Un bonjour matinal,
En farfouillant dans mes dossiers j'ai retrouvé un brouillon de fiche de lecture sans vraiment savoir d'où elle vient.... mais bon... c'est bien ce que je cherchais à retrouver: la similitude entre l'affaire des Tirailleurs (1914) et celle de Millant et Herduin (1916)
Verdun 1916 : l’affaire Herduin et Millant, une exécution sommaire
Dès les premiers mois de la Grande guerre, des exécutions sommaires se sont produites avec l’aval de la hiérarchie militaire. Certaines d’entre elles ont été l’objet d’ordres écrits et on en retrouve aujourd’hui la trace dans les archives de l’armée.
(...)
Il existe au moins un cas d’exécution extrajudiciaire qui a dû être reconnu par le ministre de la Guerre, en 1921, puis a fait l’objet d’une décision de Justice, en 1926, c’est celui des deux sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant […] fusillés sans jugement, le 11 juin 1916, à Fleury, devant Douaumont,
(…)
Au début de la guerre, le 6 septembre 1914, à la demande de Joffre, commandant en chef des armées du nord-est, avaient été créées les cours martiales. Composés de trois juges militaires placés sous l’autorité de leur hiérarchie, elles ne prenaient en compte aucune circonstance atténuante, leurs décisions étaient immédiatement exécutées, sans possibilité d’appel ou de grâce.
(…)
ces cours martiales venaient d’être supprimées quand est intervenue l’affaire Herduin-Millant.
(…)
Une loi avait été votée le 17 avril 1916,
(…)
et elle avait été suivie le 29 avril 1916 d’une circulaire du ministère de la Guerre qui avait attiré l’attention du commandement sur cette suppression.
(…)
Quelques semaines plus tard, près de Verdun, les sous-lieutenants Herduin et Millant étaient accusés d’avoir « quitté le champ de bataille sans ordre, abandonnant la lutte ». Le colonel commandement la 103e brigade, le colonel Bernard, a décidé,
(...)
de les [faire] fusiller.
Des officiers ont témoigné d’un ordre écrit signé de ce colonel : « Fusillez immédiatement les lieutenants Herduin et Millant, coupables d’abandon de poste »
L’ordre a été approuvé par le général Boyer, commandant la 52e division d’infanterie. Et l’exécution, critiquée par le général Lebrun, commandant le groupe de divisions du secteur de Dugny, a été « couverte » et justifiée ensuite,
(...)
Lors d’un procès en diffamation intenté par Fernande Herduin contre le journal La Presse
(...)
un officier, le capitaine Lutz, a témoigné de l’existence au ministère de la Guerre de rapports concernant ce drame, dont un du commandant de la 2e armée, le général Nivelle approuvant l’exécution : « L’ordre d’exécution a été donné par le général Boyer. Au ministère de la Guerre se trouvent trois rapports concernant le drame de Fleury : un du général Boyer, exigeant la fusillade ; un du général Lebrun, blâmant le général Boyer ; un du général Nivelle, qui commandait alors l’armée, approuvant le général Boyer »
(…)
Face à toutes ces révélations, le ministre de la Guerre Louis Barthou a dû reconnaître, le 14 novembre 1921, dans une lettre à sa veuve, que le lieutenant Herduin [avait] exécuté sans jugement :
« Les dépositions recueillies au cours d’un récent procès que vous avez intenté à un journal parisien m’ont fait un devoir d’examiner à nouveau les requêtes dont vous avez saisi à plusieurs reprises mes prédécesseurs et moi-même.
Il résulte de ce débat, comme des documents antérieurs, que votre mari, le lieutenant Herduin, a été exécuté sans jugement, quarante-huit heures après son repli de Douaumont sur Verdun, le 11 juin 1916 »
La destruction officielle des archives
Les dossiers des deux officiers, qui sont consultables aujourd’hui au Service historique de la défense, contiennent l’un et l’autre une note datée du 16 novembre 1921 du chef du bureau des archives au ministère de la Guerre disant : « Il existait au dossier un certain nombre de pièces au sujet de l’ordre d’exécution et de l’historique de l’affaire. Le présent dossier a été communiqué au général, chef de cabinet du ministre, en novembre 1921. A sa rentrée aux archives, le 16 novembre, le chef de bureau a constaté que les documents visés ci-dessus ne s’y trouvaient plus ».
(…)
Il paraît probable que le ministre Louis Barthou [ou quelqu'un plus tard, a demandé que l’on fasse] disparaître les documents signés du colonel Bernard, du général Boyer, du général Joffre, du général Pétain et du général Nivelle, approuvant l’exécution sommaire – ainsi que du général Lebrun exprimant son désaccord.
(...)
quoi qu’il en soit, le reste du dossier fait état de l’approbation des plus hautes autorités de l’armée.
En effet, le « nettoyage » du dossier Herduin n’a pas été complet. On y trouve une note de la direction de la Justice militaire au ministère de la Guerre qui « constate […] que l’acte du général Boyer […] a été couvert par l’approbation des généraux Nivelle, Pétain et Joffre » et que « l’approbation du général en chef a suffi sinon à légaliser, du moins à entériner, en quelque sorte, la décision du général Boyer ».
Le cas de Pierre Millant a été moins popularisé car il était célibataire et ses parents n’ont pas pu, semble-t-il, déployer autant d’efforts que Fernande Herduin pour défendre sa mémoire
(...)
La réhabilitation posthume des sous-lieutenants Herduin et Millant a été prononcée par un arrêt de la Cour d’appel de Colmar le 20 mai 1926
(…)
D’après Gilles Manceron
Bien entendu les "gras et les couleurs" sont de ma main, les mises en italiques aussi, les coupures (...) également.
Cordialement
CC
Message édité par chanteloube le 22-04-2010 à 07:07:55