c’est une pièce de choix aussi l’avons-nous admiré en tout sens  
après l’avoir fait manœuvrer – j’ai très bien compris son mécanisme qui sert pour une marche au degré  
cela veut dire que partant d’un point sur une carte situé à tel degré tu repères celui où tu veux aller et tu règles ta deuxième aiguille sur le point  
tu es donc certain même en marchant à travers champs de conserver ta direction par contre je te demanderais une chaine cela vaut mieux  
car je serais déolé qu’il lui arrive quoique ce soit inutile aussi de te dire que je te joins ici mes meilleurs remerciements  
– nous avons encore une fois bien mauvais temps de la plui de la neige et du froid je vois qu’il nous faut encore attendre pour garder le soleil
ne t’inquiètes pas si tu ne peux m’écrire longuement je vous sais en bonne forme c’est l’essentiel pour le reste n’altère pas ta santé
je peux bien attendre un peu que diable nous attendons bien la paix depuis plus longtemps que cela et cependant elle tarde à venir  
et nous sommes toujours là
nous avons eu ce matin un combat d’avions juste au-dessus de nos têtes et avons été copieusement arrosés de projectiles mais sans gros dommages
 par contre des éboulements de tranchées et d’abris et il nous faut travailler sans relâche pour reconstruire tout cela
 mais c’est dur car on fait du terrassement dans la vase et la boue on n’est pas à prendre avec des pincettes  
et je crois que tu ne voudrais pas me reconnaître aussi sales que l’on est [ … parle des courriers envoyés …  ]  
et j’ai reçu une charmante lettre de la duchesse[HC VG11]
Allons je vous quitte bons baisers à vous trois
votre tout affectionné Lucien
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  Secteur 93    dimanche 26
 
Chère Petite Amie  
 
quelques mots seulement pour t’accuser réception de tes 4 colis je suis heureux comme pas un tout est si beau  
c’est une vraie folie ce que tu as fait là – laisses moi t’embrasser bien tendrement de loin puisque je ne puis le faire de près.
Maintenant je viens de recevoir de F [son frère] une superbe paire de jambières usagées mais en très bon état aussi dois-je  te dire
que les tiennes pourraient peut-être inutiles si tu pouvais les rendre au marchand en lui disant que je suis blessé ou disparu invoque quelque chose  
car vraiment le cadeau de F est royal et me suffit puisqu’elles sont presque semblables à part la fermeture
je te quitte parceque c’est l’heure du courrier et je ne voudrais pas le manque
Bons baisers Lucien  
 
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  Secteur 93    ce 27 mars 1916
 
Chère Petite Amie  
rien à ajouter à mon bref d’hier  nous avons si peu de temps à nous en ce moment  [… reparle des jambières en double …]
maintenant ne sois pas étonnée si tu étais quelques jours sans nouvelles le bruit circule que l’on doit embarquer pour une destination inconnue  
cette perspective n’est peut-être pas la route du repos c’st sûr mais si c’est la route de la victoire finale dépêchons nous de la parcourir
je vous quitte en vous embrassant de tout cœur et bien affectueusement  
votre Lucien
 
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  Secteur 93    jeudi 30 mars 1916
 
Chère Petite Amie  
 
Un seul mot pour te dire que je suis toujours bien malgré un grand voyage patiente surtout bien pour les lettres  
car je n’ai pas le temps d’écrire – je ne puis te dire où je suis mais tu le comprendras bien puisque c’est là que j’ai été appelé  
quand j’ai été soldat - nous ne recevons plus de lettres depuis 5 jours tout le courrier est suspendu
bons baisers à tous Lucien
 
 
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  Secteur 93    31  mars 1916
 
Chère Petite Amie  
 
à mon petit mot d’hier qui te confirmais mon déplacement vers la cité où j’ai fait mon active et dont les journaux parlent sans relâche  
depuis un mois je ne puis y ajouter grand-chose seuls les évènements permettront peut-être que nous soyons plus locaces,  
pour le moment il nous faut garder le silence le plus absolu sur tout ce que nous voyons et entendons  
[… parle des jambières finalement reçues et appréciées …]je te renverrais mon gros chandail le temps devenant assez doux  
il me restera l’imperméable, le sac au dos je suis de suite en sueur et je trempe tout – tu devrais me faire en flanelle une ceinture  
qui ne fasse qu’un seul tour du corpset se fermant par plusieurs boutons[… croquis…]large devant et se boutonnant derrière  
qu’un côté rentre dans l’autre par une ouverture le tout bordé et cousu fortement [… parle des courriers…]  
tu remercieras bien R[sa belle soeur]  pour son jambon qui est excellent et M pour les cigarettes –  
On voit ici que les troupes sont en nombre formidables car les denrées et principalement le vin sont d’un prix inabordable  
près de 2+ le litre de vin et pas autre chose aussi sommes nous obligés de nous réduire au strict nécessaire
Allons au revoir bons baisers à toutes et bien affectueusement votre
Lucien
surtout pas d’inquiétude les jours où il n’y aura pas de lettres
 
