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  quand Noël et Nouvel An étaient en guerre...

 

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quand Noël et Nouvel An étaient en guerre...

n°477
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 24-12-2006 à 08:32:43  profilanswer
 

bonjour à toutes et à tous
 
en cette période particulière de fin d'année,si porteuse de voeux,de réflexions et de résolutions,je voudrais rendre hommage à tous ces soldats qui ont passé un Noël et un Nouvel An,loin de chez eux.
peu importe l'année,c'était la guerre
peu importe les auteurs,c'était des hommes
morceaux choisis entre désenchantement,lucidité et espérance
 
 
Maurice Genevoix ,lieutenant français, dans "la boue" (fin décembre 1914)
Nous sommes venus aux Eparges:et c'était la veille du Jour de l'An.Nous avions oublié l'attaque du 26 décembre.Nous regardions au visage des heures notre propre mélancolie.Nous avions oublié...La guerre nous a durement puni.
Ce matin,nous mangerons des tranches de jambon fumé,des pommes jaunes et des mandarines;nous boirons à pleins quarts un champagne mousseux et rêche;nous fumerons des cigares à bagues rouges.Et nous bavarderons bruyamment;et nos huttes,peut-être,résonneront de nos rires.
Mais oublier....

 
 
Henri Bénard ,commandant français, dans "de la mort,de la boue, du sang" (fin décembre 1914)
Ma chère Anine,
Je passe la Noël à Bray au repos dans une bonne petite maison où j'ai du feu.La journée s'est bien passée.Les cadeaux ont afflué en grande quantité.Il y en avait pour tout le monde et j'avais invité un capitaine et un lieutenant.Mon excellent docteur avait reçu un confit de dinde et mon cuisinier,avec la viande du régiment avait fait un boeuf à la mode.Gâteau de riz,macarons de Nancy,cerises à l'eau de vie.Enfin,j'avais découvert dans les ballots de cadeaux,une petite bouteille de triple sec Cointreau qui a fait nos délices.Ce soir,chez le Colonel,nous mangerons la dinde que le Général a offerte.L'alcool fait défaut.Nous n'en trouvons pas et il est défendu d'en vendre.Enfin,la table marche tout de même.Peu de pommes de terre,mais du riz,du macaroni et des haricots.
Demain,nous retournerons aux tranchées,mais j'espère que nous allons y passer un séjour tranquille.Les pertes énormes que nous venons de faire amèneront nos généraux à être plus économes du sang de nos hommes,car nos efforts ont été inutiles sur tout le front.Nous n'avançons nulle part et depuis deux mois il en est ainsi partout.
C'est donc une guerre qui pourrait durer éternellement.Il faut bien nous faire à cette idée.L'Allemagne durera tant qu'elle pourra,mais nous ne la battrons pas.Les Russes n'y arriveront pas non plus.Le système de guerres de tranchées inventé par les Allemands est merveilleux pour eux.C'est une muraille  de Chine inviolable.Il est impossible de les déloger et les Russes ont bien l'air d'être bloqués comme nous.L'Allemagne succombera à la longue,mais elle ruinera l'Europe en hommes et en argent.Nous devons espérer dans la diplomatie qui finira peut-être à faire marcher l'Italie ou le Japon.Ce sera long et nous croyons tous être ici encore à Noël 1915.
Prenez donc vos dispositions en conséquence.Ne croyez pas ce que peuvent vous faire espérer les journaux.C'est une guerre qui sera la ruine de tous les pays.Elle peut durer plusieurs années.
Je vous embrasse.             Henri  

 
 
Dominique Richert,soldat alsacien dans l'armée allemande,dans ses "cahiers d'un survivant" (fin décembre 1914)
Puis vint Noël,le premier Noël de guerre.Notre compagnie passa la fête à Vendin-le-Vieil.Des quantités de cadeaux étaient arrivés.Comme Zanger,Gautherat,de Menglat et moi-même ne pouvions plus communiquer avec notre village,et donc ne pouvions pas recevoir de colis,le chef de compagnie nous donna quelques présents supplémentaires.On reçut également un gros paquet offert par une riche industrielle de Mannheim,qui avait voulu faire plaisir aux soldats coupés de leur pays natal.On couvrit une table entière de chocolat,de brioches au sucre,de bonbons,de cigarettes,de saucissons,de sardines à l'huile,de pipes,de bretelles,d'écharpes,de gants,etc...
Je distribuai du chocolat et des bonbons aux enfants rencontrés dans la rue.Bientôt ils me connurent tous,et dès que j'allais quelque part,ils arrivaient en courant pour me demander des friandises.Mais je ne pus leur en donner que le temps que durèrent mes provisions.

 
 
Ivan Cassagneau,artilleur français,dans "ce que chaque jour fait de veuves"  (1er janvier 1915)
Fritz,toujours plein de délikatesse à notre égard,nous a envoyé ses voeux à sa façon.A minuit,douze coups de canon--des fusants tirés très haut dans le ciel pour ne pas faire de mal--nous ont appris la naissance de la nouvelle année.Nous n'avons pas répondu.
Le nouveau capitaine,C..de B...,vient au matin nous souhaiter la bonne année.Je le remercie et lui transmets les voeux de ma section.Le ravitaillement nous apporte les présents du grand-père Joffre: oranges,noix,jambons,cigares,champagne,une vraie nouba!
Les alpins ont une tenue bizarre:sur leur capote,ils arborent une peau de mouton qui leur donne une carrure terrible,et l'épaisse barbe que tous ont laissée pousser les apparente vraiment à l'homme des cavernes.Peu loquaces,laborieux,ce sont d'autres voisins que les marsouins.Ils travaillent sans arrêt et en quelques jours transforment le sous-bois en un véritable village,propre et même coquet,remarquablement camouflé.
Le sous-lieutenant L.,venu à l'observatoire,me montre le document suivant:
..."Ordre n°31.A partir de ce jour il ne sera plus fait de prisonniers.Tout ennemi pris,blessé ou non,sera mis à mort.Les prisonniers,même en grandes unités,seront mis à mort.Il ne doit plus rester derrière nous un seul Français vivant.signé:Von Stenger,général commandant le 58è corps d'armée allemand"
Je reste sans paroles,les hommes aussi.Eh bien,soit! Nous savons ce qu'il nous reste à faire.Ah,nous l'avons perdue depuis longtemps,cette sensiblerie du début qui nous arrachait des larmes quand,sous l'effet de nos 75,nous voyions les Feldgrau tomber en grappes!
 
 
Etienne Tanty,caporal français,dans "les violettes des tranchées" (jeudi 31 décembre 1914)
St Sylvestre.An 1914.
Je viens de me réveiller,ainsi que mon camarade de gourbi.Est-il 4 heures,n'est-il que midi? nous n'en savons rien.
J'ai déjeuné avec deux tablettes de chocolat tout à l'heure,après avoir mangé ce matin,à 5 heures,le rata cochon-patate.Quatorze heures de nuit glaciale hier, journée pluvieuse aujourd'hui,que sera-ce, ce soir? Je vais essayer de me rendormir car,jusqu'ici, je ne suis pas arrivé à me reposer;la terre du gourbi s'éboule,un gros rat fait un bruit infernal et le canon ne cesse de vous casser les oreilles,et le gourbi est incommode et obscur.
J'arrête là ma lettre;je pourrai vous écrire plus longtemps demain soir,je pense,car nous serons au bois.Dormir le jour,veiller la nuit,je perds la notion de tout.C'est une belle fin d'année! Que sera la prochaine? N'ayez pas le cafard;je vous embrasse et bonsoir.
1er Janvier 1915.Il est nuit;je me réveille d'un profond sommeil mais dans lequel j'ai tout le temps gémi,paraît-il.Je n'ai que le temps de remettre ce petit mot au cuisinier pour partir ce soir.Hélàs! je ne crois guère aux souhaits et c'est si triste, ce 1er janvier.(...)

 
 
Jules Isaac,caporal français,dans "lettres et carnets 1914-1917-un historien dans la Grande Guerre" (samedi 1er janvier 1916)
Premier jour de l'An.Je viens de sortir dans la boue glissante,au petit jour,pour souhaiter la bonne année à mes poilus avant leur départ pour la corvée.Pour faire cinquante mètres sur le terrain,dès qu'il a plu comme cette nuit,il faut risquer vingt fois la "bûche".Ils auront pour leur soupe de dix heures les bouteilles de champagne,repos l'après-midi--si peu que ce soit c'est bon à prendre,et les poilus sont devenus des enfants qu'un rien satisfait.
Des enfants à un certain point de vue;c'est une mentalité difficile à déchiffrer que celle du poilu,et je vois bien par ce qu'on écrit dans les journaux et dans les lettres qu'à l'arrière on n'y comprend pas grand-chose.On s'en fait une idée simpliste et romantique.Combien la réalité est différente et vous réserve de surprises!
On met en scène le poilu presque quotidiennement dans les nouvelles que publient les journaux et les revues.Je n'ai rien lu de vraiment satisfaisant--il est vrai que je n'ai pas lu "Gaspard",le prix Goncourt,dont on a dit beaucoup de bien.
Le poilu est un type à la Maupassant--autant qu'on peut le ramener à un type unique--,très amer et de poil fréquemment hérissé.La vie que nous menons nous rend durs,extrêmement durs,elle nous ramène à une mentalité primitive,sauvage,où l'instinct domine avec violence.C'est ce qui fait précisément le caractère indéchiffrable du poilu,civilisé ramené brusquemment à la barbarie.Quand vous le revoyez en permission,il vous paraît être le même,le même homme qu'avant la guerre;détrompez-vous,il a profondément changé;au fond de lui-même bouillonne une vie sauvage qui vous effraierait si elle vous était brusquemmment révélée.Vous ne pourrez pas le croire,je le comprends parfaitement,vous qui continuez à vous mouvoir dans le même plan qu'auparavant-et pourtant c'est vrai.
Après la guerre,peut-être,au bout d'un certain temps,redeviendront-ils eux-mêmes,ce qu'ils étaient avant la guerre,des hommes quelconques.Mais cela ne se fera pas instantanément.Comme la Révolution,le cataclysme auquel nous assistons est une de ces crises humaines qui ressemblent aux grands bouleversements de la nature,à un déchaînement volcanique,dont l'intensité décroît progressivement par degrés,avec par moments de brusques réveils.
Ne croyons pas hélàs que tout sera fini avec la paix surtout,la guerre ayant rompu l'équilibre du corps social,au détriment des ruraux (et rien n'étant plus mauvais que la colère profonde de Jacques Bonhomme).Ce souvenir historique me ramène au poilu:je le vois proche parent du paysan des anciennes jacqueries.

