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Le Retour des Prisonniers

n°71347
RIO Jean-Y​ves
Posté le 05-12-2009 à 19:19:41  profilanswer
 

Bonsoir à toutes et à tous.
 
Trouvés dans la presse Morbihannaise trois articles détaillant le cadre général du retour des prisonniers.
A toutes fins utiles.
 
Le retour des prisonniers
Dans une circulaire adressée aux Généraux commandant les régions, le Président du Conseil, Ministre de la Guerre, vient de déterminer les conditions de retour de nos prisonniers et leur situation militaire.
Le « Nouvelliste » qui s’est toujours intéressé d’une façon spéciale au sort de nos soldats prisonniers se devait d’être le premier à renseigner les familles sur le retour si attendu .
Toutes les dispositions utiles ont été prises, d’après le paragraphe 10 des conditions de l’Armistice, au sujet du rapatriement dans les meilleures conditions de 28.000 prisonniers par jour . En conséquence, avant quinze ou vingt jours, tous les prisonniers seront en France .
Ils seront conduits dans des grands centres de rapatriement d’où ils seront dirigés aussitôt, NON PAS SUR LEUR DEPOT, mais sur un CENTRE DE TRANSITION DES ISOLES, au chef-lieu de la région, soit à NANTES pour le 11e Corps .
Les dispositions générales suivantes ont été prises à leur égard .
SITUATION MILITAIRE
1°) Tous les militaires rapatriés demeurent soumis au droit commun en ce qui concerne leur utilisation au point de vue militaire .
En conséquence, dès leur libération par les États capteurs, ils reprennent, sans restriction d’aucune sorte, les mêmes droits et les mêmes obligations que leurs camarades de même classe et de même catégorie .
PRISONNIERS RAPATRIES D’ALLEMAGNE
2°) Les prisonniers rapatriés directement d’Allemagne seront, suivant la région d’internement, dirigés sur des centres principaux de rapatriement .
Ces centres principaux dirigeront les rapatriés sur le DEPOT DE TRANSITION DES ISOLES de la REGION DE LEUR DOMICILE, soit NANTES, Quartier du 3e Dragons, pour nos compatriotes .
PERMISSIONS DE TRENTE JOURS
3°) Ces Dépôts de transition assureront l’envoi des rapatriés en permission de 30 jours ou en congé de convalescence d’au moins un mois, ou éventuellement leur libération immédiate, réforme, retraite, mise en sursis, etc.… d’après les indications portées sur les bulletins nominatifs de renseignements établis par les centres de rapatriement et d’après leur état de santé .
NOUVELLES AFFECTATIONS POUR CERTAINS
4°) Tous ces militaires seront réaffectés d’office au Dépôt de leur arme correspondant à la circonscription de recrutement dont ils font partie . C’est ce Dépôt qu’ils rejoindront à l’issue de leur permission de 30 jours ou de leu congé de convalescence .
En un mot, tous nos compatriotes qui, par suite des évènements, ont dû être envoyés en renfort et affectés à des régiments dont les Dépôts sont éloignés seront réaffectés au Dépôt de leur arme le plus rapproché de leur résidence .    
PRISONNIERS RAPATRIES DE BULGARIE ET DE TURQUIE
5°) Les prisonniers rapatriés de Bulgarie et de Turquie seront réintégrés dans les unités de leur arme de l’Armée d’Orient .
Ils seront ensuite rapatriés au titre de cette Armée et dans les mêmes conditions que leurs camarades non capturés, le temps passé en captivité comptant dans l’évaluation de la durée du séjour en Orient .
Au fur et à mesure de leur retour en France, ils auront droit à une permission de 30 jours ou à un congé de convalescence d’un mois au minimum .
PRISONNIERS RAPATRIES D’AUTRICHE-HONGRIE
6°) Les prisonniers rapatriés d’Autriche-Hongrie seront rendus à leur armée d’origine, armée d’Orient, et suivront le sort des rapatriés de Bulgarie, ou à l’armée d’Italie . Ceux-ci seront dirigés en convois sur le centre de rapatriement de LYON et traités ensuite comme les prisonniers rentrant d’Allemagne .
(Le Nouvelliste de Lorient - n°100 du samedi 23.11.1918)
 
