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  Lieutenant Jean Arpheuil, as de la grande guerre.

 

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Lieutenant Jean Arpheuil, as de la grande guerre.

n°14771
dtb
Posté le 11-08-2012 à 18:00:39  profilanswer
 

Salut tout le monde,
 
Plusieurs d'entre vous ont pu suivre mes recherches sur les grands as de 14-18 dont plusieurs bios sont parues dans la presse aéro. Il y avait cependant un as en bas du tableau, nommé Jean Arpheuil et titulaire de 5 victoires, qui me chiffonnait car c'était le seul pour lequel je n'arrivais pas à trouver une photo et pour lequel on ne savait rien , l'historien Suisse Porret ne laissait rien de tangible sur lui dans son ouvrage sur les as paru à la fin des années 1970. Un pilote presque anonyme, qui n'est pas passé au communiqué.  Comme je suis d'un naturel borné, j'ai profité d'une visite au SHD pour voir son dossier individuel et faire le tour de la documentation disponible à son sujet.  
 
Je vous livre sa bio et une mauvaise photo découpée sur une vue d'ensemble de l'escadrille... C'était un gars qui a passé la guerre à se faire casser la gueule. Et loin de l'agitation médiatique des grands as.  
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/2927/Portrait%20arpheuil.jpg
 
Jean Henri Maurice Arpheuil nait le 6 octobre 1892 à Montluçon, dans l’Allier, où son père est le maître d’hôtel de l’hôtel de la gare. Plutôt grand pour l’époque (1.78 m), il perd son père assez tôt et hérite peut-être de la petite affaire paternelle car il est déclaré exercer la profession de maître d’hôtel avant sa mobilisation sous les drapeaux qui survient le 8 octobre 1913.
 
Il est incorporé au 121e Régiment d’Infanterie en tant que simple soldat. Bien noté par ses supérieurs, il est promu au grade de caporal le 17 février 1914. Quand survient la première guerre mondiale au mois d’aout, il est toujours sous les drapeaux et prend immédiatement part aux premiers engagements. Ses qualités de meneur d’hommes se révèlent vite car il est rapidement promu au grade de sergent le 2 septembre 1914, un mois où son régiment est particulièrement éprouvé, puis est nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 15 octobre suivant.  
 
Le 5 janvier 1915, il dirige une reconnaissance sur la commune de Saint Aurin dans la Somme. Un tir ennemi le touche d’une balle explosive à la figure et au dos.  Il est alors évacué à l’hôpital de Breteuil et en sort le 28 avril 1915 pour partir en convalescence, gardant de cette mésaventure une cicatrice à la joue gauche, mais aussi sa première citation (à l’ordre du régiment) obtenue le 8 janvier 1915 : « A été blessé au cours de petites opérations où il a montré de sérieuses qualités de courage et de sang-froid ».
 
De retour à son régiment le 8 juillet suivant, il part dès le lendemain effectuer un stage de mitrailleur jusqu’au 4 août où il revient au front diriger sa section de mitrailleuses. Il combat sans relâche jusqu’à la fin de l’année 1915 et est victime d’une seconde blessure par balle le 14 décembre 1915, touché au dos superficiellement dans le secteur d’Armancourt. Soigné sur place, il est retiré du front le 16 janvier 1916 pour suivre un nouveau stage au Centre d’Instruction des Mitrailleurs du Havre dont il revient le 14 février 1916.
 
C’est là qu’il effectue une demande, datée du 18 février 1916, pour être intégré dans l’armée d’active. Bénéficiant de l’appui de son chef de corps, sa demande est acceptée et il est aussitôt nommé sous-lieutenant à titre définitif. Il repart dans les tranchées pour deux mois de combats. Mais le 23 avril 1916 il est de nouveau envoyé à l’hôpital, à Compiègne, pour se faire soigner de la fièvre Typhoïde. Pour ceux qui ne sauraient pas, Wikipedia nous informe que la contamination de cette maladie se fait par l'ingestion de boissons ou aliments souillés par les selles d'un homme infecté, malade, ou porteur sain... on ne connaît pas l'eau de javel dans les tranchées.
 
