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Auteur Sujet :

Foch ordonnateur d'une décimation?

n°75920
chanteloub​e
Posté le 12-03-2010 à 20:10:02  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Bonsoir,
La dernière pièce est arrivée.  
 
De la main de FOCH
Merci Carnot.
 
Cordialement CC
 
 
http://images.mesdiscussions.net/p [...] MG2689.jpg

n°75923
chanteloub​e
Posté le 12-03-2010 à 21:39:16  profilanswer
 

quelques mots encore...
Une étude rapide de l'ensemble du dossier tend à montrer que la décimation avait été précédée "d'exemples".
On imagine ce que ces exemples ont pu être.
Sur cette remarque, en ce qui me concerne, se terminera l'analyse des "sources" de  la connaissance de cet  "événement" méconnu.
En comprendre la  portée et le mettre en perspéctive avec d'autres sont un autre travail.
CC

n°75927
Charraud J​erome
Posté le 12-03-2010 à 23:22:15  profilanswer
 

Bonsoir
 
CQFD
 
Cordialement
Jérôme Charraud


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Les 68, 90, 268 et 290e RI dans la Grande Guerre le blog
n°75936
sesouvenir
Posté le 13-03-2010 à 09:13:30  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
 
Ce fil est passionnant et son aboutissement grâce au travail collectif de tous les intervenants est, quelques scories anachroniques mises à part, un magnifique exemple de la qualité de ce forum.
Je sais bien que l'objet initial était de vérifier la réalité d'une affirmation contenue dans le livre de Jean-Yves Le Naour sur les fusillés, mais je ressens comme un sentiment d'inachevé et presque d'injustice : on ne sait rien des victimes de cette décimation, leur nom, le lieu de leur sépulture? N'ont-elles pas droit, au même titre que les autres fusillés pour l'exemple, à un travail de mémoire? Sur ce fil ou sur un autre.
 
Cordialement
IM Louis Jean
sesouvenir


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<<Le ciel est gris chargé de lourds nuages que chasse un vent violent ; il n'y aura pas de Taube aujourd'hui.>> JMO de la section de travailleurs du 3° d'artillerie
n°75990
valier
Posté le 14-03-2010 à 21:54:37  profilanswer
 

sesouvenir a écrit :

quelques scories anachroniques mises à part,


Bonsoir,
Pour ma culture personnelle, pouvez-vous expliciter, svp ?


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Un Homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom.
n°75994
chanteloub​e
Posté le 14-03-2010 à 23:04:54  profilanswer
 

Bonsoir,
Trois noms sont connus, que les règles que je me suis fixées m'interdisent de publier, les autres sont perdus, probablement trouvables dans les pièces annexes des unités concernées. Il faut les y aller chercher et ce sera un grand travail....sans compter que les noms et les prénoms de ces  "fusillés pour l'exemple" sont souvent déformés, mal orthographiés, inversés.
CC

n°76645
chanteloub​e
Posté le 08-04-2010 à 12:19:07  profilanswer
 

Bonjour,
Juste un mot pour dire que j'ai cherché, mais que je n'ai rien trouvé de nouveau quand aux noms des "tirés au sort".
CC

n°76651
carnot
Posté le 08-04-2010 à 20:44:49  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
Je profite de la nouvelle intervention de Claude sur cette terrible affaire pour poser ( et me poser) un certain nombre de questions: Si on ne retrouve pas les noms des fusillés, peut-être qu'on n'a même pas pris le temps de les noter? est-ce possible et où faut-il chercher pour tenter de les trouver?
j'avais lu que les décimations ( référence aux méthodes romaines, quelqu'un en connait-il les origines et son utilisation sous l'Antiquité?) étaient des rumeurs ou des légendes. Visiblement non, avec cette tragique histoire prouvée!! Y a-t-il eu d'autres décimations connues et prouvées avec certitude durant la grande guerre?
Autre question: comment tirait-on au sort? ( à la courte paille?)
Je continue à penser que 10 innocents fusillés pris au hasard est un crime inexcusable, et sans faire de polémique, ( je n'en fais jamais même lorsqu'on raille mes avis certes pas toujours dans l'air du temps) le dire, me parait juste. Je réfute donc totalement le nom qu'un forumeur a jugé bon d'associer à mon idée de Fouquier-Tinville, c'est particulièrement blessant et ça ne fait pas avancer la recherche de la vérité.
Bonne soirée à tous
Bruno