 
 
Louis Barthas,caporal français, dans ses "carnets de guerre" (fin décembre 1916)
et la Noël arriva.La seule différence qu'il y eût avec les autres jours fût qu'on n'alla pas à l'exercice,mais ce jour-là les journaux en lettres énormes annonçaient la sensationnelle proposition de paix de l'empereur Guillaume d'Allemagne.
Il y eut une lueur d'espérance qui fût bientôt éteinte.Les journaux serviles sur l'ordre des déments qui nous gouvernaient,hurlèrent de joie,d'allégresse,déduisant,prouvant que si l'empereur faisait une offre pareille,c'est qu'il était à bout de tout,d'argent,de vivres,de munitions.Il fallait non pas négocier mais se préparer pour le suprême effort,l'hallali final,la mise à mort de l'ennemi épuisé,à bout de souffle.
En résistant encore deux années,l'Allemagne a prouvé qu'elle avait encore les moyens de continuer la guerre et que nos gouvernants avaient menti.
Certes,je ne prétends pas défendre ici l'odieux Kaiser,incarnation vivante de militarisme autoritaire,hautain et brutal mais il a eu un geste qui l'honore en invitant les dirigeants des peuples en guerre à essayer de se réunir et de s'entendre pour arrêter l'effusion de sang.
En refusant d'écouter ou connaître les propositions de l'empereur sous prétexte qu'elles ne devaient pas être sincères,nos dirigeants ont assumé une terrible responsabilité devant l'Histoire et donné le beau rôle au Kaiser.

 
 
Olivier Guilleux,sous-lieutenant français prisonnier de guerre ,dans "la grande guerre d'Olivier Guilleux" (début janvier 1917)
Chers parents,chères soeurs,
Nous voilà en 1917,je vous ai quitté en 1914.Bien des choses se sont passés durant cet intervalle et pourtant,il me semble que ces trois années de ma vie,ou,plus exactement,ces trente mois,furent à peu près stériles.C'est que la vie en captivité se rétrécit,se réduit à presque rien.En un mot,ce temps ne compte pas.
Alors qu'en France,dans le chaud du danger,la vie est décuplée,ici,pour peu qu'on se laisse aller,on perd insensiblement toutes ses forces intellectuelles et physiques.N'allez pourtant pas croire que je vais vous revenir,usé et décrépit.Dieu merci,j'ai su,jusqu'ici me garder de toutes les influences déprimantes,abrutissantes.Pour moi,je me trouve aussi jeune qu'en 1914.(...)

 
 
Emilio Lussu,lieutenant italien,dans "les hommes contre" ( fin décembre 1916)
A Noël,nous étions encore dans les tranchées.
Les Autrichiens,normalement,respectaient toutes les fêtes religieuses.Pour les fêtes importantes,ils ne tiraient pas des tranchées et même leur artillerie se taisait.Mais cette fois,nos postes d'écoute avaient réussi à intercepter un message téléphonique ennemi,dans lequel il était question d'une mine qui devait sauter pour Noël,à minuit.Cette mine,nous supposions qu'elle était enfouie dans le rocher,sous nos tranchées,à l'extrême droite de notre secteur.
Nos appareils avaient perçu le bruit des perforatrices,fin octobre,et les commandements étaient constamment préoccupés.Si nos positions sautaient à cet endroit,les Autrichiens,profitant de la surprise,interrompraient,en même temps que nos lignes,nos communications et occuperaient le point dominant la vallée où se rejoignaient les deux divisions.Le flanc droit de notre brigade allait être,de surcroît,complètement vulnérable.
Notre bataillon connaissait,plus que les autres,ces positions, et le commandement ordonna à deux compagnies,la 9ème d'Avellini et la 10ème,la mienne,de rester en ligne la nuit de Noël.(...) La 9ème compagnie occupa le secteur de la mine,et la mienne fut postée en réserve,dans une proximité immédiate,pour être prête à contre-attaquer après l'explosion.Nous,les officiers,étions les seuls à savoir quand cela devait arriver.Les soldats,eux,regrettaient seulement d'avoir dû rester en ligne alors que le reste du régiment passait Noël au repos.Une généreuse distribution de chocolat et de cognac avait éveillé quelques soupçons,vite dissipés par la considération que c'était une compensation due à ce service exceptionnel.(...)
Nous visitâmes tous deux les postes les plus avancés.Les artilleurs étaient à leurs pièces,avec leurs officiers.Tout était en ordre.
Je retournai dans ma compagnie.Dans les abris,les soldats buvaient et fumaient.Je m'assis avec eux et attendis minuit.
Un quart d'heure avant minuit,je fis disposer les soldats par escouades,prêts à sortir des abris pour courir aux boyaux.Au fur et à mesure que minuit approchait,les soldats comprenaient qu'il allait se passer quelque chose d'insolite et s'interrogeaient les uns les autres du regard.Je leur dis qu'on craignait une attaque surprise et qu'il fallait être prêts à la riposte.Mais,plus l'heure attendue et redoutée s'approchait,plus mon esprit s'éloignait de ma compagnie,de la mine,des lieux alentours.(...)
Quand je regardai ma montre,il était minuit passé.La mine ne sautait pas.J'envoyai quelqu'un auprès d'Avellini pour en savoir plus.Il me répondit qu'il n'avait rien remarqué d'insolite et que dans la tranchée ennemie,on montait la garde comme les autres nuits.
Nous attendîmes,moins préoccupés,jusqu'à l'aube.Et si les postes d'interception s'étaient trompés? Et si les Autrichiens nous avaient joué un mauvais tour?...

 
 
Amand Saint-Pierre,dans "la Grande Guerre entre les lignes" (1er janvier 1918)
Nouvelle année qui s'annonce sous des auspices peu rassurants.Caractéristiques de l'esprit des poilus:résignation,anxiété,mais confiance quand même,lassitude et dégoût  de toutes les saletés politiques.Toute la nuit,canon...intense.Départ demain matin.
 
 
 
je vais en rester là, histoire de ne pas vous lasser
si vous avez d'autres témoignages autour de cette période de fin d'année,issus d'écrits ou de lettres,connus ou inconnus,cela m'intéresserait de les lire
c'était il y a  90 ans...c'était hier
Joyeux Noël et très bonne année 2007 à vous et à vos proches
 
amicalement,
Mireille
 


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Aucune justice n'est possible pour les morts… mais si nous ne pratiquons pas le "devoir de mémoire", ils mourront une seconde fois.  
(Elie Wiesel-prix Nobel de la Paix)
n°478
GdeJ
Posté le 24-12-2006 à 09:55:50  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Un petit complément inédit, tiré des carnets de mon GP :
 
Hubert de Richemont, lieutenant d'artillerie :
24 décembre 1914 : "Pas de réveillon : on se couche tôt car on partira de bonne heure.
25. Réveil à 2 heures. On monte atteller à l'emplacement de batterie où sont restés chevaux et matériel. On se cramponne. Pendant qu'on attelle, une lumière ... dans le ciel au loin. Je reste persuadé que c'est le dirigeable qui bombarde Nancy ce matin là. On se met en route. L'étoile du Berger, brillante comme jamais, en avant de nous. A 5 H 30, mise en batterie, toute la batterie à l'emplacement 2. Journée calme : quelques coup de réglage...
31. Nous rentrons à 7 h 30 à Handainville. Le Commandant reçoit à diner les officiers du groupe. Après une rapide toilette, explicable après 9 jours de travail dont 7 de tranchées sans interruption... Diner succulent et gai, suivi d'un poker qui s'achève à 3 h 30, laissant de nos plumes aux mains de l'éphèbe Bouvier.
Année 1915
1er Janvier. M. Millerand offre à nos troupiers un quart de champagne, 2 mandarines, 2 noix et un demi-cigarre. Pour moi, j'ai reçu de mes soeurs une caisse contenant 172 bobèches, cartes postales, oranges, etc... que je répartis dans la batterie.
Après diner, il y a concert. Chansonnettes patriotiques et montmartroises par les artilleurs. Mais il faut être convenable, car les jeunes beautés d'Handainville ont paru en toilette. Je suis derrière Colette qui s'intéresse à Bouvier et en oublie presque son grand flirt du 46e ! ... Il y a si longtemps que nous n'avions vu l'ombre d'un frais minois gracieusement habillé que nous sommes excusables ! Et les chansonnettes de Mayol, qu'on les réentend avec plaisir, je dirais presque avec émotion : "Missouri", etc...
Cela finit sur un choeur de Marseillaise et on se dit au revoir au prochain Dimanche où nous serons là
".
 
Amitiés
Guillaume

n°479
olivier ga​get
Posté le 24-12-2006 à 10:28:22  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
merci beaucoup Mireille et Guillaume pour ces extraits émouvants de lettres ou carnets de soldats.
Pendant ce temps-là, à l'arrière, on se gavait bien, dans tous les sens du terme !!
 