 
Les permissions aux prisonniers rapatriés
PARIS, 24 décembre - Le Gouvernement a décidé d’augmenter, dans les conditions indiquées ci-après, la durée des permissions à accorder aux prisonniers de guerre rapatriés, jusqu’ici fixée uniformément à 30 jours . Cette durée sera calculée dorénavant d’après le temps passé en captivité . Les prisonniers capturés en 1914 et 1915 auront droit à 60 jours, ceux capturés en 1916 à 45 jours, ceux capturés en 1917 et 1918 à 30 jours .
Les prisonniers de guerre actuellement rapatriés bénéficieront, s’il y a lieu, du supplément de permission envisagé ci-dessus, soit sous forme de prolongation, soit sous forme de rappel suivant qu’ils se trouvent actuellement en permission de rapatriement ou qu’ils sont déjà rentrés à leur corps . Dans ce dernier cas , le rappel sera fait au moment de la première permission de détente .  
(L’Ouest Maritime - n° du vendredi 27.12.1918)
 
 
Le statut des prisonniers rapatriés
PARIS - Le Président du Conseil, Ministre de la Guerre, vient d’adresser aux diverses autorités militaires la feuille de renseignements suivante , relative au taux de permissions ou congés de convalescence à accorder aux prisonniers de guerre rapatriés (60,45 ou 30 jours), suivant qu’ils ont été capturés en 1914-15, 1916 ou en 1917-1918 :
1°) Prisonniers de guerre rapatriés qui n’ont pas encore bénéficié d’une permission ou d’un congé de convalescence de rapatriement
- Les militaires pour lesquels la date de la capture pourra être établie au moment de leur rapatriement recevront , suivant le cas, soit une permission ayant la durée plus haut fixée, soit un congé de convalescence ayant au minimum cette durée . Ceux pour lesquels la date de la capture n’aura pu être établie dès leur retour de captivité, au moment de leur départ en permission ou en congé de convalescence, bénéficieront d’au moins un mois ; il leur sera fait ensuite application des dispositions ci-après :
2°) Prisonniers de guerre rapatriés ayant déjà bénéficié d’une permission ou d’un congé de convalescence de rapatriement  
- Ces militaires auront droit à un rappel de permission correspondant à la différence entre le nombre de jours indiqués ci-dessus et le nombre de jours dont ils ont déjà bénéficié à titre de permission de rapatriement ou de congé de convalescence de rapatriement . Ce rappel leur sera conféré au moment de leur première permission de détente à laquelle il s’ajoutera .
3°) Prisonniers de guerre rapatriés se trouvant actuellement en permission ou en congé de convalescence de rapatriement  
- Ces militaires auront droit à une prolongation de permission ou, le cas échéant, à une prolongation de congé de convalescence portant leur permission ou leur congé au taux ci-dessus .
Cette prolongation leur sera accordée conformément aux règlements en vigueur pour les demandes de prolongations ; dans le cas où la fixation de la date de la capture n’aurait pu être établie avant le retour de l’intéressé à son Dépôt, le rappel de permission ne sera fait qu’au moment de la première permission de détente .
(Le Nouvelliste de Lorient - n°110 du samedi 28.12.1918)
 
Bien cordialement  :jap:  
Jean-Yves


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Recherches sur les 116e, 294e & 354e RI + 316e RI et 28e & 35e RAC
http://vannes1418.canalblog.com/
n°71358
Stephan @g​osto
Posté le 05-12-2009 à 20:41:55  profilanswer
 

Bonsoir,  
 
Parmi ceux qui sont revenus, certains devaient se demander à quelle sauce ils allaient être mangés...
 
