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  Au détour d'un JMO (9) - Assassinat dans la tranchée

 

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Au détour d'un JMO (9) - Assassinat dans la tranchée

n°68617
Arnaud Car​obbi
Alc ixh xan
Posté le 27-09-2009 à 00:02:41  profilanswer
 

Bonjour à tous,
 
Ce pourrait être un titre de roman. Direction le Pas-de-Calais, entre Alblain-Saint-Nazaire et Souchez.
 

  • Sucrerie, Albain Saint-Nazaire, dans la nuit du 4 au 5 juin 1915.

Après de durs combats les 30 mai et 1er juin, la sucrerie est en partie prise par le 279e RI. Toute avance est bloquée les 3 et 4 juin en raison des tirs de mitrailleuses positionnées en V4.
Le 4 juin, le 360e RI est en première ligne. Après de couteux combats fin mai, le régiment relève le 279e RI à la sucrerie. Une maison au nord est toujours aux mains des Allemands. Une opération est organisée et à 16h00, une section (celle du sergent Esnault) de la 21e compagnie, prend ce dernier bâtiment. La section a aussi avancé d'une centaine de mètres dans la tranchée U qui se trouve au nord de la sucrerie et que les tirs français prenaient en enfilade. Arrêtés par les mitrailleuses au point V4 et par l'artillerie allemande, les soldats durent ensuite repousser plusieurs contre attaques allemandes venant de Souchez dans la nuit (à 21h30 et 23h30).
 
Bien sûr, les combats ont eu un prix : 8 morts et 7 blessés à la compagnie pour le seul 4 juin (ne sont pas comptabilisées les pertes du 5).
VASSE René, caporal (noté 2e classe sur le JMO)  
LECLERC Alphonse Victor
HUCHARD Lucien
FARNAULT Marcel
RAMES Léon
ETERNOT Auguste
BOUCHE Benoît
ARDILEY Jean
 
http://img12.imageshack.us/img12/6340/360eriattaque.gif
 
Le résultat de ces combats fut aussi la capture de 19 soldats allemands (20 dans le JMO de la division).  
 

  • La mort du caporal Vasse.

En fait, ce sujet est parti de la mort de ce caporal, signalée dans le JMO du 9e bataillon du 141 RI :  
« Le prisonnier allemand Boos Johann faisant partie du groupe de 19 prisonniers arrivés au château de Haie dans la nuit du 4 a été accusé par le soldat Doyen, du 360e comme ayant assassiné le caporal Vasse, dans la tranchée où il s'était rendus et faits prisonniers ».
 
Le problème est qu'il n'a pas été possible de recouper ces faits avec un autre document. Aucun des JMO consultés (360e RI, 279e RI, 70e DI, 139 et 140e brigades, Cie 14/5) ne font allusions à ces faits. Pas de JMO de prévôté pour la division. Aucune citation pour le caporal alors que le JMO du 360 les mentionne systématiquement et qu'elles sont très nombreuses dans les semaines qui suivent tous ces combats. Les causes de sa mort ont elles été étouffées pour ne pas ébruiter l'épilogue de cette affaire dont la propagande aurait pourtant été friande (le "Boche" qui se rend et qui par traitrise assassine le bon soldat français) ?
 

  • Epilogue :

A près enquête, le soldat Johann Boos est condamné à mort. Il est fusillé par un peloton de 12 hommes du 9e bataillon du 141e RI, sous le commandement du capitaine Bousquet, dans les dépendances château de la Haie. Tout laisse à penser que le jugement fut expéditif : la décision est prise très vite (le soldat n'a pas été emmené à l'arrière pour être jugé par un tribunal militaire, ce qui ne veut d'ailleurs pas dire qu'il n'a pas été jugé), l'exécution suit immédiatement la décision, l'exécution se fait sur place. Arrivé au château de la Haie dans la matinée du 5, il est exécuté dans les dépendances dans la journée.
 
Source : JMO du 9e bataillon du 141e RI, pages 9 et 10 : http://www.memoiredeshommes.sga.de [...] iewer.html
Voir carte : http://lt1.mcmaster.ca/ww1/wrz4mp. [...] d=211&view
http://img188.imageshack.us/img188/20/360eri2.gif
En bleu : lieu des combats
En rouge : lieu de l'exécution, cantonnement du 9e bataillon jusqu'au 6 juin.
 
L'histoire s'arrête là, peut-être les réponses à nos questions existent-elles dans une annexe ou un autre dossier du SHD : a-t-il simplement été jugé ?
 
Il reste tout de même un dernier point à aborder :
 

  • une coïncidence étonnante.