Amicalement,
Olivier

n°480
Frederic S​.
Posté le 24-12-2006 à 10:31:05  profilanswer
 

Bonjour,
 
Allez, un peu de lecture.
 
Voici un extrait du carnet de captivité de Paul-E. Mauduit du 3e RAP, fait prisonnier à Maubeuge.
 
26 DÉCEMBRE 1915
Les jours s’écoulent à peu près semblables. Le travail est à peu près le même, tantôt je travaille à une machine, tantôt à une autre, ou bien je trace des tôles ; mais rien de bien intéressant. Enfin, le temps passe.
J’ai reçu assez régulièrement, depuis quelque temps, une carte la semaine de ma femme. J’ai reçu aussi un colis par semaine et toujours en bon état.
 
Nous voilà arrivé à Noël. Ce jour est pour l’Allemagne un grand jour de fête, c’est le plus grand. Nous avons arrêté le travail le vendredi à 2 H. L’après-midi, pour tout le monde, il y a douche. J’oublie de dire que 20 Russes sont venus renforcer notre corvée. Ces hommes ont été pris en partie à Varchos . Ce sont pour la plupart de beaux gas et qui sont bien intelligents. On voit bien que s’ils étaient bien commandés, ils sont aussi bons soldats que les boches car ils sont obéissants et, malgré leur allure lourde, ils sont souples. Nous avons pu en juger hier soir au bal, ils dansent très bien et toujours avec leurs bottes.
La nuit du Réveillon, je l’ai passée toute blanche. Nous avons réveillonné avec des conserves, comme boisson du Régina et plusieurs bouteilles de schnaps. Ce qui fait qu’à une dizaine, nous étions pas mal allumés. Mais cela s’est bien passé.  
Le jour de Noël, le matin réveil à 7 H ½. Nous avons été prendre le café. Il y avait une tarte avec. Rentrés à la chambre, nous nous sommes mis en tenue et ceux qui l’ont voulu ont été à la messe. J’y suis allé. Contrairement aux autres fois, c’est dans la chapelle de l’hôpital que nous avons été. Cette chapelle est assez gentille mais plus grossière que l’Église où nous allions habituellement. L’autel est entouré de sapins dans lesquels on a disposé des lampes électriques. Une petite chapelle de côté a été disposée où l’on a installé une crèche avec une lumière électrique. L’effet n’est pas mal. La messe était dite par un prêtre français récemment fait prisonnier à Lens. Comme d’habitude pendant la messe, l’on a chanté et dit le chapelet.
Le midi, le repas a été à peu près semblable aux autres jours : bœuf et pommes de terre, et des poires cuites. À deux heures, café et tarte à pommes. À 5 H, souper : pommes de terre et bœuf. À 6 H, nous partons pour le logement où est casernée la moitié de la corvée. C’est dans une salle de cinéma attenante à un restaurant. Là, nous avons passé une agréable soirée. 8 camarades musiciens avaient obtenu de la maison des instruments et ont formé une musique assez bien réussie, puis des chanteurs et enfin une pièce Le gendarme est sans pitié ; le tout bien réussi. Au milieu du programme, on nous a distribué à chacun un plat rempli de pommes et de gâteaux secs et nous avons eu, avec 20 phenig, un bock de bière de Dortmoud. Elle est excellente cette bière. J’oublie de dire qu’au levé du rideau un magnifique arbre de Noël était sur la scène. C’est un sapin garni de bibelotteries en verre et de petites bougies et, de place en place, de petits feux d’artifice. J’ai pris un petit souvenir mais si fragile que je ne sais s’il verra la France. Après le spectacle, il y a eu un bal qui devait durer jusqu’à minuit. Mais à 11 H ½, les agents de police sont venus nous faire cesser et nous avons rentrés à notre chambre.  
Le lendemain dimanche s’est passé comme les autres fois sauf que l’on nous dit que notre correspondance est arrêtée pendant 10 j.
 
 
Le Jour de l’an, nous avons eu congé. Une dizaine de prisonniers ont voulu faire le cudan
[c'est ce que je lis, mais ce mot est inconnu au bataillon]. Ils avaient bien commencé mais la fin a été triste car ils ont abusé de l’alcool et ils ont fait un potin tel que le sous-off et des sentinelles sont venus pour remettre l’ordre. Il s’en est peu fallu que cela tourne mal. Malgré cela, nous n’avons pas dormi de la nuit. Et moi plus que les autres car j’avais encore quelque chose dans l’œil droit et cela me faisait bien mal. Enfin, le matin, au jour, un camarade me l’a retirée. Malgré cela, j’ai resté à la chambre le samedi et le dimanche. Cela m’a reposé un peu. J’ai mangé une boîte de tripes, elles étaient excellentes. Ah ! où sont les bons petits repas que je regardais à peine lorsque je les avais sans les désirer ?
 
 
 
 
Une lettre de Pierre Le Goff, tambour au 48e RI où il parle, sans transition aucune avec la terrible 1re partie, de ses projets pour Noël et de ses réflexions sur le nouvel an. Cette lettre je l'ai déjà postée à plusieurs reprises, donc elle est connue de certains d'entre vous.
 
Mardi 21 décembre 1915 à 9 H ½
Ma chère Petite femme,
Deux mots ce matin pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et mon plus beau désir que cette lettre te trouve de même.
Je n’ai pas le courage chérie ce matin d’écrire, mais je ne veux pas te laisser sans nouvelle de moi aujourd’hui. Mais quand on a voit des coups comme j’ai vu ce matin, on a assez. Car figure-toi ma blonde que ce matin réveil à 4 H ½ et on a parti à 6 H. On ne savait pas où, mais quand on est arrivé on a vu. C’est la première fois, mais je t’assure que j’ai vu assez. Car, chère Renée, on a été voir fusiller un malheureux soldat. On était rendu là au champ de manœuvre et nous, les tambours et clairons, on était sur la route rassemblé. Alors, à la pointe du jour, on voit le malheureux arriver dans une auto et un peloton qui l’encadre et le ramène au poteau d’exécution. Et au moment qu’il passait devant nous, on a joué Aux Champs. C’est triste tu sais chérie. Quand il était descendu sur la route, il ne pouvait plus pleurer et criait, et il ne tenait plus debout, et l’aumônier et un gendarme qui le tenaient et qui essayaient de l’encourager. Mais remarque que quand on est arrivé devant la mort comme cela, on n’a pas beaucoup de courage. Alors ils l’ont mis à genoux au pied du poteau et ils l’ont attaché au poteau. Il criait toujours. Et ils lui ont mis un bandage sur les yeux avec un ruban de soie blanc. Alors ils l’ont quitté. Le commandement est donné « Feu », et le malheureux tombe. Le sergent lui donne le coup de grâce à l’oreille gauche. Et c’est fini. Après, on a défilé tous devant le corps. C’est triste, ça vous fait un drôle d’effet car, chérie, il y a déjà assez qui tombent à l’ennemi et voir cela, pour des fois pas grand chose, car celui-là est condamné à mort pour abandon de poste en face l’ennemi. Quelle nouvelle pour les pauvres parents quand ils sauront cela, croyant leur fils à faire son devoir pour la Patrie tandis qu’il est fusillé en lâche. C’est terrible ma blonde de voir cela, mais que veux-tu, c’est les lois militaires.
Maintenant je vais te dire que à Noël on fera le réveillon car toute mon escouade le fait. Alors ils m’ont demandé à les suivre. Alors chérie, je n’ai pas voulu les refuser car on est ensemble. Ils ont acheté une oie alors on va bien manger. Cela ne me plaît pas beaucoup mais puisqu’ils le veulent, je leur ai dit oui. J’aurai préféré être près de toi ma chérie à faire ce réveillon, on aurait eu plus d’amusement. Mais ma chérie, on ne peut pas alors il faut se résoudre comme cela. Tu me diras si cela te plaît ou pas car chérie eux disent peut-être que dans quelques jours on sera mort alors puisque l’on peut profiter, il faut le faire. Mais ma charmante blonde, je ne pense pas à cela du tout, mais on ne sait pas ce qui peut arriver. Enfin, c’est mieux de manger que de se saouler comme il y a qui le font tous les jours. Maintenant j’attends 11 H pour savoir si j’ai une lettre de ma chérie car je n’ai pas eu hier. Cela m’ennuie énormément mais il faut patienter car ce n’est pas de la faute à ma petite femme que j’aime. J’espère en avoir tout à l’heure, je le pense du moins. Je te le dirai cet après-midi ou ce soir sans manquer.
Voilà le 1er l’an qui approche encore. Ça fera deux 1er l’an que je passe aux tranchées et pas pouvoir aller souhaiter la bonne année à ma petite fiancée que j’adore de plus en plus tous les jours. Car je ne cesse de penser à toi, encore hier au soir j’ai rêvé que j’avais reçu un colis de toi et 2 lettres dedans me disant que dans 15 jours la guerre était finie. Tu parles que j’étais heureux mais quand je me suis réveillé, ce n’était plus pareil, je n’avais rien et tu étais loin, hélas. Espérons toujours ma petite blonde que dans peu de temps on sera uni à jamais. Je t’appellerai ma petite femme aimée cette fois et de droit n’est-ce pas chérie, tandis qu’à présent on le dit aussi mais on n’a pas le droit.  
Ah ! Que c’est terrible cette boucherie ! Quand donc la fin ? On espère, mais on a beau attendre, ça ne vient pas vite. Mais peut-être que pour l’année prochaine on sera quitte, je le pense. Je ne suis pas comme Alfred jusqu’en 1919 ; c’est un peu long qu’en dis-tu ma blonde à ce sujet ? Enfin, on ne le sait pas car l’année dernière on disait aussi que pour cette année ça serait fini et ce n’est pas encore fini malheureusement.  
Je vais te quitter car il est temps d’aller aux lettres et le sergent m’attend, ça fait que je vais te quitter. Espérons avoir une lettre me disant que tes papiers sont partis en Bretagne cela me fera plaisir chérie. Je finis sans finir de t’aimer et en t’embrassant bien fort de loin espérant que bientôt le faire de près. Ton fiancé qui désire être ton époux dans 1 mois
Bien à toi Le Goff à R D
Bons baisers. Je vais chercher les lettres, il est 10 H.