Voici un ordre de Joffre, trouvé dans le J.M.O. du 75e R.I.T. à la date du 10 décembre 1914, qui promet un accueil "aux p'tits oignons" des prisonniers à leur libération...
 
Bonne soirée.
 
Stéphan
 
http://pagesperso-orange.fr/la-musette/PRISONNIERJOFFRE.jpg


Message édité par Stephan @gosto le 05-12-2009 à 20:43:31

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ICI > LE 74e R.I.
Actuellement : " III. - Gaston Jacquemin : Après la guerre... "
n°71369
LABARBE Be​rnard
Posté le 05-12-2009 à 22:14:33  profilanswer
 

Bonsoir à tous,
 
Pauvre Joffre...Pauvre carriériste... Et dire qu'il a ses statues, places et boulevards partout. Passons...
Extrait du carnet de prisonnier de mon GP Labarbe (prisonnier à Saconin-et-Breuil le 3 juin 1918, une cata pour le 57):
 
Novembre
12 - Armistice signé, quitté le kommando de la mine de Oberhausen et dirigé sur le camp de Friedrichsfeld où nous sommes restés jusqu’au 29 novembre.
29 - Embarqué sur les péniches jusqu’à Rotterdam (Hollande). Séjourné jusqu’au 8 décembre.
Décembre
8 - Embarqué sur le paquebot anglais Nirvana et rendu au Havre le 11 à 10h30 du matin. Débarqué le soir à 3 heures et transporté en auto au fort de Tourneville et séjourné jusqu’au 16. Parti du Havre et rendu à Bordeaux le 18. Passé à l’interrogatoire le 19 et parti en permission jusqu’au 19 janvier inclus.
 
Cordialement,
Bernard
 


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Le blog  et   Le site Mémoire du 57
n°71383
chanteloub​e
Posté le 06-12-2009 à 08:37:15  profilanswer
 

Bonjour à toutes et à tous,
J'ajoute que suite  à ce texte qui fit quelque bruit et parvint aux prisonniers, aux officiers en particuliers, ceux-ci organisèrent sur les lieux de leur captivité des "semblants de tribunaux militaires" pour préparer leur défense, qu'ils le firent parfois par écrit, ce qui nous vaut "des mémoires aussi précises".
J'ajoute aussi "qu'il me semble" avoir lu quelque part, mais ma mémoire est muette là-dessus, que l'on installa à Strasbourg, sur le pont, un barrage militaire destiné à filtrer les prisonniers qui rentraient par leur propre moyen. Si l'un de vous peut confirmer ou infirmer ce serait une bonne chose.
Cordialement CC


Message édité par chanteloube le 06-12-2009 à 08:46:18
n°71384
stcypre
retraité et Handicapé
Posté le 06-12-2009 à 09:18:15  profilanswer
 

Bonjour à tous,  
 
Oui, sur le pont de Strasbourg il y eut un barrage afin de contrôler les "rentrants", c a d les PG qui par leur propes moyens (et il y en eut beaucoup) regagnaient la France et leur pays.
 
Oui Bernard, les anciens PG furent soumis à des interrogatoires très pointilleux. Les anciens que j'ai rencontré (pour mon livre "les barbelés des bannis" ) m'ont tous décrit leur ecoeurement devant ces interrogatoires dont les principales questions portaient sur:
- leur condition de capture. N'avaient-ils pas levé les bras trop facilement, avaient lutté jusqu'au bout ?
- leur tenue dans le ou les camps: n'avaient-ils pas collaboré avec les allemands (notamment pour le travail).
 
