Bonjour,
Je cite Paul Mégnin, in Les Chiens de France, soldats de la Grande Guerre : "C'est au début de l'année 1915 que le général de Maud'huy, commandant la VIIe Armée, armée des Vosges et d'Alsace, accepta la proposition, paraissant fort intéressante, faite par un officier de chasseurs alpins, le capitaine Moufflet et un lieutenant d'infanterie, le lieutenant Haas, lequel, avant la guerre, était prospecteur d'or en Alaska, d'organiser pour les périodes d'hiver un service de traîneaux attelés de chiens."
Je résume la suite (parfois fastidieuse...) : les deux hommes, envoyés en mission en Alaska et au Labrador, y passèrent 6 mois et y firent l'acquisition de 400 chiens (de toute évidence, l'expédition des deux officiers et l'achat de ces chiens, qui débouchèrent sur une dépense globale de 400.000 Francs, coûta plus que de raison...).
Le 14e Escadron du Train fournit à la VIIe Armée une "2e Section d'équipage canin d'Alaska". Les principaux chenils de cette Armée se trouvaient à la ferme du Tanet et au Breitfirst [Camp Boussat] (ce dernier chenil ayant une "antenne" à Wesserling).
Bien cordialement
Eric Mansuy
P.S. Je rajoute ci-dessous un texte aimablement fourni par Frédéric Avenel (dont quelques éléments diffèrent du texte de Mégnin) voici quelque temps, sur ce même sujet. "A tout seigneur..." Qu'il en soit donc remercié !
Voici la description qui est faite de ces équipages par le colonel Astouin et le chef d'escadron Izard (in "Le Train des Equipages et le Service Automobile pendant la grande guerre 1914-1918"; Association Nationale des Anciens Combattants du Train, 1934):
"Les équipages canins de chiens de l’Alaska
Ce fut le capitaine d’infanterie Moufflet, grièvement blessé au début de la guerre, qui suggéra l’idée d’employer les traîneaux à chiens pour le ravitaillement des troupes en lignes dans la montagne des Vosges et de l’Alsace.
Cette suggestion ayant été agréée, le capitaine Moufflet et le lieutenant Mallet, qui était en temps de paix attaché aux Etablissements Revillon frères, furent envoyés au Canada et en Alaska pour acheter les chiens, les traîneaux et le matériel nécessaire.
Pour constituer les effectifs des équipages canins, des volontaires furent demandés au début d’avril 1916, dans les différentes formations du Train des Equipages employées sur le front d’Alsace.
Tous ces volontaires, gradés et hommes de troupe furent rassemblés et un détachement important fut dirigé sur le Havre pour y prendre livraison des animaux et du matériel qui venait d’y être débarqué.
Ces éléments furent dirigés ensuite sur le Syndicat Saint-Amé (Vosges) où l’équipage fut organisé en deux sections
La première à l’effectif de :
1 officier … lieutenant Mallet.
60 gradés ou conducteurs.
160 chiens de trait.
25 traîneaux.
Alla s’installer dans des baraquements à la ferme du Tanet près de Col de la Schlucht.
La deuxième à l’effectif de :
1 officier (maréchal des logis d’artillerie Hérodier, promu sous-lieutenant par la suite, également attaché en temps de paix à la Maison Revillon).
62 gradés ou conducteurs.
100 chiens de trait.
5 paires de skis
Alla s’installer au camp Boussat, au-dessus de Kruth Wildenstein et Mittlach en Alsace dans des baraquements avec chenil.
L’instruction du personnel fut faite par les lieutenants Mallet, Hérodier et par le Révérend Père Bernard, missionnaire du Canada et de l’Alaska qui connaissait à fond ce genre de transport pour l’avoir pratiqué en temps de paix.
Le traîneau était conduit par un homme ou gradé qui se tenait à l’arrière, le pied appuyé sur le patin du frein qui, par pression s’aggripait dans la neige par ses pointes d’acier, les chiens qui avaient l’habitude de cette manœuvre s’arrêtaient aussitôt.
Sur le traîneau se tenait un deuxième conducteur chargé de surveiller le chargement et qui, le cas échéant, prêtait main forte au conducteur.
Selon la nature, le poids du chargement et l’état de la neige, les traîneaux étaient attelés de 5, 7 ou 9 chiens accouplés par deux. On choisissait parmi les meilleurs celui qui obéissait le mieux au conducteur, on le plaçait en tête et il dirigeait les autres. Les traîneaux marchaient à une très vive allure et les équipes de chiens, complètement blancs, se confondaient avec la neige et le paysage, ce qui leur permettait de passer assez souvent à travers les obus et les balles.
Pendant la période des grands froids, lorsque toutes les communications étaient interrompues, quand les fantassins étaient bloqués par les neiges dans leurs tranchées, les artilleurs dans leurs abris de batteries, les équipages canions, sur leurs traîneaux, transportaient à leurs camarades les denrées indispensables : des vivres, du charbon de bois, des vêtements chauds et des munitions. Ils assuraient également le transport des officiers généraux et d’Etat-Major qui n’avaient pas d’autre moyen pour se rendre dans les lignes.
La 1ère section eut à ravitailler dans ces conditions la 151e et la 127e D.I. La 2e section les 52e, 96e et 13e D.I.
Les principaux points de ravitaillement furent pour la 1ère section : le Calvaire, le Lac Blanc, le Lac Noir, la Roche des Fées, Rossberg, le Linge, etc… ; pour la 2e section : l’Hartmannswillerkopf, la cote 1025, Mittlach, le Linge, Lac Noir, Lac Blanc, Metzeral, le Honeck, etc…
Pendant la période d’été, les traîneaux étaient munis de roues caoutchoutées et le ravitaillement continuait dans des conditions analogues.
Les gradés et conducteurs de la 2e section furent en outre appelés, à l’occasion de coups de main, à servir des pièces de 155 ; ils avaient été au préalable initiés à la manœuvre de ces pièces.
Les équipages canins furent souvent bombardés par canons, par avions, ils essuyèrent également, au cours de leurs transports, le tir des mitrailleuses ennemies ; ils eurent des conducteurs blessés, de nombreux chiens tués et du matériel détruit ou endommagé.
Le 1er avril 1918, les équipages canins furent rattachés à la 50e compagnie du 19e escadron du train."
"Note n° 3342-4 du 15 décembre 1916, du Général Commandant la 7e armée.
Le général a décidé que les militaires appartenant à la 7e armée, ne devraient pas avoir de chiens leur appartenant. Seuls sont autorisés dans l’armée, les chiens réellement utilisés dans le but militaire, c’est à dire :
Les chiens de sentinelle
Les chiens de liaison ou d’estafette
Les chiens de patrouille, d’attaque ou de recherche
Les chiens sanitaire
Les chiens de trait.
Les chiens ratiers, les chiens de guerre et de trait sont toujours accompagnés d’hommes les ayants en garde spéciale. Ces hommes doivent avoir fait un stage dans un des chenils de l’armée ou appartenant à l’une des sections d’équipage canons de l’Alaska.
Le Général Cdt d’Armes. Signé : Hanoteau."