Bonjour à tous,
N'ayant pu, pendant pas mal de temps, visiter le forum, je fais remonter ce sujet.
Pour ma part, lors de ce 11 novembre, comme depuis une bonne vingtaine d'années mais en des lieux différents, j'ai distribué, à Saint-Gaudens (31), un tract intitulé "Mémoire hémiplégique".
La plupart des personnes qui reçoivent ce texte ne réagissent pas (indifférence, mépris??). Certaines le font, la plupart pour me taxer d'irrespect envers les combattants (ce qui est un comble!). Peu importe, mon but est qu'il y ait échange et d'amener une lecture des événements, une vision du souvenir qui ne sont pas véhiculées lors de ces cérémonies.
Voici le texte diffusé. Il est, bien entendu, a la disposition de quiconque souhaite l'utiliser.
"Mémoire hémiplégique
Comme pour chaque commémoration, cette année encore, les orateurs des discours officiel feront comme si. Comme si tous les combattants, aux noms gravés dans la pierre, tous, sans exception, avaient perdu leur vie suite à un engagement volontaire. Comme si leur mort était un sacrifice librement consenti, au nom de valeurs auxquelles ils adhéraient. On renouvellera cette mystification, qui n’est qu’une vue de l’esprit mise en avant par ceux, d’hier et d’aujourd’hui, qui tentent de justifier un tel gâchis de vie humaine. On paraît moins barbare en envoyant à la souffrance et au massacre des gens consentants.
Bien sûr, beaucoup de « Poilus » sont morts dans cet état d’esprit, par sentiment national, pour la défense de la patrie, pour une certaine conception de la liberté et de la fraternité. Cela est indéniable et c’est tant mieux ; car mieux vaut mourir pour une conviction que pour rien. Mais il s’agit d’exceptions.
Il suffit de s’intéresser quelque peu à cette période, et notamment aux écrits et correspondances de ceux qui subissaient quotidiennement la misère du front, pour s’apercevoir de l’immense décalage entre la pensée du combattant et la version officielle. Si cette distorsion n’étonne en rien durant la période concernée, la désinformation et la manipulation étant des armes essentielles utilisées par les autorités lors des conflits, comment ne pas s’offusquer qu’elle soit toujours aussi manifeste aujourd’hui.
Car combien de « malgré nous » parmi les troupes ? Combien de personnes qui bien souvent partirent effectivement au front avec la « foi », mais qui devant tant d’horreur, de misère, d’irrespect finirent par la perdre. Mais une fois enrégimenté, tout un faisceau de facteurs (dont les principaux sont certainement l’oppression militaire, la culture de l’obéissance, le regard des autres) fait qu’il existe peu de possibilité de quitter les rangs. Alors ces « malgré nous », résignés face à l’ampleur des événements et l’absence d’alternatives, avec pour seule espérance de rentrer chez eux vivants, continuèrent de mourir. Mourir au nom d’un combat auquel ils n’adhéraient plus. On peut pourtant, aujourd’hui, lire leur nom sur les monuments, sous l’épitaphe « Morts pour la France ».
Il est inadmissible que plus de 90 ans après l’Etat, sûr de son bon droit, continue à entretenir cette manipulation intellectuelle. Il participe, et avec lui tous ceux qui proclament un tel discours, à une récupération scandaleuse de la pensée de ces combattants. Après avoir détruit leur corps, on pille leur conscience. Ils seront les éternels vaincus car ce sont toujours les vainqueurs qui dictent l’Histoire …
Cette vision unilatérale des événements est intolérable. Tout un pan de la réalité est sciemment occulté par reniement d’éléments historiques parfaitement connus. Si comme l’affirme Marc Ferro « on utilise l’Histoire selon les nécessités du présent », nous ne pouvons que nous inquiéter sur le pourquoi de cette manipulation.
A tous ceux morts malgré eux.
La Der des Ders
Hameau de Chinchouret
31160 ARBAS
Fraternellement
Jean-Marie Donat