n°76655
chanteloub​e
Posté le 08-04-2010 à 22:00:21  profilanswer
 

Bonsoir Carnot,
 
Ne vous étonnez pas de réactions plus ou moins épidermiques que tel ou tel sujet de discussion provoque, ce n'est jamais vraiment  blessant, ( même Fouquier-Tinville selon le point de vue que l'on adopte ). Il y a pour 14-18, comme pour la Résistance, comme pour la collaboration, comme pour Napoléon, comme pour Pétain, comme pour la Commune, comme pour la Vendée révolutionnaire, comme pour tant d'autres sujets, toujours des clivages presque irréductibles qui se marquent. Voyez l'affaire Dreyfus,  tout le monde ou presque connaît la vérité et pourtant c'est encore un sujet de frictions....
Le principal est que l’on soit honnête avec les faits, rien que les faits. Leur interprétation est une autre affaire.  
L’historien retient les faits, certains faits qu’il juge significatifs ….et il construit avec une version provisoire de ce qu’il étudie….l’historien encore plus scrupuleux donnera aussi les faits qui ne « cadrent pas » avec sa proposition…le pseudo historien, il y en a, tronquera les documents, dissimulera des sources ou même trichera avec les faits….
Donc, ne vous formalisez pas du ton de certaines interventions un peu rapides…..Soyez au contraire remercié,  d’avoir donné un coup de phare sur une page d’ombre.  
La connaissance, même si elle nous dérange dans nos convictions, vaut toujours mieux que le silence ou l’ignorance.
 
Pour le mode de choix des coupables, je ne sais rien et les sources sont silencieuses...pour les noms je suis persuadé qu'il n'y a pas eu de sombre machination visant à les cacher mais que ces noms du nord de l'Afrique ont été mal orthographiés....Il se peut aussi que le document mentionnant les noms ait été expurgé pour éviter les procès en réhabilitation. Cette dernière proposition est pure spéculation de ma part et ne repose sur aucun document, elle s’appuie seulement sur la certitude que j’ai acquise au fil de mes visites à Vincennes que certains dossiers avaient été « visités » de façon sauvage ou « officielle ». Mais nous sommes, là, dans le domaine du subjectif….
Cordialement CC
 

n°76716
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:25:58  profilanswer
 

8e ARMEE                                                   Poste de commandement de Poperinghe
Le Général Commandant                                                  15 décembre 1914
 
CONFIDENTIEL                      Le Général d’Urbal, commandant la 8e Armée
                                        A Monsieur le Général Commandant le groupe d’Armée du Nord
 
 
J’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint un rapport avec pièces à l’appui, qui m’est adressé par le Général Humbert, au sujet du 8e Régiment de tirailleurs.
 
Les derniers renforcements envoyés de Tunisie à ce régiment qui a toujours été médiocre étaient composés d’hommes qui s’étaient mutinés avant leur embarquement. En définitive on en peut plus compter sur lui.
 
Les sanctions nécessaires seront prises ; mais je crois qu’il est indispensable de licencier le régiment et d’incorporer dans les autres régiments de tirailleurs les hommes qui le composent actuellement.
 
En attendant, je vous demanderai de vouloir bien mettre à ma disposition les deux bataillons restant de la brigade Castaing pour renforcer la 38eme Division, dans laquelle les tirailleurs ne constituent plus un élément de force.
 
        Les zouaves que, depuis six semaines, le commandant de la Division est obligé de faire marcher pour parer aux défaillances possibles des tirailleurs, ne suffisaient plus à faire plus longtemps leur service et celui des tirailleurs
 
                                                    D’URBAL (signature)  ( lettre de la main de D’Urbal)
 
 
Le 8e Tirailleurs a-t-il supporté plus de fatigues que les autres régiments ?
1) Si oui, qu’on le repose.
2) Si non, qu’on prenne immédiatement des sanctions : les meneurs ou 10 hommes tirés au sort dans la Compagnie qui a refusé de se lever, et qu’on les passe par les armes, dans un autre corps.
3) Qu’on me rende compte sans aucun retard de ce qui a été fait
   
 
                                                    FOCH ( signature)
 
( Lettre en sur-impression sur celle de D’Urbal de la main de Foch)
 
Bonsoir à tous,
Pour l'ensemble des forumeurs, qui s'intéressent à ce sujet,
voilà les transcriptions des originaux du carton du SHD
bonne lecture à tous
Bruno
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
                             
 
 
                             
 
 
                             
 

n°76717
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:27:53  profilanswer
 