 
 
Bonnes fêtes de fin d'année à tous.
 
Cordialement,
Frédéric S.
 
 
 

n°481
RIO Jean-Y​ves
Posté le 24-12-2006 à 11:34:49  profilanswer
 

Bonjour à toutes et tous.
Merci Mireille d'avoir ouvert ce fil.
 
Courrriers de mon Grand-oncle Alexis GUILLOUX, au 251e RI, alors dans le secteur de SOUPIR, à ses parents habitant le petit port de La Turballe (Loire-Inférieure) :
 
« St Mard le 23 DECEMBRE (Xbre) 1914
Chers Parents
Je viens de recevoir à l'instant votre paquet qui m'a fait bien plaisir car les vivres commençaient à s'épuiser surtout que le chocolat est utile comme jamais. Tout était au complet. Je fais partie d'un régiment de réserve 251e dont le dépôt est à Brest, mais ce qui m'empêche d'être à quelques cents mètres des boches. Je crois que je fais partie de la 5e armée.
Je suis en repos en ce moment mais nous couchons toujours dans des tranchées (de réserve) et la place n'est pas meilleure mais que voulez-vous, c'est la destinée et ne vous faites pas de bile pour moi. En ce moment nous sommes mal comme tout car chaque jour il tombe de l'eau et fait froid comme tout surtout le matin, nous avons de la boue jusqu'à moitié jambe et les pieds ne sont pas toujours au chaud; pour la nourriture nous sommes pas mal, quelquefois nous avons une larme d'eau de vie ou un quart de vin mais rarement.
Pour le 1er de l'an je crois que nous allons être gâtés par quelques friandises. Je fais le nécessaire pour mes appointements et le Directeur vous les fera parvenir, d'ailleurs vous me le ferez savoir. Si cela ne vous dérange pas chaque semaine envoyez-moi un petit colis par la poste (chocolat ou autre chose).
Quant aux colis par chemin de fer,  faut les envoyer à la même adresse.
Pour le moment je ne vois rien de neuf à vous dire.
Votre fils qui vous remercie et vous embrasse tous.
Un baiser à petite soeur.
Alexis.
»
 
 
« St Mard le 25 DECEMBRE (Xbre) 1914
Chers Parents
C'est du fond de mon terrier où la lumière commence à disparaître que je viens en quelques mots vous envoyer mes meilleurs voeux de nouvel an qui seront je l'espère meilleurs que ceux de l'année écoulée.
Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année qui je l'espère nous rassemblera faut-il l'espérer sous peu et dans de bonne condition ; à ça dois-je ajouter aussi une bonne santé qui permettra de passer des jours heureux encore dans le sein de notre famille réunie.
J'espère que mes voeux se réaliseront et que plus tard avec le retour de l'exilé nous pourrons tous en coeur rappeler ce jour en une fête qui sera bien méritée. Pour moi comme pour vous il m'est bien triste de rappeler des jours comme celui-là, si éloignés les uns des autres car comme bien d'autres ces jours vous paraissent-ils plus chers où tous réunis nous pouvons les exprimer.
Enfin espérons que les beaux (jours) reviendront avec l'année 1915.
Je suis toujours dans les mêmes conditions et à cette fête du 1er de l'an une qui va paraître bien triste aussi c'est celle du 25Xbre.
Pour le moment je ne vois rien de neuf sauf qu'il fait froid et que les pieds n'ont toujours pas chauds.
Recevez chers Parents avec mes meilleurs voeux mes meilleures amitiés.
Votre fils qui vous embrasse.
Alexis.
»
 
Les conditions de vie dans les tranchées qu’il évoquait furent vraisemblablement à l’origine de son hospitalisation pour « bronchite » (?!) en Mars avant une issue fatale 6 mois plus tard..  
 
Bons Noël et fêtes de fin d'année à tous.
Amicalement de Bretagne  :hello:  
Jean-Yves


Message édité par RIO Jean-Yves le 24-12-2006 à 11:37:42

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Recherches sur les 116e, 294e & 354e RI + 316e RI et 28e & 35e RAC
http://vannes1418.canalblog.com/
n°482
dominique ​rhety
Posté le 24-12-2006 à 12:16:13  profilanswer
 

Bonjour,
 
un grand classique . Extraits du Tube 1233, les journées du 24 et 25 décembre 1915 in-extenso . Premier et dernier réveillon de guerre de Paul Lintier .
 
" 24 décembre.  
 
Vigiles de Noël ! Il vente, il pleut . Roulés dans nos couvertures, sommeillant ou rêvant, à neuf heures passées nous sommes encore tous étendus sur la paille . A travers le pla­fond de planches, sans répit, l'eau s'égoutte sur nous. Personne ne bouge .  
Le bombardement des positions françaises continue, méthodique .  
D'après les ordres reçus hier soir, nous ne devons pas tirer . Mais soudain, du côté fran­çais, la canonnade s'allume, à droite, puis à gauche . Le lieutenant commande :  
-Aux pièces! Vite!  
Les Allemands attaquent . On se hâte . Tout de suite la batterie ouvre le feu de ses quatre pièces . Au fond des bois, dans de lointains ravins, le bruit de nos coups va mourir en des gémissements qui n'ont pas le temps de s'éteindre . L'ennemi répond . Ses obus ne tombent plus sur la batterie de 155 . Ils s'écrasent dans les bois entre elle et nous . Il semble bien, cette fois, que ce sont nos pièces qu'il cherche à contrebattre . Mais il n'a pas encore la bonne hausse. Des éclats passent, brisant des branches de sapin .  
Une à une les batteries françaises se tai­sent, puis les batteries allemandes . Bientôt on n'entend plus dans la forêt que le bruit de l'eau qui, interminablement, s'égoutte des branches . Le vacarme a duré juste cinquante ­cinq minutes .  
Sous la pluie, on rentre au cantonnement .  
La T.S.F. allemande annonce que l'en­nemi nous a fait aujourd'hui quinze cents prisonniers .  
La journée s'achève en paisibles travaux de couture.  
Et la nuit se clôt, la nuit du réveillon ! Les mulets du ravitaillement nous apportent l'extra, acquis sur le boni de l'ordinaire : du champagne, un litre et demi de vin par homme, de la choucroute, du saucisson et du jambon . Malheureusement le sac qui contenait les colis, dans la nuit noire, est tombé au ravin. Ils sont broyés.  
Dans la cabane où les poêles ronflent, dans l'encombrement du linge qui sèche sur des cordes, sous la triste clarté de deux falots et des bougies qui pendent du plafond au bout de fils de fer enroulés en spirale, quelques hommes chantent accompagnés par les coups sourds d'une artillerie lointaine : d' autres dorment déjà . Dehors, il vente . Morne réveillon ! Il semble que ces  grands anniversaires nous rendent plus tristes que de coutume . On songe  aux Noëls passés, à l'incertitude où nous sommes d'en connaître d'autres .  
 
25 décembre
 
Noël de pluie. Depuis deux jours, il n'a pas cessé de pleuvoir .  
L'artillerie ennemie balaye toujours les bois en avant de la batterie . Elle a troublé la messe que le brigadier infirmier disait dans la cabane.  
Il a encore fallu tirer . Les Allemands atta­quent-ils de nouveau ou bien les artilleries adverses s'énervent-elles sans cause ?  
L'eau tombe dans la casemate à travers les rondins et le sol fait de roc imperméable la retient . Bientôt nous aurons de la boue jusqu'aux chevilles .  
Coup pour coup, l'ennemi répond à nos salves sur la batterie de 75 établie à notre gauche . Il ne sait pas encore où nous sommes . "

 
Tristement .
 
Joyeux Noël quand même !
 
Dominique Rhéty

n°484
Eric Mansu​y
Posté le 24-12-2006 à 14:09:25  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Noël en Alsace...
 
Charles PERNEL, 43e R.I.T. (in Carnet de route d’un territorial, Charles Pernel du Ménil, Bulletin de la Haute-Moselle n°25, 1999) :
25 décembre [1914] : la pause pour les camarades qui avaient été à la gare et les autres aux tranchées et à 9 h. 30 rappel de tous les hommes disponibles pour prendre la garde pour remplacer le 359 ; et il vient d’entrer le 359 et de l’artillerie. A midi, départ pour le feu et de bond en bond nous approchons de l’ennemi. Les balles tombent sur nous et on arrive aux tranchées… et les balles et le canon tout le soir – les obus qui éclatent près de nous à quelques mètres et on couche dans les tranchées qu’on avait faites – sans pouvoir remuer, si on se montrait ils nous tiraient dessus. Nous avons passé un beau jour de Noël !
26 décembre : on reste aux tranchées toute la journée et le canon et les balles – tout tombe autour de nous comme la grêle et sans rien recevoir comme nourriture et comme boisson. Les balles et les obus sont tombés toute la journée et le soir on nous donne un quart de pain et un peu de chocolat.

