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Dernières lettres.

n°7
Jean RIOTT​E
Posté le 12-03-2006 à 22:45:28  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
A l'issue des cérémonies ayant marqué la dernière commémoration de l'armistice de 14-18 dans un petit village basque, un camarade m'a remis la transcription de 6 lettres que sa grand-mére avait reçues après la mort de son mari, le soldat Emile CHERRUAULT du 54ème RI/5ème Compagnie/Secteur n°33.
Je les retranscris en respectant l'orthographe et la ponctuation initiales.
 
(Les Eparges)Le 9 juillet(1915)
Ma cher Femme je voi que ses inpossible pour moi de men sovers donc je voi que je vas mourire.Je suis résignée a mourire pour la Frence je regréte rien que ma femme et mes enfents et mon frère puisque nous somme que nous deux
Ma cher femme ne te fait pas tros de chagrin pour moi puis il faut vencré ou mourire ses se qu'il me fait le plus de pène ses d'çetre entérez dans sète terre sacré loin de ma maison paternèle et pas revoir ma femme et mes petits enfents que j'aime temps.Ma cher Valentine fait bien prier le bon Dieu pour leur povre père qu'il est bien loin de eux et qu'ils ne revoiron jamai sur sette tère mais lon se voiras un jour,ma cher fille ne te fait pas tros de chagrin pour moi il le faut pas pour ta santée.Je vous récommende bien mes enfents de bien avoir soin de votre povre mère quil a bien besoin de vous Je vous dit aurevoir et ma femme et enfents Je voi que je suis perdu si je meur ses pour défendre la frence mon pays ma femme et mes enfents Je tenvoi pas sette lettre elle seras trouvé sur moi à ma morts et je tien quelle te soit rendu mais ne fait pas tros de pènne mais panse a moi et est bien soin de tes enfents si tu as une penne a confier tu peux tadrèser à mon Frère il les la pour te consoler.Je ten marque pas plus long car les balles me siffle a la tète aurevoir et adieu pardonne moi sans moi je te pardonne Ton homme quil defens la patrie
                                       Emile Cherruault Au 54 d'infanterie 5 Compagnie
Aurevoir ma femme et mes cher enfents ne m'oublier pas si je meurs ses pour la Frence Ne m'oublier pas chaque jour jai fait mon devoir de brave Frençais
 
Le lendemain soir,10 juillet 1915,il était très grièvement blessé par une balle explosive en pleine tête.Evacué sur l'Hôpital de Verdun,il décédait le 15 juillet,à l'âge de 32 ans.Il avait trois garçons.
 
Madame Valentine Cherruault reçut 3 lettres donnant des nouvelles de son époux:2 d'un camarade, 1 de l'infirmier qui le soignait.
 
Dimanche 11 juillet
Madamme
Je vous prévien que votre Mari est blesser il a resu une balle esplosive en plène tête donc sa la mie 2 mètre de profendeur en terre avec notre courage nous avon pavenir a le rétiré avec son bon Courage et son sen froid il nous a prononsé de lui prendre ses papier pour écrire a sa femme et ses cher enfents.Donc il était brave sur le front Madamme prené bon Courage sa va peux ètre aller mieux ses a le desiré Je sorai pas ou il est évacué si est dans une anbulence ou hopitale bon Courage et bonne senté
Bena Eugaine 5 Compagnie
Secteur postal N 33
 
Dimanche 11 juillet 1915
Madame Cherruault
Je vous envoi deus mots seulement poure vous dire que votre marie et blessé di hier soire y les blessé a la téte pare une bale se nai pas bien crave il ne faut pas se de couragés poure cette blessure se sera bien vite guerrie
Je finis ma lettre en vous souhaitan bien le bonjour
Besnard Eugène au 54 dinfanterie
5° compagnie Secteur N° 33  
 
Hopital N°4
Verdun 13 juillet
Madame,
Votre mari me charge de la délicate mission de vous informer qu'il vient d'être blessé très sérieusement par une balle explosive, qui là atteint au visage.
Je me ferai un devoir de vous mettre au courant de l'état de santé de votre cher blessé,au sujet duquel je me propose de vous écrire encore prochainement.
En attendant,je me permets de recommander selon le désir de l'intéressé,le malade à vos bonnes prières et à ceux de ses enfants en vous souhaitant bon courage et grande confiance
Respectueuses salutations
P. Liesnard Infirmier militaire Hopital N°4 Verdun Meuse
 
Par l'intermédiaire du curé de sa paroisse,Madame Cherruault reçut cette lettre de l'infirmier qui suivait son mari hospitalisé et qui devait être séminariste ou prêtre.
 
