Bonjour à toutes et à tous
bonjour Stéphan .
Ces tristes histoires (celle de M.HOUY et de ses fils, et celle rapportée par Claude) m'ont fait penser à la suivante, qui s'est déroulée à PONTIVY en décembre 1918 :
"Pontivy - La joie qui tue
Lundi matin, à neuf heures, ont eu lieu, à PONTIVY, les obsèques de Mme Émile DURINGER, née Anaïs LE BRIGAND, qui a trouvé la mort dans de très pénibles circonstances. Une foule nombreuse et des plus sympathiques assistait à son convoi. La joie fait peur, dit-on ; elle tue aussi. La mort de Mme DURINGER en est la preuve.
Son fils Henri DURINGER, qui sortait de St Cyr au début de la guerre, avait été fait prisonnier, dès les premiers jours des hostilités. Depuis ce temps , sa mère ne vivait que pour lui et par lui. Chaque semaine c’était un colis qu’elle lui envoyait , une lettre où elle lui conseillait la prudence, la résignation, la foi dans l’avenir, l’espoir d’une délivrance prochaine. Les réponses du prisonnier la réconfortaient, ravivaient sa force morale et lui rendaient le courage de l’attente. L’armistice survint . Combien lentes alors elle trouvait les heures qui la séparaient encore du retour !
Enfin, le vendredi sept décembre , une dépêche lui annonçait l’arrivée du prisonnier. Quelle joie fut la sienne quand elle put embrasser celui qu’elle attendait depuis plus de quatre ans . Elle ne le quittait plus. Sa moindre absence la jetait dans l’inquiétude. Elle ne pouvait se faire à l’idée que dans quelques semaines il faudrait encore se quitter . La perspective d’un nouvel éloignement troublait son sommeil, lui donnait des cauchemars. Depuis quelques jours Mme DURINGER n’était pas sortie. Elle se plaignait de maux de tête . Des douleurs à la nuque la faisaient surtout souffrir. On était surpris de sa nervosité toute particulière et ses yeux n’avaient plus leur douce et aimable expression d’autrefois .
L’attaque qui la guettait éclata dans la nuit du 20 au 21. Elle se leva et sans être entendue, vêtue d’un simple jupon, les pieds nus, par la nuit froide, elle suivit, inconsciente, les bords du Blavet . En face de la minoterie de M. Jean SADO, là où il n’y a ni talus, ni parapet, elle tomba sans doute dans la rivière et c’est contre la vanne qui conduit l’eau à la turbine qu’un des meuniers, au lever du jour, trouva son cadavre arrêté. Pauvre femme !
Déjà habituée à la peine, elle avait supporté vaillamment pendant quatre ans toutes les angoisses de l’absence . Elle ne put jouir quinze jours de plaisir d’avoir retrouvé son fils. Ce bonheur a été au dessus de ces forces . La joie l’a tuée. Il y a des destinées qui méritent vraiment la plus compatissante pitié !
En ces douloureuses circonstances nous prions M. H.DURINGER et M. LE BRIGAND de croire à nos condoléances les plus émues et les plus sympathiques."
(Le Nouvelliste de Lorient - n°du mercredi 25.12.1918)
Concernant M. HOUY, son absence des registres de la paroisse de La Chalade ne viendrait-elle pas du fait que les suicidés, il me semble, n'avaient pas droit aux obsèques religieuses ? (Mais je peux me tromper.)
Amicalement
Jean-Yves
---------------
Recherches sur les 116e, 294e & 354e RI + 316e RI et 28e & 35e RAC
http://vannes1418.canalblog.com/