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  T.E. LAWRENCE était-il francophobe ?

 

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T.E. LAWRENCE était-il francophobe ?

n°87562
arsene
Voyager c'est vaincre !
Posté le 27-05-2011 à 13:02:09  profilanswer
 

A ceux qui s'intéressent aux rapports qu'entretenaient la France et T.E. Lawrence durant ce "printemps arabe" avant l'heure, voici un article paru dans "L'Express" en Mai 1994 :
 
http://www.lexpress.fr/information [...] 07480.html
 
T.E.L. était francophone, d'abord pour avoir vécu à Dinard durant 3 années (âgé de 3 à 6 ans), ensuite pour avoir parcouru la France en solitaire (en vélo, âgé de 20 ans) afin de préparer sa thèse d'archéologie deux années plus tard sur les châteaux médiévaux français (Université d'Oxford) : "The influence of the Crusades on European Military Architecture - to the end of the XIIth century" (1910).
 
Après la Grande Guerre, Lawrence participera également à la conférence de la Paix à Paris (1919) lors des négociations entre les Alliés vainqueurs et la délégation arabe de l'Emir Fayçal qui décida de l'avenir du Proche-Orient ; plus tard, il participera également à la conférence du Caire (1922) en qualité de conseiller du secrétaire aux colonies Winston Churchill pour les affaires arabes ; en cette qualité, il assista... silencieux à cette conférence. Si l'anglais était largement en usage, le français était la langue diplomatique...
 
Le conflit d'Orient (1914-1918 et au-delà) aiguisait l'appétit de plusieurs acteurs, grosso modo :
- le bureau britannique de l'India Office qui considérait l'Arabie/Syrie relevant de son autorité
- le bureau britannique du Cairo Office qui supplantera politiquement/militairement l'India Office dans ses prétentions régionales
- les Français qui, du fait de leurs rapports privilégiés de "protecteurs" des Maronites libanais mais aussi des Lieux Saints en Palestine ottomane, voyaient là une occasion inespérée d'étendre leur influence sur la Grande Syrie après la défaite de la "Sublime Porte".
 
Si le public sait "l'aventure" lawrencienne en Arabie, Jordanie, Syrie, il ne sait sans doute pas (ou peu) que les Français y ont pris également une grande part au sein même des troupes constituées par T.E.L. sous l'autorité incontestée et unique de l'Emir Fayçal Ibn Hussein, fils de Hussein Ibn Ali alors Emir du Hedjaz sous tutelle ottomane et investi du titre prestigieux de Sherif de La Mecque.
 
Du fait des enjeux diplomatiques du conflit, la France s'est heurté en permanence aux intérêts de la Grande-Bretagne qui veillait jalousement sur les destinées de la Révolte arabe ; ce, dans la perspective du partage de l'Empire ottoman. Une lutte farouche et les intérêts divergents des parties (durant de longs mois) entre le lieutenant-colonel Edouard BREMOND (chef de la Mission militaire française au Hedjaz) et T.E. LAWRENCE, illustre cet antagonisme virulent et, par extension, la "légende" infondée de la soi-disant "francophobie" de T.E.L.!
 
La France souhaitait affirmer sa présence dans la région. Elle décida l'envoi d'une mission politique et militaire dans la province du Hedjaz. Avec un effectif réduit, la Mission Militaire Française au Hedjaz conseilla les forces bédouines et joua un rôle actif dans le sabotage de la voie ferrée du Hedjaz. Une collaboration anglo-française qui se poursuivra jusqu'aux portes de Damas en 1918 !
 
Il est utile de souligner, car peu le savent, que les troupes britanniques et leurs supplétifs anglo-arabes, sous l'autorité du Général Edmund ALLENBY, n'entrèrent pas les premiers à Damas : les troupes françaises y entrèrent également à leurs côtés le 1er octobre 1918 et les premières à pénétrer dans la "cité mythique" furent des supplétifs français !
 
D'un caractère fortement différent du sien, le lt-colonel Brémond se heurta à Lawrence et en témoigna dans son livre le plus important : "Le Hedjaz dans la guerre mondiale". Le lt.-colonel Brémond parlera de "farouche francophobie" de la part de T.E.L.
 