Hopital N°4
Verdun le 28 juillet 1915
Monsieur le curé et chère confrère
Je navait pas Repondu jusqu ici aux lettre de Mad cherrault parce que je tenais part discrétion disiplinaire a ce que la mort de son mari lui fut anoncé Davance part nos chefs.Puisque la triste nouvelle lui est parvenue hierarchiquement je menpresse de donner satisfaction a Votre malheureuse paroissienne Rassurez la son mari est mort en héros et en bon chretien.
Il nous est arrivé dans un état lamentable et la lettre qui faisait part de sa situation étant lue entre les ligne laissait tout prévoire.
Une balle entrée part la tempe lui avait labouré le visage traverssant les yeux brisant le nez le Blessé a subi lopération du trepa executé avec le plus grand soin Il n'y avait aucune chance de guerrison.Le Blessé nous arrivait des Eparges il nest Rester que quatre ou cinq jours.Ne sentant presque pas son mal il est mort subitement sans crise une certaine nuit effet probablement dune embolie.
Il nous parlait dans sont délire très souvent de sa femme et de ses enfant il leurs expliquait ce qui est curieux la nature de sa maladie sa provenance ses effet.Il appelait part leur non ses enfants et parressait les carresser et leur donner des consiels
Il était très corect très délicats très obéissant avec ses infirmier qui lon regretté.Il va sans dire qu il a reçu tout les sacrements avec dexelente disposition et une parfaite soumision a la volonté divine que cette mort pieuse et courageuse réconforte sa famille eproué que je salue avec simpatie Veuillez agréé monsieure le curé et chère confrère mes respectueuse salutation
Yeinard
 
Enfin une dernière lettre,non datée,adressée à l'un de ses fils,peut-être à Emile, l'aîné,né en 1901.
 
Ne demende jamais à y venir il y a des jeune qui son avec moi qui non pas vint en si tu voyet comme il son decharné on est tousse paraille par la misière on est touse couver de pou et toute espesse de vermine ses la misière qui fai sela les rats les souris tou sela nous manger et bien sur les tranché les mors qui ne son pas enterré sa sen pas la roze ondi aussi que tou est pas roze a la guerre ses bien frai il ny a pas de misière plu grande si la guerre avait retardé de 10 sens on aurait été tous de ché nou et ta pauvre mère sera resté toute seul vau mieu encor que ses moi qui est le seul au moin vous este la pour avoir soin de votre mère et a lavenir relevé la famille.De ton pauvre père pri bien le bon Dieu si tu as envie que je menretourne a vous tous.Je sui en se mom sous un sousterrin car les boche il ne fon que de nous envoyer des bonbe et je ne voi pas trau clerre enfin je pense que tu liras bien ma lettre et tu peu la montré a seu que tu voudra
 
 
Quels témoignages! tant dans la forme que dans le fond...
 
Je souhaiterais que ces témoignages soient utilisés uniquement à des fins personnelles,avec tact, et à bon escient par respect pour la mémoire de ce grand Ancien,de sa famille et de mon camarade Louis CHERRUAULT.Merci.
 
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°8
Nico56
An Oriant Da Viken
Posté le 13-03-2006 à 01:15:30  profilanswer
 

Merci Jean de nous avoir fait profiter de ce témoignage... C'est très émouvant. Ca replace l'humanité au centre du désastre... :(

n°9
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 13-03-2006 à 08:50:31  profilanswer
 

bonjour Jean
 
que dire après ça?
je suis tellement émue...quelle détresse contenue dans ces quelques lignes,après toutes ces années,on en ressent encore tout le poids...
 
merci de nous avoir fait partager ces lettres qui,par le style et l'orthographe,arrivent si bien à dire l'indicible,arrivent si bien à nous faire réaliser ce que pouvait être ce monde-là,à ce moment-là,là-bas...
 
