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  transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

 

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transcription d'une lettre relatant la bataille de Flirey

n°1188
mahele
Posté le 16-08-2007 à 22:13:38  profilanswer
 

Voici la lettre que mon grand-père Joseph, instituteur varois, 21 ans , a écrite à sa famille  à Six-Fours :
 
Au Repos. Jeudi 8 avril 1915
Mes chers Parents.
Excusez-moi si depuis 3 jours je ne vous ai plus donné de mes nouvelles. Nous étions aux tranchées, nous avons fait une attaque terrible à la baïonnette et ensuite comme repos il nous a fallu soutenir les attaques des autres. Nous nous sommes battus comme des enragés; il n'a pas été question d'écrire, de boire, ni de manger, à peine quelques biscuits ou quelques morceaux de viande froide entre les coups de fusil. Pour vous rassurer je vais vous dire que par miracle je n'ai rien eu, à peine la manche gauche de mon imperméable traversée d'une balle qui ne m'a pas touché la peau. Voici le récit de l'affaire,récit que vous lirez aux amis et parents qui vous demanderont de mes nouvelles, car je n'ai le temps d'écrire qu'à vous.  
Le Lundi 5 avril, au soir est arrivé l'ordre de boucler le sac et de monter directement aux tranchées. On est partis sans avoir le temps d'envoyer une seule carte on a marché pendant toute la nuit ou plutôt jusqu'à 3 heures du matin. Dans les tranchées on nous a dit : " à 9 heures vous partirez à la baïonnette pour aller occuper la tranchée allemande qui n'était qu'à 50 mètres de la nôtre.à partir de ce moment l'artillerie s'est mise  à canarder les tranchées boches avec toutes les pièces disponibles, même le nouveau mortier de 220 qui est peut être la pièce actuelle la plus terrible. Jamais de la vie je n'ai entendu pareil vacarme. Tous nos obus tombaient au but voulu, faisant un mal terrible.
Je voyais les obus soulever les abris allemands et envoyer leurs habitants à des hauteurs variant de 80 à 100 mètres. Quand il est venu 9 heures l'ordre est arrivé d'attendre jusqu'à midi pour attaquer et pendant 3 heures l'artillerie a continué sa besogne d'enfer. Les Boches ripostaient coup pour coup mais à l'inverse du nôtre leur tir était absolument nul. On aurait dit que tout s'écroulait, que tout sautait, enfin, je ne sais pas comment vous faire comprendre ce qu'est un feu violent d'artillerie. A midi moins le quart nous avons tous dressé une petite échelle contre le parapet de notre tranchée pour sortir vite et tous ensemble. A midi notre artillerie a cessé le feu d'un seul coup et au signal de notre capitaine nous nous sommes élancés dehors tout le bataillon à la fois. Comme j'étais nouveau dans ce métier j'étais placé entre mon caporal et mon sergent par ma propre initiative. En une demi-minute de pas de course nous sommes arrivés au parapet arrière de la tranchée boche malgré les coups de fusil qui nous partaient dessus de tous les côtés. A ce moment les boches se sont mis à se sauver vers leur deuxième ligne. Nous étions tous couchés à plat ventre. Le premier qui est sorti devant moi a eu un triste sort; à une quarantaine de mètres je l'ai visé froidement entre les deux épaules et j'ai serré la détente. Vous devinez le reste. Il est tombé bras en croix, face à terre, raide mort. Que la morale me pardonne !  