Quand on s'intéresse à la psychologie de T.E.L., ses déconvenues avec sa hiérarchie militaire et diplomatique, les témoignages de ses intimes, ses écrits ultérieurs et ses "ambitions" pour la nation arabe, il devient clair que sa "francophobie" concernait surtout les visées expansionnistes régionales de la France, en sus de celles de sa patrie !
 
Dès lors, il s'agit moins d'un rejet de ce qui est "français" que de clairvoyance de sa part quant à l'écroulement annoncé de son "rêve d'Orient" ; celui d'une Nation arabe consacrée par les Puissances après la chute annoncée de l'empire ottoman et son dépeçage à venir !
 
La conférence de la Paix à Paris en 1919 (à laquelle il participa) confirma ses appréhensions et le début de sa "descente aux enfers" : la Grande-Bretagne, et Lawrence à qui l'on avait donné des "garanties", avaient fait des "promesses" aux Arabes pour s'assurer de leur concours dans le conflit oriental : engagements non tenus...
 
A l'issue de la conférence du Caire en 1922, Lawrence écrit :
 
"En quelques semaines, lors de la conférence du Caire, Winston Churchill débrouilla tout l’écheveau, trouvant des solutions qui répondaient, je le pense, à la lettre et à l’esprit de nos promesses quand c’était humainement possible, sans sacrifier aucun des intérêts de l’Empire ni aucun des peuples intéressés. Nous nous retrouvions au terme de l’aventure du Proche-Orient les mains propres. Fayçal reçut en effet le trône d’Irak, Abdullah celui de Transjordanie. Aux seules exceptions de la Syrie et du Liban, placés sous mandat français, l’Arabie fut émancipée".
 
Ici T.E.L. oublie de dire que l'Irak, la Transjordanie et la Palestine passent sous mandat britannique...
 
Il poursuit :
 
"Le résultat de cette épopée.....Après cela il n’y a pas grand-chose de mieux que je puisse faire. Je n’avais eu toute ma vie qu’une seule envie : pouvoir m’exprimer sous une forme imaginative".
 
En quittant la Syrie en novembre 1918, Lawrence ne se réadapta pas au monde ; partant pour l'Angleterre il écrivit à un de ses amis avant de quitter Damas et n'y plus jamais revenir :
 
"Je me sens comme un homme qui a brusquement abandonné un lourd fardeau, le dos lui fait mal quand il se redresse. J’avais rêvé, à la City School d’Oxford, de forcer l’Asie à prendre la forme nouvelle qu’inexorablement le temps poussait vers nous. La Mecque devait conduire à Damas, Damas à l’Anatolie, puis à Bagdad".
 
Plus tard, dans son chef-d'oeuvre "clef" : Les Sept piliers de la Sagesse, Lawrence déclarera :
 
« ...si nous gagnons la guerre, les promesses faites aux Arabes seraient un chiffon de papier... », faisant ainsi allusion aux "accords secrets" Sykes-Picot.
 
Dans son opus majeur, joyau de la littérature anglaise, Lawrence confesse son "rêve d'Orient" :
 
"Tous les hommes rêvent mais pas de la même façon. Ceux qui rêvent la nuit dans les recoins poussiéreux de leur esprit s’éveillent au jour pour découvrir que ce n’était que vanité, mais les rêveurs du jour sont des hommes dangereux, car ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts pour le rendre possible. C’est ce que j’ai fait. Je voulais bâtir une nouvelle nation, restaurer une influence disparue, donner à vingt millions de Sémites les fondations sur lesquelles édifier un palais inspiré de leurs pensées nationales".
 
Alors, "francophobie" ?
Plutôt l'expression de l'espoir brisé d'un homme... anéanti pour s'être confondu avec son "rêve fracassé" !
 