8e ARMEE                                                                   Poperinghe 14 décembre 1914
32e C A
CONFIDENTIEL                Le Général Humbert Commandant le 32e Corps d’Armée
 
URGENT                             Monsieur le Général Commandant la 8e Armée
 
 
J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint une lettre n° 20s du 14 décembre du général Bazelaire commandant la 38e Division et 2 comptes rendus émanant du Lieutenant-Colonel Vallet du 8e Tirailleurs et du Colonel Anselme.
 Ces documents montrent malheureusement combien mes craintes étaient justifiées au sujet des tirailleurs de la 38e D.I.
Le Lieutenant-Colonel Vallet que j’au vu et entendu m’a fait connaître que l’énergie des officiers est impuissante à modifier, en ce moment, l’état d’esprit des Tirailleurs de la Compagnie dont il s’agit.
Des exemples ont été faits conformément au règlement. Les autres tirailleurs déclarent : « Tu peux me tuer si tu veux, mais je suis trop fatigué » et ils restent immobiles dans la tranchée.
J’ai eu à diverses reprises l’occasion de vous signaler cet état de dépression physique et morale dans des rapports.
Cette situation a une fâcheuse répercussion sur les zouaves qui doivent être employés constamment pour parer à l’insuffisance des tirailleurs.
Il me paraît inutile d’insister sur cette question en ce moment. Une attaque ennemie ne rencontrerait plus aucune résistance de la part d’une semblable troupe.
Je ne peux que renouveler mes demandes précédentes de remplacement de ces Tirailleurs par une brigade de troupes blanches si l’on veut que la 38eme D. I. puisse réellement être considérée comme une division d’infanterie normale.
Elle compte actuellement 5500 fusils environ dont 2000 Tirailleurs.
Aujourd’hui même le Capitaine Lasserre qui, à force de bravoure était parvenu à occuper une tranchée ennemie, a été anéanti avec sa compagnie par suite de l’indiscipline des Tirailleurs de la compagnie mutinée, qui n’a pas permis de leur porter secours en temps voulu.
Les mesures prises par le Général Bazelaire pour demain ma paraissent répondre aux circonstances que nous traversons.
Elles ne sauraient, toutefois, amener une modification à mes propositions.
 
                                                                          HUMBERT (signature)
 
( Lettre de la main d’Humbert)
   

n°76718
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:28:46  profilanswer
 

38e DIVISION                                          Verbranden Molen le 14 décembre 1914
76 BRIGADE
 
                           
                        Le Lieutenant Colonel Vallet Commandant le Régiment de Campagne du 8e  
                        Tirailleurs à Monsieur le Général Commandant la 38e Division
 
 
J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint les 2 compte-rendus du Capitaine Bisserier.
Cet officier a du faire lever à coups de cannes ses tirailleurs en position d’attente en arrière de la tranchée française. Ils se sont précipités dans la tranchée française et là malgré l’énergie du Capitaine de l’Adjudant Vial il a été impossible même à coup de trique de les faire lever. Le dernier renfort venu de Tunisie composé de réservistes qui se sont mutinés avant le départ, incorporés dans les tranchées, dès leur arrivée et épuisés de fatigue et comme je vous l’ai dit incapable de tout effort offensif.
Hier pour enlever le corps du Capitaine Gendre il a fallu user du revolver. Les tirailleurs préfèrent mourir : « Tue-moi je suis trop fatigué ».
J’estime que si le Capitaine Bisserier qui est un officier extraordinairement énergique n’a pas réussi c’est que ce n’était pas possible.
 
                                                              VALLET ( signature)
 
( Lettre de la main de Vallet)  

n°76719
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:40:25  profilanswer
 

32e CORPS D’ARMEE    P.C. de Kruisstraat château, 14 décembre 19 heures
38e DIVISION
ETAT-MAJOR
20s                                  Le Général de Bazelaire
                                        Commandant la 38e Division, à Monsieur le Général de Division
                                        Commandant le 32e Corps d’Armée.
 
                                                Poperinghe    
 
J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint deux rapports du Colonel d’Anselme et du Lieutenant-colonel Vallet, d’où il résulte qu’une Compagnie du 8e Régiment de Tirailleurs a refusé ce matin de sortir des tranchées et de se porter en avant.
Je donne l’ordre que, demain, cette compagnie soit amalgamée à une Compagnie de Zouaves, dont les gradés auront l’ordre, conformément aux prescriptions du service en Campagne, de forcer, au besoin en usant de leurs armes, l’obéissance de ces militaires indisciplinés.
                Cette prescription n’empêchera pas les sanctions qui devront être prises contre les meneurs de cet acte de lâcheté et de cette trahison collective.
                J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien recevoir le Lieutenant-colonel Vallet, à qui, verbalement, vous fournira toutes les explications nécessaires.
 