 
Robert PELLISSIER, 5e B.C.P. (in A Good Idea of Hell. Letters from a Chasseur à Pied, 2003) :
C'est la nuit de Noël et la première de ce genre pour moi, comme pour bien d'autres. Nous sommes toujours à Goldbach, à quelques kilomètres de Thann. Apparemment, nous attendons que les choses se décantent. Des troupes, et encore des troupes, montent sans arrêt et viennent prendre position sur le flanc de la montagne. Il a surtout de l'infanterie et des alpins.
Toute la journée, on nous a dit de nous tenir prêts à partir à tout instant, et nous sommes donc restés sur le qui-vive, mais rien ne s'est produit jusqu'à 16 heures, quand mon escouade a reçu l'ordre d'aller prendre la garde pour la nuit et de remplir les tâches de police en ville. Je viens à peine d'être relevé dans mon poste qui se trouve au bout de la commune et j'écris depuis le poste de garde, une école transformée dans le goût militaire. Je suis assis au bureau, cette place que j'occupe naturellement. La nuit dernière étant la veillée de Noël, nous l'avons un peu fêtée. Le gouvernement nous avait gratifiés de petits pois, boudin, vin blanc et biscuits. Tout cela nous fut distribué en sus de notre ration habituelle. J'en ai bien profité et en conséquence, je me suis traîné toute la journée, bien qu'ayant réussi à me procurer un bon lit sur lequel passer ma nuit.
...
 
Bien cordialement et joyeux Noël à tous,
Eric Mansuy  
 
 


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"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.
n°485
alain dubo​is
Tchiot quinquin de ch'nord
Posté le 24-12-2006 à 15:25:48  profilanswer
 

Bonjour
 
Pierre BREANT (in De l'Alsace à la Somme) :
25 décembre [1916] : Noël. L'aumônier vient dire la messe dans ma chambre souterraine.
Je vais voir ma 1ere compagnie. Vent du Sud. Le temps se maintient pluvieux. De la crête où se trouve la tranchée dites des Berlingots, le fameux Mont-Saint-Quentin apparaît très éclairé. Devant tous nos secteurs il y a un Mont-Saint-Quentin

 
Avez-vous constaté comme moi que la date du 25 décembre est souvent (pudiquement) oubliée ??? On passe du 23 au 26 ou directement à Janvier .....
 
Une pensée pour les territoires occupés :
 
René DELAME (in Valenciennes, Occupation Allemande 1914-1918) :
[1916]C'est ainsi que M. Davaine de Saint-Amand, à la réunion des Maires du dimanche 24 décembre, me dit qu'il venait de recevoir sept cents habitants de Waucourt, Boisleux et des environs de Bapaume et d'Arras : ils devaient être remplacés par des troupes allemandes. Il en arriva également de Raismes, Les Allemands massaient de plus en plus dans nos environs leur grosse artillerie. En gare, nous voyions passer des prisonniers anglais, et les convois de troupes se succédaient jour et nuit, sans interruption, ce qui nous faisait supposer qu'une grande action allait commencer.
 
Le samedi 6 janvier 1917 ........;

 
 
Autre "Noël" (1917)
 
Le 23 Décembre, je fus surpris de recevoir de la directrice allemande de la prison de la rue de la Halle, la lettre suivante :
"Monsieur Delame, de Valenciennes.
"Les enfants aspirent le jour de Noël pour recevoir les petits des parents du moment qu'ils ont été sages. J'ai dans mon établissement, de grands enfants qui demandent si Noël va les oublier cette année. Du chocolat, quelques douceurs pour les malades, un peu de savon pour le linge, et ensuite un moulin promis depuis longtemps; il semble que pour avoir une bonne fin d'année, que papa Noël ne ferait pas trop de dépenses pour donner satisfaction à tout ce monde, et si ce n'est pas trop demander qu'il fasse un peu à son idée, suivant ses moyens ;
 
Espérant, M. Delame, que vous voudrez bien agréer ma demande, recevez, mes plus profonds respects.
 
Madame la directrice de la prison, rue de la Halle.

 
Je vous épargne la visite à la prison le 26 décembre (160 femmes détenues, condamnées pour favorisé le passage de jeunes gens, pigeons voyageurs, etc.. ou caché des soldats français.)
 
(...)Le fameux cadeau de Noël consistait en quatre tablettes de chocolat et six biscuits.(.....)
 
Cordialement
Alain


Message édité par alain dubois le 25-12-2006 à 12:59:12

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http://civils19141918.canalblog.com et  http://theywerethere.canalblog.com  "Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, répondez : parce que nos pères ont menti." R. Kipling
n°486
loic1386
Posté le 25-12-2006 à 11:42:59  profilanswer
 

Bonjour Mireille, bonjour à tous,
 
excellente idée ce fil !
voici un extrait d'une lettre du peintre Mathurin MEHEUT à sa femme :
 
"Arras, le 24 déc.1914,
Ma chérie,
comme j'aurai été heureux de passer ce Noël ci aussi joyeusement que ceux passés jusqu'à ce jour, du dernier surtout. Quel anniversaire; quels souvenirs m'assaillent. Prends courage ma chère petite femme, la destinée ne voudra peut être pas encore nous donner le grand coup ... Nous sommes pour le reveillon à l'école normale jusqu'à demain matin 5h, et passerons la journée de Noël dans la tranchée Nord de notre secteur, face à Blangy ou eut lieu le dernier combat.  
Ce soir, pour masquer les âmes inquiètes et tristes ,quelques amis dont Berthaut, Guillemette et notre sous-lieutenant allons essayer de passer un peu plus gaiement que de coutume la veillée. L'éclairage sera modeste, un triste bougeoir garni d'une chandelle. Le premier rayon de la bibliothèque est garni : 2 fioles de champagne, du vin blanc et rouge, quel plaisir maigre. J'ai confectionné un arbre de Noël : une plante grasse du jardin a fait l'arbre, des oignons et des douilles de cartouches vides l'agrémentent, quelques morceaux de boules de pain donnent la note "gâteau". Comme menu de résistance, des boîtes de sardines et tes délicieuses "Rillettes du mans". Tout ira pour le mieux si les Boches n'avaient la rosserie d'y ajouter des petites et grosses "marmites" ...."
 
http://www.hiboox.com/vignettes/5206/f14ae954.jpg
http://www.hiboox.com/vignettes/5206/514843cf.jpg
 
Bonnes fêtes à tous.
Bien cordialement.
Loïc


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8° BCP - 316° RI - 62° RI - 262° RI
n°487
Daniel Rui​s
Voyage au bout de la vie
Posté le 25-12-2006 à 13:08:57  profilanswer
 

Bonjour tout le monde,
 
 Il y a deux ans jour pour jour j'avais tenté le même genre de fil mais qui n'avait eu aucun succès, je le replace aujourd'hui ici après hésitations pour qu'il se sente moins seul, mon arrière-grand-père est décédé le 30 décembre 1914 à Perthes-lès-Hurlus.
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] -519-1.htm
   Bonnes fêtes à tous, adichats.
Daniel


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Mes recherches (clic)
n°489
alain dubo​is
Tchiot quinquin de ch'nord
Posté le 25-12-2006 à 17:35:38  profilanswer
 

Bonsoir
J'allais suggérer qu'on en fasse un pour chaque jour de l'année, mais peut-être faut-il en laisser l'intiative à Mireille et à ses consoeurs, au risque que d'avouer le coté un peu macho du fort-homme .....( parité ! parité !)
Cordialement
Alain


Message édité par alain dubois le 25-12-2006 à 22:05:57

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http://civils19141918.canalblog.com et  http://theywerethere.canalblog.com  "Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, répondez : parce que nos pères ont menti." R. Kipling
n°490
alain
L'As de Coeur
Posté le 26-12-2006 à 19:48:38  profilanswer
 

Bonsoir à tous, et bonnes fêtes de fin d'année .
j'ai un courrier du chef de bataillon L Mermet 355 e RI  
Le 27 décembre 1914  
" Cher grand père  
C'est dans un abri des plus humides dans lequel l'eau suinte de toutes parts et à peu de distance de l'ennemi ( qui nous envoie obus et balles ) que je vous écris ces quelques mots pour vous exprimer des souhaits de bonne et heureuse année que je forme pour vous . Malgré les fatigues et les privations d'une campagne bien dure, je suis heureux de vous annoncer que nos troupes ont un excellent moral, qu'elles sont gaies et de belle humeur . Aussi tout fait prévoir la victoire . J'espère que vous êtes toujours en bonne santé et que les rigueurs de l'hiver non pas nui à votre robuste tempérament . Adrienne doit aller vous voir ces jours ci . Armand et Pierre sont en excellente santé . Je vous embrasse de tout coeur et je fais des voeux pour que dieu vous conserve le plus longtemps possible en notre affection . "


Message édité par alain le 26-12-2006 à 19:52:43
n°495
pierreth1
Posté le 01-01-2007 à 15:52:06  profilanswer
 

bonjour et bonne annee à toutes et tous
 
Voici ce qu'ecrivait le 1er janvier mon grand pere  (alsacien) mobilisé le 30 decembre et en route pour Bromberg où il sera incorporé sur une carte de Halle postee le jour même et tamponnee du 1er janvier! envoyee par la Feldpost à
fraulein Alice Meyer
Rappooltsweiler  
Langestrasse 31
Oberelsass
 
12 Uhr Mitternacht Prosit Neujahr
Neu gestarkt mit belegtem Brot und ungezuckerdem heissem Kaffee
Jetzt geht es weiter
 
( minuit,bonne année, un nouvel en cas avec un schandwich et un cafe chaud non sucré, maintenant cela continue)
Il a ainsi ecrit tous les jours et je possede quasiment toutes ses lettres et cartes de 1915 a 1917 ( apres la debacle russe il semblerait que l'etirement des lignes ait rendu plus problematique le fonctionnement de la poste)
A noter que les delais mis par les lettres pour parvenir a destination des pays Baltiques et de l'est de l'Allemagne n'etaient guere differents d'aujourd'hui ce qui est pour le moins etrange...
 

