Bonjour,
Voici un OCR des 4 dernières pages du livre ,
Mémoires d’un poilu breton
D’Ambroise Harel .
Excellent livre .
3 janvier 1919
Je rentrai au camp attendre mon tour pour rentrer en
France. Un convoi était parti la veille, et le 3 janvier 1919,
après avoir assisté a quelques brillants concerts patriotiques
dans nos baraques, je quittai le camp avec un deuxième
convoi aiguillé sur la Hollande.
En quittant le camp, nos derniers regards furent pour les
infortunés camarades qui étaient morts en captivité. Sept
mille, sans compter ceux qui sont enterrés dans les Kommandos,
dorment leur dernier sommeil dans le cimetière du camp,
autour d'un monument dédié a leur nom.
En face de ce monument s'élève une grande colonne sur-
montée d'un aigle éployé et qui commémore les soldats alle-
mands tombés dans les guerres d'autrefois.
Avant mon départ, je fus employé a l'évacuation des mala-
des et des blesses au lazaret. Sur les 16 blesses dans la
fusillade criminelle du camp, 2 survivaient seulement.
On ne saura jamais le poids de douleurs morales et phy-
siques que durent endurer ces infortunés! Beaucoup furent
victimes du typhus, de la grippe et autres contagions que
L’insalubrité de la nourriture et du camp aidait tant a se pro-
pager. Tous les soins étaient donnés par des élèves en méde-
cine, et les prisonniers servaient plutôt de sujets d'expérience!
Aux morts de maladies s'ajoutaient les victimes des mauvais
traitements; les fusillés, les morts a la suite de coups ou
d'accidents.
Nous passâmes a Cassel ou le train s'immobilisa toute la
nuit; nous étions dans des wagons de voyageurs; le lende-
main, ii reprit sa route par Essen, et remontant toujours vers
le Nord, nous arrivâmes au camp de Frederickfeld, dans la
zone occupée par nos allies belges.
Là, les derniers soldats boches qui avaient accompagné le
convoi firent demi-tour en baissant la tête sous nos injures.
Nous descendîmes du train et, conduits dans le camp voisin,
beaucoup mieux aménagé que celui de Langensalza, nous
fumes bien restaurés ; nous eûmes, et c'est quelque chose, sur-
tout pour les anciens captifs, du pain blanc! Nous passâmes
la nuit dans cc camp et le matin, au petit jour, nous fumes a
pied a Weisel en traversant le pont imposant de Ia Lippe.
Il fit très froid, mais en transportant ma caisse qui ne contenait pas
moins d'une centaine de biscuits, j'eus chaud! Je m'étais lar-
gement assure contre la famine, je mangeais d'ailleurs peu,
vivant du seul espoir de revoir bientôt la France!
Beaucoup, surtout parmi les anciens prisonniers, étaient
émus jusqu'aux larmes, principalement les pères de famille
qui pendant plus de quatre ans avaient supporté la captivité!
A Weisel, nous devions prendre le paquebot caboteur des
grands fleuves, et sur la rive du Rhin, nous attendîmes pen-
dant plusieurs heures l'embarquement. Des femmes venaient
nous vendre du café. De temps en temps, passaient de jolis
paquebots transportant des prisonniers, nous nous saluions
par les cris de ~ Vive la France!
Nous embarquâmes finalement dans de sombres péniches,
aménagées de matelas et de réfectoires. Nous passâmes sous
les arches du grand pont de Weisel, du haut desquelles les
soldats belges nous saluèrent. Nous étions très bien nourris
et avions dans les péniches un service de table complet. Des
garcons payés a 7 francs par jour, et recrutés parmi les pri-
sonniers, assuraient le bien-être.
Nous passâmes bientôt en territoire hollandais ; tous les pri-
sonniers étaient sur le pont, toutes les poitrines, dans une
même envolée, envoyaient loin des rives du Rhin nos chants
patriotiques ! Notre drapeau flottait sur tous nos mats, d'autres
paquebots pleins de camarades nous dépassèrent encore. Et
toute cette flottille nous emmenait vers Rotterdam, Amster-
dam, Vlinsingen. Sur toutes les rives, nous étions acclamés.
A Dordrech, notre bateau s'arrêta dans le port ; nous fumes
accueillis par une musique militaire hollandaise et par une
foule de civils qui nous acclamait! Nous débarquâmes dans
cette ville et y restâmes deux jours afin de laisser le temps aux
ports de mer de se décongestionner. A Dordrech, malgré notre
liberté, nous ne pouvions pas nous offrir grand luxe, car nos
marks ne valaient que 6 sous. Le cinéma nous fut offert gra-
tuitement, un foyer du soldat était a notre disposition. Toutes
les boutiques étaient bien achalandées, surtout en tabac, il y
en avait a toutes les vitrines ! Partout encore, l'allemand était
parlé.