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Secteur 93    ce 1er avril 1916  
 
Chère Petite Amie  
 
Je t’ai écrit hier un petit mot.je le peux encore en ce moment aussi je me dépêche de le faire  
car les instants sont si rares par ici qu’il faut de suite en profiter
J’ai aussi envoyé hier un petit mot à M [ son beau frère  ]et je pense qu’il aura compris l’endroit où je suis maintenant  
– pendant que j’y pense j’ai plusieurs boites d’alumettes d’avance alors ne m’en envoies pas sans que je t’en demande –
de plus si tu y penses et que tu puisses le faire dans un colis adresses moi 2 petites boites de cigarettes anglaises ou une seule
 – c’est pour donner à mon s/lieutenant un parisien de la classe 1911 on ne peut plus gentil avec moi  
tu sais ce n’est pas pour lui faire un cadeau seulement pour lui offrir – 2 boites de 1O ou 1 de 20 mais
présentées chiquement car il est très distingué – je te remercie à l’avance car il est heureux quand je lui en offre une des miennes –
Quand au jambon, cela est un vrai régal tellement il est bon – écris pour moi un peu à mère car nous n’avons vraiment pas le temps
par contre nous avons un temps idéal – cela va-t-il durer nous n’osons l’espérer tellement ce serait beau -
[ …parle de sa belle-sœur chez qui est sa femme  …  ]
la santé est bonne et je vous espère de même – je vous quitte en vous embrassant bien affectueusement ainsi que  
ma petite Mimi l’as-tu mesurée contre le mur de la cuisine où j’avais fait une marque l’année dernière ?
Au revoir bon courage et espérons à bientôt –  
nous avons des évacués tous les jours à ma section mais je ne suis jamais dedans
Bons baisers de Lucien
 
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  Secteur 93    dimanche 13
 
Chère Petite Amie  
cela doit faire 8 ou 9 jours que je ne t’ai pas écrit mais où je suis c’est complètement impossible
rien ne part ni n’arrive – Quoique bien fatigué sale au possible je suis en bonne santé et vous espère de même-
Ayez toujours confiance et attendons courageusement mon retour
Bons baisers à toutes trois de votre Lucien
 
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  Secteur 93    ce 13 avril 1916
 
Chère Petite Amie  
 
c’est avec joie que je peux t’annoncer que notre relève des premières lignes a eu lieu cette nuit –  
me voici donc sorti de ce terrible carnage pour quelques jours  
aussi rassures toi sur mon compte – si je le puis demain je t’écrirais plus longuement
j’ai eu plusieurs lettres et journaux (3 de toi) à mon arrivée à l’arrière
Bons baisers bien affectionnés de ton Lucien
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   Amicalement
Francine

 
 
 
 
 

