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  Le mutisme des anciens "poilus" après guerre

 

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Auteur Sujet :

Le mutisme des anciens "poilus" après guerre

n°95978
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 26-10-2012 à 10:07:26  profilanswer
 

Bonjour à tous, nous sommes souvent interpellés par des familles curieux de la vie militaire de leurs ancêtres en 14 18, on nous demande des renseignements sur son régiment, un document qui rappellerait les circonstances de son décés...très souvent ces familles témoignent d'un mutisme total de cette période par les survivants.
Combien de fois ai je lu: "il ne parlait jamais de cette guerre...on osait pas le questionner". J'ai également retrouvé ce mutisme chez les combattants de 1940..
 
j'ai ma propre idée sur la question mais selon vous pourquoi n'en parlait il jamais ou très peu ? sauf peut être entre eux dans les amicales...
 
laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°95980
croc-5962
Fils d'un Poilu du 220° R.I.
Posté le 26-10-2012 à 10:30:52  profilanswer
 

Bonjour Laurent
Bonjour à toutes et tous
 
Mon père n'en parlait pas, avec moi, ou trés peu de ce qu'il avait vécu. Il faut dire qu'il avait 54 ans quand je suis né.  
Peut-être si j'avais été plus jeune....
 
Etant revenu d'Algérie en 1962, nous n'avons jamais parlé et de sa guerre et de mes opérations en Kabylie ou à Alger (1962)....
 
Comme lui, j'ai toujours garder le silence...
 
Mais j'aimerais connaitre votre idée sur la question, si possible.  
 
Amicalement
Fernand

Message cité 1 fois
Message édité par croc-5962 le 26-10-2012 à 10:32:35
n°95981
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 26-10-2012 à 10:34:13  profilanswer
 

croc-5962 a écrit :

Bonjour Laurent
Bonjour à toutes et tous
 
Comme lui, j'ai toujours garder le silence...
 
Mais j'aimerais connaitre votre idée sur la question, si possible.  
 
Amicalement
Fernand


 
Bonjour, aviez vous des craintes de ne pas être écouté ? de ne pas savoir comment raconter l'intensité des évènements vécus ?
 
Laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°95982
croc-5962
Fils d'un Poilu du 220° R.I.
Posté le 26-10-2012 à 11:02:15  profilanswer
 

Re-bonjour
 
Des craintes?
Ça ne m'ai jamais venu à l'esprit.
 
Mais de lui ou moi?
 
Fernand

n°95983
adalberon
Dura lex sed lex !
Posté le 26-10-2012 à 11:45:56  profilanswer
 

Bonjour Laurent, bonjour à tous,
 
C'est un sujet très intéressant et je pense qu'il aura beaucoup de réponses.
 
Personnellement, je suis confronté à ce genre de questions par mes élèves de 3ème : ils ont du mal à comprendre la difficulté d'exprimer les souffrances vécues par les anciens combattants (ce n'est d'ailleurs pas propre aux soldats de la Grande Guerre ou des autres conflits, qu'on songe au mutisme des déportés au retour des camps après 1945).  
 
Ce que je leur dis, c'est que beaucoup de ces hommes manquaient des éléments du langage permettant d'exprimer de manière crédible les horreurs qu'ils avaient vécues. Le niveau d'éducation était moins élevé en 1918 qu'il l'est aujourd'hui "en moyenne". C'est pourquoi cette génération a eu des porte-drapeau qui se sont chargés de cette tâche, souvent des intellectuels comme Giono ou Genevoix. Je classe dans la même tentative les œuvres de quelqu'un comme Otto Dix, dont nous étudiions "La Guerre" en classe, point de départ de cette discussion. Aussi il n'est pas très étonnant que, devant une certaine pauvreté de leur langage, beaucoup de poilus aient gardé le silence.
 
Ce n'est bien sûr qu'un aspect de ce sujet complexe.
 
Cordialement,
 
Adal


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Adal
n°95984
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 26-10-2012 à 12:04:18  profilanswer
 

adalberon a écrit :

Bonjour Laurent, bonjour à tous,
 
C'est un sujet très intéressant et je pense qu'il aura beaucoup de réponses.
 
Personnellement, je suis confronté à ce genre de questions par mes élèves de 3ème : ils ont du mal à comprendre la difficulté d'exprimer les souffrances vécues par les anciens combattants (ce n'est d'ailleurs pas propre aux soldats de la Grande Guerre ou des autres conflits, qu'on songe au mutisme des déportés au retour des camps après 1945).  
 
Ce que je leur dis, c'est que beaucoup de ces hommes manquaient des éléments du langage permettant d'exprimer de manière crédible les horreurs qu'ils avaient vécues. Le niveau d'éducation était moins élevé en 1918 qu'il l'est aujourd'hui "en moyenne". C'est pourquoi cette génération a eu des porte-drapeau qui se sont chargés de cette tâche, souvent des intellectuels comme Giono ou Genevoix. Je classe dans la même tentative les œuvres de quelqu'un comme Otto Dix, dont nous étudiions "La Guerre" en classe, point de départ de cette discussion. Aussi il n'est pas très étonnant que, devant une certaine pauvreté de leur langage, beaucoup de poilus aient gardé le silence.
 
Ce n'est bien sûr qu'un aspect de ce sujet complexe.
 
Cordialement,
 
Adal


 
Bonjour, j'ai longtemps travaillé ce sujet à travers les âges et les générations qui avaient vécues cette guerre, j'y ai trouvé quelques éléments de réponses comme vous dites dans le récit des écrivains mais aussi le cinéma (je pense notamment à la fin du film Conan de Tavernier).
Je pense également que cette génération s'est retrouvé face à un mur d'incompréhension, le suréalisme de cette guerre est parfois bien loin de l'imaginaire collectif de nous tous. Comment comprendre la douleur et la solitude et surtout comment l'exprimer ?
 
Laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°95985
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 26-10-2012 à 12:13:27  profilanswer
 

Bonjour,
Effectivement, les anciens combattants se confiaient peu, j'ai eu des grands-oncles combattants de 39-45 qui m'ont jamais raconté leur périple. Je ne connais rien de la guerre d'Algérie de mon père.
J'ai rencontré des anciens combattants de 14-18, et pour certains, lorsque j'ai remis un document dactylographié de leur récit à leurs familles, les enfants étaient étonnés de savoir que le grand père avait "fait tout cela". Un autre m'a avoué avoir passé une mauvaise nuit après un entretien. C'est des mauvais souvenirs qu'ils s'efforcaient d'oublier, mais qui leur revenaient trop souvent à l'esprit.
Je crois que c'est Maurice Genevoix (ou Jacques Meyer) qui ont dit "Nous avons connu l'incommunicable".
Laurent à tout dit, les survivants de 14-18 pouvaient difficilement raconter ce qu'ils avaient vécu à leurs familles, mais en parlaient sans doute plus facilement entre vétrans dans les amicales d'anciens combattants.
Cordialement.
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP
n°95986
Achache
Cimetière militaire de V D
Posté le 26-10-2012 à 12:21:30  profilanswer
 

Bonjour,
 
Question intéressante ; mais on ne peut guère lui donner une réponse unique, ce qui serait beaucoup trop réducteur.  
 