Par contre tous m'ont affirmé que les questions sur leur condition de vie dans les camps n'étaient pas ou peu abordées....
Cordialement. J.Claude


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la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.
n°71401
alain dubo​is
Tchiot quinquin de ch'nord
Posté le 06-12-2009 à 11:42:06  profilanswer
 

LABARBE Bernard a écrit :

12 - Armistice signé, quitté le kommando de la mine de Oberhausen

Bonjour,
Si vite ? C'est tant mieux mais surprenant ! Il est vrai que dans le JMO du 36°RI, les allemands renvoient leurs derniers prisonniers tout de suite, dans la soirée du 11/11 (ICI). J'espère  que dans l'euphorie du jour (peu visible dans les JMOs) on n'a  pas appliqué les directives Joffre.  
Cordialement,
Alain


Message édité par alain dubois le 06-12-2009 à 11:43:32

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http://civils19141918.canalblog.com et  http://theywerethere.canalblog.com  "Si on vous demande pourquoi nous sommes morts, répondez : parce que nos pères ont menti." R. Kipling
n°71457
chanteloub​e
Posté le 06-12-2009 à 15:58:35  profilanswer
 

Rebonjour,
Merci de cette confirmation...mais où ai-je lu ça......? Mystère...  l'âge probablement.
CC

n°71458
GERAUD
Posté le 06-12-2009 à 16:00:49  profilanswer
 

Bonjour à tous,
Bonjour Jean Claude STCYPRE,
Vous faites état des questionnaires/interrogatoires pointilleux auxquels auraient été soumis les prisonniers "rentrants"; Existe t-il quelque part une trace de ces procédures?
Connaissez vous des cas de prisonniers qui auraient été sanctionnés pour s'être rendu trop "facilement"?
Je connais un cas de soldat qui s'est manifestement fait prendre lors d'un essai de fraternisation (par naïveté?) le 1er janvier 1915....je voudrais bien trouver le moyen de savoir ce qui lui est arrivé en novembre 18 s'il a survécu jusque là.
Cordialement,
GERAUD

n°71463
RIO Jean-Y​ves
Posté le 06-12-2009 à 16:32:32  profilanswer
 

Bonjour à tous.
 
Pour rejoindre l'exemple de Bernard, mon GPp (celui du 116e) a été libéré dès le 18 Novembre; il était à DARMSTADT (sauf erreur et trouble momentané de mémoire). Par contre j'ignore totalement par quel moyen il est rentré en France ; le train je suppose ?
Le presse Morbihannaise fait état de pas mal de rapatriements par bateaux en fin 1918 et 1919. Il faudrait que je recherche si cela intéresse .
Pour résumer le document édifiant de Stéphan, dans l'esprit de JOFFRE c'était : "un bon soldat est un soldat mort". Décidément l'âne était plus qu'obtus !! Heureusement que le même GP eut l'heureuse idée de se prendre une balle dans le bras au matin du 8 septembre 1914 avant d'être pris sous les tirs croisés des Allemands et d'être fait prisonnier. L'honneur familial s'en est trouvé sauf !
Cordialement  :hello:  
Jean-Yves


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Recherches sur les 116e, 294e & 354e RI + 316e RI et 28e & 35e RAC
http://vannes1418.canalblog.com/
n°71473
damien13
Posté le 06-12-2009 à 19:10:34  profilanswer
 

bonjour à tous
et un grand merci pour tous ces renseignements
jute une petite question.
Les fiches matricules de ces prisonniers de guerre portent-elles des renseigenments sur leur détention ,leur raptriement etc...
merci pour vos réponses
cordialement
Damien
 


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damien13
n°71487
LABARBE Be​rnard
Posté le 06-12-2009 à 21:47:47  profilanswer
 