n°2952
Francine L​aude
Posté le 03-04-2010 à 05:26:05  profilanswer
 

Secteur 93    samedi 15 avril 1916
 
Chère Petite Amie  
 
je commence cette lettre avec l’espoir que je vais un peu pouvoir te donner des détails sur la vie que nous avons eue depuis 15 jours  
et je crois que quelque soit le portrait que je puisse t’en faire il ne sera jamais aussi vivant que la réalité
nous avons quitté brusquement le secteur près de Compiègne où nous étions et on nous a embarqués dans cette ville
ou après 18 heures de chemin de fer nous sommes descendus près de Ste menehould (entre Chalons s/marne et Verdun)
de là nous sommes allés à pied en 2 étapes à Raucourt s/meuse près de Revigny où a été abattu un Zeppelin
On nous a fait monter dans des camions automobiles qui nous ont conduits aux portes de Verdun – arrivés à Verdun
 vers 3 heures du matin  nous y sommes restés jusqu’à 7 heures du soir où nous avons pris la route des tranchées de 1ère ligne,  
après 6 à 7 heures de marche nous avons occupé les tranchées situées en face du fort de Douaumont et de Vaux  
– mais tout ceci sous une mitraille effroyable et non sans perte à chaque moment –  
enfin nous voici dans le secteur des tranchées que nous devons occuper, mais de tranchées plus de traces – il nous faut occuper  
des trous de crapouillot et c’est tout – il n’existe pas un mètre carré qui ne soit balayé par de l’artillerie  
et de la grosse (les boches n’ont que celle-là et en nombre) enfin sans pouvoir te dire en détail cette vie  
– là nous y sommes restés 6 jours sans pouvoir être ravitaillés ni autre chose à boire que l’eau qu’on allait puiser
dans des trous d’obus où quelques fois des morts y séjournaient – mais pas autre chose alors il fallait en passer par là –
enfin comment en suis-je sorti  c’est la question que chacun qui s’en sort peut se poser  
et je te prie de croire que le souvenir que j’en rapporte est la vision la plus horrible que j’aurais jamais connue  
– nous en revenons exténués physiquement et moralement – et pourquoi toute cette hécatombe  
puisque nous n’avons pas bougé d’un centimètre – enfin nous oublierons vite ces misères si nous en voyons la fin  
mais rien à l’horizon – aussi penses dans quel état la relève nous a trouvé,  
nous qui pensions trouver à Verdun notre tombeau, nous avions cet espoir, encore quelques heures  
et nous aurions quitté cette fournaise  aussi cette marche de relève en pleine nuit où chacun peinait comme des forçats  
pour avancer nous l’avons faite avec une énergie surhumaine et maintenant la détente se fait car on voit  
les manquants de la Cie – nous revenons à 50 à peine sur 183 – il y a 12 Cies dans le régiment éprouvées à peu près de même  
et pour chaque corps qui passe à Verdun les pertes sont presque analogues – enfin oublions tout c’est fini pour ce secteur  
pour quelques temps je l’espère – nous sommes actuellement à Senoncourt en réserve c’est te dire que nous pouvons encore  
remonter en tranchées le cas échéant –  [ parle d’envois de  cartes à femmes de la famille,     marraines de guerre…  ]  
dans un colis que tu m’enverras joins du bismuth ou des comprimés contre la diarrhée car il en faut toujours sur soi –  
puis une bonne brosse à chiendent  pour la boue des chaussettes – pour la boite de cigarettes pour mon lieutenant  
fais pour le mieux en t’inspirant que la boite soit coquette c'est-à-dire bien présentée –  
de plus si tu as une paire de molletières en toile cirée tu peux me l’envoyer car les autres ne tiennent plus e
t il m’en faudra une paire avec mes jambières – Quant à l’imperméable il en a vu de dur il faudrait  
que je puisse y faire faire quelques joints et tous les boutons et il est un peu long – si au repos je peux le faire faire je le ferai –  
Penses nous avons séjourné dans des endroits où nous avions de l’eau jusqu’au ventre  -  
 je te dis quand je songe à ce que je viens de passer et que je vois que je peux encore t’écrire je n’ose croire à mon bonheur  
– on parle ferme que les permissions reprendraient cela me donnerait du baume au cœur car vues les pertes énormes de notre Cie  
mon tour va se trouver avancé surtout que le 27 de ce mois nous aurons 3 mois de front – délai nécessaire pour y avoir droit –  
Comme dommage je ne puis dire que je suis un veinard quand presque tous mes camarades ont été tués ou blessés autour de moi –
 je m’en tire presqu’indemne après avoir été presque complètement ensevelli mais dégagé de suite sans une égratignure –  
2°  j’ai reçu sur la tête un énorme pieu de fil de fer barbelé je me suis effondré en criant, je suis touché, j’avais été assomé littéralement  
et grâce à mon casque encore une fois cela n’a rien été – j’ai été quelque temps étourdi croyant avoir eu la tête éclatée par la violence du choc –  
quand je revois mon casque tout bosselé j’ai un peu le sourire en le caressant –  
3° un éclat de grenade encore à la main droite mais léger je crois que pas un homme de la cie peut dire qu’il s’en sort sans rien –  
de plus pour te montrer l’importance du secteur – plusieurs de mes camarades blessés, légèrement il est vrai n’étaient pas évacués,  
ils étaient pansés sommairement et retournaient en ligne - aussi je terminerais ces quelques lignes en t’assurant de toute la joie  
que j’aurais si d’ici peu je me voyais près d’aller en permission – J’ai pensé tant à vous tous là-bas car nous y avons tant souffert  
de tout que je pensais que je n’en serais jamais revenu. J’avais promis à M   [ beau frère  ]  de lui donner quelques détails  
sur la vie de là-bas car il est bien gentil pour moi, mais tu sais étant bien déprimé après ce rude effort que l’on nous a demandé  
au lieu de lui écrire pour lui refaire la même lettre tu serais bien aimable de lui adresser et sitôt lue il te l’a renverra –
 
