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  Récit : « Dans un trou de boue ».

 

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Récit : « Dans un trou de boue ».

n°2747
bruno17
1er RTA: Toujours le premier!
Posté le 12-08-2009 à 20:15:47  profilanswer
 

Bonjour,
Ce récit de Georges Blond, extrait de « Verdun-La reprise de Douaumont » . Historia- Octobre 1966.
 
"Malgré le bruit du barrage roulant, des chasseurs du 107ème entendirent crier près d’eux :
    _ Au secours ! Au secours !
Ce cri là, qui ne l’avait entendu mille fois, au cours des batailles ? Mais il y a plusieurs manières de crier « Au secours » et cette manière là vous prenait à la gorge. Quelques secondes plus tard, les chasseurs découvraient le copain qui l’avait poussé : enlisé. Déjà enfoncé presque jusqu’à la ceinture dans un trou de boue.
    _ Jette ton flingue, vieux. Ote ton sac !
Facile à dire sur la terre ferme. L’homme était emberlificoté dans les courroies quasiment comme une momie vivante. Le moindre mouvement ne servait qu’à l’enfoncer. Déjà la boue lui montait au ventre. Impossible de s’approcher de lui, on s’enfonçait aussitôt. Les chasseurs avaient attaché des bretelles de fusil l’une à l’autre, les jetaient à l’enlisé. C’est solide une bretelle de fusil. À la première traction, ce lien de cuir se cassa. Un poids pareil !
    _ Il faudrait tresser des bretelles ensemble. Et trouver des planches !
Trouver des planches, où ? Plusieurs chasseurs s’éloignèrent pour en chercher. C’était fou, cette histoire, pendant que l’assaut se déroulait. Les minutes étaient interminables. Les chasseurs revinrent avec des planches longues de plusieurs mètres, larges de dix centimètres. On les posa côte à côte sur la boue, de chaque côté de l’enlisé.
    _ Appuie-toi dessus. Comme ça, t’enfonceras pas.
L’homme s’appuyait de ses mains, de ses avant-bras.
    _ Vas-y, vieux, courage ! Là, tu remontes, ça y est !
L’enlisé émergeait, ses jambes sortaient de la glaise. Une seconde pour souffler, pour se reposer, floc, il replongea. Jusqu’aux épaules, cette fois. C’était à se manger les poings ! Et les obus allemands qui commençaient à pleuvoir.
    _ Laissez-moi, les gars, tant pis, je vais crever ici. Vous avez fait ce que vous pouviez.
Impossible. Vous pouvez avoir vu mille fois un copain mourir à côté de vous, une balle ou un éclat dans le corps ; mais l’idée de laisser mourir à quatre mètres de vous un homme bien vivant, qui vous parle comme je vous parle, c’est impossible. Une bête ne le ferait pas.
Les chasseurs étaient comme fous. Ils couraient de tous les côtés et revenaient, chargés de bouts de bois, de débris, de lambeaux de grillage, de rouleaux de fil de fer et ils jetaient tout à côté du copain, dans cette bouche de boue qui avalait tout. Qui avalait tout jusqu’à l’instant où enfin un rouleau de fil de fer demeura à la surface. Le fond était atteint. Le trou de boue était suffisamment comblé.  
D’autres chasseurs, pendant ce temps, avaient tressé des courroies de fusil. Ils se mirent à six pour tirer leur copain.  
La boue, enfin, lâcha sa proie. Des larmes coulaient sur les joues de cet homme.
    _ On t’aurait pas laissé là, vieux. On serait plutôt crevé là."

Message cité 1 fois
Message édité par bruno17 le 25-08-2009 à 10:41:14

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Bruno Baverel.
http://ladecouvrance.izibookstore.com/auteur/35/Br
n°2748
monte-au-c​reneau
Pas Kaput ! Kamarad !
Posté le 16-08-2009 à 11:01:25  profilanswer
 

bruno17 a écrit :


Ce récit de Georges Blond...


Bonjour,
 
Le "Verdun - Un seul mot : l'enfer" * de Georges BLOND fut l'une de mes premières lecture.  
 
Mais attention, je crois qu'il s'agit d'un roman historique. C'est-à-dire qui est le fruit de l'imagination (à contrario d'un carnet ou d'un journal de combattant qui est sensé décrire la réalité du vécu).
 
Cela n'enlève rien à la force du récit : un seul mot l'ENFER !
 
A mon sens, c'est la difficulté de lire à la fois des romans et des carnets : On finit par ne plus distinguer les 2. Mais libre à chacun de faire comme il veut et c'est tant mieux puisque vous êtes, vous-même bruno17, auteur de romans.
 
Cordialement.
   Sylvain
*Presse de la Cité 1964


Message édité par monte-au-creneau le 16-08-2009 à 11:02:00

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Les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.                                     Unis comme au front, mais anonyme dans la mort
n°2750
bruno17
1er RTA: Toujours le premier!
Posté le 22-08-2009 à 03:52:48  profilanswer
 

Merci pour ces éclaircissements concernant Georges Blond, Sylvain. Effectivement je me demandais quelle était la part du réel et de l’imaginaire dans son récit, car cela n’était pas précisé. Ce que vous dites est vrai et j’ai déjà eu l’occasion d’en parler avec des membres du site en MP, mais également d’autres personnes dans les salons du livre, éventuellement : la difficulté de lire à la fois des romans et des carnets ; on finit par ne plus distinguer les deux. C’est la différence entre le travail d’écriture sur la vérité historique d’une part, et la dimension romanesque de l’autre lorsqu’on veut, comme j’aime le faire, partir de choses vécues, autour du XIXème siècle par exemple, véritable vivier d’inspiration, avec bien sûr la Grande Guerre en toile de fond. Pour ma part, je pense que la vérité historique doit être le plus scrupuleusement respectée ; ensuite, je pense que tout est possible dans l’écriture, les possibilités sont illimitées en ce qui concerne l’imaginaire et c’est tant mieux ! (Le romancier est bien souvent un grand rêveur… !) Et puis pour finir, c’est à chacun de choisir ce qui l’intéresse. Le livre est une incommensurable matière où il est possible pout tout un chacun d’y puiser les choses qui lui parlent.
Cordialement
BB  