Mireille


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Aucune justice n'est possible pour les morts… mais si nous ne pratiquons pas le "devoir de mémoire", ils mourront une seconde fois.  
(Elie Wiesel-prix Nobel de la Paix)
n°10
alain chau​pin
Posté le 13-03-2006 à 10:32:10  profilanswer
 

Bonjour Jean
Merci pour ce bouleversant témoignage, nous touchons là au vrai problème humain de cette guerre, le seul qui puisse compter à mes yeux, il serait utile pour la mémoire collective que nos historiens lisent un peu plus ces témoignages, ils n'en seraient que plus humbles.
Quant Joël aura ouvert sa page "témoignages" je pense que bien d'autres viendront s'y ajouter.
Merci pour eux Jean, ils ne sont plus seuls.
Bien cordialement
Alain
 

n°11
loic1386
Posté le 13-03-2006 à 10:34:55  profilanswer
 

Bonjour,
 
merci beaucoup Jean pour ce témoignage. La lettre d'Emile résume sans doute l'état d'esprit du plus grand nombre après 11 mois de combats, un mélange de Fatalisme, de Lucidité et de Courage.
 
Loïc.
 


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8° BCP - 316° RI - 62° RI - 262° RI
n°12
Bernard La​rquetou
Posté le 13-03-2006 à 11:48:19  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
lettres ô combien émouvantes. D'Emile bien sûr, mais aussi de ceux qui ont tenu à informer son épouse sur les circonstances, l'état de la blessure, et ses suites funestes.
 
Combien de ces lettres témoignent de la camaraderie, de la fraternité qui unissaient ces Hommes, et du respect de la parole donnée dans les moments les plus graves.
 
Un grand merci à celles et ceux qui nous font (feront) partager ces moments d'émotion.
 
Cordalement
 
BL


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Recherches sur 29°, 420° et 329°RI; Général Ch.Charpy et Colonel du Génie Louis Ribard.
n°13
Stephan @g​osto
Posté le 13-03-2006 à 11:55:00  profilanswer
 

Merci Jean.
 
C'est terrible de lire de pareilles lettres...
 
Amicalement,
 
Stéphan


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ICI > LE 74e R.I. ET LA > LE CANARD DU BOYAU
n°14
Profil sup​primé
Posté le 13-03-2006 à 13:14:01  answer
 

bonjour,
 
Merci, de ces courriers terribles.Quelle tristesse, pour ce soldat sachant, qu il ne reverra pas ses enfants, ne les verra pas grandir...et ne reverra plus sa femme !De nombreux courriers ont du etre écrits dans ce sens..quel patriotisme..! Ces soldats, qui ont donné leur vie pour des Français, qui les ont pour la plupart, bien oublié aujourd hui!De plus, ce soldat à du souffrir terriblement...
 
thierry

n°16
jean-claud​e bataille
Posté le 13-03-2006 à 17:14:34  profilanswer
 

Cher Monsieur Jean,
Comment rester insensible et ne pas adherer pleinement aux temoignages emus
de l'ensembles des internautes du forum.
Il y a quelques temps,j'etais en contact avec la nièce d'un combattant au sujet de l'obtention d'une
photographie et qui me disait"Vous savez monsieur,je ne pourrai pas vous fournir de documents ecrits
de sa main(lettres)car a cette epoque on allait rarement a l'ecole"Pour dire que les lettres ecrites
avec"leurs mots"deviennent tellement authentiques et emouvantes.
Et puis que dire de ce bouleversant"j'ai conscience de mourir pour la France" Vrai patriotisme.fraternité,
abnegation,courage sont elles les valeurs d'aujourd'hui?(sans faire de la morale)
Encore une raison pour ne jamais les oublier.
jean claude