Son retour au front le 1er juin est de courte durée : il est touché 12 jours plus tard dans le secteur de la ferme Quennevières par une explosion de torpille dont quatre éclats le blessent aux reins. Évacué une fois de plus vers un hôpital militaire, à Pierrefonds, il y reste jusqu’au 12 juillet pour bénéficier d’un congé de convalescence qu’il passe dans la capitale et en profite pour se marier le 10 août 1916 avec Mademoiselle Madeleine Horiot à la mairie du 11e arrondissement de Paris… Mais la lune de miel sera sans doute perturbée par l’état de santé de l’époux, qui doit être hospitalisé de nouveau à l’hôpital militaire n°53 de Vichy le 8 septembre 1916, dont il ne sort que plus de deux mois plus tard, le 20 novembre 1916, pour revenir au front.
 
Il a entretemps été nommé (le 15 octobre) au grade de lieutenant à titre définitif. Ses blessures successives le rendent sans doute inapte au combat d’infanterie car il est transféré dans l’aviation le 15 janvier 1917 en tant qu’élève-pilote, à l’école d’Avord où il reçoit son instruction élémentaire de vol. Passant avec succès les épreuves sur Caudron, il obtient le brevet militaire n°5861 à l’école de Tours le 8 avril 1917, complété par le brevet civil (n°5907) qui lui est donné le 18 mai suivant.  
 
Il ne tarde pas à recevoir sa première affectation en escadrille et gagne la SPA 151 le 16 juin 1917, une unité de création récente stationnant à Chaux près de Belfort et dirigée par le Lt Gérard Armanrich dont il devient l’adjoint. Il y effectue ses premières missions sur chasseur Nieuport sans évènements particuliers car le secteur est assez calme… Il bénéficie d’ailleurs d’une permission du 23 août au 5 septembre 1917. La journée du 20 octobre 1917 va tirer l'unité de sa routine quand une alerte aux Zeppelins réveille les pilotes et les fait décoller à l'aube à la recherche de dirigeables égarés en revenant d'un raid sur l'Angleterre. Deux aviateurs de la N 151 seront cités pour avoir repéré et attaqué le Zeppelin L 50 qui finira son voyage à la dérive en Méditerranée.  
 
On ne sait pas si Arpheuil décolla ce jour-là. Il bénéficie d’une seconde permission du 24 novembre au 10 décembre 1917 où il peut retrouver sa jeune épouse. Il reviendra à Paris peu après, le 26 décembre, pour suivre au groupement des divisions d’entrainement du Plessis-Belleville un stage de transformation sur chasseur SPAD qui va équiper l’unité désormais rattachée au Groupe de Combat 16. Revenu à l’escadrille le 11 janvier 1918, il bénéficie d’une nouvelle permission du 20 février au 7 mars 1918.  
 
La SPA 151 va alors être affectée dans l’Oise où vont venir les offensives allemandes de printemps. Les affrontements avec l’aviation allemande se font bien plus fréquents et les premières pertes au combat touchent l’escadrille. Pour Jean Arpheuil, c’est l’occasion d’inaugurer son palmarès le 27 mai 1918 quand il attaque une patrouille de 5 chasseurs ennemis, en touchant probablement un qui ne lui sera pas homologué. Le lendemain il récidive et le cahier de compte rendu des opérations aériennes note « Le Lt Arpheuil attaque un biplan, qui, après s’être mis en vrille, se brise en l’air et tombe dans nos lignes près de Ressons-sur-Matz. » La victoire lui sera homologuée et à peine trois jours plus tard, soit le 31 mai, il en remporte une seconde en collaboration avec le Sgt Thelot en abattant en flammes dans les lignes françaises un biplace ennemi. Continue sur sa lancée et abat un autre biplace le lendemain 1er juin à St-Léger-au-bois, en collaboration avec le Sgt Letu.
 
Ces trois victoires homologuées en un temps record lui valent une citation à l’ordre de l’armée décernée le 19 juin (qui ne parle que de sa 1ere victoire), puis sa nomination comme chevalier de la légion d’honneur le 3 juillet : « Officier d’une très grande valeur morale. Blessé 3 fois dans l’infanterie et passé dans l’aviation de chasse. A toujours été pour les pilotes de l’escadrille un exemple de succès et de courage. A mené de très nombreux combats, revenant souvent avec son appareil criblé de balles. A remporté récemment sa 2e victoire en abattant en flammes dans nos lignes un appareil de reconnaissance ennemi. 1 citation ». Sa 3e victoire lui vaut une 3e citation à l’ordre de l’armée qui lui est décernée le 14 juillet 1918. Il remporte une 4e victoire le 20 juillet suivant en abattant seul un biplace ennemi. Bénéficiant d’une nouvelle permission bien méritée du 25 au 31 juillet, il reçoit sa 4e citation à l’ordre de l’armée le 9 août suivant.  
 