De multiples raisons concourent à ce mutisme si largement constaté. Multiples et contradictoires, parfois.  Il faudrait analyser, distinguer, celles qui relèvent de la psychologie individuelle, et celles qui ont trait à la psychologie collective. Celles qui tiennent à l’Histoire (qui a continué, après ce premier conflit) et celles qu’on peut nommer sociologiques.  
 
Au plan personnel : crainte de ne pas être compris ; oui, certes ; mais aussi sentiment d’être « dépassé par l’événement », comme on dit si bien. La plupart des hommes manquaient des mots pour l’exprimer. Même les mieux lettrés, même le bon génie de Genevoix a avoué cet « intransmissible ».
 
Un évènement aussi inédit que cette mort de masse, industrielle, ne pouvait aussi qu’être frappé, globalement et individuellement, d’un lourd et quasi universel Tabou.
 
A l’inverse, une chose qu’il ne faut surtout pas dire aujourd’hui : l’évènement vécu ne fut pas, dans une très large mesure, ce drame paroxystique continu pendant 4 années que nous imaginons, ou « fantasmons » aujourd’hui avec notre hyper-sensiblerie si complaisante à l’ego de chacun, mais quelque chose de beaucoup plus banal, de quotidien accoutumé, ennuyeux, etc…
 
Pendant de longs mois, de longues années, ces hommes n’avaient souhaité qu’une chose : que cette guerre finisse ; une fois finie, comment se seraient-ils complu à l’évoquer, à la ressasser ?
Crainte, aussi et par ailleurs, de réveiller les douleurs, autant que de pas être compris, ou de passer pour un « radoteur »…  
 
On peut ajouter, en généralisant, que ce mutisme relève de l’intransmis habituel d’une génération à la suivante.
 
Au plan collectif, une société qui vient d’être saignée à ce point, se reprend d’un vouloir vivre que l’évocation de la période si mortifère antérieure ne pourrait qu’entraver. Ce vouloir vivre vaut aussi pour les individu sur-vivants (c’est le cas de le dire), qui se retrouvent trop préoccupés à re-vivre, à re-construire pour ne pas vouloir évoquer le temps des ruines et de la mort…
 
Quant à l’Histoire, elle a continué, et, pour la génération des fils, celle de 39/45, ils ont eu assez de vivre cette Histoire pour s’intéresser beaucoup moins à celle des pères de 14/18 ; on l’oublie trop, mais cette Seconde GM a « relégué » la Première, pour toute la génération qui l’a vécue…
Quand on vit l’Histoire, on n’écrit pas celle de la génération précédente… ; notre époque n’est si historienne que parce qu’une société en pleine déliquescence ne vit rien, ne construit rien… On écrit l’Histoire sur le papier quand on ne peut « l’écrire » dans la réalité…  
Voilà… quelques jalons, quelques pistes…
 
Au plan littéraire, pour 14/18, l’œuvre d’Henry Bordeaux traite très largement de cette « après guerre » ; parmi les œuvres plus récentes, une approche, romanesque , très partielle certes, chez Gilbert Cesbron, avec son livre Avoir été ; chez Bernard Clavel : Le soleil des morts
 
Bien à vous,
 
 [:achache:1]  


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Émouvante forêt, qu'avons-nous fait de toi ?/Un funèbre charnier, hanté par des fantômes./Tes doux sylvains ont fui, cédant la place aux hommes
Qui sèment autour d'eux la douleur et l'effroi. M. BOIGEY/LAMBERT, La Forêt d'Argonne, 1915
n°95987
berry
Posté le 26-10-2012 à 12:23:24  profilanswer
 

Mon grand père en parlait lorsque ses enfants le lui demandaient, sans réticences. Il avait fait toute la guerre sur le front, en première ligne...blessé par éclat d'obus, enterré une fois par une explosion et dégagé de justesse par ses camarades..." je n'ai pas peur de mourir j'ai vu tellement de camarades mourir autour de moi"  Il était au 118eme d'infanterie, les offensives de 1915, Verdun deux fois, le Chemin des dames, les offensives allemandes de 1918. Ne raconte pas ces horreurs aux enfants lui disait sa femme "mais les enfants me posent des questions". Il en parlait tranquillement. Il parlait des allemands sans haine mais comme de redoutables combattants . Je le tiens de ma mère qui me l'a souvent dit.


Message édité par berry le 26-10-2012 à 12:36:42
n°95990
stefbreizh​56
Posté le 26-10-2012 à 13:10:07  profilanswer
 

Bonjour,
 
Je ne suis pas psyschologue mais au sein de mon activité professionelle, j'ai pu assister à de nombreuses scènes d'une violence extrême et je me suis retrouvé à travailler et à acter sur des lieux où se sont déroulés des évènements pénibles à voir.
 
Alors loin de moi l'idée de faire un parallèle direct entre ce que j'ai vu avec ce qu'ont vécu des soldats confrontés à des horreurs sans nom mais je souhaite juste faire part de ce que j'en tire de ces expériences et contribuer à ce sujet en toute modestie et en toute humilité.
 
Je pense que le mutisme est un sujet complexe car une multitude de paramètres rentrent en compte comme la sensibilité de la personne, son origine sociale, le fait qu'il est grandit ou vécu dans milieu violent ou non, son instruction et son éducation (est-on préparer à être confronter à des horreurs, quelle idée se fait-on du respect de la vie humaine et de l'intégrité physique d'un individu ? Des ordres donnés par une autorité militaire légitime pour tuer un homme suffisent-ils à épargner le soldat de tout traumatisme ?...)
 
Comme l'écrit Adal, comment peut-on l'exprimer ? Quels mots pour le dire et surtout à qui ? Car mutisme veut bien dire ce qu'il veut dire, il n'y a pas d'échange. Et combien même on arrive à exprimer une souffrance, on attend peut-être inconsciemment que l'on aquièse ou que l'on mette des mots sur ce qu'on ressent ?  Certains soldats savaient à peine lire ou écrire, d'autres, comme des bretons, ne parlaient même pas le français ! Dans ces conditions, il existe une réelle inégalité dans l'expression de la souffrance.
 