                                       GENERAL DE BAZELAIRE ( signature)
 
( Lettre de la main de Bazelaire)

n°76720
chanteloub​e
Posté le 10-04-2010 à 21:46:02  profilanswer
 

Bonsoir,
 
Bien, il me semble que le dossier grossit.......je retiens ceci.....
 
Le dernier renfort venu de Tunisie composé de réservistes qui se sont mutinés avant le départ, incorporés dans les tranchées, dès leur arrivée et épuisés de fatigue et comme je vous l’ai dit incapable de tout effort offensif.
 
 
En dehors de la mutinerie au départ qui n'a que peu à voir, me semble-t'il, avec le reste , j'entends: fatigue du voyage et montée directement aux tranchées, ces propos  dressent un constat surprenant: on punit des hommes dont on reconnait qu'ils étaient incapables de faire ce qu'on leur demandait. (le Lt-col Vallet, manifestement, tient à le faire savoir)
Cordialement CC

n°76721
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:49:12  profilanswer
 

14/12  14    TRANSMISSION DU RAPPORT DU COLONEL  VALLET
 
Il est indiscutable d’après les rapports du capitaine Anis et ceux du capitaine Bisserier qu’il a été impossible de faire sortir les Tirailleurs de la 25e Compagnie du 8e de la tranchée française, le Capitaine Anis se plaint que l’attitude de cette Compagnie a été même cause qu’une fraction de la Compagnie Lasserre a laquelle elle s’est trouvée mêlée dans la tranchée française n’a pas marché non plus.
Le Capitaine Bisserier qui a été exceptionnellement brillant à Ramscapelle n’est en aucune façon réprouvable du fait. Depuis Ramscapelle où il a perdu presque tout son monde, il a reçu des réservistes de Tunisie incapables d’un effort surtout après la fatigue de ces derniers temps.
Je ferai un rapport quand j’aurai pu interroger les intéressés.
 
                                               D’ANSELME ( signature)
 
( de la main de d’Anselme)
 

n°76722
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:50:48  profilanswer
 

VIIIe ARMEE                                           P.C. de Kruisstraat château, 16 décembre 1914
 32e CORPS D’ARMEE
38e DIVISION
LE GENERAL                     Le général de Bazelaire
                                           Commandant la 38e Division à Monsieur le Général de Division
                                            Commandant le 32e Corps d’Armée
SECRET  
                                                  Poperinghe
                                         ____________________
 
J’ai l’honneur de vous confirmer l’exécution des ordres du Général Commandant la VIIIe Armée, en ce qui regarde la Compagnie rebelle du 8e Tirailleurs.
       Par lettre secrète en date de ce jour, vous m’avez prescrit d’infliger une punition au Lieutenant- Colonel Vallet, pour retard à l’exécution de ces ordres.
       J’ai l’honneur de vous exposer respectueusement que Monsieur le Lieutenant-colonel vallet a fait ce qu’il a pu pour que les prescriptions de Monsieur le Général d’Urbal soient assurées.
       Il fallait en effet
 
1° Faire rentrer des tranchées cette nuit la Compagnie à décimer.
2° Tirer au sort
3° Faire défiler les condamnés devant les troupes.
4° Les exécuter
 
Or, dans le secteur, la relève n’a pu être terminée qu’à la nuit close, et le tirage au sort a été fait aussitôt.
          Mais il est impossible en plein jour, et au cours du combat, d’amener à Verbranden Molen, cantonnement du 8e Tirailleurs, les unités devant lesquelles devaient avoir lieu le défilé et l’exécution. Il fallait attendre la fin du jour, ce qui a été fait.
          J’ai donné hier soir l’ordre d’attendre ce matin, j’ai renouvelé l’ordre d’exécution. J’ai du, après avoir vu le Lieutenant – colonel Vallet, me rendre aux explications ci-dessus.
          J’ai l’honneur de vous demander si elles sont de nature à modifier les prescriptions de votre ordre secret de ce jour.
          Je crois n’avoir pas besoin d’ajouter que Monsieur le Lieutenant-colonel Vallet est un soldat discipliné et obéissant.  
 