That's the remaining question :-)
 
T. E. Lawrence à Damas, il a 30 ans, au faîte de sa gloire et... au seuil de ses désillusions
(Syrie, octobre 1918)
 
http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/9165/1918%20-%20Damas%2001%20(Syrie).jpg


Message édité par arsene le 28-05-2011 à 13:29:25

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Arsène
n°87566
marpie
Posté le 27-05-2011 à 21:40:23  profilanswer
 

Bonsoir à tous , bonsoir Arsène
 
Un Don Quichotte francophobe , oui mais devenu , plus tard , politiquophobe ; mais en tout cas un homme sincère et honnête , quand on connait la fin de sa carrière .
Bien amicalement
Marpie
 

n°87598
e-Storial
Posté le 29-05-2011 à 18:31:04  profilanswer
 

On peut prendre aussi au compte de ses déceptions le comportement des Arabes et ses avis à propos de ceux-ci lui vaudraient aujourd'hui d'être très certainement mis en examen… comme quoi le désert et la solitude permettent des analyses et introspections froides et justes. Il était arrivé simplement, juste au terme de ses rêves qui l'avaient fait avancer jusque là, il voulait remuer des montagnes mais dut se contenter à bouger quelques dunes. Très certainement un des plus grands aventuriers du XXe siècle.
 
A relire de toute urgence et aussi à revoir absolument le chef d'oeuvre de David Lean qui ne trahi nullement ses écrits. D'ailleurs, pour le plaisir, Maurice Jarre, sa musique et le Royal Philharmonic Orchestra… 
http://www.youtube.com/watch?v=irPSvEkQl8Q
 
Bonne émotion
JF Genet


---------------
«La loi n'y entend rien, c'est affaire de coeur». André Bellard, initiateur en 1921 de l'association dites des "Malgré-nous" et destinée aux soldats lorrains.
http://e-storialdelorraine.com
n°87610
marpie
Posté le 29-05-2011 à 20:43:45  profilanswer
 

Bonsoir JF
Merci
Vraiment un bel hommage
Bien cordialement
Marpie

n°87631
lieutenant​ z
Posté le 30-05-2011 à 21:12:18  profilanswer
 

e-Storial a écrit :

des Arabes et ses avis à propos de ceux-ci lui vaudraient aujourd'hui d'être très certainement mis en examen…
 
 


 
 
Bonsoir,
 
Oui, il faut lire ou relire les "7 piliers", chef d'oeuvre littéraire aux fulgurances dignes d'un Malraux ou d'un Chateaubriand.
Ses lignes sur les Sémites en général et les Arabes en particulier lui vaudraient effectivement quelques poursuites de la part des censeurs aux grands coeurs d'aujourd'hui :
 
"C'étaient donc des gens limités [les Sémites], à l'esprit étroit et dont l'intelligence inerte gisait en friche, en proie à une résignation sans curiosité".... " L'Islam, sous divers visages, tient sous son joug l'Afrique et une partie de l'Asie. Autant de succès sémites.Leurs échecs, ils les gardent pour eux. La frange de leurs déserts est jonchée des débris des fois disparues".
"7 piliers...." Robert Laffont, Bouquins 1993, page 26
 
Mais au-delà de ces virulences, il y a des pages entières pleines d'admiration et d'empathie. Peut-être sont-ce ces mêmes sentiments mélangés que T.E Lawrence portait à la France.
 
Quant au film de D Lean, j'y vois pour ma part un navet de la pire espèce. Je dois avouer que je n'ai pas tenu plus d'une 1/2 heure.... j'ai peut-être raté le meilleur.....
 
Merci à Arsène pour cet intéressant sujet.
 
Cordialement
Lt Z

n°95470
Francois S​arindar
Posté le 25-09-2012 à 02:01:06  profilanswer
 

Ne rêvons pas : Thomas Edward Lawrence n'avait pas l'intention de laisser les Arabes constituer un ensemble homogène comme le serait un Empire ; il voulait placer des roitelets sur des trônes en Arabie, en Transjordanie, en Syrie puis quand Faysal fut renversé par les Français pendant l'été 1920, il l'aida avec Gertrude Bell à coiffer la couronne mésopotamienne (irakienne). Il était certes assez généreux pour Faysal quand il songeait à lui pour la Syrie, mais c'était aussi parce qu'il ne voulait pas voir la France mettre la main sur ce pays. Et de toute façon, il n'entendait pas laisser Hussein chérif de La Mecque réaliser son rêve de création d'un Empire panarabe. Pour lui, il fallait que l'ensemble du Moyen-Orient demeurât morcelé afin que l'Occident - et surtout la Grande-Bretagne - y trouvât son compte.
Seule la Syrie, dans son esprit, avait droit à un régime de faveur.  
François Sarindar
Auteur de Lawrence d'Arabie, Thomas Edward, cet inconnu, Collection Comprendre le Moyen-Orient, mai 2010

n°95531
arsene
Voyager c'est vaincre !
Posté le 29-09-2012 à 12:11:04  profilanswer
 

