Bonjour,
Pour répondre à la question de Pierre (Terny02), le déploiement de l'artillerie en mai 1918 est très complexe dans la région de Margival à Terny-Sorny, car, en plus des unités d'artillerie "normalement" en ligne dans un secteur, il faut tenir compte des tirs allemands effectués sur Paris depuis le 23 mars 1918.
Pour lutter contre les "Wilhelm Geschütze" tirant sur Paris et aussi pour contrebattre les nombreuses pièces à grande puissance allemandes qui tiraient en même temps pour donner le change aux sections de repérage par le son françaises, l'artillerie française avait déployé un grand nombre de pièces à grande puissance.Pour faire simple, les pièces à longue portée de l'A.L.V.F.(340 B, 340 G, 305 G, 305 B) tiraient directement sur les emplacements occupés par les pièces en action sur Paris et sur les sites assurant leur logistique (gares, entrepots divers) tandis que des pièces moins puissantes tiraient sur les nombreux 24 cm et 17 cm de l'artillerie allemande ainsi que sur une multitude de pièces de calibre 15 cm à longue portée.
Si les pièces de l'A.L.V.F. étaient sur des épis ou positions assez en arrière du front (Bucy-le-Long, Missy-Condé, Chivres, Vailly, etc...), les autres pièces étaient beaucoup plus avancées dans le secteur de Margival et de Terny-Sorny.Pas moins de 9 canons de 240TR et de 6 240 sur affût Saint-Chamond Mle 1916 constituaient un des groupements de pièces lourdes le plus important, mentionnons aussi un canon de 305 B se réfugiant en dehors des tirs dans le tunnel de Margival, dont on a parlé récemment dans un message sur ce Forum.
Lors de l'attaque surprise du 27 mai 1918, les pièces lourdes les plus avancées eurent beaucoup de mal à se replier du fait de la complexité et de la longueur des opérations de sortie de batterie de certains matériels, c'est ainsi que 8 canons de 240 TR sur 9 furent capturés.C'est une de ces pièces qui fait l'objet de votre photographie: la pièce de 240 TR "Balek" du 1° Groupe du 71° R.A.L.G.P. fut ainsi capturée après sabotage par ses servants.
Ce nom de "Balek" rappelle qu'une partie des groupes du 71° R.A.L.G.P. provenait du 6° Groupe d'Artillerie à Pied d'Afrique dont les servants, presque tous "pieds noirs" d'Algérie ou de Tunisie, avaient pris l'habitude de baptiser leurs pièces de noms rappelant l'Afrique du Nord, on trouve ainsi d'autres 240 TR baptisés "Aïcha", "Fatma" et d'autres pièces "Oranaise", "Tunisienne", etc...
J'essaie de retracer la position de toutes les pièces françaises à grande puissance le 27 mai 1918, j'arrive au bout de mes recherches!
Cordialement,Guy.