Immédiatement après 3 boches cachés dans un trou sortent la tête et essayent de nous voir. L'un d'eux nous aperçoit couchés et abaisse son fusil pour nous viser. Mon caporal appuie son arme sur une pierre; pour plus de sûreté j'appuie mon lebel sur l'épaule de mon sergent et nous visons avec mon caporal le casque à pointe qui laissaient voir un peu de la figure. Nos deux coups partent en même temps le casque arraché de la tête de l'homme saute en tournoyant à un mètre de hauteur et le prussien s'écroule. Qui l'a touché ? le caporal ou moi, peut-être tous les deux. Nous sautons ensuite dans la tranchée boche où quelques types se rendent en nous offrant leur cigares et en tremblant de tous leurs membres. Mais le moment n'est pas fait pour fumer. Quelques uns gardent les prisonniers et nous commençons à organiser (?) la tranchée, contre les anciens occupants.tout d'un coup les Boches nous cernent de toutes parts et l'on nous crie de nous replier. Entendant crier hé! hé ! dans un boyau je regarde croyant voir mon sergent, dont j'étais séparé involontairement dans le feu de la lutte. Au lieu de mon sergent j'aperçois devant moi un gradé boche reconnaissable à une petite patte sur l'épaule c'était un adjudant sans doute, peut être un officier qui, fusil au poing ramenait ses hommes vers nous. il tournait la tête vers ses hommes et ne me voyait pas malgré qu'il ne fût qu'à 3 mètres de moi Je me suis dit :" Mon petit, tu es tranquille" je ne vais pas te rater." je dresse doucement mon fusil et je le vise froidement, à bout portant, à la nuque. A ce moment, du coin de l'oeil il a du voir le mouvement, car il s'est tourné brusquement vers moi avec des yeux féroces et en essayant d'abaisser son fusil vers moi; mais c'est tout ce qu'il a pu faire. Je lui ai fait partir mon coup de fusil à un mètre ou deux en pleine figure. Il a poussé un immense soupir de dégoût et d'étonnement un Oh! formidable et il s'est écroulé la tête broyée comme une pastèque la cervelle dehors. Lui aussi raide mort. Les autres n'ont pas osé voir venir ce qui se passait et j'ai pu me sauver dans notre tranchée poursuivi par les coups de fusil des Boches qui arrivaient. Ce n'est que mon imperméable qui a été touché. Je n'ai commis aucune imprudence, j'ai été courageux, je suis content de moi. car j'ai échappé de cette affaire. J'ai maintenant la consolation de savoir que si par malheur je n'échappe pas à une autre j'aurai descendu deux, et peut être trois de ces brutes de la garde impériale car ce sont ces être terribles que nous avons devant nous. Cette tranchée a été prise et reprise 4 ou 5 fois. Actuellement elle est à nous.
Vendredi 9 avril. Je continue la lettre; J'ai reçu deux des votres avec le billet bleu et les photos ainsi qu'une autre avec la toile émeri. Merci de tout mon coeur pour tout celà. Je me dépêche car l'on va ramasser les lettres. A l'instant je reçois une carte de Laurent et Marius Gerbaud vient me voir. Les 3 frères vont bien. Rassurez leurs parents. Je viens d'apprendre que je vais être nommé caporal. Pas trop tôt ! plus de corvée ni de faction aux créneaux.
Peyron a été blessé fortement mais je pense qu'il guérira. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour celà. Les pertes de la compagnie sont de 82 hommes ( morts, blessés, disparus).
Je vais envoyer en même temps que la lettre une carte qui arrivera peut-être plus vite . Je n'ai plus reçu de colis. Restez quelque temps d'en envoyer sinon j'en aurai trop à la fois, car tous finissent par arriver.
Merci pour les cartes envoyées par Papa.
Je termine la lettre en vous embrassant de tout mon coeur.
Bonne santé,  
Do
Le bonjour aux parents, amis et connaissances.
Inutile d'envoyer de l'argent j'en ai.