Bonjour Marpie,
 
Une réponse bien tardive de ma part, mea culpa ! Suis en permanence aux deux extrémités de la planète et je m'en explique ailleurs. Je partage votre commentaire. J'ajouterai que pour comprendre l"homme brisé" que devint Lawrence, sa biographie tout aussi romanesque "après" l'épopée arabe en dit long sur les causes et effets de sa "déception". Oui, T.E.L. était "honnête et sincère", quoique broyé dans ce laminoir que sont les méandres de la géopolitique de son temps, une géopolitique qui ne laisse guère place aux "rêves" qu'il cultiva afin de ressusciter une nation pan-arabe.
 
Bien à vous :-)


---------------
Arsène
n°95532
arsene
Voyager c'est vaincre !
Posté le 29-09-2012 à 12:29:35  profilanswer
 

Bonjour mon Lieutenant :-)
 
Là aussi, mea culpa pour cette réponse tardive, comme je l'ai écrit à Marpie et Mr. Sarindar, suis rarement devant mon clavier pour mes loisirs car perpétuellement par monts et par vaux... très lointains !
 
Vous avez raison de rappeler le constat de T.E.L. sur les Sémites : "C'étaient donc des gens limités, à l'esprit étroit et dont l'intelligence inerte gisait en friche, en proie à une résignation sans curiosité".... " L'islam, sous divers visages, tient sous son joug l'Afrique et une partie de l'Asie. Autant de succès sémites. Leurs échecs, ils les gardent pour eux. La frange de leurs déserts est jonchée des débris des fois disparues"
("Les 7 piliers de la sagesse" - Robert Laffont, Bouquins 1993, p.26)

 
Il est clair que lorsqu'on vit à demeure - très longuement comme je l'ai vécu - dans des pays aussi "extrêmes" que l'Arabie et pays alentours, on ne peut que parvenir aux mêmes conclusions. Une expérience qui n'a rien à voir avec quelque court séjour en "club" au Maghreb ou "aux Emirats" devenus à la mode !
 
Vous écrivez également que "au-delà de ces virulences, il y a des pages entières pleines d'admiration et d'empathie". C'est tout à fait exact, ne serait-ce que si je m'en réfère à mon expérience personnelle :-)
 
Quant au film de David LEAN, j'en ai une tout autre perception que vous. Gamin, cloîtré au fond de mon pensionnat, on m'en a sorti pour mes 11 ans pour découvrir cette épopée sur la toile. Ce film a été la mèche allumée de mes incendies futurs :-)
 
Bien cordialement.


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Arsène
n°95692
Francois S​arindar
Posté le 07-10-2012 à 00:23:46  profilanswer
 