n°17
claude gal​y
Posté le 13-03-2006 à 18:24:18  profilanswer
 

Bonsoir
Comme le dit si justement Mireille, que dire après cela...?
J'en ai lu pourtant de ces témoignages émouvants et terribles, mais curieusement, c'est toujours aussi poignant.
Merci de nous avoir fait partager ces écrits, ce "parler vrai" et tellement bouleversant dans sa simplicité et son humanité.
Je déplore souvent qu'aucun courrier de cette période n'ait été gardé par ma grand-mère, mais peut-être était ce trop difficile....
Cordialement.
Claude

n°18
KROLE
Posté le 13-03-2006 à 19:17:38  profilanswer
 

Bonjour,
 
Merci Jean pour ce témoignage...
 
C'est criant de la vérité, et de l'horreur de la guerre. Comment ne pas avoir les frissons ? Pauvres hommes, quel courage.
 
Surtout ne jamais les oublier...
 
Amicalement
Carole
 

n°19
Corse
Posté le 14-03-2006 à 19:07:43  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
 
Vous n'allez peut être pas aimer, mais je pense à tous ceux qui, ne sachant pas écrire, n'ont pu que garder enfoui en eux leur souffrance, leur peur .....; et aux femmes qui ne savaient pas lire et qui attendaient, attendaient jour après jour ...que le malheur arrive
 
A+

n°20
francois m​attart
Posté le 14-03-2006 à 20:26:26  profilanswer
 

Bonsoir,
Merci pour ces mots simples mais terribles
Salutations
François

n°21
LABARBE Be​rnard
Posté le 14-03-2006 à 21:05:31  profilanswer
 

Bonsoir,
Belle et humaniste pensée, Corse !
Mais il devait y avoir des solutions je suppose. Le soldat analphabète pouvait se faire écrire des lettres par un camarade, et les destinataires se la faire lire par quelqu'un.
C'est pas tout ça je sais, mais c'est déjà ça...
Et merci pour cette pensée "en marge".

n°22
christian
"RESPECT"
Posté le 14-03-2006 à 22:49:39  profilanswer
 

BSR A TOUS
effectivement quelle émotion!  
Mais comme l'écrit Corse combien d'états d'âme et de souffrance identiques jamais écrits?
Quelle lucidité. Heureux que la guerre ne touche que lui et non ses trois fils!
J'ai moi même trois fils nés en 1981,84 et 95 et il m'arrive souvent de penser à ce qui se serait passé s'ils étaient nés 100 ans en arrière. Quelle angoisse. Et pourtant des milliers de cas comme le mien furent vécus  par des pères et des mères en 14
cORDIALEMENT
CHRISTIAN

n°23
Jean Claud​e SIE
Invité
Posté le 14-03-2006 à 23:36:59  answer
 

Bonsoir
Une idée, il serait plus interessant de scanner les lettres et de les présenter ainsi.
J'ai moi aussi des lettres très émouvantes dont certaines ont échappées à la censure, je pense à une, de 6 pages décrivant les premiers jours de la bataille du Chemin des Dames... Véritable chronique de guerre...
Ecpliquez-moi comment on peut insérer une image sur le forum
Cordialement
Jean Claude

n°24
Jean Peupl​us
Invité
Posté le 14-03-2006 à 23:59:22  answer
 

Jean Claude SIE a écrit :

Bonsoir
Une idée, il serait plus interessant de scanner les lettres et de les présenter ainsi.
J'ai moi aussi des lettres très émouvantes dont certaines ont échappées à la censure, je pense à une, de 6 pages décrivant les premiers jours de la bataille du Chemin des Dames... Véritable chronique de guerre...
Ecpliquez-moi comment on peut insérer une image sur le forum
Cordialement
Jean Claude


 
Toutes les explications sont là Jean:
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] et-1-1.htm

n°25
Jean Peupl​us
Invité
Posté le 15-03-2006 à 00:01:38  answer
 

Jean Claude SIE a écrit :