Comme il est parfois fait mention sur le forum de soldats allemands dans les fiches MDH, j'ai tapé Boost Johann. Et quelle ne fut pas ma surprise de trouver une fiche ! Certes, il faut probablement y voir une simple coïncidence, une homonymie. Il s'agit d'un soldat allemand de la Légion au Maroc.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/SrvImg/SrvImg.php?_B=1&_I=SCK8VuBVugKqdxMLumX0EQ==&_C=1316061342
 
 
 
Avez vous d'autres exemples de meurtres de soldats français par des prisonniers ou d'exécutions de soldats allemands dans des circonstances identiques ?
 
A la semaine prochaine,
Arnaud


Message édité par Arnaud Carobbi le 27-09-2009 à 00:04:49

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Dernière mise à jour du Parcours du combattant 14-18 : 17/09/17 - Henri Pannard, transcription de sa biographie
n°68619
air339
Posté le 27-09-2009 à 08:44:04  profilanswer
 

Bonjour Arnaud,
 
Bravo pour ce travail de recherche et sa présentation !
 
Voici le témoignage d'un meutre commis par un aspirant français :
 
"Devant lui marchait un soldat : bonne figure de vieux père à barbe rousse. Celui-là devait avoir là-bas une brave femme entourée d’enfants joufflus et rieurs. Il s’avançait, les bars en l’air comme tous, et comme tous aussi, sans armes. Rassemblant  sans doute tout ce qu’il savait de français, il restait là, devant Baumier, répétant sans se lasser, avec l’accent de son pays : « Pardon, monsieur !... Pardon, monsieur !… »  (…) Baumier se mit à hurler : « Cochon ! Ah ! Cochon ! » (…) et il lui fit signe de franchir le parapet de la tranchée dans la direction de l’arrière. L’Allemand comprit et se hâta, comme délivré. Mais la terre mouillée glissait. Deux fois il tomba (…) Il recommença l’ascension de la paroi de terre. Il en gagnait le sommet, debout, comme grandi. Une seconde encore il serait parti.
Drame rapide. Baumier pressa deux fois la gâchette. Pan ! Pan ! Deux balles de revolver dans le dos abattaient à jamais l’homme pitoyable qui, peut-être, murmurait encore : « pardon ! » (…) La scène avait durée une minute à peine. Pendant un instant, la stupeur fut, sur la liaison, plus forte que la peur dans l’attaque. Ces hommes, pour qui tout prisonnier était sacré, eurent un réveil plus dramatique encore. Déjà Malherbe s’élançait. Une seconde et il était sur l’officier. Il hurlait : « Assassin ! Assassin ! » (…)"
 
« La guerre ?  C’est ça !... » – Louis Hobey – Librairie du travail - 1937, page 168.
 
Louis Hobey, instituteur, est agent de liaison au 1er bataillon du 131ème RI. Ce tragique épisode à lieu lors de l’attaque du 21 novembre 1917, contre le saillant de Juvincourt.  
450 prisonniers sont faits…
 
La guerre ? c'est aussi ça...

n°95095
rousseau c​ath
Posté le 29-08-2012 à 00:09:16  profilanswer
 

Extrait des récits sur mon grand-père:
Mai 1915.
Pendant son absence [pour maladie], le 156e R.I. a changé d’emplacement, il est maintenant en Artois. Après l’attaque du 9 mai qui fut un échec, mon père, revenu de son camp d’entraînement avec des renforts, prend part à l’attaque du 30.
La 39e division forme l’aile gauche du dispositif d’attaque. Les troupes ont été soigneusement préparées. Les soldats ont touché la nouvelle tenue, bleu horizon. Un nouveau képi de même couleur remplace l’ancien trop voyant.
À l’heure H prescrite, les troupes sautent le parapet. Le capitaine est frappé à la tête et tombe foudroyé. Après le combat, il sera enseveli au cimetière avec, pour cercueil, une baignoire trouvée dans une maison en ruine.
Les hommes partent, fous de rage. Neuville-Saint-Vaast, village tout en longueur, puissamment fortifié, est abordé à la baïonnette. Les mitrailleuses crépitent.
Dans le «no man’s land», on butte sur les corps des camarades tués à l’attaque précédente et qui gisent, décomposés, non encore ensevelis, dans les barbelés...
Mon père est alors témoin d’une scène atroce : dans une ferme conquise, une escouade allemande est réfugiée sous une tripoteuse (le verbe tripoter vient du Briard et signifie piétiner), machine à battre le blé, mue par un cheval.
Les fantassins ennemis se rendent, Kameraden, levant les bras. Mais mon père voit alors un sergent-chef, un de ses camarades, un instituteur comme lui, vider de sang-froid, au coup par coup, le magasin de son Lebel sur les Allemands, terrorisés.
« Arrête ! ... Arrête ! ...
- Pas de prisonniers ! Je venge le capitaine ! ...»


Message édité par rousseau cath le 29-08-2012 à 00:10:52

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