un détail que j’oubliais et qui me revient c’est que presque journellement les boches nous attaquaient avec des liquides enflammés  
quant à leurs pertes elles sont terribles aussi et leurs attaques se font par masses serrées sur quelques fois 10 de front –  
aussi comme nous avons des batteries de 75 sacrifiées qui tirent à 800 mètres voyez les ravages que cela cause -  
quant à l’impression que l’on en rapporte : on s’étonne que les privilégiés qui en reviennent ne soient pas devenus fous  
par le concert infernal que cause l’artillerie – les obus de part et d’autres se suivent sans interruption et leur éclatement  
qui est toujours proche vous donne l’impression par le déplacement d’air que votre tête éclate –  
Comment seraient les gens de l’arrière, ceux qui crient – jusqu’au bout ! - si on les transplantait sous cette effroyable mitraille  
et s’ils avaient à supporter les souffrances physiques et morales que l’on endure dans cette période de 6 à 7 jours  
puisqu’en 1ère ligne tous les régiments qui passent à Douaumont ne peuvent durer plus tant les pertes sont énormes –  
 
Allons je vais vous quitter heureux de l’espoir qui nait en moi que peut-être nous nous reverrons plutôt que je l’espérais –  
que M……. [ son beau frère ]   ne s’étonne pas de ce chemin détourné pour aller jusqu’à lui
Allons au revoir embrasses bien notre chère Mimi et R….. [ sa belle soeur ]  
et crois à l’affection et aux bons baisers de ton tout affectionné
Lucien
 
Toutes mes amitiés aux personnes de connaissance aussi bien pour Boulogne [ sur-mer ]    que pour Paris
 
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Amicalement
Francine


Message édité par Francine Laude le 03-04-2010 à 05:30:57
n°2953
Francine L​aude
Posté le 03-04-2010 à 09:29:38  profilanswer
 

.... suite  
hasard, pour lui aussi c'était Pâques

 
 
Secteur 93  Senoncourt s/meuse  dimanche des Rameaux
 
Chère Petite Amie
j’ai été à la messe ce matin comme presque chaque dimanche quand je le peux –  
peu de choses à ajouter à ma lettre de 10 pages  
d’hier mais pensons embarquer vers l’Alsace aujourd’hui ou demain  
joins du menthol au bismuth que je t’ai demandé hier
Bons baisers et tout à toi  
Lucien
 
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Secteur 93  lundi 17 avril
 
Chère Petite Amie
 
je reçois presque journellement tes cartes qui me navrent que tu sois sans nouvelles de moi  
j’ose espérer qu’à l’heure actuelle tu es rassure sur mon compte. Je suis bien fatigué en ce moment, enrhumé  
et pris de maux de tête, mais on ne peut rien y faire voilà la réponse du major c’est de la fatigue  
avec un peu de repos cela passera, pour moi je supporte ce que nous avons enduré pendant les 15 jours qui viennent de s’écouler.  
On ne reste pas les vêtements trempés sur soi pendant des jours en attendant que la chaleur du corps les sèche  
sans en être incommodé et aujourd’hui je le paye certainement –avec cela nous sommes en réserve à Senoncourt s/meuse  
dans un pays où il n’y a pas de civil donc rien à acheter aussi dans ton colis mets de l’andouille, du saucisson dur,  
du beurre et des confitures en boite (c’est pratique) et du fromage – en un mot n’envois que des provisions pouvant se conserver  
sans crainte car si le colis survenait et que je sois à nouveau aux tranchées il faut attendre plus longtemps pour les recevoir –  
nous attendons notre départ d’une minute à l’autre pour St Dizier et de là pour l’Harmanwilerskopf–  
 
je te joins les lettres de [ … frères et beaux frères ..]  
Hier nous avons eu beaucoup de neige aussi il ne fait pas bon être dehors.  
Je termine en vous embrassant de tout cœur et bien affectueusement et en vous disant à quand !
Votre tout affectionné  
Lucien    
 
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  Secteur 93  ce 18-4-1916
 
Chère Petite Amie
toujours en bonne santé  
[ … liste de celles et ceux à qui il a écrit..]  
à part la pluie sans discontinuer rien de nouveau j’espère que tu as maintenant de mes nouvelles
je vous embrasse de tout cœur  
votre tout affectionné Lucien
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  Secteur 93  ce 19-4-1916
 
