Bonjour à tous,
L'histoire de Ferdinand Fille n'a pas été évoquée (merci Jean-Claude !
).
Bien cordialement,
Eric Mansuy
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"Les "gosses" héroïques : Fernand Fille.
On nous écrit d’Aix, le 9 octobre :
Le héros dont nous narrons ci-dessous l’odyssée est un de nos concitoyens. Il habitait, avant l’horrible guerre, au numéro 47 du boulevard de Plombières.
Fernand Fille est né à Marseille le 12 février 1898. Lorsque les hostilités commencèrent, il avait donc seize ans et demi. D’une nature enthousiaste et ardente, les premiers récits des batailles livrées en août 1914 l’exaltèrent au point de lui faire concevoir le projet de s’engager. Sa famille s’y opposa, le trouvant encore trop jeune.
Il passa outre. Ayant lu dans les journaux l’appel du gouvernement belge à ses nationaux habitant la France, Fernand Fille imagina de s’enrôler dans la vaillante armée du roi Albert. Servi en cette circonstance par son physique, il n’eut pas grand’peine à convaincre les autorités belges de l’origine qu’il voulait se donner.
« Je suis, dit-il, un réfugié des régions envahies par les hordes allemandes ; je m’appelle Peter Vandaële et suis né à Louvain, le 12 octobre 1896. En dernier lieu, j’étais représentant de commerce 11, rue de la République, à Lille » (faisons remarquer en passant qu’aucune voie de ce nom n’existe à Lille).
On crut son récit.
Après avoir subi une visite médicale, Fernand Fille, reconnu apte, fut envoyé dans un régiment d’infanterie belge.
Le jour de son départ, Fernand Fille, pour justifier son absence, avait prétexté une promenade en automobile, puis il avait, par une lettre remise à un voisin, avoué à sa famille son héroïque escapade, mais sans aucune précision, de façon à déjouer les ruses maternelles. Ce n’est que plus tard, après avoir complété son instruction militaire au camp d’Avord et avoir guerroyé durant de longues semaines dans les dunes des Flandres, où il fut blessé une première fois qu’il fit connaître à sa famille toute la vérité.
Sur la démarche de son père, l’engagement du jeune Fernand Fille fut résilié à la fin du mois de janvier 1915.
Notre héros est d’esprit tenace. Il ne voulut point que le beau rêve de gloire qui avait hanté son cerveau se terminât par une banale et prosaïque admonestation paternelle. Au commencement du mois suivant – comment ? c’est son secret, – il contracte un nouvel engagement, mais dans l’armée française, cette fois, et fut affecté au 159e d’infanterie. Et le voilà parti pour la Haute-Alsace ! Il arrive sur le front en juin et se signale tout de suite par sa belle conduite au feu. Le 2 août, il prend part à l’attaque du Lingekopf et est proposé pour la médaille militaire ; le 4, au cours d’un nouvel assaut, il tombe, accablé sous la mitraille. Son corps d’adolescent est littéralement criblé de projectiles divers. Il est transporté mourant à l’hôpital d’Epinal, où son père, mobilisé au 8e d’artillerie, vient le voir sur son lit de souffrance.
Un miracle se produit. Après avoir subi l’amputation du bras gauche et l’ablation de l’œil droit, le jeune blessé reprend des forces ; son état s’améliore, et bientôt on peut le diriger sur un hôpital lointain où il achèvera de se remettre. Depuis une quinzaine, Fernand Fille est en traitement à l’hôpital auxiliaire des Arts-et-Métiers à Aix-en-Provence.
Cité à l’ordre du jour de l’armée, il a obtenu à la fois la médaille militaire et la croix de guerre avec palme ; il est, de plus, l’objet d’une proposition pour la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Comme nous nous apitoyions sur son sort et que nous formulions des regrets sur les conséquences de ses terribles blessures, cet enfant eut ce mot sublime, d’une résignation surhumaine :
« Que voulez-vous, Monsieur, c’était mon destin ! »
O."
(in le Petit Marseillais, 10 octobre 1915)
"Extrait du Journal Officiel (16 septembre 1915) :
Fille (Ferdinand-Auguste), soldat au 359e régiment d’infanterie :
"Très bon soldat, engagé volontaire pour la durée de la guerre. A été grièvement blessé à son poste de combat. Amputé du bras gauche."
Fernand Fille a été fait chevalier de la Légion d’honneur avec la citation suivante :
Fille (Ferdinand-Auguste), aspirant au 359e :
"Très bon sous-officier, engagé volontaire pour la durée de la guerre, a toujours donné le plus bel exemple de courage et de dévouement. S’est maintenu seul pendant quinze minutes dans un élément de tranchée attaqué par l’ennemi. Titulaire de la médaille militaire, amputé du bras gauche."
Fernand Fille, qui n’a pas dix-neuf ans, est le plus jeune chevalier de France.
O."
(in le Petit Marseillais, 4 juin 1916)
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"Un pauvre diable a toujours eu pitié de son semblable, et rien ne ressemble plus à un soldat allemand dans sa tranchée que le soldat français dans la sienne. Ce sont deux pauvres bougres, voilà tout." Capitaine Paul Rimbault.