Sur les raisons qui poussèrent T.E. Lawrence à contracter un engagement comme simple soldat dans la R.A.F., il y en a au moins une qui est très personnelle : c'est le rejaillissement qu'eut sur lui la mort de son frère William George aux commandes d'un avion militaire qui s'abîma en mer au cours de la Première Guerre mondiale ; Lawrence ne voulut pas piloter d'avion et refusa de redevenir officier ; mais lorsqu'il vit en février 1931 le Blackburn Iris S238 crasher en mer près de Mount Batten, c'est l'accident de son frère qui lui revint en mémoire et lui créa comme un devoir de s'intéresser à la mise en service et a la conduite de vedettes rapides d'intervention pour le sauvetage des équipages des hydravions accidentés. Ce travail le passionna et lui permit curieusement d'établir un lien avec le travail de son grand-père maternel qui avait été charpentier de marine.
Les raisons de l'engagement de Lawrence dans la R.A.F. en 1922 sont un mélange des déceptions venues de l'échec de ses tentatives pour enraciner Faysal à Damas et de l'impact désastreux qu'eut sur lui une lettre laissée par son père Thomas Chapman et que sa mère Sarah lui avait donné à lire apres le décès de ce dernier en 1919 d'une pneumonie apparue avec l'apparition du fléau de la grippe espagnole en Europe au lendemain du premier conflit mondial. Cette lettre, qui lui confirmait qu'il n'était qu'un enfant bâtard, lui avait donné horreur de son nom, celui de Lawrence, que ses parents avaient adopté pour cacher leur état de concubins car il n'avaient pu se marier du fait que Thomas Chapman n'avait pas obtenu le droit de divorcer d'Edith Hamilton Boyd, son épouse légitime qui vivait en Irlande et qui voulait punir son mari de la rupture de ses devoirs conjugaux. D'où venait le nom choisi, celui de Lawrence ? Eh bien! de la mère de Thomas Edward par son père, le constructeur de bateaux, qui se nommait John Lawrence !!! Sarah Maden (ou Junner, nom de sa mère) avait pour vrai nom Sarah Lawrence. Quel choc pour Thomas Edward qui aurait bien voulu porter le patronyme paternel de Chapman mais ne le pouvait pas, et qui adopta dans l'armée des noms d'emprunt, John Hume Ross, tout d'abord, puis T.E. Shaw. Et pour se débarrasser de celui de Lawrence, il trouva une astuce que j'ai dévoilée dans mon livre en mettant fin au mystère qui entourait l'identité du dédicataire du poème liminaire des Sept Piliers de la Sagesse, dissimulé sous deux initiales : S.A. Tout le monde croyait qu'il s'agissait de Dahoum (Selim Ahmed d'après Tom Beaumont), en réalité d'après moi, plutôt Sherif Aurens car les Arabes l'appelaient El Aurens. Thomas Edward, alias Lawrence, considérait El Aurens comme mort, et il lui adressait ce poème, en s'amusant de voir ses biographes contemporains ou à venir se tirer les cheveux pour essayer de savoir qui était S.A. Par facilité, ils se rallièrent tous à l'hypothèse Dahoum - Selim
Ahmed, même Jeremy Wilson, qui n'a pas assez creusé la question, pas plus que John E. Mack. Je suis donc assez fier de ma découverte. Oui Sherif Aurens adieu ! Voilà ce qu'il y a sous S.A.et le poème qui lui est dédié. Thomas Edward Lawrence avait d'ailleurs plus ou moins donné le début d'une résolution de l'énigme en laissant entendre à Robert Graves : "Vous avez pris mes paroles trop à la lettre : S.A. existe toujours, mais loin de moi car j'ai changé". S.A. était donc mort symboliquement, c'était Lawrence, la vieille peau avait été arrachée. S.A. n'était pas Selim
Ahmed, qui aurait été emporté par la typhoïde en 1918. Cette découverte et les conclusions qu'elle entraîne font de moi, sans fausse modestie, un biographe qui, je l'espère, comptera. Patience et longueur de temps. Quand on n'est pas connu, cela se fait plus lentement, ce n'est pas grave.
On le voit, on est loin de l'image romantique de Lawrence d'Arabie, et cela gêne certains que ce personnage soit maintenant ramenée à des  
dimensions plus humaines.  
C'est Jean Béraud Villars qui m'a mis sur la piste de Lawrence dans mes jeunes années et c'est Roger Stéphane qui m'a convaincu d'aller jusqu'au bout de mon entreprise.
François Sarindar                      

n°95709
Francois S​arindar
Posté le 07-10-2012 à 23:03:46  profilanswer
 

A la question posée : Lawrence était-il francophobe ? Il faut bien répondre : oui et non, car tout dépend de quoi l'on parle.
Si c'est de culture, du plaisir de lire des fabliaux du Moyen Age, un roman d'Antoine de la Salle, les Essais de Montaigne, de donner une version anglaise d'un livre d'Adrien Le Corbeau, auteur franco-roumain, de faire plusieurs fois le tour des châteaux-forts bretons et une fois en 1908 le tour de France de grandes forteresses militaires médiévales, de quelques cathédrales et hauts lieux de pèlerinage, alors non, Lawrence n'était pas francophobe, il aimait notre pays, nos monuments, notre littérature.
Mais si l'on se place sur le terrain de la rivalité néo-coloniale franco-britannique, ravivée avec le sort réservé à la Syrie, pays que Lawrence aimait assez pour vouloir lui épargner de connaître une mise sous tutelle par la France, alors la réponse risque d'être oui, mais en même temps, on doit accepter de ne pas trop l'en blâmer, car il faut bien se demander à quoi a bien pu nous servir d'obtenir un mandat sur la Syrie et le Liban en 1920. Nous n'y avons pas fait mieux que les Anglais en Palestine et en Irak.
Aujourd'hui, les accusations portées par Brémond font un peu sourire, simplement parce qu'il fut cuisant pour l'officier français d'être évincé de la scène moyen-orientale par ce jeune Oxonien, et sans doute le jalousait-il pour l'éclatante réussite du raid sur Akaba et pour d'autres faits d'armes auxquels il n'assista même pas.        