n°508
mireille s​alvini
toujours se souvenir d'eux
Posté le 09-01-2007 à 14:47:52  profilanswer
 

bonjour à tous
 
je voudrais vous remercier,vous tous qui avez mis des témoignages qui ont enrichi ce "fil":
je n'en connaissais aucun et j'ai tout lu avec beaucoup d'attention et d'intérêt,il ne faudrait jamais hésiter à mettre en ligne encore et encore de ces témoignages..
une petite pensée pour Daniel,je n'ai pas voulu faire de copiage sur un sujet que vous avez initié il y a 2 ans et dont j'ignorais l'existence,alors j'apprécie beaucoup que vous ayez mis le témoignage de votre arrière grand-père dans ce sujet qui ne m'appartient pas à moi, mais au forum finalement.
amicalement,
Mireille


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Aucune justice n'est possible pour les morts… mais si nous ne pratiquons pas le "devoir de mémoire", ils mourront une seconde fois.  
(Elie Wiesel-prix Nobel de la Paix)
n°516
vincent le​ calvez
Posté le 12-01-2007 à 12:24:19  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Mireille,
 
Voici ce qu'écrivait Henry Bordeaux, futur académicien, dans La Revue hebdomaire de janvier 1915 (merci à Olivier qui m'a trouvé ce numéro).
Henry Bordeaux était déjà venu en décembre 1914 visiter les tranchées de Berry-au-Bac tenues par le 28e RI. Il revient le soir de Noël avec une dinde...
 
http://vlecalvez.free.fr/bordeaux.jpg
 
"J’ai apporté, la veille de Noël, ponctuellement, la dinde et le champagne. On est fidèle à ses amis et exact aux invitations. A vrai dire, je tombe assez mal.
- N’allez pas plus loi, on se bat, m’assure-t-on au village voisin qui est lui-même endommagé.
Pourtant, puisque j’ai promis ! Je ne puis pas rester avec cette dinde que j’ai déjà apportée jusqu’ici.
Le fait est qu’on entend une fusillade sérieuse : le grondement du canon la couvre par intervalles.
Je m’engage dans le chemin : on ira jusqu’où on pourra. La nuit s’installe à peine, une nuit froide, fleurie, où s’allument les étoiles et la lune à son dernier quartier, la lune est assez compromettante. L’eau  des flaques se prend et craque sous le pied. Voici le pont : dans l’eau courante dont on voit les frissons, la lune s’enfonce en tremblant. Et comme j’apparais dans la lumière de la cave, j’entends une voix qui ordonne et je dois me ranger pour laisser passer un à un, rapides, mais sans hâtes, comme si leur course était bien réglée d’avance, les hommes de liaison. Les prêtres et les médecins ne se pressent jamais quand on les appelle pour les mourants : ils vont d’un pas égal, ils savent d’un pas égal, ils savent que la Mort attend. Un mouvement qui doit réussir s’exécute en ordre, sans violence apparente, comme si l’on avait le temps pour soi.
- Vous ! Que venez-vous faire ici ? Nous attaquons sur ma droite, l’ennemi attaque è gauche : l’alerte est donnée.
Le commandant a donc oublié son invitation.
- Ne vous occupez pas de moi. Ou plutôt donnez-moi une section ou un fusil.
Et je prends le fusil d’un téléphoniste. Cependant il a vu les paquets portés par l’ordonnance.
-Qu’est-ce cela ?
- La dinde et le champagne.
- Parfait, parfait ! Ce sera pour tout à l’heure.
Et nous aurons notre messe de minuit !
Nuit de Noël que nous allons passer dans les tranchées à attendre, peut-être à recevoir les Boches comme ils le méritent. Tout de même, j’avais compté sur une messe de minuit et sur un réveillon.
Le sifflement des obus devient presque continu. Les détonations des fusils déchirent la nuit, la nuit si belle, si pure, si limpide où la lune monte lentement. Et parfois une fusée jette sur les astres un voile de lumière.
On suit très bien ce qui se passe sur notre droite et sur notre gauche. On devine les phases de la lutte, mais on ignore le résultat. Puis le canon cesse le premier et peu à peu la fusillade s’éteint. Elle ne s’éteindra jamais tout à fait. Il est dix heures. Rien n’est manqué encore. Le téléphone nous renseigne ; l’attaque des Allemands a échoué, la nôtre a réussi ; nous avons repris une maison ruinée qui est un poste commode.
Impassible à son poste, le cuisinier a fait rôtir la dinde pendant l’alerte.
Minuit approche, le minuit annuel qui évoque le salut du monde par le Dieu fait homme, naissant dans une étable aussi misérable qu’une tranchée.
- Ils nous laisseront tranquilles, m’assure le commandant qui a gardé son calme et son entrain. Je vous attendais.
Tout à l’heure, il n’y paraissait guère.
- Et nous aurons des hôtes de marque. Le Colonel en sera.
Voici des ombres que la lune, inclinée vers l’horizon, allonge. Je reconnais le colonel à sa silhouette mince et fière, au port de tête : un chef qui sait communiquer sa flamme et prendre ses responsabilités. D’autres officiers, - un sur deux, car il faut veiller, - deux médecins-majors, notre cortège s’allonge. Mais où dira-t-on la messe ? Pas dans l’église, à coup sûr : elle est saccagée et l’on y reçoit les murs sur la tête.
Nous descendons dans la crypte qui a été ornée avec un soin extrême par ces mêmes hommes qui se battaient il y a une heure : des draperies, des statues, des cadres sortis, des décombres et à peu près intacts, ont servi à cette décoration. Un soldat passe sur son uniforme les ornements sacrés, un autre a pris les burettes, le linge, la petite cloche : prêtres-soldats qui rappellent les vieilles chansons de geste, l’archevêque Turpin et les croisades, qui ont substitué à la parole l’exemple et qui, familiers de la mort, prononcent les paroles devant qui la mort se fond, se désagrège se déchire comme un voile devant la Vie Eternelle.
Nous sommes là, groupés autour de l’autel et le mystère s’accomplit. Quand la porte de la crypte s’ouvre devant un soldat qui vient prendre sa part de la cérémonie, il n’est pas rare d’entendre une détonation, signal ou occupation d’une sentinelle, avertissement qui rassure, qui montre qu’on est gardé. Retrouverai-je jamais l’émotion de cette messe de minuit dite à deux ou trois cents mètres des tranchées allemandes ? Nous étions à l’extrême limite momentanée de la France, dans ce village détruit et offert en holocauste et le divin sacrifice s’accomplissait pour l’éternelle sérénité des âmes prêtes à se donner à leur foi.
- Et maintenant à table !
Le commandant nous emmène à son hôtel, à sa cave. La lune est couchée, mais la nuit nous offre toutes ses fleurs : dans le froid qui pique, les étoiles scintillent comme des feux vivants. Mais quel est ce chœur lointain qu’on entend ? Les Allemands célèbrent à leur tour le Noël.
Nous descendons l’escalier obscur. Nous voici chez nous, en paix. C’est un éblouissement.
La table, de douze couverts, est éclairée par des bougies dont la lumière bouge, caresse les verres, vit dans les glaces du fond, communique aux choses un air vivant. Au milieu, un surtout de roses de Noël, le rosier du cimetière a été pillé. Chaque convive a trois verres d’une fine cristallerie, dont une flûte à champagne. La vaisselle ornée sera changée à chaque service. Comme menu : potage Crécy, hors-d’œuvre, filet aux petits pois, dinde, foie gras, salade, gâteau de riz. Comme vins : du Saint-Emilion et le champagne.
Ainsi, ces hommes qui endurent avec patience des privations quotidiennes, qui sont exposés au risque quotidien, qui ne sont pas relevés depuis des jours et des jours à ce poste d’avant-garde, qui connaissent la séparation, la solitude, qui se sont durcis à la fatigue et au danger, ont voulu avoir leur heure de luxe et de joie. On a failli les déranger : ils se sont battus le soir même. Mais cette heure, ils l’ont gagnée. Et les voilà gais, l’œil clair, repris de jeunesse et de gentillesse, unis par une solidarité belle comme ces amitiés célébrées par les poètes d’autrefois. La plupart ont fait la campagne depuis le début. Je les regarde tour à tour : quels hommes trempés, mûris, sûrs, forts de leur responsabilité, du calme conquis sur les nerfs, de la paix intérieure qui domine toutes les difficultés ! La conversation, si joyeuse qu’elle soit, ne cessera pas d’être ennoblissante. Ils ne savent pas qu’ils sont admirables. Ils ont autant de simplicité dans leur noblesse devenue toute naturelle.
Et un peu plus tard, quand je reprends, seul, le chemin sous les étoiles, tandis que la plainte aigüe des balles s’allonge, se prolonge dans la nuit, il me semble que je descends d’une de ces hautes montagnes que j’ai gravies si souvent, où l‘on respire un air si pur, d’une qualité si balsamique qu’on ne peut plus respirer à l’aise dans la plaine…
 
Capitaine B…

 
 
 
Notes :
- Le commandant est probablement le chef de bataillon François Pineau du 2e bataillon du 28e RI.
- Le lieutenant-colonel est Ernest Capitant, l'oncle du ministre de De Gaulle.
- La photo d'Henry Bordeaux est tirée du site de Jean-Claude  : http://chamois.canalblog.com/album [...] index.html
 
Bonne journée
 
Vincent


Message édité par vincent le calvez le 12-01-2007 à 12:27:56
n°519
garance.
Posté le 13-01-2007 à 23:31:07  profilanswer
 

bonsoir, je sais bien que Miquel n'est pas toujours rigoureux dans ses citations, il attribue à Dorgelès une phrase que je n'ai jamais retrouvée :
"il pleuvait cette nuit là (24 décembre 1914) où les rois mages portaient des minenwerfers"
c'est tragiquement poétique, quand on sait le nombre de morts français que cette arme a causée !

n°2949
Elise
Posté le 31-03-2010 à 15:07:27  profilanswer
 

Bonjour Frédéric
 
J'aimerai savoir dans quel camp était prisonnier Paul Mauduit?
 