 
-   Il signait  "Do" car c'est ainsi que l'appelait sa petite soeur quand ils étaient enfants.
-   J'ai toujours vu , accroché à une patère à l'entrée du cellier, l'imperméable troué à la manche gauche, et à l'époque, je trouvais bizarre qu'il garde cette vieillerie qui aurait pu aller toute seule au lavoir si elle avait su marcher ! De même qu'il a toujours bu son café dans son quart : cela aussi, je trouvais très bizarre et peu ragoûtant. Je regrette qu'il ne nous ait pas raconté tout cela, mais tout compte fait, je ne crois pas que cela nous aurait intéressés; trop tôt !
 
Marie-Hélène
 
 


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Marie-Hélène
n°1193
mounette_g​irl
"Toto français, Porte-Bonheur"
Posté le 17-08-2007 à 11:35:13  profilanswer
 

quote]--- Je regrette qu'il ne nous ait pas raconté tout cela, mais tout compte fait, je ne crois pas que cela nous aurait intéressés; trop tôt ![/quote] Merci, Marie-Hélène, pour le mal que vous vous êtes donné afin de nous transcrire ce témoignage de votre grand-père.
Et vous avez raison, quand on est enfant, on ne mesure pas l'importance de tels récits.
Merci encore.
Cordialement.
Mounette.


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"Tes yeux brillaient moins aujourd'hui /Dis-moi, dis-moi pourquoi chère âme /Dis-moi quel chagrin, quel ennui /Mettait un voile sur leur flamme." - Sergent Ducloux Désiré, dit Gaston - 146° RI
n°1194
mahele
Posté le 17-08-2007 à 12:56:43  profilanswer
 

Merci pour votre marque d'intérêt, Mounette : aucun mal, ( je tape vite) et toujours contente de venir lire le forum.
Marie-Hélène


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Marie-Hélène
n°1195
Jean RIOTT​E
Posté le 17-08-2007 à 13:00:29  profilanswer
 

Bonjour Mahele,
Bonjour à toutes et à tous,
Belle lettre montrant bien combien l'issue d'une attaque pouvait changer très rapidement. Merci de ce témoignage. A quelle unité appartenait votre parent?
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°1196
mahele
Posté le 17-08-2007 à 13:24:04  profilanswer
 

Je ne sais si je réponds à votre demande (  unité ?) mais mon grand-père  faisait partie de la 8 ème cie du 163ème RI.
Le maire de Flirey,dans son garage de Limey, nous a fort gentiment reçus et nous a dit ne rien avoir dans sa ( minuscule) commune, pas d'argent, pas de témoignagnes, pas de photos ; il se disait un peu démuni et dépassé par l'ampleur de la tâche quand il recevait des lettres demandant des renseignements.
 Il nous a aussi beaucoup amusés en nous racontant la visite rapide de M. Estrosi, ministre délégué etc etc,( originaire des Alpes-Maritimes)  qui s'était étonné de la coïncidence  extroaordinaire : " Ah bon, Flirey comme l'avenue de Flirey à Nice?" Il est vrai qu'un ex-sportif de haut niveau ne peut pas tout savoir, même s'il vient sur le terrain en qualité de ministre. et qu'il voit sur le MAM que le 163ème était composé de soldats de 06 et 83 ........
:lol:  :ange:  
Amicalement,
Marie-Hélène


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Marie-Hélène
n°1197
Jean RIOTT​E
Posté le 17-08-2007 à 13:56:33  profilanswer
 

Re-,
Je "connais" Mr Estrossi pour l'avoir "fréquenté" professionnellement lorsque je servais pas très loin de Nice.
Oui, par unité j'entendais régiment. Merci de votre réponse.
Cordialement.
Jean RIOTTE.

n°2050
humanbonb
Posté le 07-05-2008 à 12:28:18  profilanswer
 

Bonjour à tous et à toutes,
Pour faire suite à ce post, je me permet de vous faire part des photos d'un coupe papier. Qui sait, la bataille décrite se déroulait peut être au bois de Mortmare.
 
 
http://i29.tinypic.com/2cs9a34.jpg
 
http://i28.tinypic.com/2ebeic0.jpg
 
http://i32.tinypic.com/5xptz9.jpg
 
Sur ce dernier cliché, difficle à lire mais il est écrit " A Mon Cher Papa ".
 