                                         G. DE BAZELAIRE (signature)
 
( Lettre de la main de Bazelaire)
 
 
 
L’exécution a eu lieu à 17 heures. Le retard apporté à l’exécution ma paraissant justifié, j’ai estimé qu’il n’y avait pas lieu d’infliger une punition au Lieutenant-colonel Vallet.
 
                                          HUMBERT (signature)
 
(Mot ajouté de la main d’Humbert)
 
 
n° 37G  
 
Vu et transmis à titre de compte-rendu à Monsieur le Général Commandant en chef
Mes ordres portaient qu’il serait tiré au sort un tirailleur sur dix de la compagnie qui avait refusé de marcher ; sans préjudice des instigateurs de ce refus d’obéissance, s’ils venaient par la suite à être connus ; que les tirailleurs désignés par le sort seraient promenés devant le front avec un écriteau portant en français et en arabe le mot « lâche » ; qu’ils seraient fusillés aussitôt après.
 Q.G. de Rousbrygs, le 16 décembre 1914
 
         Le Général Commandant la 8e Armée
 
                       D’URBAL (signature)
 
(Mot ajouté de la main de D’Urbal)
 

n°76723
carnot
Posté le 10-04-2010 à 21:51:29  profilanswer
 

8e ARMEE
LE GENERAL                              Au Q.G. de Rousluigge 15 décembre 1914
 
                       
                                                        Le Général d’Urbal Commandant la 8e Armée
                                                        A monsieur le Général Commandant le groupe d’armée
                                                        Du Nord.
 
J’avais ce matin, jurait de décimer la compagnie de tirailleurs qui a refusé de sortir des tranchées hier, et de fusiller en plus, pour leur conduite, les meneurs si on les retrouvait.
               Le compte rendu de l’exécution doit m’être adressé au plus tard demain.
Il me paraît néanmoins nécessaire de donner à la 38e Division les deux bataillons de la brigade Castaing ( 6eme régiment colonial).
Quant au 8eme Tirailleurs, il me semble devoir être licencié sans retard, et les hommes qui le composent versés dans d’autres régiments.
En attendant, je vais, s’il ne donne pas satisfaction, après l’exemple fait, le faire désarmer et l’employer aux corvées des routes.
 
                                                  D’URBAL (signature)
 
( Lettre de la main de d’Urbal)

n°76725
carnot
Posté le 10-04-2010 à 22:03:54  profilanswer
 

32e CORPS D’ARMEE                              Ferme Verbranden Molen 16 décembre 1914
38e DIVISION
Objet : Compte-rendu          Le Lieutenant-colonel Vallet Commandant le 8e Tirailleurs
                                             A Monsieur le Général Commandant la 38e Division.
SECRET
 
 
J’ai l’honneur de vous rendre compte que l’ordre de Monsieur le Général d’Urbal Commandant la 8eme Armée a été exécuté aujourd’hui 16 décembre à 16h30.
Les dix tirailleurs désignés par le sort ont été fusillés après les formalités prescrites dans ledit ordre.
Un ordre en arabe a été lu aux Tirailleurs pour leur expliquer les motifs de la décision du Général.
Aucun incident.
 
                                       VALLET ( signature)
(Lettre de la main de Vallet)
 
Vu et transmis
Le Colonel Commandant le secteur Nord
MERIC ( ?) (signature)
 
Vu et transmis au Général Commandant le 32e Corps d’Armée M. Americ
 
Kruisstraat le 16-12-14
DE BAZELAIRE ( signature)
 
12 5  17-12-14
L’exécution a, paraît-il fortement impressionné les Tirailleurs et on pense qu’elle aura un effet salutaire.
C’est une compagnie de zouaves qui en a été chargée.
 
Vlamertinge 17-12-14  HUMBERT ( signature)
 
 
Vu et transmis
A Monsieur le Général adjoint au Commandant en chef pour faire suite au premier compte-rendu adressé le 16 décembre à 22h45’
 
Q.G. de Roushuigge, le 17 décembre 1914
Le Général Commandant la 8e Armée
          D’URBAL ( signature)
 
 
N° 6378             Vu et transmis
                               FOCH ( signature)

n°76729
Mercadal P
Posté le 11-04-2010 à 06:24:43  profilanswer
 

Bonjour.
D'après ce que je lis, l'idée de la décimation serait du Gal d'Urbal.
Le  " vu et transmis " n° 6378 signé par le Gal Foch transmet le cr du commandant le 8° de Tunisiens à qui ?
Mais en fin de compte, de quoi s'agit-il: d'une décimation ou bien d'une éxécution pour l'exemple de 10 soldats de la même unité ?
Au revoir.
P.Mercadal