Chère Petite Amie pas de lettre de toi hier mais un délicieux petit paquet qui m’a fait grand plaisir
 et est parvenu en bon état je te remercie de tout cœur et par ce même courrier je te renvois sous enveloppe 3 lettres de [ …..]  
ici rien de nouveau le temps est toujours franchement mauvais et bien froid
[ …parle du courrier qu’il a envoyé à la famille et du manque de nouvelles de certains….. ]  
Je termine vous embrassant bien tendrement
votre tout affectionné
Lucien
 
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  carte militaire sous enveloppe
 
recto
 
  Secteur 93  ce 20-4-1916
- midi-

Chère Petite Amie  
es-tu rassurée sur mon compte je l’espère et le souhaite pour moi me voici 4 jours sans avoir reçu de tes nouvelles  
je vais voir si je serais plus heureux aujourd’hui – toujours des rafales de pluie et de neige le temps reste froid  
Bons baisers à toutes trois de votre Lucien
 
 verso  
même jour 4 H du soir  
je reçois à l’instant ta lettre écrite dimanche soir 16  J’ai bien reçu ton colis intact le 17  
j’ai depuis longtemps ton tricot dont je me sers  
Je vais sous peu te renvoyer ma ceinture de flanelle et des chaussettes trouées  
j’attends ton colis demandé il y a 2 jours  Lucien
--------------------------------------------------------------  
  Secteur 93  jour de Pâques 1916
Chère Petite Amie  
Quoique ce jour me rappelle d’agréables souvenirs de si douces promenades, il me faut aujourd’hui me contenter  
de me rappeller à votre souvenir il vous apportera l’expression de mon inaltérable affection
je vous espère comme je suis en bonne santé et termine en vous embrassant bien affectueusement
votre tout affectionné  
Lucien
 
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  Secteur 93  lundi de Pâques 1916
Chère Petite Amie  
 
Si je ne puis encore t’accuser réception de tes colis je suis heureux d’être en possession de tes lettres  
2 lettres et 1 carte gentilles toutes Oh ! Combien ! aussi avant la nourriture corporelle celle intellectuelle est-elle aussi goutée
Je voudrais répondre à bien des questions mais vais-je avoir le temps aujourd’hui et mes idées s’assembleront-elles  
suffisamment en ce moment- car nous venons de prendre possession de notre repos et cela après une marche fort pénible  
nous sommes arrivés en pleine nuit  en ce charmant pays à Stainville (meuse) nous y sommes bien ravitaillés  
et à des prix plus abordables que partout. Cependant le point noir c’est que nous ne devons rester  
que 8 jours ici en grand repos et ensuite remonter en ligne à V….. d’où nous sortons  
 
Enfin il sera bien temps de s’occuper de cette dernière question quand nous y serons.
primo tu peux payer [ …conseils pour régler les factures du ménage …..]  
2° pour la permission je ne puis te fixer de dates cela dépendant si les tours vont se succéder  
pour moi je m’arrangerais pour passer un jour à Paris et le reste à Boulogne [ (Boulogne-sur-mer) domicile de sa belle soeur ]    
ou au Havre selon où tu seras à l’époque de la permission car tu ne peux  perdre de vue  
qu’à la belle saison tu as promis de te rendre un certain temps chez elle [  sa marraine de guerre qui habite au Havre ]
je vais t’envoyer un colis de linge et vais m’occuper de me faire raccourcir ici mon manteau et t’enverrais ce qui tombera  
[…parle des différents courriers …de ceux de la famille qui s’occupent de sa femme et sa fille Mimi… ]  
comme elle doit être heureuse, je voudrais tant la voir - et remercies les bien de ma part  
pour les mille attentions et cadeaux dont ils la gâtent […… ]  
Dans le colis je te renvois mon bidon pour que tu me le renvois avec de l’alcool pour mon séjour aux tranchées
Quand tous mes nombreux colis seront en ma possession je te demanderais ce qui peut me manquer ou me faire plaisir
Sur ce je te quitte pour ce soir en t’assurant de ma profonde et tendre affection pour toutes deux  
et en espérant au plaisir de bientôt vous revoir, sera ce dans 2 mois je ne sais mais ne crois pas cependant  
que cela va être tout de suite
allons de tendres baisers à toutes trois et bien affectueusement
votre Lucien
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  Secteur 93  mardi 25 avril 1916
 