De Dordrech, nous quittâmes le Rhin par chemin de fer et
fumes a Vlinsingen, port hollandais près de la côte belge.
Nous passâmes sur des ponts interminables, établis sur la
plaine inondée des Pays-Bas, et même sur des bras de mer.
Ces ponts hollandais représentent un travail gigantesque. La
plupart sont en ciment armé.
Après avoir passé la nuit dans cette vile, au casino de la
plage, nous embarquâmes pour Dunkerque par le paquebot
L Nord. La traversée était de cinq heures, la mer était à peu
près calme, le vent était très froid mais pas bien fort.
Le paquebot était archiplein de rapatriés, sur le pont il était
impossible de pouvoir faire un pas, sans parler des cabines
intérieures, tant nous étions serrés! Quelques rapatriés
jouaient ~ La Madelon>> avec accordéons et tout le monde
chantait en choeur.
Enfin Dunkerque nous apparut!
Nous avions toujours cru que la France serait très sensible
aux malheurs de ses prisonniers. Le sol français était là, ce
sol tant espéré, nous allions donc le toucher bientôt! L'émo-
tion était très forte, des larmes perlaient!
Ce fut l'accostage ! Des officiers et soldats, baïonnette au
canon, et appartenant a des régiments du 3e corps, nous atten-
daient sur le quai. Pas la moindre musique! Une froideur
generale, une déception surprenante! Voyant cet accueil, je
me mis sur le bout du pont et criai de toutes mes forces: La
Marseillaise ! La Marseillaise! Mais non ! nous ne mentions
point d'honneurs ! Nous n'avions pas été tués, nous avions été
fait prisonniers!
Aussitôt sur le quai, on nous fit mettre par quatre et la
colonne fut conduite dans un vaste bâtiment que les avions
et les canons boches avaient transformé en courant d'air!
Nous eûmes des paillasses pour les trois quarts de l'effectif,
puis bientôt passèrent les soldats avec soupe, pinard et café;
un quart seulement et par homme ; mais nous n'avions point
de récipients pour recevoir cela; si l'un avait un quart, vingt
le lui demandaient; et beaucoup comme moi, écœurés de
cette organisation, n'eurent rien du tout.
Nous fumes mieux reçus que ça en Hollande et ceux qui pas-
sèrent par la Belgique furent portés en triomphe! II est vrai-
ment regrettable que notre mère Patrie nous ait reçus avec si
peu d'amour, comme qui dirait des oubliés, ou pis encore!
Le lendemain de notre arrivée a Dunkerque, nous fumes
conduits dans une caserne, un poste de garde nous empêchait
de sortir en ville. Ayant réussi à m'échapper, je rencontrai par
la ville un vieux convoyeur de train qui me dit: ~ Il y a quinze
jours que j'suis ici avec des wagons pleins d'ustensiles pour
vous recevoir. Je suis allé plusieurs fois au bureau de la place
demander des hommes pour les décharger, mais il n'y en a
toujours pas! Alors, j'attends.
Après nous avoir identifies et arrêté quelques prisonniers de
mauvaise conduite, soit au front, soit envers leurs camarades de
captivité, nous passâmes aux douches et reçûmes ensuite du
linge de corps et de vieux effets de drap. Des brodequins, II n'y
en avait plus et je dus conserver les miens qui buvaient l'eau.
Le 15 au soir, nous embarquâmes dans un train spécial se
composant de wagons a bestiaux, et quoique garnis d'un peu
de paille, nous eûmes grand froid! Enfin, le 17, j'arrivai a
Rennes; d'autres continuaient sur Bordeaux et Toulouse.
En arrivant a Rennes, je mangeai et couchai le premier soir
a mes frais puis je fus au dépôt du 47~ R.I., régiment auquel
j'étais désormais affecté. Là, on essaya encore de nous rha-
biller avec de vieilles frusques ; j'avais une capote que je trai-
nais depuis septembre 1917, elle était en partie déchirée par
les barbelés, je ne pus même pas la faire changer et, bref, je
l'ai encore, je la garde comme une précieuse relique, elle
attendra bien ma démobilisation!
Je fus envoyé en congé pour un mois! Oh! comme c'est
doux de passer un mois près des siens après tous ces voyages
d'aventures! Et malgré l'hiver, je connus enfin la tranquillité
et la liberté.
Je ne l'avais pas vole.
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bel exemple du sujet .
@+
Patrick
Message édité par patrick mestdag le 02-02-2010 à 09:21:02
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Verdun ….papperlapapp! Louis Fernand Celine
Ein Schlachten war’s, nicht eine Schlacht zu nennen“ Ernst Junger.
Oublier c'est trahir Marechal Foch