Message édité par Mercadal P le 11-04-2010 à 10:42:43

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" No hay camino. Se hace camino al andar "  
A.Machado
n°76736
chanteloub​e
Posté le 11-04-2010 à 12:06:30  profilanswer
 

Bonjour,
 
Je pense que la proposition est probablement de d'URBAL, mais l'ordre d'éxecution est bien de Foch .
La photographie du document et le seing ne laissent aucun doute
 
"Les dix tirailleurs désignés par le sort ont été fusillés après les formalités prescrites dans ledit ordre"
 
cette formulation, à mon sens,  ne laisse pas envisager autre chose qu'une décimation..  je vois mal comment on aurait pu faire autrement......par ailleurs le dossier laisse entendre que l'on recherchera les meneurs par la suite et .....
Cordialement CC


Message édité par chanteloube le 11-04-2010 à 12:07:00
n°76749
Mercadal P
Posté le 11-04-2010 à 16:21:09  profilanswer
 

Bonjour.
L'ordre dont fait mention de chef de corps du 8 °RTT est celui du Gal d'Urbal; le Gal Foch demandait ( si le 8°RTT n'avait pas plus souffert que les autres régiments: mais qui en était juge ? ), qu'on fusille 10 tirailleurs ce qui n'est pas à proprement parler une décimation ou bien les mots n'ont plus de sens sauf si, bien sûr, la compagnie en question comptait alors 100 soldats et encore eut-il fallut qu'ils soient fusillés par leurs propres camarades, détail dira-t-on.
Mais à qui donc le Gal Foch transmet -il ce compte-rendu ( "vu et transmis", inodore et incolore, est condamné par le Vignal ) ?
Au revoir.
P.Mercadal
PS: décimation; le mot est employé à tort et à travers; dans mon journal local, à propos de l'accident d'avion qui touche une partie des élites gouvernementales plolonaises , je lis : " l'armée décimée "...écimée sans doute mais pas décimée.


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" No hay camino. Se hace camino al andar "  
A.Machado
n°76762
chanteloub​e
Posté le 11-04-2010 à 17:55:41  profilanswer
 

Rebonjour,
 
Oui, vous avez tout à raison: il ne s'agit pas d'une décimation au "sens romain" du terme et vous avez tout aussi raison de dire que les mots ont un sens précis...encore que par glissement sémantique on arrive à de curieuses acceptions. Je pense que s’il n’y a aucune ambiguïté quand au sens militaire du mot dans son sens ancien, on lit, effectivement, assez souvent, que les troupes d’Orient ont été décimées par les « fièvres », ce qui, a  proprement parler n’est pas exact mais que chacun comprend correctement  ( ce fut pire qu’une décimation !)
 
Le texte de Foch est exactement le suivant :
Le 8°tirailleurs a-t-il supporté plus de fatigue que les autres ?
1-si oui, qu’on les repose-
2-si non : les meneurs dix hommes tirés au sort dans la compagnie qui a refusé  de se lever, et qu’on les passe par les armes, dans un autre corps.
3-Qu’on me rende compte sans aucun retard de ce qui a été fait.
 
Je  peux faire erreur… mais il me semble bien que le dossier dont on a la première page (Photo en coin) est passé entre les mains suivantes : de Bazelaire, qui demande une sanction contre les meneurs, Durbal qui demande exécution de 10 tirailleurs tirés au choix et des meneurs, Humbert qui transmet, Foch qui donne l’ordre d’exécution, ensuite le dossier redescend parce qu’il y a eu du retard dans l’exécution et que Durbal demande une sanction contre le lt-col, ensuite il remonte parce qu’il faut bien rendre compte. Au bout de la chaîne hiérarchique, en remontant, Foch transmet au G.Q.G.
 
Cordialement CC


Message édité par chanteloube le 11-04-2010 à 17:57:21
n°76774
Mercadal P
Posté le 12-04-2010 à 08:07:44  profilanswer
 