Chère Petite Mimi Chère Petite Amie  
 
je viens de recevoir la belle carte de Mimi elle est bien gentille d’avoir pensé à son papa qui lui ne l’oublie pas
et voudrait bien par ce beau soleil être auprès d’elle, mais quand cette permission viendra-t-elle ?
en même temps que cette carte part un colis avec la flanelle à conserver les chaussettes à réparer  
et le bidon à renvoyer avec l’alcool pour les tranchées – à l’occasion tu pourras m’envoyer de l’argent
quand tu pourras et une paire de bretelles car les miennes sont en lambeaux
nous avons ét aux douches ce matin – j’y séjournerais tout le temps tellement j’y étais bien et j’étais couvert de vermine
je termine en vous embrassant bien affectueusement toutes trois
votre Lucien
 
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  Secteur 93  Ce 26 avril 1916
 
Chère Petite Amie  
 
rien de bien particulier à t’annoncer aujourd’hui  je t’écris confortablement allongé dans l’herbe il fait si bon au soleil
que nous profitons avec joie des quelques jours de repos qui nous sont alloués avant de remonter en ligne
demain a lieu une grande prise d’armes pour la remise des décorations gagnées à V…..  
gagne tout le monde l’a gagnée mais tout le monde ne la décroche pas – j’ai cru un instant que je ferais partie  
des décorés ayant été proposé par mon lieutenant car il parait (moi je ne m’en suis pas rendu compte)  
que j’ai eu une grande fermeté pour maintenir la position que mon escouade occupait  
et pour l’initiative que j’y ai montre, mais vois-tu quand on est en place on ne se rend pas compte de tout cela,  
la pensée est toute tendue de profiter d’une moindre chose et de se savoir responsable de plusieurs vies humaines  
vous font oublier la votre et c’est pourquoi ceux qui vous regardent restent un peu étonnés de votre sang-froid,  
moi-même fut étonné des ordres que j’ai donnés m’ étant trouvé coupé du restant de la Cie,  
j’ai rassemblé les brides de plusieurs escouades et nous avons maintenue intacte notre position,
cela se fait du seul esprit de conservation et c’ est pourquoi calme et réfléchi aujourd’hui je me demande  
si c’est bien moi qui ai eu cette initiative et ce ton de commandement brutal –  
par contre le lieutenant de ma compagnie en me félicitant de ce zèle obligatoire m’annonça qu’il m’avait proposé  
pour la croix de guerre mais que le Ct de la Cie avait fait quelques objections vu mon peu de présence au front
et que probablement les croix étant limitées il ne pourrait encore une fois donner satisfaction  
pour les jeunes comme nous tant d’anciens la méritant aussi et restant encore à décorer, de cela je n’y prends point garde,  
le seul fait de me ramener intact a autrement de valeur à mes yeux qui m’échouera un jour ou l’autre  
si nous restons encore longtemps en guerre – maintenant je te demanderais de m’envoyer une autre paire de lunettes (6 dioptries)  
 la mienne bien abimée à V….. quand j’ai été ensevelli, elle se trouve presque inutilisable et le major se trouve
impuissant avant longtemps pour m’en faire donner une autre ou faire réparer celle-là – envois la dans une boite de façons  
qu’il ne lui arrive pas d’accident en cours de route  
J’ai donné mon imperméable à raccourcir et j’ai pris bonne note pour te renvoyer les morceaux à l’occasion –
Si vous avez beau temps vous devez être heureux avec Mimi quant à moi le fait par ce soleil de remonter en ligne  
ne nous fait pas sourire aussi avant et ici je ne me prive de rien sait-on jamais ce qui peut m’arriver demain ?
 
Allons au revoir je t’ai demandé hier des bretelles aujourd’hui des lunettes j’ai écrit hier à Mère,  
et tout à l’heure ce sera  à Mme H [  sa marraine de guerre ] Mille bons baisers de votre affectionné
Lucien
 
   en travers  
je reçois à l’instant ta lettre de dimanche et chez nous les renforts fort nombreux nous arrivent
tous de la classe 16 aussi comme c’est pour remonter à V….. il faut encore mieux Salonique à l’occasion
quoique plus loin je sais que pour moi j’aimerais mieux y être qu’ici
 
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  Secteur 93  Ce 28-4-1916
 
Chère Petite Amie  
 
pas de lettre de toi hier et toujours rien comme colis – depuis hier soir je suis comme un corps sans âme
songe que je n’ai plus mon porte feuille, je dis porte feuille c’est l’enveloppe en toile cirée que tu m’as faite dont je te parle
de l’argent il n’y en avait point dedans, mais il contenait des papiers plus précieux à mes yeux,  
penses il y avait vos deux photographies (Mimi seule et le groupe de nous trois)  
celles de la Duchesse et de Mlle de V [ du HC VG11 ] plus les dernières lettres de toi de 8 à 10 jours,  
mon livret militaire, quelques cartes-lettres en blanc 12 ou 15 peut-être –  
enfin tu peux te faire à l’idée ce que cette perte m’est sensible
Il me semble que je vous quitte pour moi qui ai  un soin si méticuleux de mes affaires !
 
