Bonjour,
pour information, texte reproduit paru dans "Le Courrier de Mayenne" le 29 août 1915, un an après la bataille
AUX MORTS DE MANGIENNES
10 Août 1914 – 10 Août 1915
Et à la mémoire du colonel Laffargue,
Commandant le 130è Régiment de Ligne,
Mort pour la Patrie et pour son Régiment.
J.L.
Un an de lutte, un an de deuil, un an de gloire ! …
Et nous venons, l’arme à la main, pieusement,
Saluer, premiers morts de notre régiment,
Votre jeune mémoire !
Un an ! Le soleil d’août ! Soldats du « Cent-trentième »,
Quel passé lumineux luit sur votre avenir !
Ah ! le même soleil les a vu bien mourir,
Là-bas à Mangiennes !
Jeunes hommes ardents, joyeux et volontaires,
Semeurs dont la moisson sera mûre demain,
Vous marchiez, le fusil ou l’épée à la main
Entraînant des frontières.
Votre amour les menait à leur sublime tâche,
Vous qui donniez un air de fête à ce martyr,
Officiers qui portiez le plumet de Saint-Cyr …
O France ! ton panache !...
Et tous, tous défiaient si haut la mort farouche
Qu’elle leur arracha de grands cris étonnés.
Quand elle les brisa, ces purs hallucinés.
Un refrain à la bouche !
Derniers appels ! Derniers regards ! Dernières fièvres !
O grands morts qui dormez au cœur des champs dorés,
Vous tendiez vos bras … et des noms adorés
Expiraient à vos lèvres !
Mères, pleurez ! Et toi, peuple sublime, prie !
La pourpre de ta gloire est pourpre de leur sang…
Donnez tous vos sanglots, donne tout encens
Aux morts pour la Patrie !
Mais une jeune foule a déjà pris leur place …
Où vous êtes tombés, d’autres s’élanceront,
Et s’ils tombent aussi, d’autres les vengeront :
C’est la France qui passe !
Ils vous saluent au seuil de la nouvelle année,
Ceux qui depuis un an ou bien depuis un jour,
Réclament gravement avec le même amour,
La même destinée !
Vous n’aurez pas de fleurs, vous n’aurez pas de larmes,
Notre hommage sera plus poignant et plus beau :
Un appel de clairon, le salut au Drapeau
En présentant les armes…
L’Avenir s’ouvre à nous comme une grande aurore…
Ah ! qu’il est beau d’avoir un fusil à vingt ans
Quand on meurt pour l’orgueil des drapeaux palpitants
Que la jeune aube dore !
Héros, dormez en paix ! … Demain, à la frontière,
Nous bâtirons pour vous un monument d’airain,
Et nous irons porter vos cœurs aux bords du Rhin
Dans un lit de lumière !
10 août 1915. Caporal Jean LABUSQUIERE
La pièce de vers que l’on vient de lire a été dite par son auteur, le 11 août dernier, dans une petite église du front, à l’issue du service religieux, célébré à la mémoire des officiers et soldats du 130é morts à Mangiennes, en présence du lieutenant-colonel entouré de l’état-major du régiment et devant le drapeau.
Après le dernier vers, la musique de 130è a exécuté, au milieu de l’émotion générale, la marche funèbre de Chopin.
L’auteur de ce poème au souffle ardent, est un jeune écrivain de grand talent, déjà connu, actuellement au front, en première ligne, et qui, s’il revient, sera certainement un des maîtres de la littérature française.
Nos biens vives et sincères félicitations.
(Extrait de l’Avenir de la Mayenne)-
REPRODUIT DANS « Le Courrier de Mayenne » , le 29 août 1915 (Archives départementales de la Mayenne, à Laval)