Bonsoir,
Dans le plan Schlieffen n'était-il pas prévu que pour notamment envelopper les forces françaises de manière efficace, il fallait consentir à céder du terrain en Alsace, et ce progressivement, afin que les français, s'enfonçant loin en avant, soient plus facilement contournable ? La résistance des contingents bavarois lors des offensives françaises auraient alors finalement aussi une part dans l'échec allemand de la marne non ?
Bonne question ! Mais ne pas confondre le plan Schlieffen tel qu'il l'avait élaboré et celui de 1914. Il est vrai que Schlieffen avait envisagé une entrée en masse des français en Alsace et même au delà, un "ventre mou" destiné à mieux les tourner grâce à des forces considérables passant par où l'on sait. Mais d'après ce que j'ai lu, Moltke n'acceptait pas cette éventualité et a donc fortement diminué "l'aile marchante", comme disent les spécialistes.
En cas de guerre et compte tenu des alliances, l’Allemagne devait agir sur deux fronts, à l’ouest contre la France, à l’est contre la Russie, mais il lui était naturellement impossible de mener des opérations de grande envergure contre les deux en même temps. Il lui fallait réduire ses deux adversaires successivement, et il restait à déterminer lequel attaquer en premier. Les plans élaborés après la guerre de 70 et jusqu’en 1894 par le maréchal de Moltke puis par le général de Waldersee, prévoyaient une attitude défensive contre la France et offensive contre la Russie. A partir de 1894 le Comte Schlieffen, leur successeur à la tête du grand état-major, adopta une solution inverse, mise au point peu à peu, jusqu'à la version de 1905. Selon ce plan, les armées austro-hongroises assuraient la couverture face à l’est pendant que toutes les armées allemandes chercheraient une victoire rapide, décisive et définitive à l’ouest.
Victoire rapide: La France devait donc être à l’évidence le premier pays attaqué puisque le plus vite prêt et le plus immédiatement dangereux. Ensuite, l’Allemagne pourrait se retourner contre la Russie, plus longue à mobiliser, et disposant de grands espaces pouvant favoriser une retraite et mener à une guerre longue.
Victoire décisive et définitive : La bataille frontale, contre un ennemi massé à la frontière franco-allemande devait être écartée, elle risquerait de provoquer la retraite des armées françaises et par suite, d’autres batailles à livrer. De plus le barrage de fortifications Verdun -Toul – Epinal -Belfort ralentirait l’opération. C’est l’anéantissement définitif auquel il fallait aboutir, et ce, en appliquant la tactique de l’enveloppement, enrouler les français, bousculer leurs armées les unes sur les autres, les réduisant à l’impuissance et à la capitulation.
Le plan Schlieffen consistait donc en un déploiement de deux groupes d’armées :
- Un groupe Nord représentant la masse de manoeuvre, entre Aix-la-Chapelle et Thionville.
- Un groupe Sud, masse secondaire, en Lorraine et Basse - Alsace, de Metz à Strasbourg.
(Presque rien en Haute Alsace en raison des obstacles des Hautes Vosges et du Rhin).
- Ces deux groupes s’articulaient autour de la région fortifiée Metz et Thionville (Moselstellung).
La masse de manoeuvre Nord devait opérer un vaste mouvement de contournement puis de rabattement à travers la Belgique, le groupement Sud agissant en couverture avec actions offensives ou défensives selon les circonstances. La répartition des effectifs était de 1 à 7 entre le Sud et le Nord.
L’aile droite allemande (mais peut-on encore parler d’aile ?) était donc considérable, tout était sacrifié à ce projet d’enveloppement y compris l’éventualité d’une avancée française profonde en Lorraine, en direction du Palatinat.
Les nécessités de la stratégie reléguaient au second rang les règles du droit et de la morale politique que représentait la violation du territoire de la Belgique.
En 1906 le général de Moltke (le neveu du maréchal), succéda à Schlieffen. Il conserva le principe de la manoeuvre d’enveloppement par le nord, mais apporta des modifications qui le rendaient moins audacieux en même temps qu’elles l’affaiblissaient : Il préleva des troupes sur le dispositif initial pour la défense de la Prusse orientale (9 DI et 1 DC), il renforça le groupement Sud, refusant l’idée d’une avance française profonde en Lorraine. Le résultat de ces changements fut une proportion d’effectifs de 1 à 3 entre armées Sud et Nord au lieu de 1 à 7 comme dans le plan Schlieffen initial.
Si le plan XVII ne prévoyait aucun calendrier précis quant à la durée de la guerre, le plan allemand était conçu pour régler le sort des armées françaises en 6 semaines, puis se retourner toutes forces réunies contre la Russie.
Cordialement,
Bernard
---------------
Le blog et Le site Mémoire du 57