Je viens de rentrer en sa possession et tu ne peux croire la joie que j’en éprouve, je ne veux percer le mystère  
qui plane sur sa disparitionccar tout me fait songer que où il a été trouvé, il a fallu qu’on le porte car je n’y avais été,  
la pochette ne contenant aucun argent n’était d’aucune utilité pour le propriétaire,  
aussi a-t-il jugé plus prudent de la déposer en un lieu visible – enfin je la retrouve peu m’importe qui a voulu en profiter
aux demandes que je t’ai faites ces jours derniers, bretelles, lunettes, ajoutes un morceau de savon aux amandes
pour me débarbouiller je n’en n’ai presque plus. Je te joins aujourd’hui 2 lettres de Mère et B [ son ami ]
le temps est toujours merveilleux et ceux qui sont partis en permission profitent d’un temps splendide,  
nous attendons leur retour pour voir si comme nous l’espérons les tours vont aller se suivant  
alors dans quelques temps je chercherais à savoir quel est mon numéro de départ
Je termine en vous embrassant de tout cœur et en attendant ce soir pour avoir un peu de vos nouvelles
Bien affectueusement
Votre Lucien
 
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  Secteur 93  Ce 29-4-1916
 
Chère Petite Amie  
rien de particulier à t’écrire aujourd’hui sauf que le temps n’est d’une pureté absolue et malgré tout  
nous sommes toujours en guerre- peut-être tantôt si je le puis je t’enverrais un petit colis car j’ai touché  
une superbe ceinture de flanelle qui me gêne à porter et j’en profiterais si comme on me l’a promis  
mon caoutchouc est prêt je t’enverrais les morceaux et le capuchon qui ne me sert pas
[   parle des lettres reçues   ] les colis ont du rester en route je ne sais si je serais plus heureux aujourd’hui  
sur ce dernier chapitre, mais toujours rien, dans quel état vont-ils me parvenir,  
un de mon escouade vient d’en recevoir un qui a mis 37 jours à lui parvenir – seul m’est parvenu celui contenant  
les rillettes de R. [ sa belle-soeur ]  les cigares de [ …illisible… ]  
le jambon plus le complément, le paquet était en très bon état et j’ ai gouté avec joie à toutes les délicatesses qu’il contenait –
 inutile de te dire que je vous adresse tous mes remerciements à R., à [ ? ]  et à toi
 
Je termine en vous embrassant bien affectueusement et je songe que dans quelques jours  
Mimi aura 2 ans, où serais-je à cette date ?
 
Bons baisers de votre Lucien
 
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  Secteur 93  Ce 30-4-1916
 
Chère Petite Amie  
 
 [ … parle des lettres reçues, envoyées   … ]  à part cela toujours la même vie monotone quoique je ne me refuse rien
Le  pays est bien approvisionné et avant de remonter en ligne nous nous refaisons l’estomac copieusement,  
nous mangeons assez mal aux tranchées pour être heureux quand on tombe sur un cantonnement potable,  
seul le coucher laisse à désirer, toujours les greniers plus ou moins propres alors les démangeaisons  
ne vous laissent pas une minute de répit et cela a le don de vous agacer à l’extrême – Ce matin nous avons été  
en parade d’exécution, on a fusillé devant nous un garçon de 26 ans, déserteur, joli spectacle dont tu reviens écoeuré,
enfin c’est la loi militaire, il faut l’accepter sans la juger  
toujours un temps idéal ici, comme nous serons bien à Champigny avec Mimi je vois tous les jardins merveilleux  
et cela me donne envie
 
je termine en vous embrassant bien affectueusement toutes trois
Votre affectionné  
Lucien
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Secteur 93  Ce 2 mai 1916
 
Chère Petite Amie  
 
j’ai reçu aujourd’hui ton petit colis et ta lettre contenant une branche de muguet à mon tour je te renvois  
ce que j’ai pu trouver  dans la lettre une feuille et un brin de muguet séché  
il n’est pas fort fleuri la saison n’est pas assez avancée ici garde les avec les violettes qui l’accompagnent
Des permissionnaires sont partis aujourd’hui de notre Cie cela fait toujours plaisir car mon tour avancera
à ce sujet je dois te dire que malgré le vif désir que j’aurais de te voir tout de suite je ne sais  
(quand ce sera mon tour) comment je pourrais te prévenir car quelques fois nous ne sommes prévenus
que 2 ou 3 heures à l’avance alors vois s’il faut faire vite – enfin je verrais à m’orienter quand le moment viendra
 
rien de nouveau à te dire car je veux écrire un peu aujourd’hui de bons baisers à toutes trois de
Lucien
Il y a un brin pour vous trois
 