n°95710
Francois S​arindar
Posté le 07-10-2012 à 23:41:13  profilanswer
 

Quand Maurice Lares a publié sa thèse consacrée a : T. E. Lawrence, la France et les Francais, c'était en 1980, dire que Lawrence n'avait pas été francophobe n'allait pas de soi. Aujourd'hui, ce serait moins difficile, encore que les réactions pourraient très bien se partager entre deux tendances bien marquées : de l'admiration pour le soldat hors norme qu'il représentait et que l'on apparentait à un aventurier, et le conseiller politique de Faysal qui nous semble moins sympathique parce que l'on sent que tout cela cache un parti pris en faveur de la Grande-Bretagne, même quand c'est revêtu de belles couleurs exotiques et d'une apparence d'action faveur d'une Syrie libre de choisir elle-même  son destin sous la douce autorité de Faysal.  
De quoi en veut-on à Lawrence ? De nous mettre mal à l'aise en raison des ambitions qui furent les nôtres en Syrie ? Nous ne pouvions pas séparer le Liban de la Syrie comme Lawrence espérait que nous le ferions. Quand il parlait du Liban, c'était avec peu de sympathie et pas mal de mépris. Etait-ce parce qu'il savait les liens de ce pays avec la France. Il le disait trop "cosmopolite", trop "métissé", pas assez pur du point de vue de ce que l'on peut considérer comme vraiment arabe, et c'est ici que l'on peut dire qu'il manque de respect envers une communauté. Et c'est peut-être l'une des raisons qui font que certains font encore quelques réserves quand on leur parle de cet homme par ailleurs admirable.  
La question mérite d'être réétudiée.
François Sarindar

n°95714
Francois S​arindar
Posté le 08-10-2012 à 14:13:04  profilanswer
 

Clarification pour les lecteurs :
1/ Sarah, la mère de Thomas Edward Lawrence, était la fille illégitime d'Elizabeth Junner et de Jonh Lawrence ;
2/ Le père de Thomas Edward Lawrence se nommait Thomas Chapman, il était tombé amoureux de Sarah alors qu'il se trouvait être l'époux d'une certaine Edith Hamilton Rochfort-Boyd ; cette dernière refusa de divorcer, ce qui contraignit Chapman et Sarah à vivre en concubinage ; ils en furent très malheureux, mais eurent cinq fils tout en donnant les apparences d'un couple légitimement uni sous le nom de Lawrence (patronyme du père de Sarah) ; tout aussi malheureux qu'eux, Thomas Edward Lawrence, leur deuxième fils (le futur Lawrence d'Arabie) ; au lendemain de la guerre, Chapman mourut en 1919 laissant à ses fils une lettre culpabilisante dont T.E. Lawrence prit connaissance par sa mère ; il en voulut terriblement à ses parents, surtout à sa mère, et c'est pour cela, selon moi, qu'il inventa le personnage de S.A., que je déchiffre comme étant Sherif Aurens (car il était El Aurens pour les Arabes), et il lui prit l'idée de dire adieu à ce S.A. comme s'il était mort, car il projetait de se débarrasser de son nom (Lawrence), car il aurait bien voulut s'appeler Chapman comme son père, mais cela lui fut impossible, et alors il prit le nom de John Hume Ross en s'engageant dans la R.A.F., puis pour récupérer ses prénoms qu'il aimait, il prit le nom de T.E. Shaw.
C'est ce que j'explique dans mon livre paru en 2010 aux éditions L'Harmattan ("Lawrence d'Arabie, Thomas Edward, cet inconnu" ).
François Sarindar      

