Bonsoir,
Fréquentant très rarement ce forum, je n'y reviens que par hasard pour lire comment ma qualification de troufion au sujet des appelés écrasés par un train le 23 janvier 1974 (je persiste) à 0 h 40 dans le tunnel de Chézy-sur-Marne a pu scandaliser d'autres intervenants. J'en suis bien marri mais c'est comme ça. Moi-même fus soldat de 2e classe au 94e RI à Etain en 1971, et en dehors des situations réglementaires ("Soldat Untel, faites ceci ou cela" ) les apostrophes de nos supérieurs utilisaient cette dénomination entre autres (je me souviens même que c'était la plus affectueuse). Nous nous appelions ainsi également. J'ajouterai que mon père (blessé en mai 1940, Croix de guerre et médaille militaire), qui lui-même au cours de ses récits se disait troufion me disait affectueusement "Alors, mon p'tit troufion, comment ça se passe, ce service ?"
J'avoue ne jamais en avoir été spécialement offusqué, bien que l'étymologie du mot soit un peu scato, il faut bien le reconnaître, au contraire du sobriquet bidasse qui est une antonomase, reprenant le titre d'une chanson de comique troupier remontant à 1913. Pour terminer sur un autre exemple tout aussi instructif, je précise que les soldats belges, plus exactement liégeois, s'autoqualifient de "ploucs" sans que cela soit pour autant injurieux, car plouc n'a pas la même connotation à Liège que chez nous, où elle est plus méprisante mais en tout cas pas applicable aux militaires.
Goret, ça, je n'ai jamais entendu. Mais peut-être cela s'est-il dit.
Quant aux "trains qui ne se sont pas présentés dans l'ordre prévu", ça me laisse perplexe, car cela sous-entend, à moins que je comprenne mal, que leur passage était prévu, planifié, minuté, et donc que la pénétration dans le tunnel était volontaire et programmée dans un laps suffisant entre deux trains dont l'horaire était connu. Or, seule l'exténuation des pauvres gars les a incités à continuer le cheminement le long de la voie. D'autres trains étaient passés pendant ce temps, dame ! c'est une grande ligne, mais le groupe s'éloignait des rails car c'était possible. Il ne marchait sûrement pas dessus, d'ailleurs. C'est seulement dans le tunnel que ses membres ont été contraints de s'en rapprocher. Peut-être, dans l'obscurité, ont-ils cru que c'était un pont qui serait rapidement franchi ?
L'affaire n'a pas été étouffée par un noir complot. On a simplement ordonné aux survivants de confirmer une version officielle même s'ils n'étaient pas tellement d'accord avec ladite version. Rien d'autre. Mais moi, désolé, j'appelle quand même ça des manoeuvres.
Je précise que j'ai lu les messages sur le lien de Marc Binazzi et que les échanges que j'y ai trouvés sont très intéressants. Je remercie donc Marc pour cette contribution, d'autant que ce sujet, manifestement beaucoup plus sensible que je n'aurais cru, pourrait rapidement donner lieu à polémique, ce qui est évité de par la tenue des contributeurs.
Bonne soirée,
JPD