Bonsoir
Une idée, il serait plus interessant de scanner les lettres et de les présenter ainsi.
J'ai moi aussi des lettres très émouvantes dont certaines ont échappées à la censure, je pense à une, de 6 pages décrivant les premiers jours de la bataille du Chemin des Dames... Véritable chronique de guerre...
Ecpliquez-moi comment on peut insérer une image sur le forum
Cordialement
Jean Claude


 
Toutes les explications sont là Jean:
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] et-1-1.htm
 
 
Jean-claude voulais-je écrire!

n°82
Jean RIOTT​E
Posté le 19-03-2006 à 19:32:48  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
A Corse et Christian, entre autres.
Non,je n'oublie pas ceux qui n'avaient pas l'écriture pour essayer d'atténuer leurs angoisses et leur solitude.Surtout après mon expérience algérienne:combien de harkis venaient vers moi ou mes sous-officiers pour que l'on écrive chez eux,qu'on leur lise la "lettre" reçue,ou que l'on envoie le mandat à la famille...Vieille tradition de l'Armée d'Afrique qui rapprochait un peu plus encore le combattant de son chef et le chef de son compagnon d'armes.Je sais que de nos jours tout cela fait "réac." (colonialisme,paternalisme,rapport de dominant à dominé...).C'étaient des moments d'intense humanité,des moments qui 45 ans après, restent parmi mes souvenirs les plus forts,les plus émouvants.
Comme le dit Bernard je pense que dans les unités au front, entre 1914 et 1918, il devait en être ainsi un peu partout...même si je n'ai jamais lu de témoignages à ce sujet.
Bien sûr pour ce qui est de l'intimité il y a mieux.Mais le rapport de confiance était tel que la confidentialité était garantie.
Cordialement.
Jean RIOTTE.


Message édité par Jean RIOTTE le 20-03-2007 à 14:27:06
n°83
Jean RIOTT​E
Posté le 20-03-2006 à 10:19:46  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Garanti avec un "e" final c'est encore mieux!
Jean RIOTTE.

n°84
BASQUE
Posté le 20-03-2006 à 13:43:21  profilanswer
 

Bonsoir Jean et vous tous,  
J'arrive après la bataille (pardon, je n'ai pas fait exprès...), mais l'émotion ressentie à la lecture de cette lettre est certainement aussi intense que celle qui vous a tous étrint... Merci Jean de nous avoir fait partager cette "séquence émotion". En ce qui concerne l'écriture des lettres, j'imagine bien cette fraternité qui devait exister au front, en ce qui concerne mon AGO, son cas était vraiment particulier car, d'après ce que m'a raconté mon arrière grand mère, sa soeur, non seulement il savait à peine lire et écrire mais en plus il ne parlait que le Basque... Nous avons une seule carte écrite en Basque et on suppose aujourd'hui qu'il a trouvé une âme charitable qui comprenait et écrivait le basque pour retranscrire à sa place...
Bonne fin de journée
Bien cordialement,  
Nathalie

n°114
DW
Posté le 03-04-2006 à 23:14:48  profilanswer
 

J'ai aussi, depuis longtemps, la dernière lettre de mon GP maternel. Elle est d'autant plus prenante, qu'il l'a écrite pendant l'accalmie d'un bombardement qui devait le tuer quelques instants plus tard (Verdun. Côte 344. 31.08.1917. 60è RI). Il l'avait placée au milieu de son livret militaire où ma grand mère l'a découverte lorsque ses affaires personnelles lui ont été renvoyées. Emportée par l'un des éclats d'obus qui l'ont tué, une partie de la lettre manque. Ecrite au crayon, cette lettre s'efface peu à peu. Je ne sais d'ailleurs comment la préserver. En voici le texte:
"Le 31 Aout 1917,
 