Pourquoi des soldats n'en parlaient pas ou très peu ? Il convient certainement aussi de s'intéresser sur la manière dont ils ont été pris en charge et des conséquences de ce que pouvaient provoquer le fait d'être presque sans cesse témoin de scènes violentes comme des décapitations par éclats d'obus, des cervelles éclaboussant des copains, des membres arrachés pendus dans les arbres ou dépassant d'un talus, des cadavres retournés maintes fois par les explosions...Des corps laissés sans sépultures sous les yeux d'individus qui ne comprennent pas pourquoi, d'après leur culture et leur religion, les morts ne peuvent même pas reposer en paix ? Des systèmes de valeurs propre à chacun complètement bafoués...Quelle folie !!!
 
Après avoir vécu ces évènements sur plusieurs jours en première ligne, ces soldats retournaient à l'arrière tassés dans des camions, lavaient leur linge, un peu de toilette et ils retournaient faire des exercices d'ordre serrés ou des manoeuvres d'entrainement en vue de la prochaine offensive. Et le même cycle parfois sur plusieurs semaines...Qui a seulement pris le temps de les ménager ? Quelle idée se faisait-on en haut lieu du cercle infernal dans lequel étaient plongés ces hommes ?  
 
Enfin, la manière dont a été racontée la guerre par la suite a aussi son importance. Il est évident qu'un soldat qui a vécu dans l'enfer pendant plusieurs années ne comprennent pas que des livres relatent des faits de guerre à coup de victoires éclatantes, de gestes héroïques, de panache, d'intelligence...La guerre, au delà de la stratégie, est avant tout une épreuve humaine. Des témoignages de soldats qui ont pu transcrire ce qu'ils ont vu ou fait font rarement allusion à la stratégie d'état-major ou aux coups de mains glorieux qui sont sensés transcender l'âme du guerrier. Non, on lit plutôt des rencontres, des amitiés, des permissions trop courtes, des copains perdus, des visions d'horreur, des passages de profondes mélancolies, des pieds gelés, des poux, de la bouffe avariée et froide, de la pluie, de la boue, du vacarme, de la peur, des odeurs nauséabondes, des revues d'effets et des manoeuvres sur les temps de repos...
Je pense qu'il existe un fossé entre deux visions de la guerre, celle des stratégies payantes et éclatantes et celles des hommes jetés dans la fournaise.  
Le manque de reconnaissance pour ce qu'ils ont vécu et de la manière dont elle a pu être transcrite peut également être à l'origine d'une certaine retenue de peur de passer pour un affabulateur mais pour se dire aussi que, finalement, personne n'a rien compris et il devient inutile d'expliquer une telle folie.
 
Et vite, il a fallu tout reconstruire par la suite, rattraper tout ce temps perdu : la famille, la vie en communauté, la vie économique...quel bordel !
 
Et mille et une chose peuvent encore justifier ce mutisme...
 
Voilà ma contribution à ce sujet, très loin d'être exhaustive, peut-être pas toujours objective mais avec mes mots.
 
Cdt, Stef


Message édité par stefbreizh56 le 26-10-2012 à 13:49:48

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"En essayant continuellement,on finit par réussir.
 Donc: plus ça rate,plus on a de chance que ça marche" (Les Shadocks)
n°95991
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 26-10-2012 à 13:15:30  profilanswer
 

Intéressante reflexion Stef (les autres également...bien sur  :)) ; je poursuis la réflexion plus loin...ne serions nous pas en train d'exorciser par notre travail ce mutisme près d'1 siècle plus tard ?
 
Laurent  :hello:


Message édité par Laurent59 le 26-10-2012 à 13:16:29

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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°95992
Alain Dubo​is-Choulik
Tchiot quinquin de ch'nord
Posté le 26-10-2012 à 13:26:29  profilanswer
 

Bonjour,
          Pour avoir connu de "ceux de 14", de 39-40, d'engagés de 44 ( c'est même tout récent), de prisonniers et déportés rentrés des camps, d'Algérie, pour ne citer que les classiques, j'en suis arrivé à une conclusion qui est ma définition de la guerre : "Ça ne se raconte pas", ça se garde, ça s'enferme, ça se camoufle, profondément. Hormis ce qui relève de l'anecdote, belle ou laide mais ponctuelle, et qui permet de contenter les questionneurs impénitents "Alors, raconte ...", tout ce qui influe sur la personnalité, qui ne pourrait être révélé que dans les larmes et l'impudeur - du point de vue du narrateur- influe et pour longtemps sur le reste de la vie. Quelques-uns, doués pour la communication écrite, ont tenté de faire passer une partie du message, la plupart du temps, si c'était héroïquement beau on leur a demandé s'ils y étaient, quand les détails devenaient réalistes, on les accusait de romancer, mais ils avaient probablement par là rempli une partie de leur devoir de mémoire, et tenté une auto-analyse (il n'y a qu'à constater le nombre de livres qui sortent maintenant sur les détentions contemporaines et qu'on ne peut pas toujours accuser de tenter d'"en profiter" ).
Non, il ne disent rien qu'on ne veuille entendre, de peur inconsciente peut-être d'orienter l'auditeur à "refuser son devoir" si jamais ......
Un peu comme les condamnés à mort (je pense aux civils de 14-18 pour espionnage, moins aux droits communs) ils passent du déni à l'acceptation définitive de ce qui leur est arrivé......
Cordialement
Alain


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http://civils19141918.canalblog.com http://ggfamille4d.canalblog.com http://theywerethere.canalblog.com "Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, répondez : parce que nos pères ont menti." R. Kipling
n°95993
stefbreizh​56
Posté le 26-10-2012 à 13:30:00  profilanswer
 

Bonjour Laurent,
 
Je suis tout à fait d'accord avec vous.  
 
Nous sommes les héritiers de ces évènements. Une telle catastrophe ne peut pas s'effacer d'un coup et nous vivons encore actuellement les traumatismes de cette guerre. Les vestiges des champs de batailles, les pièces de terrain retrouvées, les lettres de soldats, les photos, les médailles, les citations, les défilés...ne sont qu'une partie concrètement palpable de l'héritage de ce conflit. On nous a aussi transmis des traumatismes psychologiques extrêmement tenaces et vicieux car extrêmement violents et longtemps restés tabous.
 
Cdt, Stef


Message édité par stefbreizh56 le 26-10-2012 à 13:33:31

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"En essayant continuellement,on finit par réussir.
 Donc: plus ça rate,plus on a de chance que ça marche" (Les Shadocks)
n°95994
Achache
Cimetière militaire de V D
Posté le 26-10-2012 à 13:48:38  profilanswer
 

re...
 