Bonjour.  
Le Gal Foch n'a donc pas donné l'ordre d'une décimation mais celui de fusiller sans jugement dix soldats ou bien les meneurs d'une compagnie du 8° de Tirailleurs.
Je note qu'il avait entrebaillé une porte vers des mesures moins arbitraires en offrant la possibilité de désengager le régiment si on jugeait que ce dernier avait beaucoup souffert et que, malheureusement, aucun des grands subordonnés n'a saisi cette occasion pour la maintenir entrouverte ne serait-ce que pour respecter les formes de la justice militaire.
Le " vu et transmis " de Foch est peu explicite; étant somme toute  l'instigateur de ces éxécutions il aurait dû indiquer qu'il était à l'origine des mesures prises, qu'il les pensait efficace, autrement dit s'expliquer même si personne ne lui demandait expressément à moins qu'après réflexion il ait pensé avoir été trop loin ; en effet compte tenu du fait qu'il a été nécessaire de relever l'unité en cause pour appliquer les mesures préconisées il aurait été possible de mettre en oeuvre , même si cela n'aurait été que de pure forme s'agissant de juger des indigènes et surtout compte tenu de l'empressement de l'ensemble de la chaîne hiérarchique à vouloir s'en tenir à l'application d'une punition, les règles élémentaires de la justice militaire sans que, pour autant, l'effet de terreur soit moindre.
Au revoir.
P.Mercadal


Message édité par Mercadal P le 12-04-2010 à 11:11:22

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" No hay camino. Se hace camino al andar "  
A.Machado
n°77030
chanteloub​e
Posté le 20-04-2010 à 20:49:57  profilanswer
 

Bonsoir,
je crois qu'une fois de plus vous avez raison...il nous faudrait  avoir en main la, ou les réactions du G Q G à l'arrivée de ce dossier...Je note , mais c'est une idée probablement  "hardie" que ces exécutions me semblent peu conforme aux "usages" qui prévoyaient de forcer l'obeïssance  sur le champ mais pas de façon retardée....Mais...Prudence..
Cordialement CC

n°77042
chanteloub​e
Posté le 21-04-2010 à 07:56:12  profilanswer
 


Bonjour à toutes et à tous,
Je rajoute ce matin une question qui me tracasse.....
 
l'un de vous saurait-il, ou mieux aurait-il,  les attendus du jugement de réhabilitation des deux officiers du 347° RI fusillés en juin 1916 à Fleury  
 
j'ai lu quelque chose la-dessus mais j'ai perdu la référence...
On se fait vieux!
Cordialement CC

n°77065
chanteloub​e
Posté le 22-04-2010 à 06:54:11  profilanswer
 

Un bonjour matinal,
 
En farfouillant dans mes dossiers j'ai retrouvé un brouillon de fiche de lecture sans vraiment savoir d'où elle vient.... mais bon... c'est bien ce que je cherchais à retrouver: la similitude entre l'affaire des Tirailleurs (1914) et celle de Millant et Herduin (1916)
 
Verdun 1916 : l’affaire Herduin et Millant, une exécution sommaire
 
Dès les premiers mois de la Grande guerre, des exécutions sommaires se sont produites avec l’aval de la hiérarchie militaire. Certaines d’entre elles ont été l’objet d’ordres écrits et on en retrouve aujourd’hui la trace dans les archives de l’armée.  
(...)
Il existe au moins un cas d’exécution extrajudiciaire qui a dû être reconnu par le ministre de la Guerre, en 1921, puis a fait l’objet d’une décision de Justice, en 1926, c’est celui des deux sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant […] fusillés sans jugement, le 11 juin 1916, à Fleury, devant Douaumont,  
(…)
Au début de la guerre, le 6 septembre 1914, à la demande de Joffre, commandant en chef des armées du nord-est, avaient été créées les cours martiales. Composés de trois juges militaires placés sous l’autorité de leur hiérarchie, elles ne prenaient en compte aucune circonstance atténuante, leurs décisions étaient immédiatement exécutées, sans possibilité d’appel ou de grâce.  
(…)  
ces cours martiales venaient d’être supprimées quand est intervenue l’affaire Herduin-Millant.  
(…)
Une loi avait été votée le 17 avril 1916,  
(…)
et elle avait été suivie le 29 avril 1916 d’une circulaire du ministère de la Guerre qui avait attiré l’attention du commandement sur cette suppression.  
(…)
Quelques semaines plus tard, près de Verdun, les sous-lieutenants Herduin et Millant étaient accusés d’avoir « quitté le champ de bataille sans ordre, abandonnant la lutte ». Le colonel commandement la 103e brigade, le colonel Bernard, a décidé,  
(...)  
de les [faire] fusiller.  
Des officiers ont témoigné d’un ordre écrit signé de ce colonel : « Fusillez immédiatement les lieutenants Herduin et Millant, coupables d’abandon de poste »
L’ordre a été approuvé par le général Boyer, commandant la 52e division d’infanterie. Et l’exécution, critiquée par le général Lebrun, commandant le groupe de divisions du secteur de Dugny, a été « couverte » et justifiée ensuite,
(...)  
 