Merci de votre réponse
 
Elise
 
 
 
 
 
 
[quotemsg=480,4,102]Bonjour,
 
Allez, un peu de lecture.
 
Voici un extrait du carnet de captivité de Paul-E. Mauduit du 3e RAP, fait prisonnier à Maubeuge.
 
26 DÉCEMBRE 1915
Les jours s’écoulent à peu près semblables. Le travail est à peu près le même, tantôt je travaille à une machine, tantôt à une autre, ou bien je trace des tôles ; mais rien de bien intéressant. Enfin, le temps passe.
J’ai reçu assez régulièrement, depuis quelque temps, une carte la semaine de ma femme. J’ai reçu aussi un colis par semaine et toujours en bon état.
 
Nous voilà arrivé à Noël. Ce jour est pour l’Allemagne un grand jour de fête, c’est le plus grand. Nous avons arrêté le travail le vendredi à 2 H. L’après-midi, pour tout le monde, il y a douche. J’oublie de dire que 20 Russes sont venus renforcer notre corvée. Ces hommes ont été pris en partie à Varchos . Ce sont pour la plupart de beaux gas et qui sont bien intelligents. On voit bien que s’ils étaient bien commandés, ils sont aussi bons soldats que les boches car ils sont obéissants et, malgré leur allure lourde, ils sont souples. Nous avons pu en juger hier soir au bal, ils dansent très bien et toujours avec leurs bottes.
La nuit du Réveillon, je l’ai passée toute blanche. Nous avons réveillonné avec des conserves, comme boisson du Régina et plusieurs bouteilles de schnaps. Ce qui fait qu’à une dizaine, nous étions pas mal allumés. Mais cela s’est bien passé.  
Le jour de Noël, le matin réveil à 7 H ½. Nous avons été prendre le café. Il y avait une tarte avec. Rentrés à la chambre, nous nous sommes mis en tenue et ceux qui l’ont voulu ont été à la messe. J’y suis allé. Contrairement aux autres fois, c’est dans la chapelle de l’hôpital que nous avons été. Cette chapelle est assez gentille mais plus grossière que l’Église où nous allions habituellement. L’autel est entouré de sapins dans lesquels on a disposé des lampes électriques. Une petite chapelle de côté a été disposée où l’on a installé une crèche avec une lumière électrique. L’effet n’est pas mal. La messe était dite par un prêtre français récemment fait prisonnier à Lens. Comme d’habitude pendant la messe, l’on a chanté et dit le chapelet.
Le midi, le repas a été à peu près semblable aux autres jours : bœuf et pommes de terre, et des poires cuites. À deux heures, café et tarte à pommes. À 5 H, souper : pommes de terre et bœuf. À 6 H, nous partons pour le logement où est casernée la moitié de la corvée. C’est dans une salle de cinéma attenante à un restaurant. Là, nous avons passé une agréable soirée. 8 camarades musiciens avaient obtenu de la maison des instruments et ont formé une musique assez bien réussie, puis des chanteurs et enfin une pièce Le gendarme est sans pitié ; le tout bien réussi. Au milieu du programme, on nous a distribué à chacun un plat rempli de pommes et de gâteaux secs et nous avons eu, avec 20 phenig, un bock de bière de Dortmoud. Elle est excellente cette bière. J’oublie de dire qu’au levé du rideau un magnifique arbre de Noël était sur la scène. C’est un sapin garni de bibelotteries en verre et de petites bougies et, de place en place, de petits feux d’artifice. J’ai pris un petit souvenir mais si fragile que je ne sais s’il verra la France. Après le spectacle, il y a eu un bal qui devait durer jusqu’à minuit. Mais à 11 H ½, les agents de police sont venus nous faire cesser et nous avons rentrés à notre chambre.  
Le lendemain dimanche s’est passé comme les autres fois sauf que l’on nous dit que notre correspondance est arrêtée pendant 10 j.
 
 
Le Jour de l’an, nous avons eu congé. Une dizaine de prisonniers ont voulu faire le cudan
[c'est ce que je lis, mais ce mot est inconnu au bataillon]. Ils avaient bien commencé mais la fin a été triste car ils ont abusé de l’alcool et ils ont fait un potin tel que le sous-off et des sentinelles sont venus pour remettre l’ordre. Il s’en est peu fallu que cela tourne mal. Malgré cela, nous n’avons pas dormi de la nuit. Et moi plus que les autres car j’avais encore quelque chose dans l’œil droit et cela me faisait bien mal. Enfin, le matin, au jour, un camarade me l’a retirée. Malgré cela, j’ai resté à la chambre le samedi et le dimanche. Cela m’a reposé un peu. J’ai mangé une boîte de tripes, elles étaient excellentes. Ah ! où sont les bons petits repas que je regardais à peine lorsque je les avais sans les désirer ?
 
 
Bonjour Frédéric
 
J'aimerai savoir dans quel camp était prisonnier Paul Mauduit?
 
Merci de votre réponse
 
Une lettre de Pierre Le Goff, tambour au 48e RI où il parle, sans transition aucune avec la terrible 1re partie, de ses projets pour Noël et de ses réflexions sur le nouvel an. Cette lettre je l'ai déjà postée à plusieurs reprises, donc elle est connue de certains d'entre vous.
 
Mardi 21 décembre 1915 à 9 H ½
Ma chère Petite femme,
Deux mots ce matin pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes pour le moment et mon plus beau désir que cette lettre te trouve de même.
Je n’ai pas le courage chérie ce matin d’écrire, mais je ne veux pas te laisser sans nouvelle de moi aujourd’hui. Mais quand on a voit des coups comme j’ai vu ce matin, on a assez. Car figure-toi ma blonde que ce matin réveil à 4 H ½ et on a parti à 6 H. On ne savait pas où, mais quand on est arrivé on a vu. C’est la première fois, mais je t’assure que j’ai vu assez. Car, chère Renée, on a été voir fusiller un malheureux soldat. On était rendu là au champ de manœuvre et nous, les tambours et clairons, on était sur la route rassemblé. Alors, à la pointe du jour, on voit le malheureux arriver dans une auto et un peloton qui l’encadre et le ramène au poteau d’exécution. Et au moment qu’il passait devant nous, on a joué Aux Champs. C’est triste tu sais chérie. Quand il était descendu sur la route, il ne pouvait plus pleurer et criait, et il ne tenait plus debout, et l’aumônier et un gendarme qui le tenaient et qui essayaient de l’encourager. Mais remarque que quand on est arrivé devant la mort comme cela, on n’a pas beaucoup de courage. Alors ils l’ont mis à genoux au pied du poteau et ils l’ont attaché au poteau. Il criait toujours. Et ils lui ont mis un bandage sur les yeux avec un ruban de soie blanc. Alors ils l’ont quitté. Le commandement est donné « Feu », et le malheureux tombe. Le sergent lui donne le coup de grâce à l’oreille gauche. Et c’est fini. Après, on a défilé tous devant le corps. C’est triste, ça vous fait un drôle d’effet car, chérie, il y a déjà assez qui tombent à l’ennemi et voir cela, pour des fois pas grand chose, car celui-là est condamné à mort pour abandon de poste en face l’ennemi. Quelle nouvelle pour les pauvres parents quand ils sauront cela, croyant leur fils à faire son devoir pour la Patrie tandis qu’il est fusillé en lâche. C’est terrible ma blonde de voir cela, mais que veux-tu, c’est les lois militaires.
Maintenant je vais te dire que à Noël on fera le réveillon car toute mon escouade le fait. Alors ils m’ont demandé à les suivre. Alors chérie, je n’ai pas voulu les refuser car on est ensemble. Ils ont acheté une oie alors on va bien manger. Cela ne me plaît pas beaucoup mais puisqu’ils le veulent, je leur ai dit oui. J’aurai préféré être près de toi ma chérie à faire ce réveillon, on aurait eu plus d’amusement. Mais ma chérie, on ne peut pas alors il faut se résoudre comme cela. Tu me diras si cela te plaît ou pas car chérie eux disent peut-être que dans quelques jours on sera mort alors puisque l’on peut profiter, il faut le faire. Mais ma charmante blonde, je ne pense pas à cela du tout, mais on ne sait pas ce qui peut arriver. Enfin, c’est mieux de manger que de se saouler comme il y a qui le font tous les jours. Maintenant j’attends 11 H pour savoir si j’ai une lettre de ma chérie car je n’ai pas eu hier. Cela m’ennuie énormément mais il faut patienter car ce n’est pas de la faute à ma petite femme que j’aime. J’espère en avoir tout à l’heure, je le pense du moins. Je te le dirai cet après-midi ou ce soir sans manquer.
Voilà le 1er l’an qui approche encore. Ça fera deux 1er l’an que je passe aux tranchées et pas pouvoir aller souhaiter la bonne année à ma petite fiancée que j’adore de plus en plus tous les jours. Car je ne cesse de penser à toi, encore hier au soir j’ai rêvé que j’avais reçu un colis de toi et 2 lettres dedans me disant que dans 15 jours la guerre était finie. Tu parles que j’étais heureux mais quand je me suis réveillé, ce n’était plus pareil, je n’avais rien et tu étais loin, hélas. Espérons toujours ma petite blonde que dans peu de temps on sera uni à jamais. Je t’appellerai ma petite femme aimée cette fois et de droit n’est-ce pas chérie, tandis qu’à présent on le dit aussi mais on n’a pas le droit.  
Ah ! Que c’est terrible cette boucherie ! Quand donc la fin ? On espère, mais on a beau attendre, ça ne vient pas vite. Mais peut-être que pour l’année prochaine on sera quitte, je le pense. Je ne suis pas comme Alfred jusqu’en 1919 ; c’est un peu long qu’en dis-tu ma blonde à ce sujet ? Enfin, on ne le sait pas car l’année dernière on disait aussi que pour cette année ça serait fini et ce n’est pas encore fini malheureusement.  
Je vais te quitter car il est temps d’aller aux lettres et le sergent m’attend, ça fait que je vais te quitter. Espérons avoir une lettre me disant que tes papiers sont partis en Bretagne cela me fera plaisir chérie. Je finis sans finir de t’aimer et en t’embrassant bien fort de loin espérant que bientôt le faire de près. Ton fiancé qui désire être ton époux dans 1 mois
Bien à toi Le Goff à R D
Bons baisers. Je vais chercher les lettres, il est 10 H.

