Bonsoir à Toutes & Tous
Bonsoir Ric
- Merci d'avance pour une copie de la plaquette de l'abbé Dubois qui doit certainement évoquer les combats de Virton!
- J'ai également un faible pour les ouvrages du commandant Grasset. En 1914, il était capitaine. Il commandait alors la 5ème compagnie du 2ème bataillon du 103e RI. Il a été blessé à Ethe le 22/08/1914.
Nous lui devons ainsi:
1) "Vingt Jours de Guerre aux Temps héroïques" (son carnet de route) ;
2) "La Guerre en Action / Le 22 août 1914 au 4e Corps d'Armée / Ethe" (Ed Berger-Levrault) ;
- Puisque le 103e RI est une fois à l'honneur, je ne résiste pas au plaisir de vous transmettre un autre témoignage extrait de l'ouvrage précité de Jean DAUPHIN. Raphaël TOUCHARD était également soldat à la 12ème compagnie du 3ème bataillon du 103e RI. Il devait certainement connaître le sergent Julien GOUTIER!
" (...) J'ai donc été blessé le jour de mon baptème du feu: une balle de fusant dans la jambe. J'étais à la 12e compagnie, capitaine MOLEUX, 3e bataillon du 103e. Notre bataillon était en avant-garde de la division (7e DI) en soutien du 14e Hussards. C'est-à-dire si je fus aux premières loges!
La veille, nous avions couché à Latour évacué précipitamment par les Boches. La nuit fut vite passée et chacun de nous pressentais la bataille. Réveil puis départ à cinq heures du matin. Un brouillard formidable recouvrait tout. Nous descendîmes vers Ethe. Devant nous, les hussards.
Des coups de feu. Mon coeur battait, je vous prie de me croire. Je serrais mon fusil. A l'entrée du village, deux ou trois uhlans et leurs montures à terre, morts ou blessés. Un Boche remuait. L'un d'entre-nous voulut l'achever, mais notre sergent l'empêcha en disant: Laissez-le tranquille, il a son compte! On traversa le village et les habitants inquiets disaient que l'ennemi était proche et nombreux, mais il fallait marcher.
En arrivant devant la gare, nous avons lu le nom du village sur la façade et nous avons su ainsi que nous étions à Ethe. Les hussards se démenaient contre des uhlans retranchés dans un moulin situé à 1 km, à Hamawé. Nous sommes partis au pas de course dans cette direction en longeant la rivière. Le brouillard nous empêchait de voir à 20m devant nous. Des balles sifflèrent et tout de suite firent des blessés. Je ne songeais à rien car tout se passait trop vite. Je ne pensais qu'à courir. Notre section occupa une crête où les balles pleuvaient.
Le sous-lieutenant MOUSSEAUX fut tué à côté de moi d'une balle dans l'oreille. Vers 8h, la brume se leva. Devant nous, des prés et un bois sur une crête au loin. On a dû creuser des trous individuels pour s'abriter et faire un rempart avec des sacs car les balles nous arrivaient de face, de derrière et de côté. Vers Ethe, on entendait une vraie bataille avec des coups de canon, de fusil et de mitrailleuse. Ca tapait de tous les côtés. Nous avions beaucoup de blessés et de tués et pas encore vu un seul allemand sur qui tirer. Nous tirions au jugé vers les bois.
Des obus fusants éclataient au-dessus de nous et j'ai reçu une balle de plomb dans la jambe. Evanoui, j'ai été abandonné avec les morts et d'autres blessés lors de la retraite des nôtres. Le lendemain, je fus ramassé par des Belges et hissé dans une charrette (1). Sur la route menant à St-Léger, nous avons rencontré des Allemands qui étaient comme fous. Ils ont tué le cheval puis tiré sur un blessé à côté de moi. J'ai reçu alors une balle dans l'épaule et un coup de crosse dans la figure. J'ai fais le mort. Je me voyais achevé si je bougeais. Les Boches me crurent mort car ils partirent. Je fus emmené à l'église de St-Léger et soigné plusieurs jours par une bénévole, Mademoiselle Mathilde PICARD (...)";
(1) Il fut descendu de la butte "Sur Rogène" où il se trouvait vers Hamawé et, d'après lui, la prairie actuellement à droite de la scierie était pleine de cadavres allemands. C'est exact car là une attaque du 123e IR échoua sous le tir de deux mitrailleuses françaises (ndlr)".
- Selon l'ouvrage de Grasset, les pertes de la 7ème DI sont énormes. Elle a perdu 124 officiers et 5200 hommes tués, blessés ou disparus, c'est-à-dire environ la moitié de l'effectif combattant. En particulier, le bataillon Laplace (I/101) du 101e était anéanti à Bleid. Il manquait au 103e RI, 29 officiers et 1760 hommes; au 104e RI, 25 officiers et 1689 hommes ...!
Bonne soirée de Belgique
---------------
Bien cordialement
Paul Pastiels