Bonsoir ou bonjour à tous,
Alain: Si vite ? C'est tant mieux mais surprenant !
12 - Armistice signé, quitté le kommando de la mine de Oberhausen et dirigé sur le camp de Friedrichsfeld où nous sommes restés jusqu’au 29 novembre.
"Surprenant" pas tant que ça je pense. Souvenir d'enfance: "Le 11 novembre les allemands (des mineurs aussi) nous ont dit de ne pas descendre, que la guerre était finie. Des soldats sont arrivés, poussés baïonnette au canon on est descendu. Arrivés en bas les allemands (mineurs) nous on dit de ne pas travailler, que c'était fini."
Je n'ai pas grand-chose comme sources et souvenirs de mon GP paternel mais c'est du sûr.
Cordialement,
Bernard


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Le blog  et   Le site Mémoire du 57
n°74281
GINOI
Posté le 01-02-2010 à 12:28:46  profilanswer
 

damien13 a écrit :

bonjour à tous
et un grand merci pour tous ces renseignements
jute une petite question.
Les fiches matricules de ces prisonniers de guerre portent-elles des renseigenments sur leur détention ,leur raptriement etc...
merci pour vos réponses
cordialement
Damien
 


 
Bonjour Damien  
Je suppose que toutes les fiches matricules portent les infos car celle de mon grand père porte le n° de l'avis de captivité (fait prisonnier à CERNY le 31/7/1917 ) Interné au camp de DULMEN  et rapatrié sur BREST le 25/1/1919
Cordialement
Ginette

n°74283
stcypre
retraité et Handicapé
Posté le 01-02-2010 à 12:43:58  profilanswer
 

Bonjour Ginette,  
 
Eh bien non... car il faut le savoir les PG de 14-18 ont connu de 3 à 5 camps différents et je ne parle pas des Kommandos et autres camps de représailles...
De plus les services officiels allemands ne donnaient que peu de renseignements... il faut voir les avis de recherche émis par le CICR...
En fait les états de service ne délivrent, quand ils le font, que le 1er camp qui souvent était un camp de passage (ou de transit ou de répartition).
A votre disposition.
J.Claude


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la vérité appartient à ceux qui la recherchent et non à ceux qui croient la détenir.
n°74333
patrick me​stdag
Posté le 02-02-2010 à 09:11:18  profilanswer
 

Bonjour,  
 
Voici un OCR des 4 dernières pages du livre ,
 
Mémoires d’un poilu breton  
D’Ambroise Harel .  
Excellent livre .
 
3 janvier 1919  
 
Je rentrai au camp attendre mon tour pour rentrer en
France. Un convoi était parti la veille, et le 3 janvier 1919,
après avoir assisté a quelques brillants concerts patriotiques
dans nos baraques, je quittai le camp avec un deuxième
convoi aiguillé sur la Hollande.
  En quittant le camp, nos derniers regards furent pour les
infortunés camarades qui étaient morts en captivité. Sept
mille, sans compter ceux qui sont enterrés dans les Kommandos,
dorment leur dernier sommeil dans le cimetière du camp,
autour d'un monument dédié a leur nom.
  En face de ce monument s'élève une grande colonne sur-
montée d'un aigle éployé et qui commémore les soldats alle-
mands tombés dans les guerres d'autrefois.
  Avant mon départ, je fus employé a l'évacuation des mala-
des et des blesses au lazaret. Sur les 16 blesses dans la
fusillade criminelle du camp, 2 survivaient seulement.
  On ne saura jamais le poids de douleurs morales et phy-
siques que durent endurer ces infortunés! Beaucoup furent
victimes du typhus, de la grippe et autres contagions que
L’insalubrité de la nourriture et du camp aidait tant a se pro-
pager. Tous les soins étaient donnés par des élèves en méde-
cine, et les prisonniers servaient plutôt de sujets d'expérience!
Aux morts de maladies s'ajoutaient les victimes des mauvais
traitements; les fusillés, les morts a la suite de coups ou
d'accidents.
  Nous passâmes a Cassel ou le train s'immobilisa toute la
nuit; nous étions dans des wagons de voyageurs; le lende-
main, ii reprit sa route par Essen, et remontant toujours vers
le Nord, nous arrivâmes au camp de Frederickfeld, dans la
zone occupée par nos allies belges.
  Là, les derniers soldats boches qui avaient accompagné le
convoi firent demi-tour en baissant la tête sous nos injures.
  Nous descendîmes du train et, conduits dans le camp voisin,
beaucoup mieux aménagé que celui de Langensalza, nous
fumes bien restaurés ; nous eûmes, et c'est quelque chose, sur-
tout pour les anciens captifs, du pain blanc! Nous passâmes
la nuit dans cc camp et le matin, au petit jour, nous fumes a
pied a Weisel en traversant le pont imposant de Ia Lippe.  
 