Et moi, je ne suis pas d'accord du tout... ;)  
14/18 est, globalement, clos depuis longtemps.
Nous sommes ici un infime groupuscule à nous y intéresser, et cela fausse peut être la vue de certains qui en sont...
14/18 est désormais sans enjeu, sans impact -c'est pourquoi je m'étonne de tant de réactions passionnées, encore, parfois, sur ce Forum...(mais elles relèvent tout simplement de la susceptibilité personnelle, de cet hyper-ego que chacun cultive conformément à l'air du temps...).
 
L'histoire présente, notre histoire en train de se faire, est tout à fait ailleurs.
14/18, ce sont des histoires que nous nous racontons.
14/18 est si loin que, je le sens bien, et souvent, les jeunes générations sont tout à fait incapables de se le représenter tel qu'il fut vécu par les acteurs, et les victimes; justement, comme j'ai dit plus haut, à cause de cette hyper-sensiblerie contemporaine tout à fait anachronique, qui tient presque lieu de tout raisonnement, de toute analyse et à cause du "tout-victimaire" de l'approche majoritaire de ce lointain conflit.
 
Bien à vous,
 
 [:achache:1]


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Émouvante forêt, qu'avons-nous fait de toi ?/Un funèbre charnier, hanté par des fantômes./Tes doux sylvains ont fui, cédant la place aux hommes
Qui sèment autour d'eux la douleur et l'effroi. M. BOIGEY/LAMBERT, La Forêt d'Argonne, 1915
n°95995
garigliano​1
Posté le 26-10-2012 à 13:57:45  profilanswer
 

Bonjour  
 
Les AC que j'ai rencontré m'ont tous raconté leur passé militaire sans problème. Un de mes oncles qui avait fait la campagne de Tunisie avant de débarquer en Provence à Cavalaire sans parler de la suite jusqu'en Autriche m'a demandé de faire sa biographie , ce que j'ai fait en "mixant" ses mémoires et le JMO de son unité. Il me décrivait les prisonniers allemands qui défilaient avec le regard droit et toujours fier  dans le secteur du cap Bon.  
Un autre oncle m'a parlé de ses 28 mois en Algérie, de ses copains retrouvés atrocement torturés, de sa vie là-bas.
 
Les anciens d'Italie dont certains ont rencontré Juin et plus tard De Lattre m'ont fait part de leurs histoires, des récits incroyables mais pas tirés de papiers de "journaleux" mais de leurs bouches. L'un deux se prénomme andré, bachelier en 1937, mobilisé , maintenu vu la tournure des évènements, la drôle de guerre, la guerre, l'armistice, prisonnier, il s'évade traverse la France avec...un cheval, puis la méditerranée. Il reprend du service, la campagne de TUNISIE, la campagnie d'Italie, le débarquement en Provence, alsace, allemagne, autriche....c'est son parcours sans les anecdotes incroyables, ses rencontres avec Juin....
 
     
 
cordialement
yves      

n°95996
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 26-10-2012 à 13:58:45  profilanswer
 

Achache N'oublies pas qu'il y a beaucoup de personnes qui ne franchissent pas le cap d'accéder à un forum de discussion sur ce sujet ! je pense réellement que l'iceberg sous nos pieds est plus grand que l'on ne pense...
 
je fais le rapprochement avec le centenaire, les demandes d'informations afflues de plus en plus (effet de mode ou réel interet ?), des générations entières n'ayant pas eu accés aux informations ou n'ayant pas "écouté" ces cris d'alarmes sans bruit mais terrifiant de solitude de nos anciens poilus veulent maintenant "savoir et comprendre".
 
Essayer ce comprendre le mutisme, le silence d'une génération sacrifiée 1 siècle plus tard n'est il pas révélateur d'une société qui cherche des repères ?
 
laurent  :hello:  
 


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°95997
berry
Posté le 26-10-2012 à 14:20:35  profilanswer
 

Mutisme ? pas tant que ça ! l'exemple de mon grand- père et j'en connais d'autres... ne serait ce pas "ce qu'il faut dire" ? compte tenu du discours dominant du moment ?


Message édité par berry le 28-10-2012 à 07:32:32

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berry
n°95999
p Lamy
çà marmitte par ici !
Posté le 26-10-2012 à 14:26:45  profilanswer
 

Bonjour,  
par contre ce que je ne l'ai pas précisé, l'essentiel de mes rencontres, dans mon département, s'est fait avec des malgré-nous ou des incorporés de force. C'est peut-être aussi là une des raisons de ce mutisme.
Mais je reste persuadé que beaucoup ne voulaient pas effrayer leur proches avec des récits racontant les horreurs qu'ils avaient vécues.
 
Cordialement.
P. Lamy


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"C'est le Vin qui a fait gagner la Guerre"
Jean-Louis Billet, agent de liaison au 70e BACP
n°96001
Piou-Piou
jusqu'au bout
Posté le 26-10-2012 à 18:59:37  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et tous,
 
Guerre ?, comment raconter le vécu, 1914-1920, 1938-1945.
La guerre, rien de propre, rien de beau, tout les combattants n'étaient pas illettrés et ce n'est pas une question de mutisme.
 
Aujourd'hui encore une génération connais sa guerre ou l'à connus il y à peu, j'en convient rien à comparer avec celle de 14 mais il y à des horreurs.
 
Certain Forumeurs ici présent ont connus leur guerre, ils se reconnaitront, difficile d'en parler ou de raconter ce n'est pas du mutisme mais content de rentrer à la maison.
Dans nos réunions d'anciens, nous évoquons la mémoire des compagnons disparus, parfois une mission ou actions mais sans plus, ce n'est point du mutisme.
 
Je peux vous dire qu'à l'instant même j'en ai les larmes qui me coulent le long du visage, j'ai pourtant fait des études mais impossible d'exprimer.
Le 11 novembre je serais encore au monument, le clairon va sonner et je vais encore pleurer, certain me diront encore pourquoi est tu triste et je répondrais encore, ce n'est rien.
 
Cordialement.
Phil.


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Phil.
n°96002
Valerie Q
Posté le 26-10-2012 à 19:41:39  profilanswer
 

Bonsoir à tous

 

Le mutisme et l'impact sur les proches.
La maman de mon époux m'a raconté que petite elle se trouvait face une contradiction : à l'école on lui apprenait l'héroïsme des poilus. Chez elle son grand-père, un spahi, qui ne parlait jamais de la guerre.
Elle m'a dit que parfois un doute, non sur ce qui lui était enseigné, mais sur son grand-père, l'avait effleuré (un héros ne peut que parler de ses actes de bravoure). Le pauvre en plus de la souffrance de son expérience personnelle, vivait celle du départ de son fils à la guerre (c'était en 1939-1940), puis son décès  dans un camp de prisonnier.
Ce n'est que plus tard qu'elle comprit que cet homme ne pouvait lui parler. Elle s'en voulut, et peut-être encore de ne pas l'avoir compris, même si elle n'était pas en âge de le comprendre

 

Cordialement
Valérie


Message édité par Valerie Q le 26-10-2012 à 19:43:45

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22e RIT : http://sites.google.com/site/22emerit
Les "Pommiers" : http://pommiers19141918.canalblog.com/
n°96003
stefbreizh​56
Posté le 26-10-2012 à 19:57:55  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous,
Bonsoir HH,
 
Je ne pense pas que 14-18 soit globalement clos, bien au contraire.  
 