Lors d’un procès en diffamation intenté par Fernande Herduin contre le journal La Presse  
(...)
un officier, le capitaine Lutz, a témoigné de l’existence au ministère de la Guerre de rapports concernant ce drame, dont un du commandant de la 2e armée, le général Nivelle approuvant l’exécution : « L’ordre d’exécution a été donné par le général Boyer. Au ministère de la Guerre se trouvent trois rapports concernant le drame de Fleury : un du général Boyer, exigeant la fusillade ; un du général Lebrun, blâmant le général Boyer ; un du général Nivelle, qui commandait alors l’armée, approuvant le général Boyer »
(…)
 Face à toutes ces révélations, le ministre de la Guerre Louis Barthou a dû reconnaître, le 14 novembre 1921, dans une lettre à sa veuve, que le lieutenant Herduin [avait] exécuté sans jugement :  
« Les dépositions recueillies au cours d’un récent procès que vous avez intenté à un journal parisien m’ont fait un devoir d’examiner à nouveau les requêtes dont vous avez saisi à plusieurs reprises mes prédécesseurs et moi-même.
Il résulte de ce débat, comme des documents antérieurs, que votre mari, le lieutenant Herduin, a été exécuté sans jugement, quarante-huit heures après son repli de Douaumont sur Verdun, le 11 juin 1916 »

 
La destruction officielle des archives
 
Les dossiers des deux officiers, qui sont consultables aujourd’hui au Service historique de la défense, contiennent l’un et l’autre une note datée du 16 novembre 1921 du chef du bureau des archives au ministère de la Guerre disant : « Il existait au dossier un certain nombre de pièces au sujet de l’ordre d’exécution et de l’historique de l’affaire. Le présent dossier a été communiqué au général, chef de cabinet du ministre, en novembre 1921. A sa rentrée aux archives, le 16 novembre, le chef de bureau a constaté que les documents visés ci-dessus ne s’y trouvaient plus ».
(…)  
Il paraît probable que le ministre Louis Barthou [ou quelqu'un plus tard, a demandé que l’on fasse] disparaître les documents signés du colonel Bernard, du général Boyer, du général Joffre, du général Pétain et du général Nivelle, approuvant l’exécution sommaire – ainsi que du général Lebrun exprimant son désaccord.
(...)
quoi qu’il en soit, le reste du dossier fait état de l’approbation des plus hautes autorités de l’armée.  
En effet, le « nettoyage » du dossier Herduin n’a pas été complet. On y trouve une note de la direction de la Justice militaire au ministère de la Guerre qui « constate […] que l’acte du général Boyer […] a été couvert par l’approbation des généraux Nivelle, Pétain et Joffre » et que « l’approbation du général en chef a suffi sinon à légaliser, du moins à entériner, en quelque sorte, la décision du général Boyer ».
 
Le cas de Pierre Millant a été moins popularisé car il était célibataire et ses parents n’ont pas pu, semble-t-il, déployer autant d’efforts que Fernande Herduin pour défendre sa mémoire
(...)
La réhabilitation posthume des sous-lieutenants Herduin et Millant a été prononcée par un arrêt de la Cour d’appel de Colmar le 20 mai 1926  
(…)
D’après Gilles Manceron  
Bien entendu les "gras et les couleurs" sont de ma main, les mises en italiques aussi, les coupures (...) également.  
 
Cordialement
CC


Message édité par chanteloube le 22-04-2010 à 07:07:55
n°77089
chanteloub​e
Posté le 23-04-2010 à 07:42:22  profilanswer
 

Bonjour matinal,
 
pour compléter le propos, un nouvel exemple relevé par le général Bach et N. Offensdadt d'une exécution  " différée" dans la zone du 10° CA
 
 http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/75/extraitSHDGRGR26N3620010036Tcopie3.jpg
 
Boutegourd commande la 51° DR
 
Les 7 fusillés seront réhabilités au motif que:
 
" Attendu [...] que d’après les règlements militaires il n’existe qu’un seul cas où le chef puisse forcer l’obéissance, c’est au contact et au contact direct de l’ennemi ( article 12 du décret du 3 décembre 1913) que tel n’était évidemment pas le cas…."
 
J'ajoute que le 10°CA était, à ce moment là, commandé par le général Desforges et qu'il appartenant à la IX°A commandée par le général d'Esperrey
 
Cordialement  
CC


Message édité par chanteloube le 23-04-2010 à 13:31:12
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