Il fit très froid, mais en transportant ma caisse qui ne contenait pas
moins d'une centaine de biscuits, j'eus chaud! Je m'étais lar-
gement assure contre la famine, je mangeais d'ailleurs peu,
vivant du seul espoir de revoir bientôt la France!
   Beaucoup, surtout parmi les anciens prisonniers, étaient
émus jusqu'aux larmes, principalement les pères de famille
qui pendant plus de quatre ans avaient supporté la captivité!
   A Weisel, nous devions prendre le paquebot caboteur des
grands fleuves, et sur la rive du Rhin, nous attendîmes pen-
dant plusieurs heures l'embarquement. Des femmes venaient
nous vendre du café. De temps en temps, passaient de jolis
paquebots transportant des prisonniers, nous nous saluions
par les cris de ~ Vive la France!
   Nous embarquâmes finalement dans de sombres péniches,
aménagées de matelas et de réfectoires. Nous passâmes sous
les arches du grand pont de Weisel, du haut desquelles les
soldats belges nous saluèrent. Nous étions très bien nourris
et avions dans les péniches un service de table complet. Des
garcons payés a 7 francs par jour, et recrutés parmi les pri-
sonniers, assuraient le bien-être.
   Nous passâmes bientôt en territoire hollandais ; tous les pri-
sonniers étaient sur le pont, toutes les poitrines, dans une
même envolée, envoyaient loin des rives du Rhin nos chants
patriotiques ! Notre drapeau flottait sur tous nos mats, d'autres
 paquebots pleins de camarades nous dépassèrent encore. Et
 toute cette flottille nous emmenait vers Rotterdam, Amster-
 dam, Vlinsingen. Sur toutes les rives, nous étions acclamés.
   A Dordrech, notre bateau s'arrêta dans le port ; nous fumes
 accueillis par une musique militaire hollandaise et par une
 foule de civils qui nous acclamait! Nous débarquâmes dans
 cette ville et y restâmes deux jours afin de laisser le temps aux
 ports de mer de se décongestionner. A Dordrech, malgré notre
 liberté, nous ne pouvions pas nous offrir grand luxe, car nos
 marks ne valaient que 6 sous. Le cinéma nous fut offert gra-
 tuitement, un foyer du soldat était a notre disposition. Toutes
 les boutiques étaient bien achalandées, surtout en tabac, il y
 en avait a toutes les vitrines ! Partout encore, l'allemand était
 parlé.
 