 
 
Bonne journée à tous.
Julien.
 

n°2074
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 15-05-2008 à 14:28:14  profilanswer
 

Bonjour,
merci pour ce superbe témoignage plein d'action et vraiment à chaud après les événements.
Il faut que je cherche dans mes photos mais je crois avoir des images du secteur Flirey-Limey.
 
Cordialement.
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP
n°2075
humanbonb
Posté le 16-05-2008 à 14:58:54  profilanswer
 

Merci à toi p.Lamy de réagir sur ce post, je suis impatient de voir les photos si tu les retrouve.
Bonne journée.

n°2079
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 19-05-2008 à 08:22:30  profilanswer
 

Bonjour,
quelques images...
http://i28.tinypic.com/4r3o28.jpg
http://i27.tinypic.com/25spl61.jpg
Cordialement
P. Lamy

n°2080
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 19-05-2008 à 08:27:19  profilanswer
 

Suite...
http://i26.tinypic.com/b9ewec.jpg
http://i28.tinypic.com/2j3o0tl.jpg
http://i32.tinypic.com/16c2pg8.jpg
La dernière planche provient d'un album du 369 e RI qui a combattu à Mort Mare et Bois le Prêtre. Je ne suis pas sûr à 1000% de la légende de l'image de gauche...
Cordialement
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP
n°2081
humanbonb
Posté le 19-05-2008 à 14:44:42  profilanswer
 

Superbe photo.
Merci à toi.
Si tu retrouve d'autres photos du genre et/ou témoignages sur les environs BLP, Flirey, Mort Mare, je suis prenant.
 
Bonne journée à toi et encore merci.

n°2082
denis33
Posté le 20-05-2008 à 20:02:30  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous.
 
Bonsoir P...
 
Merci de partager ces photos avec nous.  :bounce:  :bounce:  
 
Bien cordialement.
Denis


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Mon blog sur le 149e RI
n°2108
boucan38
Posté le 02-06-2008 à 23:28:12  profilanswer
 

Bonsoir,  
 
L'attaque décrite pa le grand père Joseph de "Mahele" faisit partie d'une tentative de l'Etat Major pour reduire la hernie de St Mihie.
 
La veille, 5 avril, et au même endroit le 157° régiement d'Infanterie Alpine avait déjà tenté de prendre les tranchées situées devant le bois de Mort Mare. Le 163° RI allait réussir à conquérir quelques mètres supplémentaires mais sans atteindre le résultats recherché. IL faudra attendre septembre 1918 pour que les américains progressent au delà des positons conquises ces jours d'avril 1915.
 
Voici un extrait de la dizaines de feuillets retraçant cette attaque, rédigés après l'épreuve par mon GP et qu'il n'a jamais montré à ses fils qui les ont découverts après sa mort plus de 50 ans après :
 
Extrait Carnet du sergent L. E. du 157ème Régiment d’Infanterie. 11° compagnie
5 avril 1915 – Flirey  Attaque devant le bois de Mortmare  
 
 
 Depuis longtemps il est question de nous faire attaquer les tranchées ennemies, en avant de nous, à gauche du bois de Mortmare, car ces tranchées sont établies sur la crête au nord de Flirey, dans une position dominant toutes nos lignes et nos boyaux de défense.
 
 Plusieurs régiments se sont succédés dans le secteur et le nombre de cadavres étendus entre les deux lignes montre clairement que des efforts ont déjà été fait dans le but de déloger les boches. Cette fois il faut que la position soit enlevée, et elle le sera !
 