En tête du palmarès de son escadrille, il est alors désigné le 13 septembre 1918 pour prendre le commandement d’une nouvelle unité, la SPA 170 stationnant dans les Flandres et dépendant du GC 23. Il gagne son unité le 28 septembre mais n’y restera pas longtemps, le temps de remporter une 5e victoire aérienne le 14 octobre 1918, lui occasionnant une nouvelle citation. Il contracte la grippe, sans doute la grippe espagnole qui touche de nombreux soldats, et doit être évacué à l’hôpital de Dunkerque le 27 octobre 1918.
 
Commence alors pour lui une longue descente aux enfers dans les hôpitaux militaires et sanatoriums, aggravée par la nouvelle du décès de sa mère. Placé en congé de convalescence, il fait une rechute en janvier 1919 et son hospitalisation est prolongée. Il est rayé des contrôles de son escadrille le 28 février 1919 et se retrouve en traitement à Nice, où un médecin militaire diagnostique une laryngite post-grippale chronique et une pleurésie contractée en service. Il est envoyé en convalescence pour 3 mois, et le 8 juin 1919 est envoyé à l’hôpital auxiliaire n°6 de Pau, puis l’hôpital n°34 le 1er juillet suivant. Une commission de trois médecins militaires se réunit le 4 décembre 1919 et conclut à sa radiation des cadres avec une invalidité à 100%. Très malade des poumons, la voix constamment voilée, il a maigri de 22 kg. Il est alors démobilisé et déclare se retirer à Pau. Il ne survivra que six mois, décédant le 26 juin 1920 à 22 heures au sanatorium de Cambo-les-Bains. Seul et célibataire, si l’on en croit l’officier d’état-civil qui rédige l’acte de décès... Son épouse l'aurait-elle quitté ?
 
Rideau. Abimé par la guerre et décédé peu de temps après, comme des milliers d'autres morts des suites des gaz de combat ou dont l'organisme affaibli a lâché à la première maladie passée à portée.  
 
Si vous aviez quoi que ce soit à rajouter sur lui, n'hésitez pas à alimenter ce post. Je reste toujours étonné comment de nos jours, grâce à Internet qui permet de rassembler rapidement des morceaux d'un puzzle d'archives, on arrive à redonner vie à un fantôme.
 
DTB

n°14773
Bobrah
Popote de l'aviation Salonique
Posté le 12-08-2012 à 22:34:57  profilanswer
 

Bonjour Monsieur,
Merci pour cette biographie très intéressante et bien écrite.
 
Cordialement.
Nicolas.


Message édité par Bobrah le 14-08-2012 à 11:13:11
n°19285
chervalier
Posté le 24-05-2014 à 14:36:57  profilanswer
 

Merci, dtb, pour ce beau récit.  
Internet a fait lien sur ce texte grâce à la recherche "rayé des contrôles de sa compagnie".
 
je cherche à quelle bataille mon GP a été gazé et je suppose que c'est fin juillet 1918 quand il est "rayé des contrôles" de la compagnie de pontonniers 23_1 (dont le JMO n'est pas en ligne).
En effet, sa fiche militaire n'indique aucune affectation avant début janvier 1919, à la 3_3T, pontonniers en partance pour le Palatinat (armée d'occupation et Service de la Restitution industrielle).
 
Vous qui êtes un habitué des recherches, pouvez-vous me donner votre impression?
Merci
eth

n°19306
gerault
Posté le 25-05-2014 à 21:38:09  profilanswer
 

Bonsoir et merci de nous offrir les résultats de ce formidable travail, David !!
Une âme de plus qui ne hantera plus les champs de colza et autres zones d'activités qui furent en d'autres temps des champs d'aviation.  
 
Gérault

n°19449
jeanba
Posté le 02-07-2014 à 15:46:42  profilanswer
 

Très intéressant, merci

n°19454
dtb
Posté le 03-07-2014 à 00:58:32  profilanswer
 

jeanba a écrit :

Très intéressant, merci


 
Salut à tous,
 
Voici, en complément de sa bio, à quoi pourrait ressembler son appareil personnel - sous toutes réserves, n'ayant pas de photo.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/2927/SPAD%20XIII%20n°00000%20Esc%20151%20Arpheuil%20-%20Hypothetique.jpg
 
Si vous avez la moindre info sur le bonhomme, n'hésitez pas à alimenter le post.
 