 De Dordrech, nous quittâmes le Rhin par chemin de fer et
fumes a Vlinsingen, port hollandais près de la côte belge.
Nous passâmes sur des ponts interminables, établis sur la
plaine inondée des Pays-Bas, et même sur des bras de mer.
Ces ponts hollandais représentent un travail gigantesque. La
plupart sont en ciment armé.
  Après avoir passé la nuit dans cette vile, au casino de la
plage, nous embarquâmes pour Dunkerque par le paquebot
L Nord. La traversée était de cinq heures, la mer était à peu
près calme, le vent était très froid mais pas bien fort.
  Le paquebot était archiplein de rapatriés, sur le pont il était
impossible de pouvoir faire un pas, sans parler des cabines
intérieures, tant nous étions serrés! Quelques rapatriés
jouaient ~ La Madelon>> avec accordéons et tout le monde
chantait en choeur.
  Enfin Dunkerque nous apparut!
  Nous avions toujours cru que la France serait très sensible
aux malheurs de ses prisonniers. Le sol français était là, ce
sol tant espéré, nous allions donc le toucher bientôt! L'émo-
tion était très forte, des larmes perlaient!
  Ce fut l'accostage ! Des officiers et soldats, baïonnette au
canon, et appartenant a des régiments du 3e corps, nous atten-
daient sur le quai. Pas la moindre musique! Une froideur
generale, une déception surprenante! Voyant cet accueil, je
me mis sur le bout du pont et criai de toutes mes forces:  La
Marseillaise ! La Marseillaise!  Mais non ! nous ne mentions
point d'honneurs ! Nous n'avions pas été tués, nous avions été
fait prisonniers!
  Aussitôt sur le quai, on nous fit mettre par quatre et la
colonne fut conduite dans un vaste bâtiment que les avions
et les canons boches avaient transformé en courant d'air!
Nous eûmes des paillasses pour les trois quarts de l'effectif,
puis bientôt passèrent les soldats avec soupe, pinard et café;
un quart seulement et par homme ; mais nous n'avions point
de récipients pour recevoir cela; si l'un avait un quart, vingt
le lui demandaient; et beaucoup comme moi, écœurés de
cette organisation, n'eurent rien du tout.
 
  Nous fumes mieux reçus que ça en Hollande et ceux qui pas-
sèrent par la Belgique furent portés en triomphe! II est vrai-
ment regrettable que notre mère Patrie nous ait reçus avec si
peu d'amour, comme qui dirait des oubliés, ou pis encore!
  Le lendemain de notre arrivée a Dunkerque, nous fumes
conduits dans une caserne, un poste de garde nous empêchait
de sortir en ville. Ayant réussi à m'échapper, je rencontrai par
la ville un vieux convoyeur de train qui me dit: ~ Il y a quinze
jours que j'suis ici avec des wagons pleins d'ustensiles pour
vous recevoir. Je suis allé plusieurs fois au bureau de la place
demander des hommes pour les décharger, mais il n'y en a
toujours pas! Alors, j'attends.
  Après nous avoir identifies et arrêté quelques prisonniers de
mauvaise conduite, soit au front, soit envers leurs camarades de
captivité, nous passâmes aux douches et reçûmes ensuite du
linge de corps et de vieux effets de drap. Des brodequins, II n'y
en avait plus et je dus conserver les miens qui buvaient l'eau.
  Le 15 au soir, nous embarquâmes dans un train spécial se
composant de wagons a bestiaux, et quoique garnis d'un peu
de paille, nous eûmes grand froid! Enfin, le 17, j'arrivai a
Rennes; d'autres continuaient sur Bordeaux et Toulouse.
  En arrivant a Rennes, je mangeai et couchai le premier soir
a mes frais puis je fus au dépôt du 47~ R.I., régiment auquel
j'étais désormais affecté. Là, on essaya encore de nous rha-
biller avec de vieilles frusques ; j'avais une capote que je trai-
nais depuis septembre 1917, elle était en partie déchirée par
les barbelés, je ne pus même pas la faire changer et, bref, je
l'ai encore, je la garde comme une précieuse relique, elle
attendra bien ma démobilisation!
  Je fus envoyé en congé pour un mois! Oh! comme c'est
doux de passer un mois près des siens après tous ces voyages
d'aventures! Et malgré l'hiver, je connus enfin la tranquillité
et la liberté.
  Je ne l'avais pas vole.
------
bel exemple du sujet .
 
@+
Patrick


Message édité par patrick mestdag le 02-02-2010 à 09:21:02

---------------
Verdun ….papperlapapp!  Louis Fernand Celine
Ein Schlachten war’s, nicht eine Schlacht zu nennen“ Ernst Junger.
Oublier c'est trahir Marechal Foch

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