 Les bruits d’attaque vont en se précisant de plus en plus et, bien qu’aucun avis officiel n’en ait été donné, tous les hommes savent très bien que quelque chose doit se passer. D’ailleurs depuis plusieurs jours l’artillerie est beaucoup plus active et tape sans relâche sur les tranchées ennemies et, principalement sur leur première ligne et les réseaux de fil de fer.
 Les 75 et une batterie de 220  font un travail merveilleux. Les derniers, surtout envoient un projectile de 180 kg que l’on voit parfaitement dans sa trajectoire, presque depuis l’horizon jusqu’à son point de chute où l’explosion se produit, creusant un entonnoir formidable. Un jour à la relève nous rencontrons une batterie de Rimailhos qui monte prendre position. A Bernécourt d’autres batteries sont prêtes à l’imiter avec d’innombrables caissons de munitions. Ca va sûrement barder.
 
 Le 3 avril au matin nous descendons au bois de la Hazelle en soutien. Il pleut toute la journée et nous passons un jour mélancolique, accroupis dans les abris souterrains. La nuit se passe sans incident.
 
 Le lendemain, 4 avril, c’est le jour de Pâques ; le calendrier seul a pu nous l’apprendre car rien autour de nous ne peut nous l’indiquer. Nous passons aussi tristement cette journée que la précédente. Le soir, à la tombée de la nuit, le Capitaine fait distribuer des piquets, des rouleaux de fil de fer que les hommes devront emporter avec eux,  pour fortifier les positions conquises. On retire les couvre-pieds, les peaux de moutons et on ne laisse aux hommes que leur toile de tente qui, roulée en boudin, se porte en bandoulière. On distribue des pantalons bleus ; chacun a ordre d’en revêtir un car les boches considèrent parait-il, comme franc tireur les hommes ayant des pantalons de velours et drap divers et fusillent les prisonniers sans autre forme de procès. Ces diverses occupations se succèdent dans l’étroite cagna, à la lueur d’une distante bougie. Certains épluchent leur correspondance et brûlent tous les feuillets portant des injures ou des railleries à l’adresse de l’ennemi car un simple papier de cette nature peut être fatal au porteur s’il est pris.
 
 
 Une fois tout cela mis en ordre, on s’allonge pour goûter avant le départ quelques dernières minutes de sommeil. A deux heures du matin, un agent de liaison vient nous appeler. Le rassemblement est effectué et nous partons dans l’obscurité, en colonne par un dans l’étroit sentier sous les arbres. La pluie vient à peine de cesser et, des arbres mouillés tombent au moindre souffle de larges gouttes. Il fait froid, une boue épaisse et gluante recouvre le sol, rendant très pénible la marche en avant. Nous traversons la voie ferrée où nous nous joignons au reste de la Compagnie. Nous traversons le vallon de la Carrière pour rejoindre la route et, toujours dans une obscurité profonde nous prenons le chemin des tranchées passant sous le grand viaduc affaissé.
 
 Les 1er et 3ème bataillons, je crois,, ont pris part à l’attaque ce jour là, je ne parle que du 3ème que j’ai vu à l’œuvre. Le front d’attaque est la partie comprise entre la voie ferrée et la route d’Esseys. Nous arrivons en 3ème ligne et nous nous arrêtons pour laisser passer devant les compagnies premières à marcher. Voici l’ordre d’attaque : 9° et 12° bondissent à la première ligne boche et s’en emparent, la 10 passe en notre première, la 11 en notre deuxième. Ensuite la 9 et 12 bondissent en 2° ligne boche, la 10 suit en première boche et la 11 en première nôtre pour fournir des renforts si besoin est et approvisionner les fractions qui précèdent. Une compagnie du Génie marche avec nous. Une partie avec notre première ligne sautera dans les tranchées boches et s’empressera de détruire les mines qui pourraient y être préparées pour nous faire sauter. Le restant muni d’outils, se précipite en avant de la tranchée sur un tracé probablement déterminé et se livre aussi rapidement que possible au creusement des boyaux de communication devant permettre le ravitaillement en vivres et munitions des fractions installées en tranchées conquises.
 