Ma tendre chère épouse,
 
Aujourd'hui je suis était sans nouvelle frèche, mais j'en ai eu Deux tout de même, une de ta main du 19 juillet et une carte de ma soeur du 19 juillet où elle mannoncée de sales .....
elle on du passer....
les deux au 19....
l'adresse de toutes les....
bien mise....
fait voir que dans....bureau
il sen fout du poilu. Enfin ma petite amour, j'espère que tu et toujours en bonne santée ainsi que nos belle petite comme ta letre me quitte (?) moi aussi toujours en bonne santée mais avec assez de fatigue puisque notre situation nait pas brillante enfin que veutu sait la vie du poilu maintenant puisque plus il vient plus saviens difficile pour nous. sait cette bougre d'artillerie qui  nous en fait le plus puisque toutes les heures y nous sonne une petite romance enfin après ...... de nous revoir
....ensemble de pouvoir
....entre mais bras mais sait....
.....les jours sont des semaines
.....annonce des arrivée
.....enfin ma petite amour je termine aujourd'hui
....maintenant tu...
......m'envoyer 5 + sy tu le peux
écoute ....l'argent ne fait que le voir
...pour le manger on ne mange pas beaucoup mais on boit et l'eau ne vaut pas cher puisqu'elle es sucrer de cadavres et nous faisons apporter du vin remboursable qui nous coute 22 sous. en attendant une de ta main recois de doux et tendres baisers de ton vieux et embrasse bien nos (?) pour moi le tien à toi seul. Ruaud."
 
Avec le livret militaire, déchiré de même, figurent d'autres papiers, menu du 14 juillet, titre de permission, calepins, etc... Bien que soigneusement rangés, ces papiers subissent l'usure du temps. Les encres deviennent plus pâles, etc... Comment conserver tout cela ??

n°117
Jean RIOTT​E
Posté le 04-04-2006 à 09:39:12  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Bonjour DW,
...et merci pour ce témoignage qui, partiellement détruit,n'en est que plus émouvant et a dû être particulièrement frustrant pour la famille.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°144
Jean RIOTT​E
Posté le 10-04-2006 à 14:39:53  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
J'ai chiné ce week-end un livre de Benoist-Méchin:Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au Champ d'Honneur 1914-1918, aux Editions Albin Michel. 1942.
Je ne l'ai pas encore lu, sauf ces deux lettres qui m'ont décidé à acheter cet ouvrage.
 
Lettre de Laurent PATEU,sous-lieutenant au 141è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.
 
Rouge-Croix (Pas-de-Calais), 4 novembre 1914.
Ma Femme bien-aimée, mes Enfants chéris, si vous recevez cette lettre je ne serai plus; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.
Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage.J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes rares moments d'emportement; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu! avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme,je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.
Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demande-toi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide--la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et soeur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta soeur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route: Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon coeur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du coeur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu,  mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.
Vive la France!
 
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°145
Jean RIOTT​E
Posté le 10-04-2006 à 14:45:01  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
J'ai chiné ce week-end un livre de Benoist-Méchin:Ce qui demeure. Lettres de soldats tombés au Champ d'Honneur 1914-1918, aux Editions Albin Michel. 1942.
Je ne l'ai pas encore lu, sauf ces deux lettres qui m'ont décidé à acheter cet ouvrage.
 
Lettre de Laurent PATEU,sous-lieutenant au 141è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 15 juin 1915, à Notre-Dame de Lorette.
 
