TURPINITE Lapides Clamabunt | Bonsoir Bernard, En décembre 1917, le général Guillaumat succède à Sarrail au commandement en chef des armées d'Orient. Il réorganise le commandement en créant un état-major interallié adapté à la direction d'une armée " multinationale " et obtient des moyens matériels qui lui permettent d'envisager une offensive. Sa mission reste néanmoins modeste après l'effondrement de la Russie qui aboutira à la signature, le 3 mars 1918, du traité de Brest-Litovsk entre les Russes et les Allemands mais qui entraîne d'ores et déjà le transfert de nombreuses divisions allemandes sur le front de l'Ouest. Ses efforts vont donc tendre à maintenir l'intégrité du front macédonien et y fixer le plus grand nombre de forces ennemies. La situation des Alliés s'améliore peu à peu. L'Empire ottoman, inquiet de ce qui se passe sur son front d'Asie, l'Autriche, bloquée devant le front italien, et l'Allemagne, concentrée sur son offensive en France en mars 1918 retirent une partie de leurs troupes des Balkans. La Bulgarie reste donc le principal adversaire.
Le général Guillaumat prépare ses plans mais il est rappelé par Clemenceau pour prendre le commandement de Paris, à nouveau menacé par l'avance des armées allemandes en mai - juin 1918. Le général Franchet d'Esperey, son successeur, arrive le 18 juin 1918 à Salonique. Il poursuit l'œuvre entreprise et prépare une offensive généralisée à travers les montagnes. Le général Guillaumat. Source : L'Illustration - l'album de la guerre 1914-1919
Cependant, il doit attendre l'accord des gouvernements britannique et italien toujours réticents à une action d'envergure dans la région. Le 15 septembre 1918, l'armée d'Orient passe à l'offensive dans deux directions : l'action principale au centre (forces serbes et françaises) en direction de Belgrade, par Usküb (aujourd'hui Skopje) pour couper en deux les armées bulgares, et une action secondaire (forces britanniques et grecques) à l'est vers la Bulgarie en direction de la vallée du Vardar et du lac Doiran.
Les divisions serbes progressent à une vitesse remarquable, appuyées par des unités grecques et françaises. Parmi ces unités françaises, un raid devenu célèbre est accompli par la brigade à cheval des chasseurs d'Afrique du général Jouinnot-Gambetta qui traverse 70 kilomètres de montagnes à près de 2 000 mètres d'altitude, sans routes ni cartes ni fantassins et batteries de 75 pour l'appuyer. Les cavaliers foncent en direction d'Usküb, capitale de la Macédoine, qu'ils prennent par surprise le 29 septembre. Cet épisode constitue la dernière charge de l'histoire de la cavalerie française. Le front bulgare est brisé et un armistice (le premier de la guerre) est signé avec la Bulgarie le soir même. Le général Franchet d'Esperey poursuit vers le nord, franchit le Danube et marche sur Bucarest, ouvrant la route vers l'Autriche, quand l'armistice du 11 novembre met fin aux combats. Ainsi, comme le reconnaîtront plus tard le maréchal von Hindenbourg, commandant en chef des armées allemandes, et le général Ludendörff, son principal collaborateur, la rupture du front de Macédoine en septembre 1918 a précipité la défaite des Empires centraux en provoquant la capitulation en chaîne de la Bulgarie (29 septembre), de l'Empire ottoman (30 octobre), de l'Autriche (3 novembre) et enfin de la Hongrie qui ne signe que le 13 novembre.
Près de 300 000 soldats français, dont plus de 50 000 ne sont jamais revenus, ont combattu sur ces terres balkaniques où ils ont vécu une fraternité d'arme avec leurs alliés serbes. Ceux que Clemenceau avaient appelés avec mépris "les jardiniers de Salonique", leur reprochant longtemps leur inaction, poursuivent la guerre cinq mois de plus que leurs camarades, postés en Roumanie et tenant le front sud de la Russie contre les bolcheviques. Ce n'est qu'en mars 1919 que les poilus d'Orient sont rembarqués d'Odessa avec le sentiment d'avoir injustement été les oubliés de la Grande Guerre.
Revue "Les Chemins de la Mémoire n° 148" - mars 2005 pour MINDEF/SGA/DMPA
Amicalement
Florian ---------------
S'ensevelir sous les ruines du fort, plutôt que de se rendre !
La munition, n'a ni amis, ni ennemis, elle ne connait que des victimes !
Si j'avance, suivez moi! Si je recule, tuez moi! si je meurs, vengez moi !
|