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Bruno Baverel.
http://ladecouvrance.izibookstore.com/auteur/35/Br
n°2751
Arnaud Car​obbi
Alc ixh xan
Posté le 22-08-2009 à 09:07:20  profilanswer
 

Bonjour Bruno, bonjour Sylvain,

 

Pas clair le statut à donner à ce texte, pas aussi simple. Il y a quelques années (déjà !), un sujet de cette même catégorie "Mourir de boue" avait été lancé et j'y avais transcrit exactement le même texte. Or il n'émanait pas de la même source.
Le lieutenant Lucien, 24 octobre 1916, 107e BCP. Extrait de Jacques-Henri LEFEBVRE : VERDUN, la plus grande bataille de l'histoire racontée par les survivants. Les Editions du Riaux, collection Mémorial de Verdun, édition de 2005, pages 427, 428. L'édition originale semble dater de 1960.
Georges Blond a repris le texte de ce lieutenant. Cela ne répond pas à la question de fond, quelle est la part du réel et de l'imaginaire dans ces lignes ? Témoignage réécrit à partir d'un fait réel ? Souvenir romancé ?

 

Amitiés,
Arnaud

Message cité 1 fois
Message édité par Arnaud Carobbi le 22-08-2009 à 09:07:29

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Le parcours du combattant de 14-18  
Dernière mise à jour : 23/05/2012 - "Les soldats guyanais dans la Première Guerre mondiale".
n°2754
monte-au-c​reneau
Pas Kaput ! Kamarad !
Posté le 25-08-2009 à 10:10:01  profilanswer
 

Arnaud Carobbi a écrit :

... 1°- j'y avais transcrit exactement le même texte.  
 
         2°- Or il n'émanait pas de la même source : Le lieutenant Lucien, 24 octobre 1916, 107e BCP. Extrait de Jacques-Henri LEFEBVRE : [i]VERDUN, édition de 2005, pages 427, 428.
 
      3°- Georges Blond a repris le texte de ce lieutenant. Cela ne répond pas à la question de fond, quelle est la part du réel et de l'imaginaire dans ces lignes ? Témoignage réécrit à partir d'un fait réel ? Souvenir romancé ?
 


Bonjour à vous deux,
 
1°- Il faut croire que ce texte est extrêment puissant pour qu'il soit cité 2 fois de suite, à 3 années d'intervalles.
 
2°- Dans l'édition 1990 de ce livre je n'ai pas retrouvé la trace de ce lieutenant LUCIEN. Pourriez-vous, Arnaud,  me situer où se trouve ce témoignage dans le livre (chapitre, paragreaphe,...). Aurait-il été rajouté par la suite ?
 
3°- Georges Blond aurait-il repris ce texte du Lieutenant LUCIEN (et alors à partir de quel source originelle) ou le "VERDUN" de J-H LEFEBVRE aurait-il repris ce texte de Geoges Blond pour l'attribuer à un présumé Lieutenant LUCIEN ?
 
Bien cordialement.
   Sylvain


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Les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.                                     Unis comme au front, mais anonyme dans la mort
n°2755
Stephan @g​osto
Posté le 25-08-2009 à 10:21:57  profilanswer
 

Bonjour,
 
Le texte de Blond est une réécriture condensée du témoignage que le lieutenant Lucien Gros (107e B.C.P.) avait donné à Jacques Péricard pour son "Verdun" et que l'on trouve en intégralité aux pages 401-402 de cet ouvrage.
 
Bonne journée.
 
Stéphan
 


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ICI > LE 74e R.I.
Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°2756
monte-au-c​reneau
Pas Kaput ! Kamarad !
Posté le 25-08-2009 à 14:59:17  profilanswer
 

Stephan @gosto a écrit :

Bonjour,
 
 ... pages 401-402 du "Verdun" de Jacques Péricard


 
Re,  
 
Voilà qui permet donc d'attester une authenticité à ce texte (celui cité initialement pas bruno17). Il s'agit donc d'un témoignagne (c.à.d : paroles d'un combattant qui y était) repris par Georges Blond dans son livre "Verdun - Un seul mot : l'enfer".
 
Quant à savoir si les 300 pages du livre de Georges Blond sont toutes des reprises de témoignages ? ? ?
 
Merci et au revoir.


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n°2765
pierreth1
Posté le 15-09-2009 à 11:32:39  profilanswer
 

Bonjour,
J'avais lu ce texte et avais été étonné car il y a des incohérences. Je m'explique si un "trou de boue" vous empèche de faire passer un véhicule effectivement la solution consistant à le combler sera valable. Mais dans le cas de ce soldat englué (ce qui arrivait hélas fréquemment avec comme conséquence souvent une mort par noyade après un temps plus ou moins long à se battre pour rester en surface) le fait de combler le trou progressivement par des objets non flottants (donc quid du bois) va progressivement encercler le soldat et le bloquer dans le trou à moins qu'il ne se hisse progressivement sur l'assemblage hétéroclite de matériaux jeté dans cette fosse auquel cas il n'y a pas a attendre que le fil de fer flotte.
Si tout se passe comme décrit je ne vois pas comment six hommes auraient pu le tirer de ce mauvais pas et n'y seraient pas arrivé avant
cordialement
Pierre


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pierre

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