 
 
Bonnes fêtes de fin d'année à tous.
 
Cordialement,
Frédéric S.
 
 

n°2950
Frederic S​.
Posté le 01-04-2010 à 20:51:23  profilanswer
 

Bonsoir Elise,
Paul-E Mauduit, de Pont-d'Ouilly dans le Calvados, était prisonnier au camp de Rennbahn puis, à partir de juillet 1915, à Dortmund.
 
Cordialement,
Frédéric S.

n°2956
mireille s​auer
50RI, 3RMZT,6RMT, 9eZ ,3eRAC
Posté le 03-04-2010 à 15:47:37  profilanswer
 

bonjour à toutes et à tous
 
en cette période particulière de fin d'année,si porteuse de voeux,de réflexions et de résolutions,je voudrais rendre hommage à tous ces soldats qui ont passé un Noël et un Nouvel An,loin de chez eux.
peu importe l'année,c'était la guerre
peu importe les auteurs,c'était des hommes
morceaux choisis entre désenchantement,lucidité et espérance
 
 
Je vais en rester là, histoire de ne pas vous lasser
si vous avez d'autres témoignages autour de cette période de fin d'année,issus d'écrits ou de lettres,connus ou inconnus,cela m'intéresserait de les lire
c'était il y a  90 ans...c'était hier
[#7f007f][i]Joyeux Noël et très bonne année 2007 à vous et à vos proches
 
amicalement,
Mireille Salvini

 
Bonjour tout le monde,
 
et bien ce n'est pas Noël, mais tant pis !
Voici les projets de mon grand père au 50eRI en novembre 1914, dans une lettre à sa maman

Pour la Noël, nous nous sommes promis de réveillonner dans une de nos tranchées. On réveillonnera sans doute ici, à moins que les allemands soient repoussés. Nous devons chacun de nous apporter notre cote part, et tacher d’ici là de rassembler des provisions nécessaires.

 
et Pierre BOTTI, dans son receuil : Avec les Zouaves, du 3eRMZT
--""21 décembre 1915. --J'ai eu le noir toute la journée d'hier. Je l'ai encore.
C'est triste, parbleu ! de vivre ces époques heureuses de l'année, faites pour les joies familiales, loin des siens et loin de ceux qui peuvent vous donner ces affections de l'amitié qu"aucune camaraderie ne saurait remplacer.*Noël ! Le jour de l'an ! La joie de ces fêtes n'est pas pour les soldats.
Pourquoi se leurrer ? On veut que je cherche à les distraire pour les fêtes : ils seront de corps ici, mais ils n'en regretteront que plus les plaisirs du foyer qu'il n'est pas en mon pouvoir, hélas! de leur dispenser.
Et les autres ? Ceux qui seront dans la tranchée par la pluie et la boue ?
Les sentinelles dans la nuit, face aux Boches ? Les pauvres choses qui chercheront à forcer le sommeil sur le sol humide, dans l'extase des souvenirs du passé !
26 décembre;-- Fête pour Noël !
Messe de minuit à laquelle assistèrent les zouaves de toutes les religions et les indigènes musumans...
Je n'avais comme local qu'un baraquement d'écurie, agrandi à l'aide de bâches, et ce n'était pas déplacé.
-- Jésus n'est-il pas né dans une étable ?
Pour la scène et l'autel, quelques planches, des rideaux de velours grenat, épaves de Nieuport, y suffirent.
Pour l'orchestre et les orgues, il y eut un piano, dégoté je ne sais où -- celui du garde champêtre a été enlevé par le Grand Quartier général belge -- et qui fut apporté dans une voiture à bras un quart d'heure avant le spectacle.
Les artistes : nos hommes, et il en est de merveilleux.
Et il y eut un arbre de Noël, joliment garni de comètes, de boules de verre, de cheveux d'anges et de douze grandes bougies : un sapin coupé tout vif, presque sur le front.
Dehennin avait "casqué" ferme pour offrir une tombola où tous les numéros gagnèrent.
La "clique" du régiment nous prêta son vconcours, mais le sergent clairon, un peu bu -- ça s'excuse, il était l'invité de la compagnie -- rata l'Elévation  bien que le prêtre s'agitât devant l'autel pour attirer son attention.
Les corbeilles vidées ; le tabac enfoui dans toutes les poches, les friandises, les soldats dépouillèrent l'arbre de Noël de tout ce qu'il portait. Après le réveillon qu'il fit à notre table, le prêtre, en chéchia, s'en fut coucher sur un peu de paille au milieu de ses camarades.
Maintenant, des lettres emportent vers la France ou la lointaine <algérie, les cheveux d'anges, les cheveux que les chérubins avaient laissés après notre arbre ; les comètes venues des cieux pour se poser dans les aiguilles vertes de notre sapin.""
 
Voilà-
Cordialement
Mireille Sauer--


Message édité par mireille sauer le 05-04-2010 à 19:24:48

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http://1418sauer.fr  
Nénette et Rintintin sont tous les deux mignons;ils dorment en ce moment, bien tranquillement au fond de ma poche, et je n’ose les déranger car ils doivent surement s’aimer comme deux fous.  Henri 3RMZT 07/18
n°3027
crocus251
Posté le 18-06-2010 à 16:15:31  profilanswer
 

Bonjour,
Je viens de découvrir ce fil.
Et moi, je viens d'apprendre, en recevant la fiche matriculaire de mon arrière grand père il y a 8 jours : pourquoi, quoique je veuille en moi, j'étais toujours déprimé à Noël : mon arrière grand père a été mobilisé le 24 décembre et entrait au 287e RI le jour de Noël 1914. Comme quoi, des choses s'inscrivent dans les générations qui suivent. Un bien triste anniversaire que ce jour là.
Cordialement
Crocus
 
 

n°3213
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 11-12-2010 à 15:41:23  profilanswer
 

Bonjour, je réouvre ce sujet en publiant un extrait d'une lettre écrite par Louis Bénard (272e RI) à sa mère; premier noel de guerre; première impression d'un noel dans les tranchées de la fôret d'Argonne.
 
"Le 25 décembre 1914, jour de Noel mais plutôt noel des gueux!
Ma chère maman, eh bien tu sais le jour de noel 1914 je m'en souviendrai. Nous sommes dans les tranchées, hier soir nous avons essayé de faire reveillon mais comme bien tu penses, ce ne fut guère réussi, car il y a toujours un manque de confort (...) nous avons fait le thé et mangé un biscuit quelle fête. Un de nos camarades nous a chanté dans la tranchée Minuit Chrétien mais cela manquait d'une certaine grandeur au milieu d'une fusillade intense et une canonnade nourrie, présent de noel de nos ennemis d'en face...
".
 
Louis Bénard a survécu à quatre ans de guerre, 4 noel au front...à la fin de cette guerre il écrira dans une correspondance..."j'ai honté d'être encore envie..."
Extrait de la lettre du 25 décembre 1914. Soldat Louis Bénard 272e RI
http://img152.imageshack.us/img152/391/louisbnard272erim.jpg
Correspondances de Louis Bénard >>> ICI
 
Dans le gourbis Noel 1914 avec les hommes de la 19e Cie (Argonne)
http://img710.imageshack.us/img710/9928/argonnenoel1914.jpg
les regards m'interpellent...dans le froid, la peur du lendemain et la fraternité des copains.
 
Lettre datée du 25 décembre 1914 (tranchées près de Servon) auteur: Capitaine Pierre Quentin Bauchart" Le temps est presque beau. Ce matin, juste assez de neige pour nous rappeller que c'est le soir de Noel, et poudreriser les tranchées. Comme reveillon, j'offre à mes hommes une avance de qques mètres vers les Boches; les tranchées s'enchevêtrent et deviennent inextricables, d'autant plus que la pluspart sont innondées.
je serais plein, non seulement de courage, mais d'entrain, si je pensais au moins à vous...Merry Christmas ! quelle ironie ! "il est né le divine enfant" qui apportera aux hommes la doctrine d'amour. Mais les hommes l'ont crucifié ! et continuent...
Vaillant Noel pour les femmes et les enfants de France ! Noel c'est le jour de l'espoir
".
 
 
 
Laurent  :hello:


Message édité par Laurent59 le 11-12-2010 à 15:54:38

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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
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n°3500
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 20-12-2011 à 08:45:22  profilanswer
 

Bonjour à tous, le soldat Gaston Canivet (72e RI) blessé le 23 décembre 1914, est transféré en ambulance à Vienne le Chateau; sur place il prend le temps d'envoyer qques nouvelles à ses parents: "A  19H00, une automobile m’emmena à SAINTE MENEHOULDE . Le voyage fut pénible car nous fumes de nombreuses fois bombardés .Là, j’ai été emmené à l’ ambulance de la gare , puis nous avons été restauré et on m’a couché sur un brancard car nous étions neuf blessés. Le 24 décembre, nous sommes restés toute la journée à l’ambulance. Le matin nous fumes très bien nourris. Le 25, jour de noël le matin jus, à onze heures cigares ,  cigarettes et dessert, le midi bouillon gras."  
 
Il semble que "l'ordinaire" fut amélioré pour Noel !
 
Laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
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