Cordialement,
DTB

n°19455
jeanba
Posté le 03-07-2014 à 09:06:13  profilanswer
 

message supprimé


Message édité par jeanba le 26-01-2015 à 16:52:34
n°19457
Guy Rufray
Posté le 03-07-2014 à 18:41:57  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Voici un Spad 13 de la 151 avec le n° 2. Je ne sais pas si c'est celui de Jean Arpheuil, je n'ai pas de lieu ni de date pour cette photo.
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/2697/Spad%2013%20SPA%20152%202%20w.jpg
 
Cordialement
Guy


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Guy Rufray
n°19812
fredo64
Posté le 16-09-2014 à 13:51:46  profilanswer
 

bonjour,
 
MdH nous donne un Jean Henry Maurice ARPHEUIL, qui correspond à celui de DTB.
la base Léonore nous donne un Jean Marie Maurice, sans indication de date ni de lieu de naissance, Ltt de réserve au 121e RI, qui décède le 26.06.1920 à Cambo-les-Bains, Basses-Pyrénées (64).
 
je n'ai rien de plus.
pour info, Cambo ne répond pas aux demandes d'actes d'Etat-Civil :-(
 
cdlt,
Fred


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"Si Dieu voulait interdire de boire, aurait-il fait vin si bon?" (Richelieu).
n°19820
dtb
Posté le 17-09-2014 à 00:12:02  profilanswer
 

C'est le même gars... Léonore s'est gourée, et moi aussi. J'ai l'acte de décès, il a quitté ce monde le 29-06-1920 à Cambo les Bains (et non le 26). Et l'acte de décès précise bien Jean Henri Maurice comme prénom.
 
Cdlt,
DTB

n°19821
IM Louis J​ean
Posté le 17-09-2014 à 08:00:26  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
On trouve effectivement un Jean Henry et un Jean Maurice, tous "deux" lieutenants aviateurs du 121e RI!
 
http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k6366577q.f12&l=4&r=1124,1348,69,257
source Journal Officiel du 20 janvier 1919
 
http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k6371818m.f16&l=4&r=3168,468,145,254
source Journal Officiel du 01 octobre 1918
 
 
Jean Arpheuil était un sportif accompli avant-guerre. Il a obtenu de nombreuses places d'honneur dans des courses cyclistes locales. C'était de famille puisque son père, Jean, décédé en 1912, était président de l'USM de Montluçon, et son frère Maurice, décédé prématurément en 1911, a participé également à de nombreuses courses cyclistes.
 
Jean Arpheuil est le héros de Moulins de l'opération « 100 villes, 100 drapeaux, 100 héros »  
La Montagne
 
 
Diverses coupures de presse :
 
http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k61394436.f10&l=5&r=1702,434,116,432
Bulletin officiel de l'Union vélocipédique de France
 
http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k54121696.f6&l=5&r=1474,1260,150,425
Union vélocipédique de France
 
http://gallica.bnf.fr/proxy?method=R&ark=bpt6k565128v.f4&l=4&r=180,2564,485,196
Le Petit Parisien
 
Cordialement
Étienne


Message édité par IM Louis Jean le 17-09-2014 à 08:28:59

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<< On peut critiquer les parlements comme les rois, parce que tout ce qui est humain est plein de fautes.
     Nous épuiserions notre vie à faire le procès des choses. >> Clemenceau
n°19822
jeanba
Posté le 17-09-2014 à 09:54:55  profilanswer
 

supprimé


Message édité par jeanba le 26-01-2015 à 16:51:50
n°19823
fredo64
Posté le 17-09-2014 à 12:26:27  profilanswer
 

dtb a écrit :

C'est le même gars... Léonore s'est gourée, et moi aussi. J'ai l'acte de décès, il a quitté ce monde le 29-06-1920 à Cambo les Bains (et non le 26). Et l'acte de décès précise bien Jean Henri Maurice comme prénom.
 
Cdlt,
DTB


 
bonjour,
puisque vous avez réussi à obtenir l'acte, pourriez-vous me communiquer la cause du décès, si indiquée, svp?
 
merci d'avance,
cdlt,
Fred


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"Si Dieu voulait interdire de boire, aurait-il fait vin si bon?" (Richelieu).
n°19833
dtb
Posté le 17-09-2014 à 23:29:02  profilanswer
 

Bonjour tout le monde,
 
Vous n'avez jamais la cause du décès dans un acte d'état-civil ! On peut s'en douter, puisque le lieu du décès est le sanatorium de Cambo. Son dossier contient le rapport des médecins qui préconisent sa réforme - voir mon article plus haut.
 
Cdlt,
DTB


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