Rouge-Croix (Pas-de-Calais), 4 novembre 1914.
Ma Femme bien-aimée, mes Enfants chéris, si vous recevez cette lettre je ne serai plus; mais je vous défends de pleurer. A cette époque où les enfants de la France versent leur sang, le mien n'est pas plus rouge que celui des autres. Vous supporterez d'autant mieux votre douleur que vous vous direz avec une inexprimable fierté que j'ai payé ma dette à la plus belle patrie du monde et que je suis mort pour elle.
Tu m'as souvent recommandé, ma femme adorée, d'avoir du courage.J'avais le mien propre et celui que tu m'as donné. Je te les adresse tous deux pour t'aider à supporter la douleur. Je t'ai toujours aimée, mon Angèle chérie, malgré mes rares moments d'emportement; je ne t'ai jamais oubliée, et j'aspirais, mon Dieu! avec quelle ardeur, au bonheur du retour. Je ne te laisse rien que mon souvenir et je partirai tranquille, car tu le garderas autant que la vie, je le sais. Nous nous aimions trop. Raidis-toi, ma petite femme,je te laisse nos enfants et c'est à eux que je m'adresse maintenant.
Mon petit Vonvon, tu as déjà onze ans et demi, tu es une grande fille, tu seras avant peu une petite femme. Tu te souviendras de moi mieux que le pauvre Dudu. Tu me connais, tu sais ce qui me plaît et ce qui me déplaît. Eh bien, dans tous les actes de ta vie, demande-toi bien avant d'agir ce que penserait le pérot s'il était là.
Aide la mérotte de toutes tes forces, aide-la dans les soins du ménage; tu sais ce que je te reprochais bien doucement parfois; corrige-toi, deviens une bonne petite femme de ménage et surtout, oh! surtout, mon petit Vonvon adorée, rappelle-toi combien je t'aimais et je t'en supplie, sois toujours honnête.
Et toi, mon petit Dudu, à tes deux ans et demi on perd vite le souvenir. Tu parles encore de moi parce que la mérotte et soeur t'en causent, mais tu m'auras vite oublié. Pourtant, lorsque tu seras grand, tu te rendras compte que tu avais un pérot qui t'aimait, ainsi que ta soeur, de toute son âme, et que tu appelais en ton doux zézaiement pezot chéri. Apprends vite à lire pour déchiffrer toi-même ce que j'écris aujourd'hui. Sois d'abord un petit garçon bien sage, puis un élève studieux, apprends, apprends encore, apprends toujours, tu n'en sauras jamais assez. Sois aussi un jeune homme modèle. Enfin et surtout, sois un homme. Si tu es un jour appelé à servir ta patrie, embrasse les tiens aussi ardemment que je vous ai embrassés, et pars sans regarder en arrière, en criant le long de la route: Vive la France!
Je m'arrête sans avoir dit tout ce dont mon coeur déborde, je vous aime tous trois, je vous aime, je vous aime et je vous embrasse mille et mille fois du fond du coeur qui ne bat pas plus vite au son de la mitraille, mais qui palpite à votre souvenir.
Adieu,  mes chéris, toutes mes tendresses sont pour vous et pour la meilleure des mères que je n'oublie pas.
Vive la France!
 
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°146
alain chau​pin
Posté le 10-04-2006 à 15:43:34  profilanswer
 

Bonjour à Tous, bonjour Jean
Excellent livre que celui-là, je l'ai acheté il y a quelques années à la boutique de l'Historial à Péronne, je le garde toujours à portée de mains, il y a de nombreux et émouvants témoignages dont ceux que vous nous gratifiez.
Bien cordialement
Alain Chaupin


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Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père
n°147
F.Vaudour
En avant et avec le sourire !!
Posté le 10-04-2006 à 16:13:13  profilanswer
 

Bonjour,
 
Si par hazard dans toutes ces lettres, il s'en trouvait une d'un soldat du 129e, 329e RI ou 24e rit
j'aimerais en avoir le texte pour éventuellement l'insèrer sur mon site.
 
merci d'avance
 
François


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"le passé est la mémoire du futur" P.Valéry
n°148
Jean RIOTT​E
Posté le 10-04-2006 à 17:20:56  profilanswer
 

Bonne fin d'après-midi à toutes et à tous,
...et à François,
Bien reçu.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°149
Jean RIOTT​E
Posté le 10-04-2006 à 20:03:47  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
Voici la seconde lettre qui,à sa lecture, m'a fait acheter le livre de Benoist-Méchin, Ce qui demeure, dont je parlais tout à l'heure,un peu plus haut.
 
Lettre écrite à sa soeur par le sergent Jacques-Etienne-Benoist de LAUMONT, du 66è régiment d'infanterie, tombé au champ d'honneur, le 25 septembre 1915, à Agny-lez-Arras.
 