Au delà des récits des combats, de la situation de sépultures, de l'identification de photos ou de l'appartenance à un régiment, il y a quand même d'autres thèmes qui méritent largement d'être abordés et débattus avec notre sensibilité  d'aujourd'hui comme le sujet proposé par Laurent. Sujet complexe d'ailleurs qui amènent une réflexion particulière sur la condition de l'homme-soldat de 14, de ses rapports avec une autorité militaire toute-puissante sur l'individu mais aussi avec son environnement social et culturel où il a grandit et où on lui a appris ce qu'il devait être.
 
Comme l'a écrit Laurent, tout le monde ne s'inscrit pas à un forum pour la vivre cette guerre et réduire l'intérêt de cette période à un unique groupuscule d'internautes me parait franchement exagéré. Justement, évitons de regarder par l'oeilleton et tâchons d'ouvrir carrément certaines portes.
Dire que 14/18 est globalement clos est très réducteur pour celles ou ceux qui y travaillent dans le but d'apporter des éclaircissements sur la conditions de vie des hommes durant cette période. On en apprend toujours, tous les jours. L'activité de chercheurs, d'enseignants universitaires, de maîtres d'école, de guide-conférenciers ou même d'amateurs-autodidactes qui s'y appliquent chacun à son niveau, avec ses moyens et sa propre passion se résumerait alors à des histoires qu'on raconte ? On a fait le tour de toutes les questions dans leur globalité ?  
 
A mon (très) humble niveau, je suis tout de même convaincu que nous subissons encore les outrages de cette folie meurtrière. Malgré les années, même si les monuments aux morts n'inspirent plus toujours un profond respect parmis "les jeunes", ils ont encore le pouvoir d'attiser la curiosité et donc le questionnement. Leurs ombres sont dans toutes les villes, dans tout les villages, presque tout le monde s'y arrêtent un jour où l'autre. Quelle ville n'a pas sa rue de Verdun ? Ce conflit est celui qui doit être le plus présent dans l'esprit de la population car il est visible, parfois de manière monumentale parce que nos aïeux ont souhaité qui le soit. Même le promeneur, qui n'éprouve aucun intérêt pour la période, se rend compte finalement que les listes de noms sont longues, très longues. Il va même chercher de manière distraite si son nom de famille y apparaît...  
 
Je considère la Grande Guerre comme un véritable traumatisme subit par des millions d'individus, qu'ils soient français, allemands, européens, américains...Un traumatisme subit par une personne peut mettre des années à guérir, si tant est qu'il puisse guérir un jour. Alors, imaginons un peu l'impact à l'échelle d'une histoire commune à plusieurs millions d'hommes transmise à trois, quatre, cinq générations. Très peu de temps écoulé en fait et tellement de choses à apprendre, à comprendre et à transmettre.
 
Pour conclure, je ne veux pas généraliser en évoquant l'idée d'une névrose latente depuis 14/18. Non, pas à ce point, mais l'ombre de 14 plane toujours avec tout ce qu'elle a de brutale et de géant, dans le sens de la démesure des moyens et des énergies engagés, quelqu'ils soient.
 
Une réponse donc qui n'engage que mon point de vue et uniquement sur la Grande Guerre. Je me garderais volontiers de me prononcer sur d'autres conflits. En aucune manière, je ne souhaite jouer la surenchère victimaire même s'il est très compliqué de rester objectif dans ce que l'on écrit quand on ne connaît pas tout ou que l'on a pas vécu. Il y a évidemment une part de sensibilité qui peut mener à se créer des fantasmes pour un combler un espace vide d'expérience. Me concernant, je l'admet et je le reconnais très volontiers.
Et surtout, ne nous privons pas d'en parler,. Le terrain de la Grande Guerre est assez vaste pour chacun y trouve son"compte" Je le fais donc sans volonté de blesser qui que ce soit, juste une envie de pousser la réflexion et de m'exprimer avec mes propres moyens. C'est un sujet qui ne sied peut-être pas tout le monde mais...vive la liberté d'expression.
 
Bien à vous, Stef.


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"En essayant continuellement,on finit par réussir.
 Donc: plus ça rate,plus on a de chance que ça marche" (Les Shadocks)
n°96004
Achache
Cimetière militaire de V D
Posté le 26-10-2012 à 21:02:40  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Je vois que mes menus propos ont été mal, très mal compris  ;) ; dommage, mais ça ne m'étonne pas et ça n'a du reste aucune importance...
Comme je n'ai pas l'intention d'écrire un livre (il faudrait au moins ça, pour esquisser le thème proposé...), et que ça n'en est pas le lieu ici, je ne répondrai pas point par point aux diverses remarques qui m'ont été faites. Veuillez m'en excuser.
 
Bien à vous,
 
 [:achache:1]


Message édité par Achache le 26-10-2012 à 21:05:25

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Émouvante forêt, qu'avons-nous fait de toi ?/Un funèbre charnier, hanté par des fantômes./Tes doux sylvains ont fui, cédant la place aux hommes
Qui sèment autour d'eux la douleur et l'effroi. M. BOIGEY/LAMBERT, La Forêt d'Argonne, 1915
n°96006
Yv'
Posté le 26-10-2012 à 23:14:05  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Je crois que je rejoints Stef car je pense que 14-18 et les guerres qui ont suivi ont forcément laissé des traces dans bon nombre de foyers français (et dans d'autres pays aussi, bien entendu). Nous-mêmes aujourd'hui ne sommes plus des traumatisés des tranchées (quoi que...), mais nous avons certainement hérité des souffrances de nos aînés. Comme pour tout ce qui touche au psychologique, difficile de quantifier cet héritage, mais il est probablement présent dans notre inconscient.
Pour ce qui est du mutisme des anciens combattants, qui semble largement répandu, certains ici ont déjà dit l'essentiel : le manque de mots pour exprimer l'indicible, le regard de la société, l'envie d'oublier.
On peut dire aussi que le mutisme est une des conséquences des traumatismes de guerre : de nombreux témoignages affirment que l'on n'est plus le même quand on revient du front.
Un exemple parmi tant d'autres : dans un récent documentaire américain (Wartorn) qui met en lumière 150 ans de traumatismes de guerre, un soldat raconte qu'après 1918, il s'est refermé comme une huître. Il avait réalisé que ses amis, ses concitoyens, parlaient une autre langue... Si cela vous intéresse, c'est à la 48e minute dans le lien ci-dessous (attention, le documentaire passe ensuite sans prévenir à un jeune vétéran d'aujourd'hui qui passe son temps à regarder ses insoutenables photos prises en Irak).
http://youtu.be/KaX-pvae4gw
 