 Les diverses unités prennent la place qui leur est assignée pour cette journée. Le jour se lève, brumeux, mais il ne pleut pas. Les cuisiniers apportent la soupe et le café et s’empressent de déguerpir car ils ne tiennent pas à se trouver là durant l’action. L’artillerie se met à donner avec une grande violence sur les tranchées boches qui sont en un instant recouvertes d’un nuage de fumée. Les boches ne sont pas longs à répondre et leurs projectiles rappliquent en nombre. Ils sont heureusement mal dirigés et tombent presque tous en arrière de la ligne, dans les champs, où ils ne font aucun mal.
 
 9 h du matin : on dirait que toutes nos pièces d’artillerie sont déclenchées par un même et unique ressort, et violente est la rafale qui, à ce moment précis passe au dessus de nos têtes. C’est la préparation de l’assaut qui commence. Elle doit durer 45 minutes, et dix mille obus, m’a-t-on dit, doivent tomber en ce laps de temps sur un front de moins d’un kilomètre.
 
 Cette opération est vraiment fantastique. Les boches comprenant que le moment approche, et que nous sommes prêts à bondir, font donner à toutes leurs pièces le maximum et vraiment, bien que très inférieur au notre la densité de leur bombardement est supérieure à tout ce que j’avais vu jusqu’ici. Aucun mot de la langue française n’est assez fort pour donner une idée, si petite soit-elle, des impressions de l’homme perdu dans cet enfer. Le fracas est étourdissant, les détonations de départ et explosions d’arrivée sont si rapprochées les unes des autres que leur fracas se touchent pour ainsi dire, et se réunissent en un fracas immense, surhumain dont la terre est ébranlée. A ces détonations se joint le bruit que font durant leurs parcours les projectiles, ronflements, sifflements, déchirements. Et en plus encore, les bruits plaintifs et gémissant des éclats qui de toutes parts volent et tombent au hasard avec un bruit mat. A cela s’ajoute encore le roulement que produisent en retombant les débris que les percutants projettent dans le ciel. Les débris chassés par chaque explosion montent en forme de cône dont la pointe est le point de l’explosion et tous ces cônes arrivent à se toucher les uns les autres et à former au dessus du sol une espèce de nuage mouvant sans cesse renouvelé, aux particules montant et retombant sans arrêt. Je ne puis donner de cette fournaise une description plus complète et je me rends compte qu’elle ne donne pas une idée si petite soit-elle du chaos que je voudrais faire entrevoir.
 
 Au milieu de tout ce fracas et de cette pluie mortelle, nous sommes sans un mot, serrés les uns contre les autres, baissés le plus possible dans les tranchées pour offrir le moins de superficie, nous attendons notre heure.
 
 L’intensité du bombardement diminue de notre côté, le moment de l’assaut approche, nos sections se portent dans les boyaux pour être prêtes à garnir rapidement les secteurs prescrits. Je marche immédiatement derrière une section de la 10° qui, elle aussi s’approche. Nous avançons, accroupis les uns derrière les autres car les Boches, comprenant que nous nous préparons à bondir font donner à leur artillerie son maximum. Ils ne pointent pas bien et doivent être sûrement amochés par les nôtres, car si tous leurs coups portaient aucun de nous ne serait sorti vivant, et les tranchées démolies nous auraient servi à tous de tombeau. Toutefois, à un moment donné, un grand souffle brûlant m’a projeté en arrière et un grand cri s’est élevé devant moi : une grosse marmite venait de tomber dans le boyau et je n’ai été protégé de ses éclats que par le corps des malheureux qui me précédaient. Ce fut horrible, les deux hommes qui reçurent le projectile disparurent, projetés en mille pièces dans toutes les directions, quatre de plus furent tués sur le coup avec des blessures horribles, un entre autres décapité et les deux jambes sectionnées, et cinq au moins ont été blessés, certains peu gravement ont dû continuer le mouvement car on ne peut sortir d’un boyau quand il est occupé. Deux malheureux dans l’impossibilité de marcher restèrent accroupis dans la boue et pendant des heures les compagnies de renforts durent les enjamber.
 
