Bonsoir à toutes et tous,
Elle réussit cette fois. La journée du 27, heureusement, a été relativement calme. L'état d'épuisement de l'ennemi se confirme. Il ne faudrait point, pourtant, se bercer d'illusions dangereuses, car trop d'indices montrent que l'adversaire s'occupe à regrouper ses forces, à faire prudemment avancer les batteries qui vont préparer l'assaut final, qu'il médite de porter contre le dernier rempart encore dressé sur la route de Dunkerque à Calais. Mais chez nous aussi, tandis que la bataille gronde au sud, du côté d'Ypres, l'accalmie a été mise à profit pour rétablir une apparence d'ordre dans les unités éprouvées, procéder à quelques relèves, renouveler les provisions de cartouches, distribuer quelques vivres. Le Roi, une dernière fois, a fait appel au courage de ses hommes, a prononcé des paroles de confiance et d'espoir, les a encouragés de sa propre présence.
Et pendant ce temps, petit à petit, l'inondation commence son oeuvre sournoise et lente. Les fossés, les canaux, les ruisseaux se gorgent d'eau saumâtre. A la prochaine marée, ils commenceront de déborder; et dans un jour ou deux la nappe liquide submergera ces plaines sacrées, où tant de sang fut répandu.
Sans que l'ennemi ait bien conscience encore de la réalité, il s'inquiéte pourtant de cette eau qui monte insidieusement dans les, grachten, maudits, où ses hommes pataugent et font d'inutiles efforts pour se débarrasser de la boue envahissante. Sont-ce les pluies de ces derniers jours qui provoquent cet état de choses alarmant ?. Les Allemands s'interrogent et ne savent que répondre. Mais s'ils se perdent encore en conjectures, ils comprennent cependant la nécessité de prononcer sans retard le dernier effort duquel la victoire doit jaillir.
Le 29 au soir, alors, toute l'artillerie prend pour cible le remblai du chemin de fer. Et pour nos pauvres soldats, le supplice recommence sous l'infernale pluie d'obus. Cela dure des heures; puis vers la fin de la nuit, l'attaque se déclenche sur tout le front, de Nieuport à Pervyse, tandis que le tir s'allonge. Tout de suite, nos fantassins ont surgi derrière leur dernier rempart bouleversé; nos canons concentrent leurs feux sur les colonnes qui s'avancent; l'assaut est anéanti.
L'ennemi s'obstine, revient à la charge, se fait presque partout décimer sans pouvoir aborder nos lignes. Mais s'il ne relâche point son effort, c'est qu'il tient pour inévitable qu'un point faible quelque part finira par céder, par où la percée décisive s'opérera. En effet, aux premières clartés de la journée du 30, la position que le 5e de ligne tient devant Ramscappelle, et où il à brisé trois attaques successives, est finalement emportée par les trois régiments de la 5e division de réserve prussienne, qui se sont acharnés contre ce point.
La lutte dégénère dans un corps à orps à la suite duquel l'assaillant, poursuivant nos éléments qui refluent en désarroi, fait irruption jusque dans le village. Notre dernière ligne de défense est rompue.
Coûte que coûte, il faur écarter la menace mortelle, afin que l'inondation achève de nous sauver. Déjà au nord, à l'ouest, au sud de Ramscappelle, les troupes de soutien accourues ont dressé une fragile barrière qui suffit, cependant, à arrêter l'ennemi quand, dans l'après-midi du 30, avec l'appui de ses satanées mitrailleuses, il tente de déboucher du village ruiné. Mais ce n'est point assez de le clouer sur place, il faut chasser l'ennemi de la position envahie. Cette évidence s'est imposée tout de suite à l'esprit de tous les chefs présents, Français et Belges. La même volonté, la même initiative les animent; une entente immédiate s'établit, si bien que même avant la réception de l'ordre de contre-attaque, les unités disponibles ont commencé leur mouvement.
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Phil.