Cordialement
Yves

n°96008
stcypre
retraité et Handicapé
Posté le 27-10-2012 à 06:03:22  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Pour moi qui ai connu beaucoup d'anciens Poilus je dirais que ces anciens combattants évoquaient leur guerre car "je les comprenais"... et puis je rappellerais cette phrase de M. Genevoix: Nous avons connu l'incommunicable.... Tout est résumé.
Mais aussi dans mon enfance combien de fois j'ai entendu "tais toi pépé, tu nous ennuis avec ta guerre"... et à la fin d'un repas familial: "Ça y est le pépère recommence avec sa guerre... il a un peu trop bu !!!"
En fait, et c'est mon avis ces poilus ont eu la crainte de ne pas être compris, et puis certains aveux étaient terribles. Par exemple comment dire que mon grand père et ses camarades, au fort de Vaux, avaient bu leur urine!!!
J.Claude  


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la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.
n°96009
air339
Posté le 27-10-2012 à 08:49:17  profilanswer
 

Bonjour,
 
Très intéressant sujet lancé par Laurent.
 
La psychothérapie est balbutiante en 1918 (Freud écrit "Deuil et Mélancolie" en 1916, deux de ses fils seront tués à la guerre).
 
Pour être traités, les traumatismes demandent l'intervention d'une personne perçue comme neutre, hors de tout jugement. Le cercle familial répond mal à cette approche : il est plus facile de se confier à son médecin qu'à ses enfants !
 
Régis
 

n°96010
MartineG94
Posté le 27-10-2012 à 09:03:36  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Personnellement, je crois que le monde dans lequel nous vivons, que ce soit économiquement ou politiquement, serait tout autre si cette monstrueuse boucherie n'avait pas existé et qu'il n'est nul besoin d'être un "fondu" des années 14/18 pour se pencher sur cette période de l'Histoire.
 
Mais revenons au sujet!  
 
Mes deux grand'pères avaient combattu l'un comme l'autre pendant toute la durée du conflit (respectivement classes 13 et 14, tous 2 titulaires de la Croix de Guerre), en étaient revenus et n'en parlaient pratiquement jamais.
 
L'un nous avait emmenés, mon frère et moi alors enfants, à Verdun lorsqu'il était allé chercher sa médaille. La seule anecdote qu'il ne nous aie jamais racontée, c'est que, comme il était grand (1m80), on le mettait toujours à l'avant lors des marches pour faire accélèrer la cadence!
 
Quant à l'autre, il avait jeté ses médailles au feu en disant qu'il n'avait rien fait de plus que n'importe lequel de ses camarades pour les mériter (ce qui avait eu pour conséquence de provoquer une brouille durable avec son père!). La seule autre anecdote concernait la mobilisation...
 
Ni l'un ni l'autre de ces hommes n'a parlé de "sa" guerre à ses enfants ou petits-enfants, aucune relation de combats, rien, nada!
 
Pour ma part, j'ai toujours été persuadée que ce qu'ils avaient vécu était indicible et incompréhensible pour "ceux de l'arrière", formatés par la propagande et qui auraient sans doute eu tendance à les considèrer à l'époque comme des lâches, voire comme de "mauvais" Français!  
 
N'oublions pas non plus que leurs enfants ont connu la Seconde Guerre Mondiale et que la parole des aînés a, de ce fait, sans doute été étouffée.
 
Bien cordialement,
 
Martine
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

n°96016
jean luc P​amart
Posté le 27-10-2012 à 11:43:00  profilanswer
 

p Lamy a écrit :

Bonjour,
Effectivement, les anciens combattants se confiaient peu, j'ai eu des grands-oncles combattants de 39-45 qui m'ont jamais raconté leur périple. Je ne connais rien de la guerre d'Algérie de mon père.
J'ai rencontré des anciens combattants de 14-18, et pour certains, lorsque j'ai remis un document dactylographié de leur récit à leurs familles, les enfants étaient étonnés de savoir que le grand père avait "fait tout cela". Un autre m'a avoué avoir passé une mauvaise nuit après un entretien. C'est des mauvais souvenirs qu'ils s'efforcaient d'oublier, mais qui leur revenaient trop souvent à l'esprit.
Je crois que c'est Maurice Genevoix (ou Jacques Meyer) qui ont dit "Nous avons connu l'incommunicable".
Laurent à tout dit, les survivants de 14-18 pouvaient difficilement raconter ce qu'ils avaient vécu à leurs familles, mais en parlaient sans doute plus facilement entre vétrans dans les amicales d'anciens combattants.
Cordialement.
P. Lamy


 
D'où la réflexion de Jean Baptiste Duroselle sur son Père : INCOMPREHENSIBE
cordialement
Jean  luc pamart

n°96019
alain chau​pin
Posté le 27-10-2012 à 18:23:18  profilanswer
 

Bonsoir
Vaste sujet que celui là.
Pour être très direct, à la guerre on s'entretue et horriblement pour celle ci.  
Comment peut on en parler facilement quand on sait que l'on a pu tuer directement ou indirectement un être humain ?
Le silence est de rigueur afin de ne pas se culpabiliser un peu plus.
Ce n'est que mon humble avis.
Amicalement
Alain
 


---------------
Ceux qui reviendront de cette guerre et qui auront comme moi passés par toutes les misères qu'un homme peut endurer avant de mourir, devra s'en souvenir, car chaque jour qu'il vivra sera pour lui un bonheur."
Gaston Olivier - mon Grand-Père  
n°96025
berry
Posté le 28-10-2012 à 08:30:39  profilanswer
 