n°95720
jlaurent
Posté le 08-10-2012 à 19:30:26  profilanswer
 

Bonsoir,
les pages si dures sur la population du Liban ne sont elles pas dues aux considérations de l'époque idéalisant les vertus guerrières des bédouins? alors que les populations des villes et des côtes seraient ramollies par leur confort et avilies par l'argent. Dans l'armée coloniale aussi on préférait les pasteurs aux agriculteurs, les nomades aux sédentaires.
L

n°100089
Francois S​arindar
Posté le 11-06-2013 à 02:25:02  profilanswer
 

Bonjour,
Cela est tout à fait exact : la population côtière au Liban n'intéressait pas Lawrence, et vous avez exposé clairement l'une des raisons pour lesquelles il différenciait les Libanais des Syriens ; les Français pour leur part étaient plus liés aux Libanais qu'aux Syriens, mais comme les premiers voulaient que Paris ne dissociât pas la prise d'un mandat sur le Liban sans qu'il valût aussi pour la Syrie en raison des liens commerciaux entre les deux pays, notre diplomatie prêta davantage l'oreille aux revendications libanaises qu'aux demandes qui étaient faites par les Syriens de devoir respecter leurs particularités et leur désir d'indépendance ; outre ces deux visions antagonistes, celle de Lawrence qui voulait seulement installer Faycal à Damas et laisser le Liban aux Français comme un os à ronger, et celle des Français qui, suivant les recommandations de leurs amis Libanais voulaient prendre le contrôle sur la Syrie pour mieux protéger le Liban, il y avait également une revendication du Chérif de La Mecque, qui, renvoyant Britanniques et Français dos à dos, entendait empêcher les puissances coloniales de se répartir les dépouilles de l'Empire ottoman et entendait rassembler les provinces arabes de cet Empire en déclin dans un seul ensemble qu'il aspirait à gouverner seul. Évidemment, il avait contre lui Lawrence et les Français qui avaient intérêt à ce que le Moyen-Orient restât morcelé. Mais la solution préconisée par Lawrence, pour généreuse qu'elle fût à l'égard de Faycal, fils du Chérif Hussein, à qui il promettait de tout faire pour qu'il pût tenir les rênes du pouvoir en Syrie, gênait finalement les intérêts de Paris et de Londres qui avaient intérêt à passer des compromis pour s'incruster au Moyen-Orient, et qui en trouvèrent un en échangeant la zone pétrolifère qui s'étendait autour de Mossoul cédée à la Grande-Bretagne par la France, qui aurait dû la détenir en vertu des accords Sykes-Picot, contre la Syrie où les Britanniques acceptèrent de laisser les troupes françaises les relever, avec la bénédiction de la Société des Nations, ce qui n'empêche pas Faycal, implanté à Damas, d'essayer d'empêcher les Français d'y entrer, ce qu'il ne réussit pas à faire. Il fut alors facile d'écarter Lawrence, regardé comme un obstacle et renvoyé à ses chères études, au propre comme au figuré, car il ira en effet enseigner un moment à Oxford, avant de "repiquer" pendant un bref moment à la politique un peu plus tard avec Churchill. Lloyd George en s'entendant avec Clemenceau avait scellé le sort de la Syrie, et Lawrence n'avait plus voix au chapitre, tant il apparaissait comme l'un des plus grands opposants aux ambitions françaises en Syrie. En fait, c'est la passion du combat mené en faveur de Faycal et des intérêts de l'Empire britannique qui l'a fait s'opposer à nous plus qu'une réelle francophobie, sentiment qu'il n'éprouvait visiblement que pour des raisons de cœur et des raisons "patriotiques".  
François Sarindar  
             

n°121887
herbert pl​umer-35
Posté le 21-04-2017 à 09:51:54  profilanswer
 

Bonjour à tous.
 
Je déterre ce sujet afin de vous présenter les techniques de guérilla des irréguliers arabes durant la révolte du Hedjaz, étant donné que cette année marque le centenaire du début des opérations menée par Lawrence d'Arabie (sources à l'appui).
 
Très cordialement
 
 
https://acierettranchees.wordpress. [...] t-inconnu/


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« Contenir l’ennemi par la menace silencieuse d’un désert inconnu » (Thomas Edward Lawrence)
 

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