24 septembre 1915.
Ma chère petite Amie, je t'écris cette lettre à tout hasard; demain matin, à l'aube, vers les 3h1/4, 4 heures, nous partons à la charge: c'est la grande, peut-être la victorieuse offensive, comme nous l'espérons tous, comme nous en sommes tous sûrs; nous devons percer et nous percerons, si ce n'est pas ici, c'est à côté que cela aura lieu.
Or,le 66è a l'honneur d'attaquer, et le 1er bataillon, le mien, est en tête; je suis fier que le général nous ait jugés dignes de cet effort. Le sort est aveugle et peut me frapper comme il peut m'épargner; tu peux être certaine que, dans l'un comme dans l'autre cas, je ferai mon devoir, tout mon devoir.
Si je suis tué, annonce-le à maman et à papa avec de grands ménagements; ma seule douleur, mon seul regret, est que ma mort puisse vous faire de la peine, à vous tous que j'aime tant; mais pourquoi pleurer, nous nous retrouverons un jour tous ensemble, un peu plus tôt, un peu plus tard. Et puis, n'est-ce pas la plus belle mort qui soit au monde, une mort utile, une mort pour un but, pour une idée, pour un idéal. Et dans le siècle médiocre où nous sommes , cela fait du bien de se dire:" Eh bien,moi, j'aurai au moins servi à quelque chose et j'aurai la mort qui me plaît le plus."
Je veux être enterré là où je serai tombé. Je ne veux pas être enfermé dans un cimetière où l'on étouffe. Je serai mieux et plus à ma place de soldat dans la terre de France, dans un de ces beaux champs pour lesquels je donne ma vie avec joie, je vous le jure.
Cette lettre te parviendrait seulement dans le cas où il me serait arrivé malheur.
 
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°162
Jean RIOTT​E
Posté le 21-04-2006 à 10:33:22  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Deux nouvelles lettres:brèves mais lourdes de sens...sereines et dignes...
 
Lettres du sergent Eugène LEMERCIER,du 106ème RI,né le 7 novembre 1886,à Paris,tombé au Champ d'Honneur le 6 avril 1915 aux Eparges.
 
4 avril au soir,dimanche de Pâques.
Chère Mère,nous voici à nouveau sous la garde de Dieu.Nous partons à 2 heures pour la tempête.Chérie,je pense à toi,je pense à vous.Je vous aime et je vous confie tous trois à la Providence.Que tout évènement nous trouve prêts !En pleine force d'âme,c'est ma prière pour vous comme pour moi.Espoir quand même,mais,avant tout, sagesse et amour.
Je vous embrasse sans rien formuler d'autre.Toute ma pensée se concentre vers un devoir laborieux.
 
6 avril 1915,midi.
Chère Mère bien-aimée,à midi,nous voici sur l'extrême position d'attente.Je t'envoie tout mon amour.Quoi qu'il arrive,la vie aura eu de la beauté.
 
Sources:Ce qui demeure, de Benoist-Méchin.
 
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°163
Vincent000
Posté le 23-04-2006 à 11:35:55  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Ce sujet est vraiment passionnant.
Pour ce faire, je voulais vous indiquer, peut etre certains le connaissent, que j'ai trouver sur le site Gallica, le pdf (287 pages) du livre "la dernière lettre écrite par des soldats français tombés au champ d'honneur 1914 1918" de 1922
Par contre je ne me souviens plus du lien, mais je pense que c'est retrouvable facilement.
La plupart des lettres sont datées du 24 septembre 15. Si la plupart sont des lettres d'officier, un très grand nombre de régiments sont représentés
Voila
bon dimanche
Vincent

n°164
Jean RIOTT​E
Posté le 23-04-2006 à 20:43:28  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
L' ouvrage dont parle Vincent a été réédité par les Editions d'Héligoland, BP 2, 27290 Pont-Authou, en 2004.
ISBN 2-914874-07-3  - Réédition en 2 tomes de 64 pages chacun.
Certains renseignements, qui n'étaient pas portés ou erronés dans l'édition de 1921 (unité, date et lieu de décés...) ont été retrouvés ou corrigés grâce au site MDH.
A la fin du tome 2 sont annexés les parcours des unités auxquelles appartenaient les auteurs des lettres.
Prix raisonnable: environ 17 euros.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°165
Annie
Posté le 23-04-2006 à 20:48:24  profilanswer
 

Bonsoir,
C'est ici:
 
http://www.gutenberg.org/etext/12401
Cordialement
Annie


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