Je n'ai pas la perception qui semble se dégager des échanges, les anciens combattants ne s'exprimaient pas...si ils s'exprimaient , si ils parlaient de leur guerre ! en particulier lorsqu'ils percevaient de l'intérèt. Les êtres humains sont ainsi, ils ont tendance à se taire lorsque personne ne s'intéresse à ce qu'ils disent et à parler lorsqu'on les écoute.  
Rentrés chez eux, la vie reprenait et la vie va de l'avant .
 Leur préoccupation principale nétaient pas de raconter leurs terreurs et leurs exploits et celle de leur environnement n'était pas de les questionner ni de les écouter. Leur préoccupaion aux uns et aux autres c'étaient la vie de tous les jours.  
Ce qui ne veut absolument pas dire qu'ils étaient mutiques sur le sujet. A chaque fois que j'ai abordé le sujet avec des anciens combattants, puique je m' y intéressais,  j'ai touvé des hommes qui s'exprimaient, non pas avec plaisir, mais sans forfanterie ni larmoiements, avec simplicité.
 Par ailleurs, ce discours sur le prétendu "mutisme" des anciens combattants de 14-18, puisque c'est le sujet, va de pair avec la vision "victimaire" (ACHACHE a mis le doigt dessus).  
Ces combattants de 14-18 furent aussi, vraiment, des combattants ! c'est à dire des gens qui se battaient, mordaient dans l'adversaire, ouvraient bien  les yeux pour balancer leur  grenade sur le nid de mitrailleuse qu'ils avaient repéré et bondissaient pour remplacer à son poste le camarade qui venait d'être tué. Comment croit-on qu'ils arrêtaient les attaques allemandes à Verdun et ailleurs, comment croit-on qu'ils les repoussaient ?.


Message édité par berry le 28-10-2012 à 10:34:44

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berry
n°96026
caravelle
Ni haine ,ni vengeance
Posté le 28-10-2012 à 10:05:37  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Je pense un peu comme Berry.Car moi meme,j'ai agi en egoiste.
J'avais  12 ans ,un ami d'un membre de la famille ,à l'epoque devait avoir 80 ans passes.Je lui ai demande ,si il etait aveugle de naissance et pourquoi ces mains etaient abimees?
Ilm'a repondu "c'est à la guerre ,la Grande!"
Je lui ai repondu" c'est vieux ça,ça ne m'intereese pas"
En grandissant,j'ai compris que j'avais ete odieuse!
Je m'en suis voulue et meme aujourd'hui quand j'y pense ,ça me fait mal  

n°96027
Uschen
Posté le 28-10-2012 à 10:39:39  profilanswer
 

Bonjour à tous
Je note un point commun aux soldats de 14/18 et 39/45 engagés sur le front russe. A une certaine période dans l'année, un coup de grande tristesse les accablait. Quand j'avais dix ans,(1955) un ancien 14/18 me racontait des batailles et la perte de copains du village (armée du kaiser).Ah! si j'avais eu un magnétophone ou seulement pu comprendre l'intensité de ses récits.Il me reste le seul souvenir de sa larme à l'oeil.
 Plus tard, un malgré-nous, au sein d'un commando d'intervention sur le front russe, lors de la retraite allemande, me raconta que des copains lui avaient confié des lettres pour la famille car en se levant le matin, ils savaient qu'ils ne seront plus de ce monde le soir.
Je n'étais pas de leur famille mais ils avaient quand même ce besoin de raconter pour évacuer cette tristesse ou souvenir qui leur hantait l'esprit aux dates anniversaires de l'action; leurs proches ne prêtaient plus l'écoute.


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Uschen du 67
n°96031
chanteloub​e
Posté le 28-10-2012 à 17:58:56  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
Juste quelques mots pour mettre mon grain de sel dans ce sujet si compliqué: aucun de mes GP n'a raconté sa guerre, ni à ses enfants ni à ses petits enfants, mon pére et mon oncle n'ont jamais raconté ni leur guerre ni leur Résistance alors que mon pére a compris en lisant Cordier qu'il avait approché plusieurs fois Jean Moulin et que mon oncle passé en Angleterre pour échapper à la Gestapo a débarqué avec les commandos en Normandie. ( LH a titre militaire )  ( j'ai appris ceci  en héritant, il y a peu de temps, les Archives de la famille ).  
Je conseille, à ceux qui veulent approfondir cette question de la Mémoire, de lire Semprun.? C'est admirablement écrit et éclaire un peu le sujet.  
Bonsoir à tous. CC

n°96033
wam
Posté le 28-10-2012 à 19:10:50  profilanswer
 

Bonsoir  
Beaucoup d'anciens n'en parlaient pas pour la simple raison que ceux ci se sentait "honteux" d'être revenus et pas leurs amis. Ce sentiment est ressenti dans différents témoignage.
Pour ma part mon arrière grand père racontait plutôt des anecdotes drôle à mon grand père et mon père. Par exemple : il racontait qu'on attaquait son camps au Tonkin et qu'il était sorti, sabre et pistolet à la main en caleçon, et son supérieur lui avait dit d'aller se rhabiller. Mais de la campagne contre l'Allemagne et de la façon dont il avait perdu son oeil, jamais un mot.  
Cordialement  
Wam


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"la guerre est riche de pauvres soldats"                                          Recherche sur le secteur picard, surtout celui du bois des lôges et alentours  
 
n°96056
pierreth1
Posté le 29-10-2012 à 16:01:00  profilanswer
 

Bonjour,
Parler de "sa guerre"?  avec qui?
dans ma famille un de mes grand peres est mort quelques années avant ma naissance  (il y a de cela  60 ans!) il avait servi l'armee allemande comme alsacien de janvier 15 à novembre 18, il eut un fils (mon oncle) en 17 deux filles une en 26 l'autre ma mère en 32. Il n'a jamais parle de la guerre à ma mère ou à ma tante et donc nous considerions qu'il gardait cela pour lui et qu'il n'en parlait jamais!. Puis au deces de ma tante (etant son tuteur) j'ai trié une masse de documents (que je n'ai pas encore traduit en ce qui concerne les lettres qu'il ecrivit de janvier 14 à 1918 à sa fiancee puis epouse) dans ces documents des lettres de mon oncle mobilise en 39/40 comme eleve officier bombardier puis aspirant (interessant quand à l'ambiance..) et là dedans surprise une lettre de mon oncle comparant notre debacle de 40 à la situation de l'armee allemande en septembre octobre 18 telle que la lui avait raconte son pere! Autrement dit il en avait parle à son fils! mais pas a ses filles question d'age? etc..
 
Mon second grand pere lui a participe aux combats de Saumur en 40 il n'en parlait qu'avec ses copains de regiments qui s'etaient evades avec lui apres avoir ete faits prisonniers pudeur? peur de radoter?  
 
Avec mon pere nous n'avons quasiment jamais parle de nos experiences mutuelles , il y a suffisament de sujets de discussion plus interessants.. en outre en famille cela "enquiquinerait" copieusement les autres..Il parle peu de sa guerre d'Algerie, j'en connais quelques "annecdotes" sans plus!  
mais il lui arrive lors du 2S d'en parler brievement avec des camarades de promo.. Ils ont vecu les m^mes evenements et se comprennent.
Je n'aborde moi même certain sujets qu'avec des anciens de certaines des unites dans lesquelles j'ai servi, je ne pense pas que cela interesserait des "civils" et même des militaires plus "reguliers"..  
c'est d'ailleurs en partie pour cela qu'associations et amicales existent..
 