 Ce furent les premiers que je vis tomber ce jour là, le sort a voulu que je ne fusse pas du nombre, je l’ai échappé belle puisque le dernier blessé est l’homme qui me précédait exactement. J’ai dû faire appel à tout mon courage pour vaincre l’horreur qui m’avait fait dresser les cheveux sur la tête et cirer à mes hommes de ne pas bouger. Il n’y avait pas à reculer, au contraire. Le mouvement avant ayant repris, j’ai dû le premier fouler ces cadavres pantelants qui s’enfonçaient peu à peu dans la boue, marcher dans leur sang et frôler des parois où des lambeaux de cervelle et de chairs étaient plaquées,. Quelle horreur !
[/i]

n°2110
humanbonb
Posté le 03-06-2008 à 13:44:28  profilanswer
 

Superbe témoignages !!!
Merci à toi.
 
Si d'autres personnes retrouvent ce genre d'écrit, je suis prenant bien évidemment.
 
Bonne journée.
Julien.

n°2111
boucan38
Posté le 04-06-2008 à 07:37:54  profilanswer
 

Bonjour,
 
Je vais poursuivre donc, puisque que certains marquent y trouvent de l'intérêt. La frappe de ce récit qui retrace l'action du 2° bataillon du 157° le 5 avril à Flirey.
Mon GP était en soutien et a "assisté" à l'action sans pouvoir directement y participer compte tenu de la désorganisation de la chaîne de commandement
 
Je m'y met dès que possible.
 
Bonne journée  
 
Marc  

n°2112
humanbonb
Posté le 04-06-2008 à 12:20:17  profilanswer
 

Merci à toi, c'est très sympatique de ta part.
Si cela t'interesse, j'ai une photo de la croix qui a été érigée en l'honneur du sergent Rocas tombé en 1915 il me semble au bois de Mortmare.
 
Bonne journée.

n°2208
gatsby
Posté le 16-07-2008 à 11:14:03  profilanswer
 

La ville de nice organise pour 20 élèves de troisième un déplacemnt à flirey du 12 /09/08 AU 14/09/08. Le collège où je suis enseignante d'histoire a été choisi je recherche des renseignements sur le 163 RI donc afin de proposer un dossier à mes 2 classes de 3éme dont seulement 4 élèves ont été choisis. je recherche des photos , d'autres lettres de poilus des noms de poilus ayant intégré ce régiment, tout ce qui vous paraît utile et interessatn pour des jeuns de 14 ans.  
D'avance je vous remercie pour votre aide et contribution  
nicole  

n°2209
humanbonb
Posté le 16-07-2008 à 20:48:36  profilanswer
 

En espérant que cela leur plaise.
En tout cas, à Flirey et dans ses environs, il y a de quoi visiter.
 
Bonne soirée.
 
 
PS: une autre lettre avait été publié dans cette même rubrique, j'y avais d'ailleurs posté quelques photos prise il y a quelques années.
 

n°2325
humanbonb
Posté le 30-10-2008 à 18:00:01  profilanswer
 

Bonjour,
Gatsby alias Nicole, j'aimerais savoir comment s'est déroulé ce déplacemet à Flirey ?
 
Par ailleurs, je suis toujours à la racherche de toute sorte de document sur le Bois Le prêtre, Flirey ainsi que la ville de Pont à Mousson et le bois de Mortmare.
 
 
Bonne journée à tous.
Cdlt Julien.

n°3467
zoof
Posté le 24-11-2011 à 17:42:00  profilanswer
 

Bonjour je remonte le post pour indiquer une photo d'impact de 220 postée ici.
Bonne journée
 
Adrien
 
http://pages14-18.mesdiscussions.n [...] _354_1.htm


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