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Secteur 93  Ce 3-5-16
 
Chère Petite Amie  
 
j’ai reçu avec plaisir ton petit mot  [ … parle des courriers   … ]  
je te remercie à l’avance pour le drangement concernant mes lunettes mais sois assurée du numéro
car il m’est nécessaire pour voir de très loin et elles se trouvent un peu plus fortes que mes binocles
que j’ai ordinairement – j’ai crit hier un peu à tout le monde comme j’ai un service très dur pour tantôt
je ne fais que te griffonner ce mot et les autres lettres attendront –  
comme temps nous avons de l’orage et une pluie diluvienne aussi le caoutchouc a-t-il servi –  
les nouvelles doivent être meilleures dans les journaux car sans de trop grandes pertes
nous avons reconquis du terrain vers le mort-homme et auprès du fort de Douaumont –  
je crois que l’idée des chefs serait que nous reprenions le fort de Douaumont – cela ne se fera pas  
sans casse mais ce coin ou un autre ?
enfin tant que je le pourrais je te tiendrais au courant de nos pérégrinations
 
pour aujourd’hui je termine en vous embrassant toutes trois de tout cœur
Grand Dieu à voir tout cela  irais-je d’aplomb jusqu’à mon tour de permission ?
il en tombe tant chaque jour
 
tout à toi
votre Lucien
 
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Secteur 93  ce 4 mai 1916
 
j’ai reçu avec plaisir ta lettre du 1er avec elle je possède 2 lettres de mme H et un colis arrivé en fort mauvais état
car cette pauvre femme a mentionné 2ème Cie au lieu de 12ème alors comme la 2ème n’est pas du même Bataillon
et que nous ne sommes pas ensembles voici quelques jours que lettres et colis se promènent et il est arrivé
(le colis) dans un état pitoyable j’ai touché aujourd’hui ton mandat de 20+ sitôt reçu, tes lunettes je t’en accuserais réception .
sois sans crainte pour ma permissionà  quelques dates que je parte  
j’irais tout de suite à Boulogne [ (–mer) où se trouve sa femme ]  libre à toi de me suivre si tu veux
à Paris pour voir notre famille – si rien de facheux ne m’arrive je ne compte pas venir avant le fin juin  
Cette pauvre permisssion qui certainement sera de courte dure ne pourra pas contenter tout le monde  
car 6 jours sont vite écoulés enfin il y a tout lieu de croire que nous pourrons en recauser avant que je vienne
Vous avez dû voir un article élogieux concernant la reprise du bois de la Caillette par la division du Gal Mangin  
cela a dû vous être communiqué par les journaux, je crois que le « Matin » en a parlé
 
Je te joints ce que M m’a envoyé concernant les Beaux Arts donnes moi ton appréciation si tu veux prendre une gravure
Je termine en vous embrassant bien affectueusement toutes trois
tout à toi  
Lucien
 
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la suite est au début cette page
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _458_1.htm
 
Bonnes fêtes de Pâques à toutes et tous
 
Amicalement
Francine

 
édition pour remise en forme d'un paragraphe


Message édité par Francine Laude le 07-03-2011 à 08:58:24
n°2954
Stephan @g​osto
Posté le 03-04-2010 à 10:13:59  profilanswer
 

Bonjour Francine,  
 
Grand merci pour ces derniers courriers retranscrits. Les combats de la Caillette... Cela fait 94 ans...
 
Bonne journée.
 
Stéphan


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ICI > LE 74e R.I.
Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°2955
Francine L​aude
Posté le 03-04-2010 à 11:32:24  profilanswer
 

Bonjour  Stéphan  [:francine laude:9]  
 
de rien, car je n'ai fait que le plus facile ... il en reste ne serait-ce que pour cette période  
les déchirées, les non datées précisément, celles aux feuilles mélangées .....
 
voici sa Chère « Petite Amie » :
1913 & 1916 http://sd-1.archive-host.com/membres/images/194555563939705994/3_77.jpg
 
94 ans oui et sa fille a 96 ans  
 
Bonne journée à tous
Amicalement
Francine
 
petit rectificatif : leur fille


Message édité par Francine Laude le 03-04-2010 à 11:36:18

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