Les "exterieurs" aux évènements ne sont pas forcemment apte à écouter et à comprendre d'où d'ailleurs cette "mode" actuelle des cellules psychologiques...  
 
Ensuite il faut tenir compte dans un certain nombre de cas des nevroses traumatiques de guerre.. En 91 j'ai emmene pour hospitalisation à la demande d'un tiers un ancien major totalement ivrogne que je connaissais (et suivais depuis des années avant son départ en retraite) dans le véhicule me prenant pour un autte (le medecin de son unite en 60) il me parla de sa fonction simple appele comme responsable d'une section de commando de chasse composee de fellagha retournés, il n'en avait jamais parle... pour ses proches peut etre cela valait il mieux! En fait cela expliquait en grande partie la suite....  
 
Autre point qui parmi nous a des parents qui racontent en famille leur metier?  leurs problemes? leurs relations de travail etc... Qui parmi nous (parmi ceux qui ne font pas le metier de leurs parents) peut decrire avec exactitude le metier de ses parents?  
Quel medecin legiste ou quel policier de la PJ raconte son quotidien? certainement pas la majorite.
 
En fait il est nettement plus facile de relater les faits sur le papier, mais pour cela encore faut il maitriser un minimum la langue.
 
Cordialement
Pierre


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pierre
n°96066
garance.
Posté le 30-10-2012 à 16:32:31  profilanswer
 

bonjour,
autre mutisme (source oubliée hélas) quand deux anciens combattants de la même unité se retrouvent quinze ans après et n'ont plus rien à se dire au bout de cinq minutes de conversation...
cdt   garance

n°96070
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 30-10-2012 à 17:50:09  profilanswer
 

bonjour, ne serions nous pas en train d'exorciser par notre travail ce mutisme près d'1 siècle plus tard ?  
 
laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°96253
FRED59
Posté le 10-11-2012 à 13:52:57  profilanswer
 

Bjr Laurent,
 
pour répondre à ta question je serais tenté de citer Maurice Genevoix dans "Ceux de 14" :« Ils allaient, la tête penchée, le regard morne, accablés sous leur barda..., ils ne disaient rien, ne geignaient plus; ils avaient perdu jusqu'à la force de se plaindre. On voyait dans leur regard un abîme inouï de douleur..., ces visages muets criaient quelque chose d'effrayant : nous avons connu l’incommunicable"
 
je pense que ça résume assez bien toute l'horreur de ce conflit
 
Fred


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Fred
n°96263
POUDRIERE
Posté le 10-11-2012 à 20:25:12  profilanswer
 

Bonsoir,
Je suis émerveillé par la pertinence des uns et des autres. Bien que pas forcément en accord avec tout.
Les horreurs "banales" de la guerre, tout le monde les connaissait ne serait-ce que par les journaux. Inutile donc de les répéter ad libitum.
C'est quand on en arrive aux super-horreurs que le mutisme est le produit instinctif d'une auto-censure normale et protecrice. Protectrice pour les autres, pour sa femme, ses enfants. Ces combattants ont vu (ou participé à) des actions pour lesquelles ils n'étaient pas forcément volontaires ; je pense notamment à ceux désignés pour le peloton d'exécutions souvent sommaires.
Ma grand-mère de Lisle ignorait que son mari était à Fleury en juillet 16. Elle le croyait "au repos" en Woëvre. Enfin, c'est ce qu'il lui avait fait croire. De même, c'est un an plus tard, le jour anniversaire, qu'il lui a écrit qu'un 150 était tombé, sans exploser(!)., sur le frêle toit de l'abri qui lui servait de PC au pied du viaduc ferroviaire de Flirey devant Mortmare. La souffrance, tous ces combattants l'ont vécue dans leur chair et dans leur esprit. Pourquoi l'auraient-ils répandue sur les autres ?
Les super-horreurs ne font pas toujours honneur au Drapeau et contreviennent à l'hyper-patriotisme de l'époque. Pourquoi choquer ?
Je m'étonne un peu de ce personne n'ait donné clairement une référence précise à beaucoup d'entre nous. L'Algérie. Bien sûr les Fels ont torturé. Mais nous ne sommes pas en reste. Pourquoi se voiler la face, déformant ainsi l'Histoire ? Découvrir sa nouvelle chambrée et rester bouche bée devant les paires de testicules décorant les murs, épinglés par des punaises. Assister à l'enterrement d'un Fel vivant dans la fosse qu'on lui a fait creuser. Ce sont des trémoignages que j'ai recueillis, vite fait. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas politiquement correct. "Le temps n'est plus à la repentance" ai-je si souvent entendu. Ainsi, on ne tire pas de leçons du passé.
Je sens bien qu'un gentil modérateur va me sabrer... Tant pis, j'appelle un chat un chat.
 
Bien cordialement à tous.


Message édité par POUDRIERE le 12-11-2012 à 17:25:11

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Patrick Fournié
n°96264
Laurent59
Mémoire du 72e et 272e RI
Posté le 10-11-2012 à 20:43:00  profilanswer
 

Bonsoir à tous, je remercie tous les participants à ce sujet, les réponses, aussi diverses qu'elles soient sont intéressantes à tous points de vue.  
 
laurent  :hello:


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Histoire du soldat François Louchart 72ème RI .  
Site du 72e et 272e RI Régiments Picards dans la grande guerre.
n°96298
Eric15
Posté le 11-11-2012 à 23:50:53  profilanswer
 

Bonsoir,
 
"A l’inverse, une chose qu’il ne faut surtout pas dire aujourd’hui : l’évènement vécu ne fut pas, dans une très large mesure, ce drame paroxystique continu pendant 4 années que nous imaginons, ou « fantasmons » aujourd’hui avec notre hyper-sensiblerie si complaisante à l’ego de chacun, mais quelque chose de beaucoup plus banal, de quotidien accoutumé, ennuyeux, etc… "
 
Bon dieu , Achache...que ce que vous dites est vrai !!!!
 
Mon arrière grand père que je n'ai pas connu évoquait cette période uniquement entre anciens combattants et bien souvent avec une bouteille pour compagne...Ma grand mère me racontait qu'elle et se soeur se cachaient pour écouter leurs récits...
 
Il faut dire aussi que 8 millions de soldats avaient été mobilisés, 4 millions avaient connu le combat...
Pour beaucoup ce qu'ils avaient vécu étaient partagés par bon nombre...donc leur récit leur paraissait peut être banaux ???...
 


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« Les hommes pour la plupart n’étaient pas gais ; ils étaient résolus, ce qui vaut mieux. »
Marc Bloch
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