Bonsoir,
A ce sujet, voici deux extraits du journal de guerre d'Yvonne Bufaumène, une jeune fille de 22 ans en 1916 qui habitait Garches en région parisienne. Dans ses écrits elle ne précise pas qu'elle entend le canon du front de Verdun. Elle en fait quand même part à 2 reprises mais pour d'autres combats.
Voici ce qu'elle écrit le 14 juillet 1916 : "Plusieurs soirs, nous entendons très sourdement le canon du front." Il s'agit là de la bataille de la Somme.
Et à la date du 20 juillet 1918, ce témoignage très impressionnant :
" Cette nuit du 14 au 15, nous sommes réveillées vers minuit, peu après nous être endormis, par un roulement continu et tel que nous n’en avons jamais entendu qui nous fait sauter toutes deux à bas de nos lits pour courir à la fenêtre. C’est un véritable feu roulant qui n’a rien de commun avec les tirs de barrage contre avions. Du reste, pas d’alerte. Nous en concluons que c’est le canon du front que nous entendions du reste très distinctement depuis plusieurs jours et nuits, mais sans comparaison avec ce roulement impressionnant qui augmente à mesure que nous l’écoutons, et ce qui étonne beaucoup, ce sont des lueurs semblables à des éclairs qui traversent le ciel et correspondent à chaque coup dominant le roulement qui devient tel vers 1 h ½, entre autres deux coups très secs qui de nouveau nous font supposer un raid d’avions. Puis la canonnade diminue tant soi peu. Mme Guion nous demande par le plafond « ce que nous en déduisons » (sic), Mr Guion monte au 4ème. Toutes les têtes apparaissent aux fenêtres et commentent sans savoir, les suppositions vont leur train. Toutes trois, nous avons le cœur serré tant cette canonnade continue est impressionnante dans le grand calme de la nuit. Si c’est le canon du front, nous disons-nous, quelle formidable offensive est donc déclenchée ? Nous ne nous recouchons que vers 2 h ½, le roulement beaucoup plus faible du côté de la chambre à Mère diminue quoique toujours très continu, et nous finissons par nous rendormir après cette nuit impressionnante que nous venons de passer.
Le lendemain matin, comme nous nous en doutions, les journaux ne parlent pas encore d’offensive mais disent seulement, en dernière heure, que les Parisiens n’ont jamais perçu aussi distinctement le canon du front que cette dernière nuit. [...]
C’était donc bien le canon du front que nous avions entendu cette dernière nuit, et les lueurs inexplicables que nous voyions dans le ciel n’étaient autres que celles produites par notre contre-préparation d’artillerie du côté de Villers-Cotterets qui avait précédé, disent les journaux, de quelques heures l’offensive ennemie. Nous ne regrettons pas de nous être levées car nous ne reverrons peut-être pas ce spectacle impressionnant et n’entendrons sans doute plus intensément à ce point la lointaine canonnade du front. Nous la percevons encore ces jours-ci, la nuit surtout, mais ce n’est plus ce roulement inoubliable. "
Frédéric S.